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JOURNAL ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
*r*
lOME IX
JOURNAL ASIATIQUE
on
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIF À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
ET PUBLIE PAR LA SOCIETE ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
TOME IX
PARIS
IMPRIMERIE NAT10NALK
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
^U/>*^'
JOURNAL ASIATIQUE
JANVIER-FÉVRIER 1907.
aac
L'ASSYRIOLOGIE Etf 1904.
t i
GENERALITES. EXPLORATIONS ET FOUILLES.
ÉCRITURE. LANGUES SUMERIENNE ET ASSYRIENNE.
LITTERATURE. GEOGRAPHIE.
HISTOIRE. RELIGION ET MYTHOLOGIE.
DROIT PURLIG ET PRIVE. NUMERATION ET METROLOGIE.
ARCHÉOLOGIE. INFLUENCES RARYLONIENNES.
PAR M* C. FOSSEY.
(suite1.)
GEOGRAPHIE.
J. IJalévy. Les Habiri et les inscriptions de Taannek : Rev.
sém.3 p. 246-258. — F. Hommel. Grundriss der Geo-
graphie and Geschichte des Alten Orients; zweite neabearbei-
tete Atiflage des • Abrisses der Geschichte des Alten Orients ».
Erste Hâlfte : Ethnologie des Alten Orients ,Babylonia and
Chaldâa. Handbuch der Klassischen Altertamswissenschaft
heraasgegeben von Iwan von Mûller. Mûnchen , Beck , 1 vol.
in-8°, 4oo p. — Fr.-H. Weissbach. Dos Stadtbild von
Babylon : der Aile Orient, 5 Jahrg., Heft 4. Leipzig, Hin-
richs, 32 p. in-8*.
Les fouilles allemandes ont éclairci en partie la
topographie de Babylone. M. Weissbach , qui a pris
* Voir le n* de novembre-décembre 1906, p. 439-490.
173212
6 JANVIER-FÉVRIER 1907f
■ , ' * ' %
m f - * *
part à des fouines ', a résumé les résultats obtenus
jusqu'à ce jour, H décrit d'pbord l'étqt actuel des
ruines et corrige sur plusieurs points la nomenclature
moderne de la région : d'après lui les villages placés
à l'ouest de Jwnjmm ne s'appellent pas Anâneh , ni
Abâ-Gozailat. Anâneh est au sud-sud-est de Birnun,
à mi-chemin du Kasr, et la localité faussement
appelée Anâneh est en réalité Sinjar, nom intéressant
par sa ressemblance avec le Sennaar de la Bible. Il
examine ensuite. les murs et les portes de la ville, les
palais, les temples, les rue», les canaux et les fossés «
les quartiers.. Les murs Imgur-Bêl et Nimitti-Bél bor-
daient le Kasr au sud et au nord; le mur qui court
dans la direction nord-sud , à l'est des tells appelés
Uhaimir, et le mur qui commence au nord de Babil
pour finir au sud de YI§an-el-aswad , sont les murs de
Nabû-kudurri-usur. Des huit portes énumérées par
une tablette du musée de Berlin, une seulement a
été retrouvée jusqu'à présent : la porte d'7itar, au
milieu du front est du Kasr, au point de rencontre
des murs Nimitti-Bêl et Imgar-Bél, H est vraisem-
hlable que la porte de Samai se trouvait à l'extrémité
sud du mur, près de l'endroit où il aboutissait à
l'Euphrate. La partie sud du Kasr, bordée par le mur
Imywr-Bêl, représente l'emplacement du plus ancien
palais royal , qui fut en dernier lieu reconstruit par
Nabû-kadurri-nsiir et couvrait une surface d'environ
quatre hectares et demi; la partie nord, bordée
par le mur Nimitti-Bél, et représentant une surface
de cinq hectares , était occupée par le second palais de
L'ÀSSYRIOLOGIE EN 1004. 7
Nabûrkudarri-umr, celui qui , d'après le* inscriptions
royales et Bérose, fut construit en quinze jours,
lie troisième palais était au point appelé aujour-
d'hui Babil, ta l'endroit oh le mur de briques
s'avance vers le nord » ; c'est là que se trouvaient
les fameux jardins suspendus de Sétnifamis, et Ras-
sam croit y avoir retrouvé des restes de la oanali*
sation par laquelle l'eau montait jusqu'au haut des
terrasses.
Des quarante-trois temples de Babylone, quatre
ont été retrouvés par l'expédition allemande. L'E*sag-
ila , dont la légende d'Eridu fait remonter l'origine
jusqu'à la création du monde, et qui est déjà men-*
tionné dans une inscription de Zabum (xiv* siècle),
a été découvert dans le tell *Amran4hn-AU, et U
tour à étages appelée E-tbmen- an-ci (fondement du
oiel et de la terre), au nord de oe tell, à l'endroit
appelé Sahan. L'E-hag , consacré à la déesse NiN+MAé
(** Bélit), a été dégagé sur la faoe est du Kasr, et
I'E-patutila , consacré à Ninib* à Fest-aud-est de Ylàan*
el-aswad. Un quatrième temple, non encore identifié,
était situé entre I'E-sag-ila et FE^atutila. — La voie
appelée Aihuriabum , par laquelle la procession de
Marduk se rendait à FE*sag«-ila , allait du front nord
de ce temple vers l'est, jusqu'au canal Arakta, oh
elle tournait presque à angle droit vers le nord» pour
aller, en traversant la porte d'ifcar, aboutir au Parak-
simati (chambre des destins), que M. Weissbaoh
place à l'angle nord-est du %afr. Le plu* important
des canaux de Babylone, YAraktu, se détachait de
8 JANVIER-FÉVRIER 1907.
l'Ëuphrate au nord du Kdsr, coulait du nord au sud
entre I'E-sag-ila et I'E-patutila et rejoignait l'Ëu-
phrate au delà des murs. Le canal Libil-hegalla joi-
gnait l'Ëuphrate à YArahtu, au sud du Kasr; un autre
canal parallèle à celui-là, probablement le « Canal de
Marduk », a été découvert au nord du Kasr. -^ Des
quartiers de Babylone, le seul dont nous sachions
la situation est ÏJrsit Bâbili (terre de Babel); c'est la
partie de la vieille ville sur laquelle Nabâ-kudurri-usur
construisit ses deux premiers palais.
Les textes de Taannek (voir p. 464) ont rappelé
l'attention sur les ffabiri des lettres d'El-Amarna.
Contre la majorité des assyriologues et des historiens ,
qui acceptent l'identité des Habiri et des Hébreux,
M. Haiévy, se fondant sur l'étude des noms propres,
soutient que les Habiri sont « vraisemblablement des
colonies militaires fondées par les rois cassites en
Syrie. La langue habiréenne a de très étroites affi-
nités avec l'idiome national des rois cassites qui
régnaient à cette époque en Babylonie ».
La première partie d'un ouvrage considérable,
qui doit comprendre la géographie et l'histoire an-
ciennes de l'Orient classique, a été publiée par
M. Hommel. Cette partie contient, après un coup
d'œil sur la géographie physique, une étude ethno-
graphique et le commencement de la description
géographique. La partie ethnographique traite suc-
cessivement des Sumériens et des races ouralo-alta-
ïques, des Indo-germains (Grecs, Iraniens, Thraco-
Phrygiens), des Alarodiens (Elamites et Cassites,
L'ÀSSYRIOLOGIE EN 1904. 9
Arméniens avant l'invasion indo-germanique, Hani-
galbatiens, Hittites, Lyciens, Cariens et Philistins,
Etrusques ; Libyens et Ibères) , des Sémites , que Tau^
teur divise en Babyloniens et Sémites occidentaux
(Arabes, Ghananéens, Araméens), des Mèdes,
Perses, Iraniens orientaux et Indiens. Les cent
soixante pages qui forment le commencement de la
géographie sont consacrées aux noms de la Baby-
lonie [Sumer etAkkad, Kardunias, etc.), à l'hydro-
graphie (rivières et canaux), aux villes de la Ba-
bylonie (Babylone, Ris, Garsag-Kalama, Kuta,
Sippara, Dâr-Kurigalza , Bas, Opis, Nippur, Gis-uh(?),
Adamdun, Larsa, Uruk) et de la Chaldée (Eridu, Ur,
Kis, Kullab, Ninua , Marad , Borsippa, Dilbat, Agade).
Un index provisoire permet déjà de se retrouver
dans la masse énorme de matériaux que M. Homme!
a condensés dans les quatre cents pages qu'il vient
de publier.
Ce qui frappe en effet tout d'abord , c'est l'extraor-
dinaire étendue de l'information et la richesse de la
documentation. Même dans les domaines qui ne sont
pas le sien , M. Hommel est encore très informé , et
dans le domaine assyro-babylonien , on peut dire
qu'aucun texte important ne lui a échappé. Je dirais
même qu'il y a trop de choses dans son livre , que la
phrase, chargée d'incidentes et de parenthèses, elles-
mêmes complétées par des notes qui sont de véri-
tables dissertations , est souvent difficile à suivre et
que la lecture ininterrompue de dix pages donne le
vertige. Je sais bien que le livre de M. Hommel est
10 JANVIER-FEVRIER 1907.
un manuel, c est-à-dire un de ces ouvrages qui
sont faits pour être consultés plutôt que pour être
lus. Mais si on f oublie , en reprochant à l'auteur de
ne pas assez ménager le lecteur, la faute en est a
M. Homme! qui a fait aux vues personnelles, aux
hypothèses d'hier et même d'aujourd'hui, plus de
place qu'il ne convient dans un livre destiné par
nature à donner surtout l'état actuel de la science, à
exposer les résultats acquis. Les idées bouillonnent
tumultueusement dans le cerveau de M. Hommel et
souvent il les sert sans avoir pris le temps d'en retirer
l'écume. Il a au plus haut point cette faculté d'aper-
cevoir des rapports qui est l'un des dons essentiels
du savant créateur, mais trop souvent il se contente
de rapprochements superficiels, qui semblent nés
sous sa plume, et dont une scabreuse étymologie est
l'unique support.
M. Hommel a émis et soutenu avec beaucoup
d'ingéniosité l'idée que les Égyptiens sont un rameau
issu du tronc babylonien. Cette thèse déjà ancienne,
il avait le. droit incontestable de la présenter dans
son Manuel, mais non comme une vérité définiti-
vement acquise, en faisant des Babyloniens et des
Egyptiens une section unique opposée aux trois sub-
divisions de la section des Sémites occidentaux. La
tentative faite (p. 99 et suiv.) pour ramener l'ordre
des lettres de l'alphabet à des principes astrologiques
propres au deuxième millénaire , et explicables seule-
ment par le culte de la lune chez les Sémites occiden-
taux, est une fantaisie brillante que l'on pouvait
LASSYRIOLOGIE EN 1904. 11
risquer dans un article de revue, mais qui décon-
certe dans un manuel.
Gomme exemples de rapprochements fondés sur
des étymologies discutables je citerai seulement la
présence d'éléments iraniens, ehea le* G assîtes dé-
montrée par la ressemblance des mots Buriai et
Boréas (Borée!), Suriai et Sârja (sanscrit «soleil»),
Simalia et Bimalaja (p. 301); l'origine ciliçienne ou
lycienne des Etrusques démontrée par la ressem-
blance de Tarquinim avec le dieu national des
Hittites, Tarku (p. 63 et 44). Heureusement la
puissance de combinaison de M. Homme! ne se
borne pas à ces étymologies. L'effort qu'il a fait par
exemple pour reconstituer la topographie de Baby-
lone, avec les dpcuments encore incomplets que
nous possédons, est un des plus puissants qui aient
été tentés , et mériterait de servir d'idée directrice à
une fouille , quel que doive être le résultat de cette
épreuve. Je ne saurais le «livre dans sa tentative pour
transporter la ville de Sirgulla (alias Sirpurla) à Ba-
hylone, mais ses objections à l'identification admise
jusqu'à présent, Sirgulla = Telloli, me paraissent
fortes (p. 3oo et suiv.).
HISTOIRE.
F. Demtzsch, Zu unseren assyrisçhen Schriftdenkmâlem, I :
MitteiL d. deutschen Or. Gesellschaft , n° ai, p. 48-53. —
C.-F. Lehmann. Bestâtiguncj der antiken Chronologie vor
Nabonassar : B A G, t. IV, p. 1 1 1 -î 1 5 ; Weiteres znr alt-
assyrischen Chronobgie : ib. , p. 260-361. — M. Pancritius,
12 JANVIER- FEVRIER 1907.
Assyrische Kriegsfùhrung von Tiglat-Pileser I, bis auf
Samsi-Adad III , inaag. dissertation. Kônigsberg, Hartung,
iâà p. in -8°. — F.-E. Peiser. Ein neues Datum zur
Geschichte Assyriens : OLZ, t. VII, col. 1A9- i5o. —
P. Rost. Das neue Datant Saîmanassars I : ib. , col. 1 79-
182. — 0. Weber. Sanherib, Kônig von Assyrien, 105-
681 : der Alte Orient, VI, 3. Leipzig, Hinrichs, 1 vol.
29 p. in-8°. — H. Winckler. Sanherib, Kônig von Assy-
rien, 105-681, eine Skizze : der Alte Orient, VI, 1.
Leipzig, Hinrichs, 1 vol. 29 p. in -8°.
Rien n'est plus difficile que de résumer avec clarté
et sans sécheresse une histoire pleine d'événements
importants comme lest déjà celle de Babyione.
M. Winckler a pourtant réussi à nous donner en
moins de cinquante pages un tableau très vivant des
destinées de l'antique capitale, depuis sa fondation
par Sargon d'Agade jusqu'à l'époque parthe. Il a
notamment fort bien montré comment la nécessité
de posséder la route d'accès vers la Méditerranée
rendait inévitable l'antagonisme de Babyione et de
l'Assyrie, et indiqué des rapprochements très justes
avec l'histoire de l'Europe surtout au moyen âge.
L'époque de Hammurabi lui semble marquer un
recul comparable à celui du vie siècle de notre ère.
En art, en science et en religion, la vieille civilisa-
tion sumérienne fut gâtée par l'immigration « chana-
néenne ». Ce terme « chananéen » a été proposé par
M. Winckler pour désigner les Sémites qui s'éta-
blirent en Babylonie vers a4oo et auxquels appar-
tiennent les rois de la première dynastie. Il me
semble que ce mot doit être écarté à cause des
L/ASSYRIOLOGIE EN 1904. 13
confusions qu'il peut engendrer, et qu'il vaut mieux
s'en tenir à la désignation d'« arabe » proposée autre-
fois par Pognon et Homme!.
L'histoire de Sin-ahé-irba a été racontée en trente
pages par M. O. Weber, qui a justement fait ressortir
l'échec final de la politique du roi d'Assyrie, dont
tous les efforts avaient tendu à l'anéantissement de
Babylone, et qui dut contribuer lui-même au relève-
ment des ruines qu'il avait faites. D'après le fragment
publié par le P. Scheil (voir p. 458), M. O. Weber
incline à mettre l'expédition d'Arabie, à laquelle se
rattache le second siège de Jérusalem (voir JA, sept.
189a, p. 288), avant la destruction de Babylone
(689) et non après, comme on l'admettait jusqu'à
présent.
Là tablette de pierre de Sulman-asarid Ier trouvée à
Kala'at-Sirgât (voir p. 44 2) a remis en question toute
la chronologie assyrienne jusqu'à Tukulti-apal-eiara Ier.
Elle raconte, d'après M. Delitzsch, que le temple
d'Afar, reconstruit par Èriiu, était en ruine 1 5o ans
après que Samii-Adai l'avait de nouveau restauré , et
que 58 o ans plus tard il fut détruit par un in-
cendie , puis reconstruit par Sulman-a&arid Ier. D'après
une donnée de Tukulti-apal-eiara Ier, on mettait ce
Sam&i- Aàad vers 1820, et Eriiu vers 1980. Mais
M. Delitzsch fait remarquer que le nouveau texte
nous forcerait alors à placer Sulman-aSarid Ier en
(1820 — 580*=) i24o, et que d'autre part il nest
pas possible de faire descendre ce roi plus bas que
i320. Il faut donc modifier la date de Tukulti-apal-
14 JANVIER-FEVRIER 1907.
efara, d'après laquelle est calculée ôelle de Samsi-
Adad, qui elle-même règle celle de Subnan-asarid Ier .
M. Peiser admet avec M. DeliUsch qu'il faut cor-
riger la date ordinairement attribuée à TukaUi-apal-
esara Ier (1120). Puisque Tukulti+Ninib , d après Sin-
ahé-irba se place en 1 290, son père doit avoir vécu
aux environs de i3ao, et Samsi-Adad vers 1900.
D après Tukuki-dpal-esara, Amr-dân régna 64 1 ans
après Samsi-Adad , soit vers 1260. Amr-dân était le
contemporain de Zamûma-swi-iddin, dont la date,
d'après l'inscription de Nabonide, ne peut pas être
inférieure à 1 2 65. Or, d'après Tukalti-apal-emra , on
compte 60 ans depuis le règne d* Amr-dân jusqu'au
sien; donc celui-ci se place vers 1200, ou» si l'on
prolonge le règne d' Amr-dân, vers 1180. Les données
de la liste des rois conduisent à la même conclusion.
Car si l'on place Zamamorsum-iddin vers 1 a 65, la
dynastie de Paie commence vers 1262 et finit vers
1 1 3o , ce qui met Marduk-nâdin-ahé , le rival de 7a-
kulti-ûpal-esara9\zr$ 1 1 80. Il faudrait donc admettre
que le chiffre de l'inscription de Bavian est trop faible
d'environ 60 ans, comme M. Rost l'avait supposé
dès 1897»
Au contraire M. Rost croit aujourd'hui que la
date de 1 1 80 pour Tukulti-apal-esara est inacceptable.
Aménophis IV est monté sur le trône vers 1 4oo. U
ressort des lettres A'El-Amarna que Burnaburias U a
encore régné quelques années en même temps que
Aménophis III. Le commencement de son règne se
place donc vers 1 4 1 o. Il a régné environ 26 ans; ses
L'ÀSSYRIOLOGIE EN 1904. 15
deux premiers successeurs ensemble , 1 o ans au plus ,
Kurigalza H, 3 5 ans , et Kuiar-Bél , le prédécesseur de
Sagarakti-mriaè , 8 ans. La dynastie cassite finit donc
vers î ig5. Or Nabu-kadurri+upir Ier ', contemporain
d'Aiur-r&mpèrede TukultUtpal-esaraF1 ', est au moins
le troisième roi de la dynastie de Paie. Entre lui et
Marttak-nddin-ahé, contemporain de Tukulti-apcU-
esant , se place encore au moins un règne ( celui de Bél-
nddin-aplu). Tukulii-apal-esara , étant contemporain du
cinquième roi de la dynastie de jPcuw, qui commence
vers 1 195, ne peut guère avoir régné avant 1 i4o.
Comment cela s'accorde-t-il avec la nouvelle donnée
de Salman-asand Ier ? D après un texte de Sin*ahé*irbaf
on met Takalti-Ninib vers 1 290 , et Salman-asarid Ier
vers 1 3 20. Mais cela obligerait à resserrer les règnes
des prédécesseurs de Sulinan-asarid dans un temps très
court. Le chiffre de 600 donné par Sin~ahê-irba est
évidemment un chiffre arrondi , et Ton peut placer
TukultUNinib en 1 275 et Sulman-asarid Ier vers 1 3 00.
D'après la nouvelle inscription de Salman-asarid,
Samsi+Àdad a régné 5 80 ans avant lui, c est-à-dire vers
1 83o. Si Ton combine avec ce résultat les données de
Taknlti~apal-esara Ier (vu, 60-70), on arrive à Tannée
12 35 pour le début du règne d'Asur-dân , et aux envi-
rons de 1 1 90 ou 1 1 85 pour la fin. Si Ton place vers
1 200 l'événement de ce règne depuis lequel Tvdealti-
apal-esara compte 60 ans, on arrive encore pour ce
dernier à la date de 1 1 4o , ce qui oblige à maintenir
la donnée de Bavian.
L'avenir montrera qui a raison de M. Rost ou de
16 JANVIER-FEVRIER 1907.
M. Peiser. Je me contenterai d'appeler 1 attention des
historiens sur le passage de Tukulti-apal-esara Ier dont
on s'est tant servi , et qui me parait susceptible d'une
nouvelle interprétation. U dit essentiellement : ina
ûmésama bit Anim a Adad . . . sa . . . Samsi-Adad . . .
ipus 661 sanâti illik inah Asurdân . . . bîtu suâtu ibbul
ul ipus 1 susi sanâti ussusu ul innadâ ina surru sarrutia
Ami a Adad . . . epas admânisunu Muni. « En ce temps-
là le temple d'Ami et d'Adad . . . que . . . Samsi-Adad
. . . avait construit, depuis 64 1 ans tombait en ruine.
Asurdân . . . démolit ce temple et ne le reconstrui-
sit pas; pendant 6o ans ses fondations ne furent
pas jetées. Au début de mon règne Anu et Adad. . i
m'ordonnèrent de reconstruire leur demeure. » On a
ordinairement entendu que les 64 1 ans finissaient
sous le règne ftAsur-dân et qu'il s'était écoulé une
nouvelle période de 6o ans depuis le déblaiement
d'Asur-dân jusqu'au début du règne de Tukulti-apal-
esara. Je crois qu'il serait possible de l'entendre tout
autrement : les 64 1 ans marqueraient le temps écoulé
depuis la ruine du temple jusqu'aux travaux de
Tukulti-apal-esara, et les 6o ans seraient une partie
de cette période, celle pendant laquelle les ruines
elles-mêmes avaient disparu en partie sans que le
terrain déblayé reçût de nouvelles constructions.
La phrase Asurdân . . . innadû serait une parenthèse ,
comme il s'en introduit si souvent dans les longues
périodes commençant par umisu : (Asur-dân avait bien
déblayé le terrain , mais il n'avait rien construit, et 6o
ans durant les tranchées n'avaient pas reçu les nou-
I/ÀSSYRI0L0G1E EN 1904. 17
velles fondations). B faudrait donc compter simple-
ment 64 1 ans (et non 64i+6o) entre la ruine et
la reconstruction du temple de Samsi-Adad. Cela
semble favoriser la conclusion de M. Peiser sur la
date de Tukulti-apal-esara , puisque i83o (date de
Samsi-Adad d'après M. Rost) — 64 1 = 1 1 89. Mais
d'autre part il faut remarquer que la ruine du temple
ne coïncide pas nécessairement avec la fin du règne
de Samsi-Adad et que l'on peut, s'il est besoin par
ailleurs, ajouter 3o ou 4o ans au chiffre de 64 1
pour avoir la durée qui sépare les deux règnes.
M. Lehmann maintient le résultat auquel il était
arrivé1 avant la découverte du texte de Sulman-asa-
rid Ier, savoir que le chiffre de l'inscription de Bavian
est de 100 ans trop élevé. D'après cette inscrip-
tion, Tuknlti-Ninib Ier régnait 600 ans avant la prise
de Babylone par Sin-ahé-irba , soit en 1289; donc
Sulman-asarid Ier, son père, régnait vers i3oo. Or
Samsi-Adad a régné (64i +60=) 701 ans avant
la reconstruction du temple A'Anu par Tukulti-apal-
esara Ier. Si , conformément à l'inscription de Bavian ,
nous plaçons Tukulti-apal-esara vers 1110, et en
conséquence Samsi-Adad vers 1820, cela mettrait
Sulman-asarid Ier ', au cas où il aurait régné 58o ans
après lui, vers 1 2 4o au lieu de 1 3oo. Mais, comme
il est impossible de remonter la date de Takulti-apal-
esara de 60 ans sans se mettre en contradiction
avec les points les mieux établis de la chronologie ,
1 Zxcei Hauptprobleme dev altorientalischcn Chronologie , 1898.
ix. 2
iMt-aïauus ■ATIOBALE.
18 JANVIEK-FÉVRIËR 1907.
il faut expliqiier autrement la nouvelle donnée de
Sulman-asarid Ier. H faut entendre qu'il s est écoulé
58o ans depuis Erisu jusqu'à SidmanrOsarid 1er et que
les 169 ans entre Erisu et Samsi-Adad Ier sont une
partie des 58o ans. Donc Samsi-Adad bâtit le temple
( 5 80 — 1 59 =») 4a î ans avant Stklman-aàarid Ier ( 1 3oo)*
Si nous mettons Tukulti-apal-esara , d après l'inscrip-
tion de Bavian , en 1 1 1 o , et du même coup Samsi-
Adad en 1820, nous arrivons pour Sulman-asarid Ier
en(i8ao — 4^i =») 1^99,0 est-à-dire environ 100 ans
trop haut» En réduisant de 1 00 le chiffre de Bavian,
nous arrivons à Tannée 1 299 à laquelle nous étions
déjà arrivés par ailleurs.
M. Lehmann a trouvé une confirmation de son
hypothèse dans un texte d'Asur-aké-iddin découvert à
Kalaat+Siryât, qui compte 1 a 6 ans depuis la restau-
ration d' Erisu jusqu'à celle de Samsi-Adad , et 434 ans
dépuiscelle-ci jusqu'à l'incendie sous Sulman-asarid Ier,
soit en tout 56o ans. Mais ce nouveau texte montre
aussi que le Samsi-Adad nommé par Sulman-asarid Ier,
et que M, Lehmann ne croyait pouvoir être autre
que le fils d'Isme-Dagan, est en réalité le fils de Bél-
kabi , ce qui porte à trois le nombre des patêsis du nom
de Samsi-Adad (plus deux rois). Le fils dUsme-Dagan
et celui de Bél-fabi ont dû être presque contempo-
rains , ce qui expliquerait que cette erreur n'ait pas
entraîné M* Lehmann à des résultats faux. Mais ne
faudrait-il pas se demander si le Samsi-Adad de l'in-
scription d'Asur-ahé-iddin est le même que celui de
l'inscription de Sulman-asarid? Cela remettrait alors
LASSYR10L0GIE EN 1904. 19
en question la confirmation que M. Lehmann a cru
trouver dans le texte $ Asur-ahê-iddin.
M. Pancritius a donné une histoire des armées assy-
riennes depuis TnkuUi-apalreiara Ier jusqu'à Samsi-
Adad. Tandis que l'emploi des chars de guerre est
attesté par des textes nombreux , nous ne savons rien
de la cavalerie. Le mot ummanâti ne désigne pas,
comme on l'admet généralement, les troupes en gé-
néral , mais exclusivement l'infanterie , et par endroits
même , une certaine espèce d'infanterie , les hoplites ,
par opposition à l'infanterie légère. La tactique ma-
cédonienne, qui combinait l'emploi des différentes
armes , a dû être employée en Mésopotamie mille ans
avant Alexandre. À la différence des Grecs, les Sé-
mites, et tout particulièrement les Assyrien*, ne se
contentaient pa» d'une victoire qui les rendait maîtres
du champ de bataille; mais, comme les généraux
modernes , visaient à une destruction complète et ra-
pide de l'ennemi. L'armée assyrienne était essentiel-
lement une armée nationale et non une armée de
mercenaires.
RELIGTÔfl ET MYTHOLOGIE.
M. J astrow. Dis Religion Babyloniens and Assyriens. Giéssen ,
J. Rïckér, 1 vol, 55a p. in-8°. — Religion of Babylonîa
ané Àssyria : Hastthps Dictionary of thv Bible, vol. V,
p. 53 1-84. — F.-X. Kugler. Die Sternenfahrt d$$ Gifyo»
mesek; Kasmelogische Wàrdigang des babyhnischm National-
tpos : Stiawten ans Maria- Lauch, igoA, 4 Heft. Friburg
i. Br. ,33 p. in-8° et deux cartes.
Malgré les lacunes encore considérables de notre
a.
20 JANVIER- FÉVRIER 1907.
connaissance dé là religion assyrô^babyloniennè , ies
études de détail sont déjà assez nombreuses pour
qu'un essai de synthèse soit indispensable à tous Ceux
qui , directement ou indirectement , s'intéressent aux
dieu* et àtix cultes de l'ancienne Mésopotamie.
M. Jastrow, qui avait tenté une première fois cette
synthèse dans un volume publié en 1 898 1, a repris
son travail dans des proportions plus larges, en utili-
sant les textes et les travaux publiés depuis six ans. Le
plan delà seconde édition est identiquement le même
que celui de la première, mais les développements
nouveaux donnés à chacun des chapitres en font
réellement un ouvrage différent, et dont la masse
sera plus que doublée. Le premier volume, seul
publié jusqu'à présent, étudie successivement le pan-
théon aux différentes époques de la Babylonie et de
l'Assyrie, les textes magiques , les prières et les hymnes.
Le reste de la littérature religeuse, c'est-à-dire les
présages, les mythes et les légendes , la cosmologie
et l'eschatologie, les temples et les cérémonies
du culte , fera l'objet du second volume , qui se ter-
minera par une bibliographie que l'on peut espérer
complète. Un des principaux mérites de l'ouvrage est
en effet la sûreté et l'étendue de l'information : on
peut dire qu'aucun livre , aucune brochure n'a échappé
à M. Jastrow.
La lacune la plus regrettable de la première édi-
tion , le manque de références , a été comblée : des
1 The religion of Babylonia and Âssyrld t Boston, USA.
L'ASSYRIOLOGIE EN 19Q4. &1
notes nombreuses renvoient aux textes sur lesquels
Fauteur s appuie et dont il donne souvent la tra-
duction. Malheureusement je retrouve encore dans
l'exposition une certaine prolixité : M, Jastrow se
répète volontiers et se laisse facilement entraîner
à reprendre le développement de quelques thèmes
favoris déjà exposés dans les pages précédentes. Sa
méthode d'exposition , essentiellement discursive et
analytique favorise encore ce penchant qu'un effort
plus vigoureux vers la systématisation et la synthèse
aurait contenu, Par exemple» si au lieu d'analyser
tablette par tablette les séries assez monotones de
textes magiques , M. Jastrow avait cherché à résumer
en quelques pages l'idée qu'il veut nous donner de
leur contenu et de leur composition , s'il avait groupé
sous trois ou quatre chefs principaux les faits qui
rassortent de ces testes, il aurait pu en faire un
tableau plus serré , plus net et plus saisissant. L'idée
qu'a eue M, Jastrow de distinguer des époques dans
le panthéon assyro-babylonien est incontestablement
bonne : retracer l'évolution historique des concepts
religieux est évidemment le but d'un historien des
religions; mais je ne crois pas qu'il eût fallu pour
cela morceler en trois tronçons le tableau du pan-
théon et s'y reprendre à trois fois pour nous parler de
Samas. En dehors des textes datés, nous possédons une
vaste littérature religieuse , pour laquelle toute chrono-
logie est encore et sera peut-être toujours impossible,
et qui en tout cas a été en usage pendant de longs
siècles : à quelle période attribuera4-pn les données
S2 JANVÏÊR-fÉVRIEft i^O?.
qtrdHe fournit? Les idées générales qui se dégagent
aujourd'hui sur Fhistoire du panthéon assyro-baby-
lonien auraient donc pu être réunies dans on chapitre
précédant une série de monographies uniques sur
chaque dieu, dans lesquelles tous les faits auraient
été exposés logiquement, sans que d'ailleurs les
distinctions chronologiques en fussent aucunement
exdues.
M. Jastrow est très pénétré de Fidée , juste en soi ,
que, par suite de l'unification de là Babylonie sous
un même sceptre , beaucoup de divinités locales ont
été évincées par les dieux de Babylone, et que le sa-
cerdoce babylonien a remanié la liturgie au profit
de ses dieux propres, D'une manière générale la
thèse est des plus vraisemblables, mais j'ai peur
que M< Jastrôw ne l'ait quelque peu faussée ou tout
au moins compromise,, en F exagérant. Par exemple
il fie me semble nullement évident que le dévelop-
pement du rôle de Marduk dans les incantations
soit postérieur à fiammarafo' ;(p. 296 et 3 29) et soit
dû à une substitution du dieu de Babylone au dieu
d'Eridu, Ea. H est très possible qu'à Eridû même,
et pour des raifcofts d'ordre purement théologique ,
on ait imaginé , entre le àiou suprême et Fhumanité ,
un médiateur, fils de dieu, et dieu lui-même, mais
plus près de Fhomme et plus accessible à ses misères.
Pareil rapport existe dans le christianisme entre Dieu
le père et Dieu le fils1. De même, le fait qu'à quel-
1 Cf. Matth., **,*•?.
LASSYRÎOLOGIE EN 1904. 83
qttes lignes de distance , dans une même incanta-
tion , l'exorciste se dit l'envoyé d'£a , puis l'envoyé de
Mariak , n'est nullement ia preuve d'un remaniement
mtriadroit (p. 35€, note 3), car il n'y a pas, à vrai
dire , de contradiction , et l'on peut ordre que si tin
prêtre de Mardak avait voulu retoucher au profit de
son dieu tin texte iïEriin , il aurait pris le bon moyen .
qui était de substituer le nom de Marduk à céleri
dJEa et non d'ajouter l'un à l'autre. Enfin il y a quel-
que exagération i prétendre retrouver le lieu d'ori-
gine d'un texte d'après le dieu qui y est mentionné
(p. 347 ). Aussi haut quç nous remontions , on honore
en tout lieu, outre la divinité locale, un grand nom-
bre de divinités , que la liturgie ne pouvait pas igno-
rer. De ce que Samoa, le dieu de Larsa, est invo-
qué dans une incantation , il n'en résulte nullement
que celle-ci n'ait pu être rédigée k Etida, dont le
patron était Ea. Prétendre le contraire serait attribuer
aux anciennes cités de la Chaldée un monothéisme
de fait que rien ne permet de supposer.
Si certaines distinctions de M. Jastrow me pa-
raissent prématurées et vaines , il en est d'autres qu'il se
refuse à admettre et qu'il écarte trop sommairement.
Il se contente de déclarer (p. «i65 , n. 1) que la tenta-
tive de M. Sayce pour distinguer, dans la religion de
la Chaldée , les apports sumériens des apports sémiti-
ques a complètement échoué. H eût valu la peine
de le montrer, et le puissant effort de M. Sayce mé-
ritait mieux qu une note dédaigneuse. Je ne suis pas
éloigné de croire que la confusion perpétuelle , main-
24 JANVIER-FÉVRIER 1907.
tenue soigneusement par M. Jastrow, entre le pan-
théon sumérien et le panthéon sémitique, est un vice
capital» Il ne suffit pas d'affirmer que la religion
assyro- babylonienne est exclusivement sémitique
(p. 19 et 3 3-a3); il faudrait définir ce que c'est
qu'une religion sémitique, en découvrir un type dune
pureté indiscutable et le comparer à la religion en
question, M. Jastrow ne l'a pas fait et je n'en suis
pu* trh surpris; mais son affirmation reste alors
l'expression d'une préférence personnelle qu'il ne
pouvait pas espérer nous faire partager et qu'il pou-
vait moins encore ériger en principe.
Rawlinson avait déjà émis l'idée que la légende
de Gilgames est un mythe solaire qui a pour base le
cours annuel du soleil. Depuis, on s'est borné à
faire remarquer le nombre des douze tablettes qui
forment le texte et qui seraient une allusion aux douze
signes du zodiaque; l'amitié de Gilgames et d'fia-
bani, qui rappelle la constellation des Gémeaux; les
hommes-scorpions et le déluge, qui rappellent les
signes du Scorpion et du Verseau. Mais, en contra-
diction avec ces données, on a cherché sur la terre
le théâtre des exploits de Gilgames.
Le P. Kugler objecte que : i° l'action se déroule
non pas sur la terre, mais dans le ciel étoile; les
voyages communs des deux héros et le voyage de
Gilgames vers « l'île des bienheureux » se font non
vers l'ouest, mais vers l'est; a0 l'explication de Jensen ,
qui fait voyager Gilgames par la Syrie et Chypre
jusqu'à Gibraltar, tout ingénieuse qu'elle est, est aussi
L'ASSYRIOLOGIE EN 1904. 25
inacceptable que celle qui le fait voyager vers le golfe
Persique; 3° la légende provient de l'époque où le
point équinoxial du soleil était dans le Taureau; en
tout cas les données cosmographiques témoignent
d'une antiquité d'au moins 4ooo ans.
Gilgames habite dans la maison brillante d'Anu et
d'istar (I, 37), c'est-à-dire du dieu suprême du ciel
et de la déesse de l'étoile Vénus; il va à la forêt des
cèdres par un chemin que seul le soleil a parcouru
avant lui (X, m, 22); il tue le taureau céleste, le
lion, et atteint le scorpion (IX, 11), trois constella-
tions de l'écliptique nommées dans l'ordre où le so-
leil les parcourt dans ça course annuelle. La fin de
la tablette XI montre que le but du voyage n'est pas
très éloigné de la patrie du héros : le retour est très
rapide ; donc Gilgames ne revient point sur ses pas ;
il a dû faire un voyage circulaire. Les scorpions sont
les constellations personnifiées du Scorpion et du
Sagittaire ; le supuk samê est la voie lactée. La mon-
tagne de Mesu, que Gilgames doit traverser, est la
partie obscure du ciel qu'entoure la voie lactée au
nord et au sud de l'écliptique , entre le Scorpion et
le Sagittaire; à cet endroit la voie lactée forme pour
ainsi dire une porte à cette montagne , et cette porte
est traversée d ouest en est par le soleil dans sa course
annuelle. La reine Siduri Sabîtu est la partie peu lu-
mineuse de la Voie lactée , près du Sagittaire. Les eaux
de mort traversées par Gilgames et Ut-napistim sont la
constellation de l'Eridan, qui a la forme sinueuse
d'un cours d'eau. Le héros arrive, après un voyage
26 JANVIER-FÉVRIER 1907.
de 1 5o jours environ, à un point de la constellation
d'Orion distant à peu près de i 5o degrés de la voie
lactée.
Gilgames, armé de la hache et du poignard, est le
prototype d'Orion. Son camarade Eabani, fait à l'image
d'Anu, a aussi un caractère astral : c'est probable-
ment le Cocher et sa Chèvre ( Eabani vit avec les ga-
zelles). Le taureau qu'il combat avec Gilgames est
une constellation; la forêt, la montagne et le grand
cèdre sont tout près de cette constellation , dans la
voie lactée. Au terme du voyage commun <K Eabani
et de Gilgamei est la constellation des Gémeaux. La
mort d'Eabani se place après le combat contre le
lion, c'est-à-dire à l'époque où le soleil se trouve
dans la constellation du Lion, au quatrième mois de
l'année babylonienne. Comme celle de Tammuz,
elle symbolise la mort de la végétation sous l'ardeur
excessive du soleil. Enfin le caractère solaire de Gil-
games explique qu'il soit devenu un héros du monde
souterrain , le soleil étant censé passer sous la terre.
Le soleil était au solstice dans la constellation du
Lion, vers 2100 ouvers36oo av. J.-C, suivant que
l'on songe à l'extrémité ou au milieu de la constella-
tion. C'est la première date que le P. Kugler choisit
comme l'époque approximative de la composition de
la légende. H annonce, en terminant, la démonstra-
tion d'autres théories, notamment que, dans l'opi-
nion des Babyloniens, la voûte du ciel n'est pas
fixe , mais animée d'un mouvement de rotation.
L'ASSYRIOLOGÎE EN 1904. 87
DROIT PUBLIC ET PRIVÉ.
C.-H.-W. John», Babyhnian aud Assyrian laws, contracte and
letters. New- York, C. Scribner's sons, 1 vol. 4^4 p. in-8°.
Nous n'avons pas et nous n'aurons jamais, pour
reconstituer la vie babylonienne et assyrienne , la riche
collection de monuments figurés que les tombes de
la vaHée du Nil ont conservée aux égyptologues.
Mais les innombrables tablettes d'argile, sur les-
quelles les anciens habitants de la Mésopotamie ont
consigné les transactions les plus variées, fournissent
une source inépuisable de renseignements sur la vie
publique et privée , depuis les débuts de l'écriture jus-
qu'à l'année 82 avant notre ère. Le nombre des textes
publiés et étudiés jusqu'à ce jour, quoique déjà con-
sidérable, est infiniment petit en comparaison de
ceux qui sont encore inédits et surtout enfouis dans
le sol; mais la masse des données qu'ils nous appor-
tent est tout à la fois si grande et dispersée en tant
de travaux qu'il était devenu urgent d'en faire une
première fois la synthèse.
M. Johns , qui s'est tout spécialement voué à l'étude
de cette catégorie de documents , et en a publié lui-
même une collection importante1, nous a donné
cette synthèse dans un volume plein de faits , d'une
lecture agréable , que tous les historiens pourront con-
sulter et que les spécialistes eux-mêmes liront avec
•
1 Assyrian deeds and documents', 3 vol., 1898.
28 JANVIER-FEVRIER 1907.
profit. L auteur a exclu les discussions philologiques,
et on ne saurait 1 en blâmer, mais j aurais voulu alors
que ses références aux textes fussent d'autant plus
claires. Page î *i 3 , par exemple , une note me renvoie à
S. 3 4 , ce qui veut dire que le document a été trouvé
à Sippara. Mais on a publié des contrats de Sippara
un peu partout; où est le numéro 34? Je ne puis
analyser par le menu un ouvrage de cette étendue,
et je dois me contenter d'en indiquer les principales
divisions : les premières lois babyloniennes; ]e code
de Hammurabi (traduction); lois babyloniennes pos-
térieures; organisation sociale de l'ancien état baby-
lonien; juges, tribunaux et procès; jugements; droit
criminel; organisation de la famille; mariage; di-
vorce et abandon; droits des veuves; obligations et
droits des enfants ; éducation des enfants; adoption;
héritage; esclavage; la propriété foncière en Baby-
lonie; l'armée, la corvée et les autres services person-
nels; les fonctions et l'organisation du temple; dons
et legs; ventes; emprunts et dépôts; gages; salaires
des ouvriers; location de propriété; lois commer-
ciales ; association et fondé de pouvoirs ; comptabilité.
Dans une seconde section , M. Johns a donné un
tableau de la littérature épistolaire , depuis Hammurabi
jusqu'aux Sargonides et au second empire babylonien ;
en appendice un tableau des poids et mesures. Je
note, entre mille, un détail qui a son intérêt pour
l'archéologie : la première mention du fer est de
l'époque de Hammurabi; sa valeur comparée à celle
de l'argent est alors dans le rapport de î à 8.
LASSYRIOLOGIE EN 1904. 29
NUMÉRATION ET MÉTROLOGIE.
L.-J. Delaporte. Notes de Métrologie assyrienne : Recueil de
travaux, vol. XXVI , p. i34-i38. — G. Kewitsgh. Zweifel
an der astronomiscken and geometrischen Grundlage des 60-
Systems : Z A, vol. XVIII, p. 73-95.
Les Babyloniens ont eu une année commerciale
de 36o jours (= 1 2 mois de 3o jours), mais il est
impossible qu'ils n aient pas reconnu dès la plus
haute antiquité que Tannée solaire est de 365 jours :
la fête des jours épagomènes (zagniuku) en est la
preuve. Pas plus que l'observation du cours du soleil ,
celle des révolutions de la lune ne pouvait conduire
à une année de 3 60 jours; car le mois lunaire na
pas une durée moyenne de 3o jours, mais une durée
toujours inférieure à 3o jours, ce qui nous condui-
rait à une année de 354 jours, inférieure de 1 1 jours
à Tannée solaire. Ginzel a émis Thypothèse que Tannée
de 3 60 jours était une moyenne entre Tannée solaire
et Tannée lunaire; mais le fait que les anciens Baby-
loniens avaient une année de compte de 3 60 jours à
côté de Tannée solaire de 365 jours contredit cette
hypothèse. B est donc peu probable que la division
du cercle en 3 60 degrés et le système sexagésimal
aient été dérivés d'observations astronomiques. Leh-
mann a essayé d'expliquer le système sexagésimal
par deux mesures naturelles. Les Babyloniens fixaient
à 1/7 30 le rapport du diamètre du soleil à Téclip-
tique : ce chiffre s'obtient en divisant les 2 !\ heures
par 2 m. 1 k , durée du passage du soleil au méridien.
30 JANVIER-FEVRIER 1907.
Mais en admettant que les Babyloniens aient réelle-
ment cherché dans le ciel une mesure et aient trouvé
par l'expérience 720 largeurs du soleil — deux
choses peu probables — on ne voit pas pourquoi ils
ont pris pour unité, pour degré, le double de cette
mesure. Le kaspu non plus n'est pas une mesure
fournie par la nature. .
Toutes les explications données jusqua présent
supposent tacitemeqt que les Babyloniens avaient
déjà un système de numération lorsqu'ils inventèrent
le système sexagésimal. Mais il est impossible d'ad-
mettre qu'ils ont changé . leur numération pour
l'adapter à leur métrologie : au contraire ils ont adopté
les mesures que nous leur connaissons parce qu'ils
avaient une numération sextale ou sexagésimale. De
même, s'il est vrai que la division en quatre est plus
naturelle que la division en six, pour qui part d'ob-
servations astronomiques , il ne faut pas en conclure
que les Babyloniens sont arrivés à la soixantaine en
partant de quatre , mais que leur système de numé-
ration n'est pas issu de considérations astronomiques.
Zimmern fait valoir, en faveur de 3 60 comme point
de départ , que le sosse (60) signifie i/6 ; donc le double
mois , de 60 jours , le sixième d'aimée, serait une me-
sure naturelle. Mais on passe d'un nombre inférieur à
un nombre supérieur pour obtenir une nouvelle unité ;
on ne suit pas la marche inverse. D'autre part , l'année
elle-même n'est pas une mesure naturelle. Seul, le
jour est une mesure astronomique naturelle, et les
divisions du jour sont le résultat de l'arbitraire; la
I/ASSYRIOLOGIE EN 1904. 31
numération a sur elles une grande influence. Ainsi
la division du jour babylonien en six parties montre
que les anciens habitants de la Chaldée avaient un
système sextal, ou tout au moins que six était dans
leur numération un point d'arrêt. Cela explique l'im-
portance qu'ont chez eux les fractions 1/6, i/3, i-/a,
a/3 , 5/6 , c'est-à-dire 1/6 , 2/6 , 3/6 , 4/6 , 5/6 : ces
fractions sont désignées par des noms et des idéo-
grammes particuliers. Le nombre 60 est, comme
nous le verrons plus loin, un nouveau point d'arrêt
de la numération babylonienne. Le sixième de jour
(4 heures), divisé en soixantièmes, donne ïimda
(idéogr. us) de 4 minutes, 3 60e partie du jour. Le
cours journalier du soleil fournit tout naturellement
l'idée de cercle ; de là la division du cercle géomé-
trique en 3 60 parties.
Gomment les Babyloniens ont-ils été conduits au
système sextal ? Une revue des différents systèmes de
numération et notamment de la numération undé-
cimale des Néo-Zélandais a conduit M. Kewitsch à
une explication du système babylonien. Avec les
doigts de la main gauche, on comptait de 1 à 5. En
comptant 6 , .on levait le premier doigt de la main
droite, on fermait la main gauche, et on recommen-
çait à lever les doigts en comptant 6 + l ( 7 ) » 6 -f- 2
(8), 6 + 0(11). On levait alors le second
doigt de la main droite en comptant 2 fois 6 (12).
Après 5 sixaines-f- 5 (35) venaient les six sixaines ou
62=» 36. Ce nombre était marqué par le petit orteil
du pied gauche. Les cinq orteils du pied droit mar-
32 JANVIER-FEVRIER 1907.
quaient les troisièmes puissances de 6 (216). Dès
qu'apparaît la possibilité de ramener le système sextal
au nombre des doigts , on est dispensé de recourir
aux observations astronomiques et géométriques , qui
supposent un degré de culture tel qu'il est certaine-
ment postérieur à la numération.
Comment le système sexagésimal est-il sorti du
système sextal ? Est-ce par la rencontre d'un peuple
à numération sextale avec un peuple à numération
sexagésimale? Le mélange des deux systèmes de
chiffres dans récriture babylonienne parie en faveur
de cette hypothèse. Mais on peut aussi imaginer une
autre explication. Tandis que les doigts de la main
gauche marquent comme tout à l'heure les cinq
unités, l'image de 6 est fournie par toute la main
étendue; les doigts de la main droite donnent alors
les multiples de 6 jusqu'à 6 X 5 , et les deux mains
le carré de 6 ou 36. On peut encore recommencer
en convenant qu'une main étendue donne à chaque
doigt la valeur 6, les deux mains la valeur 3(5. Nous
obtenons alors deux groupes. Avec une main , dans
le premier stade, en comptant avec les doigts des
deux mains , nous avons 6 X i , 6 X 2 > ... 6x10
= 60 , qui forme une nouvelle unité. Dans le second
stade, en comptant sur les orteils des deux pieds,
nous avons 60x1,60x2, ... 60x10 = 600.
Avec deux mains, dans le premier stade, 36 X 1,
36X2, ... 36x 1 o = 36o ; dans le second stade ,
avec les orteils des deux pieds, 36o x 1, 36o x 2,
. . . 36o x io = 36oo.
LASSYRI0L0G1E EN 1904. 33
Le rapport entre les mesures agraires u et gar
avait été évalué à 12 par M. Thureau-Dangin qui,
de la tablette 96-^-1 o , 1 , avait tiré la relation 1 gar
«nu. M. Delaporte fait remarquer qu'une autre
tablette aurait donné 1 gar = 1 tx u , et une autre
1 gar »iou. Il calcule donc les relations fournies
par trente-sept plans publiés dans les Cuneiform Texte
et montre que la valeur de lu varie entre 1/1 8 et 1/7
de gar.
ARCHÉOLOGIE.
Clarbncb S. Fisher. The Mycenaean palace ai Nippur : Atn.
Journ. of Arch., vol. VIII , p. 4o3-43'i. — L. Heuzey. Une
statue complète de Goudéa : Revue d'assyriologie , vol. VI,
p. ia-22. — I.-M. Pftice. Four Babylonian seal cylinders :
AJSLL, t. XX, p. 108-1 15.
Le palais de Nippur, que M. Fisher attribue à l'art
mycénien, est le même dont M. Hilprecht fait
descendre la construction jusqu'à l'époque parthe.
M. Fisher tire ses arguments de la comparaison des
différentes couches, de quelques objets trouvés en
dehors Au palais (notamment une tête de guerrier
en pierre, un masque funéraire en or, une stèle en
terre cuite représentant deux bouquetins affrontés et
dressés sur les pattes de derrière contre un arbre
qui les sépare); des colonnes et de la distribution du
palais lui-même , comparée à celle du palais de Ti-
rynthe. Je doute qu'aucun de ces rapprochements
paraisse bien décisif aux historiens de l'art mycénien.
D'autre part, l'archéologie babylonienne fournit
ix. 3
34 JANVIER-FEVRIER 1907.
en abondance des éléments de comparaison qui nous
dispensent dfe chercher jusque sur lés bords dé la
mer Egée les origines de fart nippourien : lès bou-
quetins affrontés, par exemple, ne sont pas précisé-
ment un motif inconnu à l'art oriental ou que l'on
puisse prétendre importé; on les trouve déjà sur un
cylindre chaldéôn de la Collection de Glercq (pL II*
1 5 ) , que Menant a fort justement attribué aux âge*
les plus anciens, et la construction si caractéristique
des colonnes de Nippwr, formées de briques en sec-
teurs de cercle, se trouve déjà à Telloh, dès l'époque
de Giideai comme en témoignent les inscriptions de
ces briques (Dec., pi. 38). H n'y a rieri, dans les
arguments dé M. Pishér, qui Jrtiisse prévàldfr fcbfitre
le fait sur lequel s'appuie M. Hiiprecht, savoir que
l'une des briques du palais renfermait une monnaie
de cuivre de l'époque dfes Arsacides1. M; Fisher aura
doric raison de ne pas trop se hâter de construire la
théorie sur les migrations dés peuples à la fin de
l'époque mycénienne, qu'il a esquissée à propos du
palais de Nippur.
La statue J de Gudea (voir p. 45g) a été étudiée
par M* Heuzey, qui en a donné une reproduction en
héliogravure et a fort ingénieusement expliqué le
manque de proportions qui se remarque dur plusieurs
statues ehaldéennes et en particulier sur oelle-ci j
« Quand le bloc (de diorite) était de dimensions trop
restreintes, l'artiste ne Craignait pas de diminuer le
1 BééplorMiokM in BiM+Lunds, p. 563.
L'ASSYRIOLOGIE EN 1904. 30
corps, ne le considérant plus que comifce Uft stele,
une Bdxte de plédouche et de support pour la tête*
Ce pârti*pris a quelque chose d'enfantin ♦ de naïf;
mais il est probable que les sections ohirurgicaies
par lesquelles nos sculpteurs modernes établissent
un buste, en tranchant dans le vif de la figure hu-
maine) auraient paru au* hommes de ces anciens
âgés une pratique bien plus choquante et plus inad-
missible que ee rapetissement du corps, dont leur
imagination corrigeait l'invraisemblance, »
M. Priée a publié quatre cylindres en pierre dure.
Il attribue le premier et le troisième à l'époque de
Sbk-Gtûii> parce qu'il y trouve lucal-bahda et an*»
qul mentionnés oôte à oôte coiftme dans une inscrip-
tion de Sin-Gasid; delà paraîtra peut-être une raison
insuffisante* Le second cylindre a appartenu à Imgwr*
Sin> paèisu (prêtre) de BéUt; le quatrième porte le
nom de Gudba.
ÎNFLtJEMÈS BAËttÔHtÉÏWM.
a. EN GÉNÉRAL.
Dt~Ht NtàfeitEH» Uébtr Ht GmM** Hammarabis* Vorttpg*
Wiea, A. Hôlder, 45 p, in4J°. — H, Wincsxeh. Die
Wdtanschauung des Alten Orients. Ex Oriente lux, Baiid I,
îteft I, Leipzig, Pfeiffer, 5o p. m- 8*.
Une nouvelle collection de monographies destinées,
à répandre dans le public lettré la connaissante de
l'antiquité orientale, et publiée sous là direction
3.
36 JANVIER-FEVRIER 1907.
de M. Winckler, débute par une étude de ce savant
sur la conception de l'univers dans l'ancien Orient.
La thèse , déjà exposée plusieurs fois par M. Winc-
kler, est que cette conception est essentiellement
astrologique, que les institutions, la mythologie et
même l'histoire ont été modelées sur elle, et que
son influence s est perpétuée non seulement chez les
Grecs et les Latins, mais chez les Indiens et les Chi-
nois, jusqu'à l'islamisme et aux temps modernes.
La découverte des tablettes dEl-Amarna a montré
qu'au xv* siècle avant notre èje la langue et l'écri-
ture babyloniennes étaient pour tout l'Orient ce que
la langue française est aujourd'hui pour le monde
civilisé, et que les mythes babyloniens étaient étudiés
jusqu'en Egypte. D'autre part les rapports relevés
entre les traditions de peuples très différents peuvent
bien s'expliquer pqr l'unité de l'esprit humain tant
qu'il s'agit de pensées , mais non plus lorsqu'il s'agit
de l'expression de ces pensées. Il faut donc chercher
à ces traditions communes, revêtues d'une forme
identique, une source unique, et elle ne peut être
trouvée qu'en Babylonie.
Mais dans ce pays tout est réglé à l'image du ciel
étoile : le monde terrestre est considéré comme une
image du monde astral; les astres règlent et, par
suite, annoncent les événements terrestres. M. Winc-
kler s'efforce de montrer l'origine babylonienne et
astrologique du système sexagésimal, de l'année
lunaire et solaire et de ses divisions, de la double
heure , cle l'heure et du mille. Mais quelques rappro-
L'ÀSSYRIOLOGIE EN 1904. 37
chements de détail me paraissent encore trop peu
fondés. Par exemple comparer la fonction du Hctator
clavis fingendi causa à l'usage babylonien des clous
d'argile enfoncés dans les murs (p. 7) ne serait légi-
time que si cet usage se rapportait sûrement au
comput des années; or ce que nous en savons par
Loftus nous ferait voir bien plutôt dans ces clous
d'argile un simple motif d'ornement dépourvu de
toute signification. Il est certain que Pythagore a
beaucoup emprunté à l'Orient, mais il paraîtra au
moins inutile d'en chercher une preuve dans l'im-
portance qu'il attribuait aux fèves, rapprochée de
la dispute de Jacob et d'Esaû pour le plat de lentilles
(p. i3). L'existence d'un double mois babylonien,
ou, si l'on veut, dune division de l'année en six mois
de 60 jours serait une explication bien séduisante
d'une particularité du calendrier romain qui n'a que
six noms de mois (Janvier à Juin), les autres (Quino
tilis à Décembre) étant simplement désignés par un
chiffre (p. i5). Mais ce double mois me parait une
pure déduction de M. Winckler; aucun texte ne la
confirmant, elle ne peut elle-même rien expliquer.
Appliquée à l'histoire , la théorie de M. Winckler
se formule ainsi : l'histoire terrestre et humaine doit
être une copie de l'histoire céleste {p. 3q); le mythe
astral est la forme dans laquelle TOrient a coulé la
matière historique (p. 38). Abraham est le premier
des patriarches : sa figure doit donc être composée
de traits empruntés au culte de la lune; son fils a
les traits du soleil. Les* traces de cette conception
38 JAUVIER-rÉVRIER 1907.
historique se retrouvent surtout dans in littérature
apocalyptique» — Limitée à certaines périodes de
l'histoire, cette théorie ingénieuse ait très acceptable :
elle a le mérite 4 expliquer le mélange d'éléments
mythique* et de réalité historique •-** souvent con-
testée à tort — dans des traditions comme celle qui
nous a été transmise sur Sargon l'ancien. Il est certain
que la tentative d'un Bérose s efforçant de renfermer
l'histoire de Babyione dans un cycle terminé par la
mort d'Alexandre, et de montrer qu'une ère nouvelle
commençait avec les Séleucides, se rattache à une
conception astrologique de l'histoire. De même très
probablement les calculs de Nabonide, Mais il ne
faudrait ni exagérer le caractère astral dès mythçs ,
ni découvrir leur influence là où le rapport que l'on
aperçoit est peut-être une coïncidence purement for-
tuite. La difficulté en pareille matière n'est pas de
découvrir des rapprochements qui justifient la thèse ;
elle cet de ne pas les recueillir trop complaisamment
en excluant ceux qui la contredisent. Ainsi M. Winc
kler me paraît abonder trop facilement dans son
sens et compromettre sa théorie lorsqu'il l'applique
aux rois d'Israël. Il établit cette série d'équations :
Gémeaux = Lune Saûl
Cancer =*= Lion Jonathan
Lion = Mardak David
Vierge
Balance = Nabû Salomorç
et ajoute entre autres choses que « la mélancolie est
propre à tous les chefs de dynastie, car elle est en
LASSYRIOLOGIE EN 1904. 30
rapport avec la légende de la lune et repose sur la
disparition mensuelle du disque lunaire » (p. 4p-4 1 )•
Salorqon correspondant à la fialapce, son fils corres-
pond au Scorpion; ainsi s'applique sa réponse au
peuple : « Moq pèrp vous a châtié avec le fouet,
mais moi je vous châtierai avec le Scorpion » (p. 44).
Passe encore pour le Scorpion , encore qu'il soit plus
raisonnable de penser quun instrument de torture
a porté ce nom; mais quel rapport y a-t-il entre
le fouet de Salomon et la Balance? M. Wipokkr,
comme tout semeur d'idées , propose plus de choses
qu'il nen fera accepter* mais on le lit toujours avec
intérêt , et , sans partager toutes ses opinions , je re-
tiomuwnde une brochure dont je n'ai pu donner
qu une idée bien incomplète.
M. D.-H. Mûller a exposé, dans une conférence
faite à la société viennoise de juristes, les idées
qu'il avait développées dans son édition de Hammu-
rabi, sur la loi de Hammural?i, la loi de Moïse et la loi
des XII Tables (cf. Journal asiatique , 1904, p. 273).
6, SUR ISRAËL.
J. Halévy. Lés prétendus emprunts cosmogoniques dans la
Bible : Râvue sémitique, p. 2 16-828 et 3i3-3a4. •*- A. Jere-
¥Ias. Dos alte TesfanipQt in% jÂchte des altep QrU*t$, niit
1U5 Abbildungen und 2 Kart en. Leippg, tftuficljs, 1 vol.
in -8°, 383 p. — Monotheistische Sfrômangen innerhalb
der babylonischen Religion, anf Grund eines Vortrages
gehalten anf dem 11 internationalen Rongress fàr ReHgions-
geschichie zu Bas*\, 4004 < Leipzig, Hinidchi, 48 p. in-8°.
40 JANVIER-FEVRIER 1907.
— » S. Langdon. Isaiah 66, 11 : AJSLL, vol. XX,
p. 259. — Th.-G. Pinghes. Sapattu, the Babylonian Sab-
bath : PSBA, vol. XXVI, p. 5i-56. — Sapattu, the
Babylonian Sabbath, additional note : ibid., p. 162-1 63.
— J. -D. Prince, The Assyro-Babylonian scapegoat contro-
versy : AJSLL, vol. XX, p. 173-181. — H. Zimmern.
Sabbath : ZDMG, vol. LVIII, p. 199-202. — Nochmals
Sabbat : ibid. , p. 458-46o.
Dès le début des études assyriennes, on a com-
pris le secours qu elle pouvaient fournir à l'exégèse
biblique, et les travaux d'ensemble ou de détail sur
les rapports d'Asur et d'Israël se sont rapidement
multipliés, l'assyrien rendant au centuple l'aide que
l'hébreu avait prêtée aux déchiffreurs de la troisième
écriture cunéiforme. M. Jeremias a de nouveau
réuni et commenté les passages de la Bible qu'é-
clairent les textes assyriens et babyloniens et, d'une
manière plus générale, l'archéologie orientale. Il
étudie successivement la conception du monde dans
l'ancien Orient, les centres du cuite et les princi-
pales divinités du panthéon babylonien, les cosmo-
gonies babylonienne, égyptienne, phénicienne,
étrusque et hébraïque; le paradis et la chute de
l'homme, les patriarches, l'antiquité du monde
d'après la Bible, le déluge dans les traditions baby-
lonienne, syrienne, phrygienne, indienne, grecque
et biblique; la liste ethnographique de Gen.t 10, la
tour de Babel, la migration d'Abraham, le pays de
Canaan avant Israël, Abraham considéré comme
Cananéen, la légende de Joseph, la sortie d'Egypte,
les lois de Moïse et de Hammarabi , enfin une série
L'ASSYRIOLOGIE EN 1904. 41
de passages empruntés aux différents livres de la
Bible.
M. Jeremias est un chaud partisan des théo-
ries de Stucken et de Winckler sur les mythes
astraux et retrouve partout l'influence des concep-
tions astrologiques. Pour y arriver, il ne recule pas
devant une traduction arbitraire : ainsi le nom de la
tour à étages de Borsippa, E-ur-imin-an-ki, est tra-
duit par lui « der Tempe! der 7 Befehlsûbermittler
des Himmels und der Erde » (p. 6), pour appuyer
cette affirmation que lés planètes ont été conçues
comme les Dolmetscher (êpfiriveïs) de la volonté
divine, et bien que le seul sens que Ton puisse attri-
buer à lit, ur, soit celui de hamamu « direction ».
Suivant M. Jeremias, le mythe astral est comme le
moule dans lequel la matière historique s'est coulée;
il est à l'histoire ce que la métrique est à la poésie,
le dessin et la couleur à la peinture, et le fait d'avoir
revêtu cette forme de mythe astral n'enlève à un
récit rien de sa valeur historique (p. 22). D'ailleurs
l'histoire elle-même construit des schèmes (die
Geschichte baut Schemen) : l'empereur Guillaume a
six fils et une fille, les sept planètes avec Vénus
(p. 22 5, n. 4, et p. a4o). Il faudrait pourtant s'en-
tendre : ou bien les rapprochements que Ton relève
entre différents traits d'un récit et les conceptions
astrologiques sont un pur effet du hasard, et alors le
récit garde sa valeur historique, mais il n'y a pas
d'influence de l'astrologie et le rapprochement est
un jeu d'esprit sans aucun intérêt scientifique ; ou
42 JANVIER-FEVRIER 1907.
bien les faits ont été plus ou moins altérés, confor-
mément au schème astrologique, et le récit est
d autant plus suspect qu'il se rapproche plus de
ce schème.
On ne saurait trop s'étonner que l'échec piteux
de spéculations analogues , qui sévirent naguère dans
l'indianisme1, ait si peu profité aux savants d'au-
jourd'hui, et Ion doit regretter que des esprits
pénétrants se laissent entraîner à des exercices de
jonglerie où leur dextérité éclate brillamment » mais
en pure perte.
En dehors de cette erreur fondamentale qui me
gâte plus d une page de son livre — Abraham est
un mythe lunaire (p. i8<a-3, 309);, l'histoire de
Joseph est une réédition du mythe de Tammuz
( p. a 3 9 ) ; la bénédiction de Jacob à ses fil» est inspirée
du zodiaque (p. a l\ 8 ) ; le récit du déluge est un mythe
astral (p. i34); les commandements à à 9 dudéca-
logue hébreu sont rattachés chacun à une planète
(p. a 6 a) — M. JérérçuQâ a semé de-ci de-là quelques
affirmations qui me paraissent aussi dénuées de
preuves qu'inutiles. Je ne sais par exemple pour-
quoi il affirme que Adapa et Marduk sont un seul et
même fds d'JSa (p. 3o). Enfin certaines parties me
paraissent traitées trop sommairement, comme la
question du livre de Daniel, sur lequel M- Sayce
1 La vanité de ces théories a été spirituellement ridiculisée
par J.-B. Pires : Comme (/uni Napoléon n'a jamais existé , ou grand
erratum, source a* un nombre infini d'errata à noter dans Vhistoire du
ux' siètie , 1 860 , in-3a.
L'ASSYRIOLOGIB EN 1004. *3
a écrit dans son Highèr Criticism un chapitre des
plus intéressants, et auquel M. Jeremias ne consacre
pas plus d'une page (p. 36a). Abstraction faite de
théories contestables, son livre reste utile par le
nombre de faits qui y sont groupés systématique-
ment et par une illustration abondante , où figurent
même quelques monuments inédits.
La question de l'existence d'un monothéisme plv)s
ou moins latent en Babylonie a été posée, en 1 89a ,
par la brochure de Delitesch , Babel uni BibeL M. Jere-
mias admet qu'il existait en effet en Chaldée une
tendance au monothéisme. Un polythéisme effréné
s'étale, il est vrai, dans le culte assyro-babylonien ,
mai* ce culte est un produit de la mythologie, qui
elle-même est une déformation populaire du sys-
tème cosmologique. Dans la science ésotérjque des
prêtres, dans la religion des psaumes, dans le culte
de Marduk, nous trouvons des courants de mono-
théisme. Mais cette tendance n'est nullement compa-
rable au pur monothéisme affirmé par Israël.
L'originalité de la pensée d'Israël a trouvé un
défenseur inlassable dans M. Halévy. Les pages con-
sacrées par M. Zimmern , dans la troisième édition
de l'ouvrage de Schrader1, aux emprunts cosmo-
goniques de la Bible lui ont fourni le thème de ses
derniers articles. Il nie que la cosmologie du livre
d'Enoch doive rien à l'influence babylonienne, et
étudie successivement le ciel et la terre, les sept pla-
1 ÎHe Kmliusckriften and da* A lu Testament, 190a.
44 JANVIER-FEVRIER 1007.
nètes et le zodiaque. M. Halévy conteste notamment
que le nombre sept ait une origine astrale et y voit
les sept points dont « se compose l'espace : quatre
dans le sens horizontal : orient, occident, nord et
sud , et trois dans le sens vertical : le haut , le bas
et le plus bas ».
La question si controversée des rapports du sabbat
juif avec là sapattu babylonienne a été de nouveau
soulevée par la publication , due à M. Pinches , d un
texte hémérologique dont III R, 56, n° 4, donnait
seulement une petite portion. Le texte complété et
restitué par M. Pinches comprend vingt-huit lignes,
donnant en deux colonnes les noms de certains jours
(i à 10, i5, 19, ao, a5, 3o) du mois et de cer-
taines solennités. Le jour appelé sapattu est le quin-
zième jour du mois. M. Zirtimern, qui a apporté
d utiles corrections aux lectures de M. Pinches, a
écarté du même coup des rapprochements erronés
avec le neuvième jour [bilti et non batti) et le vingt-
cinquième jour [arhu katu et non arhu batti). H ne res-
sort pas de ce texte que les septième, quatorzième,
vingt -et -unième et vingt -huitième jours du mois
aient été appelés sapattu , comme on était porté à le
croire d'après les hémérologies. Le quinzième jour
doit sans doute son importance à ce qu'il marque
la pleine lune. Le mois était divisé en six parties
dont les cinquième, dixième, quinzième, vingtième
et vingt-cinquième jours marquaient le commence-
ment (de là arhu katu « fin du mois » pour désigner
le vingt-cinquième jour qui commence en effet la
LASSYRIOLOGIE EN 1904. 45
dernière sixaine du mois). Mais, à côté de cette divi-
sion en six parties , il en existait aussi une en quatre
parties (7, i4, ai, 28), dans laquelle on devait
être porté à considérer le quatorzième jour comme
la sapattu, et peut-être à étendre cette dénomina-
tion aux autres multiples de 7 (1, 2 1, 28, et 19 ou
49e jour depuis le commencement du mois précé-
dent). Toutefois c'est là une hypothèse qu aucun
document n est encore venu démontrer. Il faut aussi
admettre que les Israélites ont pu emprunter aux
Babyloniens d'une part le terme sapattu (quand et
comment c'est une autre question), d'autre part la
division du mois en quatre parties , et combiner les
premiers ces deux éléments dans leur fête du sabbat.
J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de discuter
avec M. Prince sur l'existence d'un rite du bouc
émissaire chez les Babyloniens1. Nous ne sommes
pas encore arrivés à nous mettre d'accord; mais
comme nous discutons sans faux point d'honneur et
que nous nous concédons réciproquement un cer-
tain nombre de choses , il n'est pas impossible que
nous nous entendions un jour complètement, ce qui
sera en tout cas d un bel exemple en assyriologie.
M. Prince a repris la question en 190 A et son effort
principal a tendu à montrer que le bir ôuldubbu
désignait un animal. J'avais contesté ce point, en
m'appuyant sur un texte publié par Rawlinson3 et
dans lequel le BiR-étJLDUBBu , précédé du déterminatif
1 Cf. en dernier lieu Journ. eu. . juil.-aoùt 1903, p. 1 35-i 56.
* IV R, i5 6, 8-i5.
46 JANVIER-FÉVRIER 1907,
isu * bois » , désigne manifestement un instrument
inanimé. M. Prinoe, de son coté, rappelle le texte
IV R, 2 i, n° î, 2 8-2 9 6, dans lequel le bir-gulduëbu
est pendu à la porte. 11 reconnaît donc que ce ne
peut être qu'un objet inanimé* Mais il échappe à la
difficulté en suggérant que ce Bià-èoLDOPPU en bois
est une itnage du BtR-écLDtJBBU primitif en chair et en
os. Je ne sais si cette explication est la bonne, mais
je puis signaler tnoi<-méme à M. Prince un texte qui
montre qu'en certain cas le iïfe~&tJLDUfeBtj pouvait être
Un animal. Parmi les textes magiques publiés en i go3
par le British Muséum l * se trouve un « exorcisme du
B1R-GUL0UBBO »(fiNIM ÉMtt-flfA BIR G<JL-DUB*B A*6E ) , dans
lequel il est ordonné de purifier le malade avec un
agneau (urisu, bir) blanc, dont on a arraché le ccfeur
pour le mettre dans la main du malade. Il' n'est pas
douteux que le BiR-éuLDUBBu ne soit cet agneau, et
il est en conséquence possible que le bir-guldcbbu du
texte de M* Prince soit également un agneau ou un
chevreau en chair et en os.
Mais d autre part M. Prince m'accorde que , dans
la première incantation de son texte et dans IV R,
26 , n° 6 , il n'est pas fait mention d'un contact avec
la victime, comme dans le rite du bouo émissaire*
Dans la seconde incantation , il est bien ordonné de
mettre la tête du BiR-éuLDUBBtj sur celle du malade*.
Nous avons donc là le premier temps du rite du
bouc émissaire. Mais avons-nous le second? L animal
1 Cuneijorm Texts, part XVII, pi. XI.
L'ASSYRIOLOGIE EN 1904. 47
doit-il être chassé ensuite? Là est toute la question,
et, s'il fallait répondre affirmativement, M. Prince
aurait cause gagnée. Le texte porte, 1. 3g : lmul-e
du DiNGiR-RA-NA u-MfB-tE-otJtt-ouii. M. Prince traduit t
«D'à côté du roi, lils de son dieu, chasse-le (le
bouquetin). » Je rtiôintiens qu'il faut entendre :
« Le roi, fils de son dieu, purifie-le. » U-m-ete gor-gor
se trouve dahs la première incantation : a-gub^éa di-
BIL-LA Nlfc-HA NA4U-GA LtJGAL-E &0 DtNOlR-RÀ-N A A ZI-DA
A GDB-BD Ô-1*E-!U-E A-DARA-ttt U-HE-TB-GOR-G6R (l A-l 6)k
M. Prince traduisait ëti igo3 : «L'eau pure, une
torche, tout ce qui appartient à la purification , pour
le roi , fils de son dieu , à droite et à gauche qu'il les
fasse sortir, cfu'il chaise dé là ces bouquetins Con-
nus. » En tgô* je traduisais : « Avec l'eau lustrale >
urte torche, un brûle -parfums, fais une purifi-
cation ; le roi, fils de son dieu, à droite et à gaudhe
purifie-le, ftVec oe bouquetin fais une. purification* »
Datts son article de 1 90 4 , M. Prince admet ma tra-
duction * brûle-parfums » , mais trouve que je joue
sur les friote en insistant pour maintenir au mot gur-
gur la traduction « purifie 1*, Contre la sienne * qu'il
chasse de là» (1. 16), et «chasse-le» (1. 39). Là est
pourtailt le nœud de la question. Si maintenant
M. Prince veut bien se reporter à Cuneiform Texts,
XVII, pi. XI, 82-85, il verra que u-mu-un-te-gur-
gur est rendu par kuppir, et qu'il est ordonné de « faire
une purification » avec le mouton, qui est mort (on
lui a arraché le cœur), et que l'on ne saurait par
conséquent «chasser». PL XXXI, 1. 39-4 o, il est
4* JANVIER-FEVRIER 1907.
ordonné de «purifier» le malade (u-me-te-gur-gcr,
kappirma) , non de le chasser. PL XXXIII , 1. 1 8 : akalu
la zamurka ukappira ne peut signifier que « la nourri-
ture avec laquelle j'ai purifié ton corps ». Le sens
« chasser » est absolument inapplicable ici. D'autre
part il ressort de Cun. Texts, XVII, pi. V, 5-6, que
u-me-m-e est rendu en assyrien par subisu « approcher ».
11 faut donc traduire dans le texte de M. Prince : « De
l'eau lustrale, une torche, un brûle-parfums pur,
près du roi, fils de son dieu, à droite et à gauche,
approche ; avec le bouquetin purifie-le » ( 1. 1 4- 1 6) ; et
plus loin : « Le roi, fils de son dieu, purifie-le ». Je
suis persuadé que M. Prince admettra que cette
traduction «est incontestable, que le texte ne parle
pas de chasser le bouquetin et qu'un élément essen-
tiel au rite du bouc émissaire manque ici. Tout le
reste n'a qu'un intérêt grammatical et M. Prince
m'en a concédé les points les plus importants.
M. Langdon a rapproché le mot Pï qui se trouve
dans Isaïe 66, 1 1, de l'assyrien zi-zi-a «mamelles»
qui se trouve dans un texte de Craig (6-8); le sens
de l'hébreu est ainsi définitivement établi.
Mai 1905.
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 49
ANCIENNES INSCRIPTIONS
DU NÉPAL,
PAR M. SYLVAIN LÉVI.
(deuxième série.)
I. INSCRIPTION DU PILIER DE CHANGU NARAYAN,
SAMVAT 386.
Le pilier de Changu Narayan a été découvert par
Bhagvanlal Indraji qui a estampé et publié en partie
l'inscription. Malheureusement le prêtre du temple
où ce pilier est conservé ne permit pas au pandit de
dégager la partie inférieure , qui était enfoncée dans le
sol. Bhagvanlal ne put donc relever que les 1 7 pre-
mières lignes de la face 1 , 1 7 de la face 11 , et 2 o de
la face ni. Avant mon départ pour l'Inde, Georges
Bûhler, qui devait périr tragiquement un peu plus
tard, recommanda tout particulièrement à mon atten-
tion l'inscription incomplète; il m'engagea, si j'ob-
tenais d'entrer au Népal , à multiplier les démarches
afin de rapporter un estampage complet. J'ai déjà
raconté (Népal, II, 388, dok) comment la bienveil-
lance du Darbar me facilita la tâche ; le zèle éclairé
du Maharaja Bîr Sham Sher sut triompher des refus
et des menaces du prêtre de Changu Narayan. L'accès
du temple, il est vrai, me resta interdit par une
ix. 4
txraiKUUB SAïIOlALB.
50 JANVIER-FEVRIER 1907.
mesure de rancune puérile; mais les soldats Goûr-
khas que j'avais dressés réussirent à déterrer la base
du pilier sans l'endommager, et à prendre plusieurs
estampages de l'inscription totale.
J'ai pu, de l'enclos du temple, regarder le pilier
qu'il ne m'était pas donné d'approcher; je lai indi-
qué sur la photographie reproduite, ib. , I, 23 1. La
description fournie par Bhagvanlal est parfaitement
exacte : il est situé à gauche (pour le spectateur) de
la porte du temple de Changu Narayan; la moitié
inférieure est carrée; le haut est d'abord octogone,
puis chacun des pans se dédouble, et le sommet est
circulaire. Les débris du chapiteau ancien et du
Garuda qui le couronnait sont encore conservés
dans une sorte de cage à claire-voie au milieu de la
cour d'entrée; le lotus et le cakra qui ont remplacé
le couronnement primitif, depuis une cinquantaine
d'années maintenant, se voient sur la photographie.
L'architecture du pilier rappelle de très près le pilier
de Harigaon (voir la photographie, ib., II, 1 19), et la
paléographie rapproche de même les deux inscrip-
tions.
L'inscription de Changu Narayan est gravée avec
beaucoup de soin sur trois des quatre faces. La partie
inscrite couvre , sur la face 1 , une hauteur de o m. 90 ;
sur la face 11 , de o m. 80 ; sur la face m , de o m. 92 ,
divisée respectivement en 26 lignes (1), 2 1\ lignes (11),
28 lignes (m). La largeur des lignes sur les trois
faces est uniformément de o m. 34. Les caractères
ont en moyenne une hauteur de o m. 012 sur
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 51
la face i,deom, on sur les deux autres; l'espace-
ment des lignes est d'environ o in. 22 sur les deux
premières faces; sur la troisième, il est irrégulier et
va en croissant vers la fin , avec un écart de o m. o 1 8
à o m. 026.
L écriture est, nettement et sans hésitation pos-
sible, du type Gupta. Les observations de détail ne
feraient guère que doubler celles que j'ai présentées
au sujet du pilier de Harigaon. Parmi les lettres les
plus caractéristiques, je me contenterai de citer li
initial (11, 10; in, 4, 9, 16) formé de deux points
disposés verticalement et d'une barre verticale à la
droite; le ha, fermé à la droite du scribe, le 5a avec
sa large boucle, le dka ovale, le tka complètement
arrondi, le bha avec l'angle largement ouvert. Bhag-
vanlal (et Bùhler qui a traduit son article) avait déjà
constaté que « la forme des lettres concorde exac-
tement avec celle des inscriptions Gupta ». Cepen-
dant M. Fleet n'a point hésité à descendre la date
de cette inscription jusqu'au début du vine siècle
(705 après J.-C), aussitôt avant Çivadeva (II) et
Jayadeva; l'éminent épigraphiste s'est trouvé, dans
cette occasion , entraîné à dénier l'évidence du témoi-
gnage paléographique pour soutenir une combinai-
son chronologique abandonnée aujourd'hui. C'est
aux environs du ve siècle que la paléographie tendrait
à ranger Mânadeva, comme avaient fait Bhagvanlal
et Bùhler qui interprétaient la date de l'inscription
par l'ère Vikrama (386 samvat=329 après J.-C),
l'époque même de Samudragupta « dont les édits sur
4.
52 JANVIER-FEVRIER 1907.
piliers ressemblent totalement aux inscriptions de
Mânadeva » [Some Considérations on the History of
Népal, p. 5o du tirage à part). Nous aurons à dis-
cuter tout à l'heure les détails de la date.
L'inscription est en sanscrit, et, à l'exception des
deux premières lignes où est énoncée la date, elle est
en vers. Chacune des stances porte à la marge son
numéro d'ordre indiqué en lettres nuniérales. Le
mètre employé d'un bout à l'autre est le çârdûlavi-
krîdita, que le poète manie avec une réelle aisance.
A défaut d'une imagination originale ou brillante,
l'auteur possède à fond son métier de versificateur;
sa langue est pure et simple ; il n'abuse pas des longs
composés ; il atteint rarement et ne dépasse pas un
groupement de sept mots. Son lexique est classique.
Le mot nirblii (m, 16) manque, il est vrai, à P. W.;
mais P. W2. cite le mot avec une référence à Caraka.
Le mot apdstra « arme de défense » (m , 1) n'est point
relevé dans P. W2. Bhagvanlal note comme une im-
propriété l'emploi du causatif kâray0 pour le simple
(11, 8 : râjyam putraka kâray a) \ mais sa critique
porte à faux. L'expression râjyam kâray0 est consacrée
tout au moins par le vers traditionnel sur le règne
de Rama, attesté à la fois en sanscrit par le Râmâ-
yana, vi, i3o, 10/1; le Mahâ-Bhârata , vu, 22/1/1 (et
cf. 111, 1 1 2 1 9), le Harivamça, 2 354 :
Râmo râjyam akârayal ,
et en pâli par le Jàtaka /461 (Daçaratha j°) :
.... Râmo rajjam akârayi.
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 53
Le Râmâyana dans un autre passage emploie la même
expression à propos de Dilîpa (i, ki , 8, édition de
Bombay) ;
.... râjâ râjyam akârayat.
La graphie, dans l'ensemble, est extrêmement
correcte ; les fautes relevées par Bhagvanlal sont des
lapsus du pandit lui-même. La prétendue correction
abhidhânât saû (n, 1) est fondée sur un faux sens;
la construction est littéralement : « La reine Râjyavatî
sera Çrî en personne, étant ayant-désignation d'épouse
du roi.» Satï, qui suit °abhidhânâ, n'est pas une
simple platitude, mais marque bien, conformément
à l'usage, la fonction d'épithète du terme précédent.
Le bha de bharttuh (h, 17) est très clairement tracé
et ne ressemble pas à un ka. La correction indiquée
sur prânân (h, 1 4) est sans raison; le texte aussi bien
que le fac-similé et la transcription de Bhagvanlal
écrivent correctement ce mot. La correction °satvo
'ribhih pour prajnâtasatvoru[bhih] souligne seulement
une erreur de lecture (m, î), car le texte porte clai-
rement °satpaurusah qui est très correct. Enfin
(in, 1 9) il est inutile de substituer esyaty0 à cçyatyn :
le texte porte esyaty0 nettement tracé. Je n entends
pas au reste diminuer par ces constatations le mérite
bien connu de Bhagvanlal, qui fut un déchiffreur
admirable de sagacité et de science.
Il convient d'observer que l'inscription de Changu
Narayan redouble soigneusement la muette après r,
et se range ainsi dans la série antérieure à Amçuvar
54 JANVIER-FEVRIER 1907.
man. Elle note la finale absolue par un caractère de
dimension moindre tracé au-dessous du niveau de la
ligne, tandis qu'avec Çivadeva (Pr) et Amçuvarman
on voit paraître le trait du virâma tracé soit au-dessus,
soit au-dessous de la lettre.
L'inscription commémore une donation au dieu
de Changu Narayan [Hari, i, 6) faite par la reine
Râjyavatî , sur le conseil de son fds le roi Mânadeva,
à la suite d une campagne victorieuse qui avait con-
duit ce prince à l'ouest du Népal propre , par-delà la
Gandakî, jusque dans la citadelle (puri) du Malla
indocile. J'ai déjà commenté du point vue historique
cette inscription [ib.t II, 99 et suiv.). L'objet de la
donation n'est pas clairement énoncé; il s'agit sans
doute du pilier lui-même, indiqué par le démonstratif
tat « ceci » à la fin de l'inscription. L'usage d'élever
des piliers commémoratifs remonte dans l'Inde jus-
qu'à l'empereur Açoka. Les Guptas, et leurs voisins,
et aussi leurs successeurs ont renouvelé ou perpétué
cette pratique. L'exemple le plus frappant en est la
praçasti de Samudragupta à Allahabad, gravée sur
un pilier d'Acoka môme. La désignation la plus
usuelle de c<\s piliers est le mot stambha; on trouve
aussi y asti (:z~-lât) appliqué dans une inscription de
Ilastin et Çarvanâtha (Fleet, Gupta lnscr., p. 1 1 1) à
un pilier de délimitation (vala\ya]-yasti) , etyûpa spé-
cialement appliqué aux piliers qui commémorent un
rite (pilier de Visnuvardhana à Bijayagadh [Fleet,
ib'uL , «i53]; Skandagupta[?] à Bihar ; Mânadeva lui-
même emploie ce mot pour désigner les piliers érigés
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 55
par son père, le pieux Dharmadeva [ni, 5]). L usage
est aussi bien çivaïte (Mangaleça à Badami) que vich-
nouïte (Candra à Mehrauii; Budhagupta à Eran) , ou
jaina (Kahaun, temps de Skandagupta ) , ou boud-
dhique (Simhavarman à Amarâvatî). Dans le culte
vichnouïte tout au moins , le pilier est comparé à un
étendard du dieu (Visnor (jjivajah sthâpitah, à Meh-
rauii ; Janârdanasya dhvajastambhah, à Eran). L'érec-
tion du pilier est généralement désignée, comme dans
la présente inscription (ucchritaih , m, 5) par le verbe
ucchray0. Par une rencontre , qui n est pas due seule-
ment au hasard peut-être, l'inscription de Changu
Narayan rappelle deux inscriptions sur pilier de Skan-
dagupta. Lune, à Bhitari, célèbre ce prince f « Lui
qui , après que son père fut parti au ciel , rétablit la
Laksmî de sa race submergée, subjugua son ennemi,
et décriant : « Me voici le maître! » alla tout joyeux
trouver sa mère qui avait les yeux pleins de larmes,
comme Krsna avec Devakî » (1. 1 2-1 k : pitari divam
upete viplutâm vançalaksmïm bhujabalavijitclrir yyah
pratisthdpya bhâyah [\]jitam iti paritosân mâtaram scis-
ranettrâm hataripur iva Krsno Devakïm abhyupetah [||]).
Le tableau et les expressions même évoquent l'entre-
vue de Mânadeva avec sa mère Râjyavatî et dénotent
sans doute l'imitation du même modèle. L'autre in-
scription très mutilée (à Bihar) laisse transparaître la
personne de la mère du roi (1. 12). Ces deux inscrip-
tions se placent dans la seconde moitié du ve siècle.
Un siècle après, l'inscription de Mangaleça à Badami
présente une analogie un peu plus lointaine avec l'in-
56 JANVIER-FEVRIER 1907.
scription (Je Changu Narayan. Le roi Mangaleça , au
retour d une grande victoire remportée sur le Kalat-
suri Buddharâja, fait une offrande à (Çiva) Makute-
çvara et grave sa donation sur un pilier commémo-
ratif. L'inscription, rédigée dans une prose savante,
célèbre d'abord les ancêtres du roi , comme fait Mâ-
nadeva à Changu Narayan ; puis vient l'éloge du roi ;
enfin le narrateur passe au récit des circonstances de
la donation par un mouvement presque identique
de part et d'autre [kim bahunât Badami, 1. io; —
kim vàkyair bbahubhih, Changu, ni, 20). «Le roi,
qui avait au cœur l'impatience de dresser un pilier
commémoratif de la victoire de sa puissance [çaktija-
yastartlbha), considéra qu'il fallait d'abord dresser le
javelot d'un pilier en commémoration du triomphe
de la piété (dharmmajayastambhaçakti) ... Il manda
l'épouse de son père, la reine Durlabha devî et lui
dit : « Que ceci soit ton affaire ! Présente en offrande
à Makuteçvara Nâtha ces choses . . . (l'énumération
suit). »
L'inscription de Changu Narayan est datée de
« samvat 386 , au mois de jyaistha, quinzaine claire,
premier jour de la lune, 1, la lune étant associée à
l'astérisme Rohinî, au temps favorable d'Abhijit ».
Bhagvanlai, sans s'arrêter aux détails de la date,
avait examiné l'interprétation de l'année au point de
vue de la chronologie fournie par les Vamçâvalîs. 11
avait réduit l'année à l'ère Çaka (=464 après JL-C),
puis encore à l'ère Vikrama (=329 après J.-C);
trouvant alors que la moyenne des règnes entre
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 57
Mânadeva et Jayadeva était plus vraisemblable dans
le second système que dans le premier, il avait pré-
féré l'ère Vikrama. Le procédé est toujours délicat;
appliqué aux Vamçâvalîs du Népal, si fantaisistes
dans leurs spéculations chronologiques , il était voué
d avance à l'échec. M. Fleet a plus tard repris l'exa-
men de la chronologie ancienne du Népal en se
fondant surla date 3 1 6 de Çivadeva (Ier) donnée par
l'inscription du Golmadhi-tol que Bendall avait
récemment découverte et publiée. Je laisse de côté
la discussion de ce système que j'ai déjà critiqué
dans un article du Journal asiatique, en 189 1\.
M. Fleet , admettant que les inscriptions du Népal
se divisent en deux séries parallèles usant d'ères dif-
férentes, rapporte l'inscription de Changu Narayan
à l'ère Gupta; il obtient ainsi 386 Gupta = 7o5-
•706 après J.-C.= 628 Çaka courant, soit 627 Çaka
expiré. Partant de cette donnée, M. Sh. B. Dikshit
a vérifié pour M. Fleet les détails de la date; il
a trouvé que « la tithi donnée finissait le mardi
28 avril 705 après J.-G., à 57 ghatîs, 12 palas,
après le lever du soleil; que le naksatra Krttikâ
durait jusqu'à 1 1 ghatîs , 3 palas , après le lever
du soleil, que le naksatra ltohinî venait ensuite et
continuait jusqu'à 1 1 ghatîs , 1 8 palas , après le lever
du soleil le lendemain mercredi, et que, consé-
quemment, le muhûrla Abhijit, qui est le huitième
dans-la série des muhûrtas, et qui commence donc
avec la 1 5e ghatî , comptée depuis le lever du soleil ,
s'est produit , comme le veut le texte de l'inscription ,
58 JANVIER-FEVRIER 1907.
tandis que le naksatra Rohinî était courant» (Gupta
Inscr. y Introd. , 93 - 95 ).
Comme il arrive souvent des prétendus arguments
scientifiques introduits dans les recherches d'histoire
et de philologie, la preuve ne prouve rien. Les détails
de la date, malgré leur nombre, ne laissent rien de
précis à la vérification. La position donnée, loin
d'être accidentelle, est presque régulière, ou du
moins très fréquente. En effet , le mois de jyaistha
est le mois où la lune doit être pleine dans la con-
stellation de Jyestha; donc, à la nouvelle lune qui
précède, la longitude de la lune doit être de 1 8o° de
moins. L'intervalle entre Jyestha et Rohinî étant
de 1870, et le déplacement de la lune étant de \ 1°
par tithi , il y a de fortes chances pour que la lune
passe en Rohinî dans le courant de la première tithi
(pratipad) de jyaistha. De plus, le muhûrta Abhijit
(=Vidhi ou Brahma) est le huitième des quinze
muhûrtas de la journée, ou des trente muhûrtas qui
vont du lever du soleil au lever suivant; chaque
muhûrta dure 48 minutes. Donc, au moment où
commence Abhijit, 7 x 4 6'=? 33 6 minutes«=5 heures
et 36 minutes se sont écoulées depuis le lever; la dis-
tance de la lune à Jyestha s est ainsi réduite d'un peu
moins de 3°, et sa position a plus de chances encore
d'être dans la région du naksatra Rohinî. Au reste,
s'il s'agit d'arguments astronomiques , il faut observer
que la solution calculée par Dikshit et adoptée par
Fleet est inconciliable avec l'intercala ti on d'àsâa'ha
en /4/J9 fournie par une de mes inscriptions. Si
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 59
386 samvat équivaut à 628 Çaka courant, t\l\ 9 équi-
vaut alors à 69 1 Çaka courant; or cette année-là, il
y a une intercalation de jyaistha dans le système
vrai , de vaiçâkha dans le système moyen , mais non
pas d'âsâdha. Si, comme je le crois, lxl\g avec son
âsâdha intercalaire correspond à 482 Çaka courant,
386 samvat répondrait à l\ 19 Çaka courant. Or le
premier jyaistha de l\ 1 9 Çaka courant , au moment
où le soleil se lève, la lune se trouve en Rohinî,
et il lui reste à parcourir 9 ■ de lunaison dans ce
1 10,000
naksatra, autrement dit elle doit encore y rester
pendant 1 2 heures 2 3 minutes. Puisque le muhûrta
Ahhijit commence 5 heures 36; après le lever, la
lune est encore en Rohinî pendant ce muhûrta. La
date du pilier de Changu Narayan correspond dans
cette hypothèse au mardi ier mai £96 après J.-C.
Cette date ne satisfait pas seulement aux données
astronomiques de l'inscription ; elle est aussi en har-
monie avec les caractères paléographiques. D'ail-
leurs, en dehors des considérations particulières que
j'ai déjà fait valoir ou que j'aurai à signaler dans la
suite, à propos d'autres inscriptions, un fait seul
suffit à classer définitivement Mânadeva avant Amçu-
varman; 'grâce au contrôle offert par l'inscription du
Yag bahal , nous sommes assurés maintenant que le
çrî Mâna vihâra compris dans la liste des libéralités
d'Amçuvarman (Harigaon, an 3a) est bien le Mâna-
deva vihâra, le monastère fondé par Mânadeva à
Patan. La même inscription désigne aussi un Mâne-
60 JANVIER-FEVRIER 1907.
çvara , un Dhârâ Mâneçvara qui sont probablement
des fondations pieuses de Mânadeva. Le Mânagrha ,
d'où les rois Licchavis après Mânadeva datent leurs
ordonnances , et qui se trouve aussi mentionné chez
Amçuvarman ( Harigaon , an 3o , 1. 1 8 ) est sans doute
le palais élevé par Mânadeva.
TEXTE.
i
i . Samvat 386 jyaislhamâse çuklapakse pratipadi i
2. [Rojhinïnaksattrayukte candramasi muhùrtte praçastc
bhijiti
3. [çrî]vatsâhkitadïptacâruvipu[la]prodvrttava[ksa]sthalah
4. T vaksahstanapadmabâhufrucirah] sma.pravrddhotsavali
5. [trai]lokyabhramayantravartti VVT vyâsanganityo vya-
6. [dojlâdrau nivasan jayaty ani[mi]sair abhyarccyamâno
Harih i
•
7. TT tsâ Y y yapratâpavibha[vair vvyâ]yâmasamksepakrt
8. [râjàbhûjd Vrsadeva ity [anupamah sajtyapratijnodayah
9 . TTT savite va dïptakira[naih] samy agdhr[taih] svaih sutaih
10. vidvadbhir bbahugarvvitair aca[palaih "] vinîtâtma-
bhih 2
•
L. 2. Bhagvanlal transcrit à tort naksatra.
L. 4* La syllabe sta est lisible sur l'estampage après vaksah. La
conjecture sma[rttr] de Bhagvanlal me paraît impossible à concilier
avec les traces visibles sur l'estampage.
L. 5. La syllabe rtti se lit assez clairement après yantrava.
L. 6. Le fac-similé de Bhagvanlal redouble bien le c de °arccya°;
mais sa transcription en dévanagari porte par erreur °rcya°.
L. 10. La conjecture de Bhagvanlal khyâtair vinïtà0 est inac-
ceptable, car on aurait eu vvinT* par redoublement du v après r.
■ jai»i'-T-r.!vricr 1907.
Chogu Nabatan, 1.
ClUNGD NaRAÏAN, II.
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 65
distraction continuelle, lui, l'Impérissable. Le Dolâdri est
sa résidence. Vive celui qu adorent , les yeux toujours ou-
verts, [les dieux], Hari!
2 par sa majesté, par ses richesses, il réduisait ses
efforts ; tel était le roi Vrsadeva , l'incomparable ; sa pro-
messe se vérifiait dans ses effets ; comme le soleil Test de
rayons éclatants , il était ... de ses fils bien maintenus ,
savants, très fiers, sans caprices, soumis à la discipline.
3. Son fils, maître d'un empire prospère, invincible à ses
ennemis dans les combats , fut le roi nommé Çankaradeva ,
. . . très libéral , cœur sincère , . . . par sa vaillance , sa cha-
rité, son honneur, ses richesses, il acquit une pleine
gloire; ... il protégea la terre par des lieutenants esti-
més, pareil au roi des fauves.
4. Son (fils), excellent en vertus, en actes , savant,
soumis à la Loi , ou plutôt la Loi même , aspirant à la sa-
gesse, excellent en qualités, fut le roi Dharmadeva. La
loi même l'avait désigné pour hériter d'un grand royaume ;
sa sagesse enrichit l'histoire des saints royaux , en réjouis-
sant le cœur des hommes.
5. 11 rayonnait le bien ; . . . aux dieux , ses desseins , ses succès
étaient parfaits ; il avait la pureté du corps et du
cœur; ce prince brillait comme la lune. Son épouse qui
avait la pureté de la race et des richesses, était l'excel-
lente Râjyavatî comme la Laksmî excellente
de Hari.
6. Après avoir . . . des rayons de sa gloire illuminé le
monde entier, le roi des hommes partit au séjour du ciel ,
comme à une promenade de parc ; défaite , agitée de fièvre
elle s'alanguit, elle qui se plaint aux rites, nour-
riciers des dieux , avant qu'elle fût séparée de lui.
II
7. La reine Râjyavati, qui porte le nom d'épouse de ce roi
sera en réalité Çrî en personne venue à sa suite en cher-
ix. 5
îaraiMKBir ratiimalk.
66 JANVIER-FEVRIEK 1907.
chant une occasion de le regarder, elle en qui est né le
héros irréprochable, le roi Mânadeva, qui — tel l'astre
lunaire en automne — rafraîchit le monde en tout temps.
8. Elle vint le trouver, des sanglots dans la voix, avec de
longs soupirs, le visage plein de larmes, et elle dit à
son fils avec tendresse : « Ton père est parti au ciel ! Ah !
mon fils ! maintenant que ton père s'en est allé , qu'ai-je
à faire de la vie? Exerce, mon cher fils, la royauté I Moi,
dès aujourd'hui, je vais suivre ton père.
9. Quai-je à faire des chaînes de l'espérance, fabriquées par
l'infinie variété des plaisirs , pour vivre sans mon époux ,
dans ce monde où la rencontre a l'air d'une illusion ou
d'un rêve. Je m'en vais î » Ainsi résolue , son fils attristé
lui pressa les pieds de sa tête, par affection, et l'avisa
ainsi, non sans peine :
io. «Qu'ai-je à faire des plaisirs? Qu'ai-je à faire des joies
de la vie, si je suis séparé de toi ? Je veux être le premier
à cesser de vivre; après moi tu partiras au ciel.» Ainsi
parlant, les lacets de ses paroles, tendus à l'intérieur du
lotus de sa bouche, et mêlés avec l'eau des larmes, l'en-
veloppaient comme une oisclle qui reste prise au filet.
il. En compagnie de son fils, elle accomplit en personne
les rites funéraires pour son époux ; la vertu , la charité ,
la chasteté, les jeûnes, les saintes abstinences avaient pu-
rifié le fond de son oœur; elle distribua totalement aux
brahmanes sa fortune pour accroître les mérites de son
époux; eUe n'avait que lui au oœur pendant les cérémonies
sacrées : telle Arundhati incarnée.
12. Et son fils, trésor de vertu, de valeur, de noblesse, pa-
tient, chéri de pas sujets, il agit sans phrases, il sourit en
parlant, il est le premier toujours à saluer, il est éner-
gique sans orgueil; on ne saurait dire qu'il n'a pas atteint
la plus haute connaissance du monde; il est l'ami des
affligés et des orphelins ; il aime ses hôtes ; il fait oublier
aux solliciteurs leur susceptibilité.
1 3. Les armes de jet et de défense qu'il manie avec adresse
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 67
font connaître sa réelle bravoure; ses bras sont majes-
tueux fît gracieux ; l'or poli n'est pas plus lisse ni plus clair
que son teint; ses épaules sont larges; l'épanouissement
des pétales du lotus sombre rivalise avec ses yeux. On
croirait qu'il est l'Amour visible et incarné , ce roi qui met
en fête la coquetterie des aimées.
là- «Mon père a décoré la terre des piliers élégants qu'il
a dressés; j'ai reçu moi-même le baptême des ksatriyas
dans la pratique des batailles ; je pars en procession pour
détruire mes ennemis vers la terre orientale, bien vite,
et Les princes qui reconnaîtront mon autorité suzeraine , je
les installerai rois. »
i5. C'est en ces termes que le roi parla à sa mère sortie
de son deuil, incliné devant elle, a Non, ma mère! je
ne puis m'acquitter envers mon père par des mortifica-
tions sans tache ; c'est par la pratique des armes , où je
suis destiné, que je pourrai faire honneur à sa sainte
mémoire. » Sa mère, toute joyeuse , lui donna son consen-
tement.
16. Le roi partit alors par la route de l'Est. Et là, tout ce
qu'il y avait de marquis déloyaux dans les provinces de
l'Est dut s'incliner et courber devant lui la tête en
laissant tomber guirlandes et diadèmes; il les rendit do-
ciles à ses ordres. Puis, étranger à la crainte, comme un
lion qui agite sa massive crinière, il s'en alla vers la terre
d'Ouest.
17. Apprenant que le marquis de là se comportait mal, il
agita la tête , toucha lentement son bras ! qui semblait une
1 Le geste indiqué a sans doute la valeur d'une attestation. C'est
ainsi que le Bouddha, à l'heure de la crise suprême, touche la
terre pour la prendre à témoin (bhâmi sparça madrâ). Manu
(VIII, 1 1 3 ) enseigne que le juge «doit faire prêter serment au
ksairiya sur sa monture ou sur ses armes » , et tes commenta-
teurs , cités par Bùhler ad loc. , expliquent que a le ksatriya doit
toucher les objets indiqués en disant : «Qu'ils me deviennent hors
d'image ai je mens ! »
5.
68 JANVIER-FKVRIER 1907.
trompe d'éléphant et dit fièrement : «S'il ne vient pas à
ma sommation , il faudra bien qu'il se rende à ma valeur.
A quoi bon de longs discours ? Je le dis en bref.
18. Aujourd'hui même, 6 frère de ma mère, toi qui m'es
cher, traverse la Gandaki, si large, si inégale, si agitée
qu'elle rivalise avec l'Océan, avec ses tourbillons formi-
dables et ses vagues ondoyantes. Escorté de chevaux et
d'éléphants par centaines, excellents, caparaçonnés, je
suis ton armée en franchissant la rivière. » Sa décision
prise, le roi tint parole.
19. Avant conquis la ville du Malla, il s'en retourna par
étapes dans son pays; et alors, le cœur joveux, il donna
aux brahmanes des richesses inépuisables. Et la reine
Ràjvavati fut ainsi interpellée, d'une voix ferme, par son
iils vertueux : «D'un cœur serein, ô ma mère, donne, toi
aussi, dévotement ceci en offrande! »
II. INSCRIPTION DE KIS1PIDI,
SAMVAT Ml$*
Kisipkli est un petit hameau situé dans le voisinage
de Thankot, à l'ouest de la vallée (Népal , II, 39*2).
La stèle, en partie enfoncée dans le sol, est complè-
tement effritée du haut; les six lignes inférieures,
protégées contre les intempéries par le sol, sont
seules lisibles, et même en assez bon état de préser-
vation. La largeur est de o m. 35 ; les caractères ont
environ o m. 01 3 de hauteur entre lignes; les inter-
lignes sont de o m. ol\ environ. Les lettres sont
grandes, fortement tracées, identiques à l'inscrip-
tion 3 de Bhagvanlal, datée de sanivat 435. Celle-ci
lui est postérieure de onze années; le même dûtaka
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 69
figure de part et d'autre avec les mêmes titres : sarva-
danda nâyaka, mahâpratihâra , Ravigupta. Le titre
de mahâpratihâra « grand huissier » est fréquent dans
l'épigraphie de l'Inde; celui de saivadanda nâyaka
«généralissime» est une variété, jusqu'ici purement
népalaise, d'un titre en usage dans l'Inde entière :
danda nâyaka. Il n'est pas sans intérêt de constater
que, vers l'époque même de notre inscription, un
des premiers rois de la dynastie de Valabhi , Dhruva-
sena 1er, joint à son titre de maharaja ceux de mahâ-
pratihâra et de mahâdandanâyaka (en 526 ap. J.-C).
Ainsi ces titres se cumulaient assez naturellement,
et comptaient parmi les plus hauts de la hiérarchie
impériale.
L'intérêt capital de cette inscription, toute mu-
tilée qu'elle est, réside dans sa date. La donation est
faite au cours d'un mois doublé par intercalation
«en samvat 44<), le premier mois âsâdha, la quin-
zaine claire , le î o ». La mention d'un mois interca-
laire est une bonne fortune pour les chronologistes;
l'intercalation est réglée par des considérations d'as-
tronomie théorique qu'il est assez facile de calculer.
Un mois lunaire dans le cours duquel le soleil ne
change pas de signe (dans le zodiaque) est redoublé;
le principe est net. L'application comporte des di-
vergences assez graves : î ° le calcul peut être fondé
soit sur le mouvement moyen des deux astres, soit
sur leur mouvement apparent; 2° le mois intercalé
peut, soit recevoir par anticipation le nom du mois
normalement attendu, mais retardé par exception,
70 JÀflVIEH-FÉVfllËK 1907.
soit répéter le nom du mois au cours duquel il se
produit; ainsi, selon le système en vigueur, le mois
supplémentaire amorcé dans le cours du mois de
jyaistha pourra être appelé soit âsâdha i, soit jyais-
tha n, Heureusement ces difficultés sont en partie
dissipées dans le cas du Népal ancien. La mention
d'un pausa i (praihama pausa) dans une inscription
d'AmçUvarman , an 34 , suffit à établir que les astro-
nomes népalais calculaient les intercalations sur le
mouvement moyen; car, dans le système du mouve-
ment apparent, pausa n'est jamais intercalaire.
D'autre part, la désignation appliquée dans ce même
cas au mois supplémentaire montre bien que l'inter-
calation reçoit le nom du mois normalement attendu <
et non du mois en cours. Donc le mois mentionné
ici doit se rencontrer dans une année où, d'après
un calcul fondé sur le mouvement moyen du soleil
et de la lune, il s'est écoulé à la suite du mois nor-
mal de jyaistha un mois lunaire commencé quand
le soleil avait déjà passé dans le signe de Mithuna ,
et fini avant que le soleil soit entré dans le signe de
Karka. Le phénomène se reproduit irrégulièrement
à chaque siècle. De /joo à 4 9 9 après J.-C, quatre fois;
de 5oo à 599 après J.-C, trois fois; de 600 h
699 après J.-C, une fois; de 700 à 799 après J.-C,
quatre lois. Si l'année 386 sainvat de Mânadôva
correspondait réellement, comme le voulait M. Fleet,
h 628 Çaka courant, l'année Mig (=386 + 63) de-
vrait nécessairement correspondre h 628 + 63 =
691 Çaka courant (=768-769 ap. J.-C). Or aucune
A-NCIENNES INSCRIPTIONS DU NÉPAL. 71
méthode ne donne d'âsâdha supplémentaire à cette
date. La combinaison proposée par le savant épi-
graphiste est donc à rejeter absolument.
D'autre part, j'ai montré depuis longtemps que
l'année 34 d'Amçuvarman , avec son pausa interca-
laire, devait correspondre à 629-630 ap. J.-C. (Jour-
nal asiatique, 1 89 k , II, 55 et suiv.). Amçuvarman est
d abord le ministre , puis le successeur de Çivadeva
dont les inscriptions se prolongent jusque au delà de
5 20 samvat. La date de 4^9 samvat est antérieure à
ce terme d'environ 70 ans; elle doit donc tomber
vers le milieu du vie siècle ap. J.-C. Or, pour toute
la durée du vie siècle ap. J.-C. , le système du mouve-
ment moyen ne donne que trois intercalations dasà-
dha : en 482 Çaka courant (=559~56o ap. J.-C),
en 5oi Çaka courant (=578-579 ap. J.-C), en 520
Çaka courant (=597-598 ap. J.-C). [Mes résultats
personnels concordent pour ce siècle avec les tables
de Sewell et Dikshit.] Les deux derniers résultats sont
à écarter, puisqu'ils rejetteraient la fin du règne de
Çivadeva jusque sous les successeurs d'Amçuvarman
(578 -f 70 = 648 ap. J.-C; 597-1-70 = 667 ap. J.-C).
Le premier seul est à considérer, puisqu'il mène
Çivadeva, en samvat 52 0, à l'époque même d'Amçu-
varman (559 + 71 = 63o ap. J.-C.) et que les deux
règnes doivent justement coïncider en partie. La date
du pilier de Changu Narayan nous donne un autre
moyen de contrôle; or nous avons vu qu'en prenant
pour point de départ l'équivalence : samvat 4 /i 9 =
/182 Çaka courant, les détails de la date inscrite sur
72 JANVIER-FEVRIER 1907.
le pilier se vérifiaient complètement pour 386 sam-
vat = 419 Çaka courant. Nous obtenons ainsi pour
le point de départ de l'ère des Licchavis l\ 1 9-386 —
33 Çaka courant ==1 1 o ap. J.-C. J'ignore à quel évé-
nement peut se rattacher cette ère , si voisine de l'ère
Çaka; le nombre des règnes écoulés, qui est de 19
depuis l'origine des Licchavis jusqu'à l'avènement de
Mânadeva (d'après l'accord unanime des traditions,
cf. Népal y II, 9 1 et suiv.), est à coup sûr bien étroit
pour couvrir près de quatre siècles. Peut-être les Lic-
chavis avaient-ils apporté de leur berceau indien une
ère propre ; peut-être ont-ils perpétué une ère locale
du Népal , qui remontait à l'expulsion des Kirâtas.
TEXTE.
[Tout le haut de l'inscription manque.]
1 yùyam adyâgrena ce ... .
2. . . mu(c)itakaram dadantah sarvvakrtyesv âjnâvidheyâ
3. manaso loke sukham prativa . . .
f\. dûtakaç câtra sarvvadandanâyakamahâpratîhàra
5. Ravigupta iti samvat l\oo 4o 9 prathamâsâfdha]
6. çukladaçamyâm ¥
TRADUCTION.
(i-3.) . . . .Vous aujourd'hui payant l'impôt ordi-
naire ' . . . dociles à Tordre pour tous les devoirs
l'esprit ... dans le monde (?) vous demeurerez heureuse-
ment.
(4-6.) Et le délégué est ici le généralisisme , grand-huissier,
Ravigupta. samvat 44q» premier âsadha, quinzaine
claire, le 10.
..janvier-février 1907.
KiSIPIDI, SÀNVAT 4.'|j).
ANCIENNES INSCMPTIONS DU NÉPAL. 75
accompagné d*une mention qui se retrouve chez
Vasantadeva et ne se retrouve que chez lui : . . .te
vyavaharatïti « il est en exercice à. . . ».
De part et d'autre se retrouvent aussi des frag-
ments d'une formule analogue, que des parallèles
épigraphiques permettent de compléter :
. Aya yùyam adyâgrena çe(sa)samucitakaram dadantah
sarwakrtye.w âjnâvidheyâ manaso loke sakham pra-
tiva. . . (Kisipidi, an Mg.)
lad yùyam çravanavidheyâs tathaiva . . .
. . . sukham praliva[tsya)tha. (Ganadeva, 1. 10-11.)
Cette formule n'a pas réussi au Népal; elle est
toujours remplacée plus tard par une formule de
caractère plus impérieux et plus menaçant. Dans
l'Inde, au contraire, des rédactions diverses s'en
rencontrent. Au vin6 siècle, Tîvaradeva de Kosala
(Gupta Inscr. , p. 29/i, 1. 25) écrit :
ity avagamya bhavadbhir yathocitam asmai bhogubhâgam
npanayadbhih sakham prativastavyam iti.
Maha Sudevarâja [ibid., 197, 1. i3), Mahâ Jaya-
râja(p. 193,1. 11) :
te yùyam evam upalabhyâsyâjûâçravanavidheyâ bhûtvâ yatho-
citam bhogabhûgam upanayantah sakham prativatsyatha.
Bhojadeva, en l'an 100 du Harsa samvat (Ep.
lnxl., V, 21 1, 1. 1 5) :
prativûsibhir apy âjMçravanamdheyaiv bbhûtuâ sarvvâyâ
esâm samupaneyûh»
7fc JANVIER-FÉVRIER 1907.
Itarsa vardhana [Çîlâditya] (Ep. Ind., VII, 1 5*y,
I. i 5) :
prativâsijanapadair apy âjnâçravanavidheyair bhûtvâ yathâ-
samucitatulyameyabhâgabhogakarahiranyâdipratyayâh anayor
euapaneyâh.
Jayanatha et Çarvanâtha, dont le protocole rap-
pelle, si souvent celui du Népal , dans la série de leurs
inscriptions espacées entre 1 77 et 2 1 lx Gupta (Gupta
Inscr., 1 18-1 36, avec quelques variantes) :
te yàyam evopalabhyâjnâçravanavidheyâ bhûtvâ samucita-
bhâgabhogakarahiranyâdipratyayân apanesyatha.
Enfin le maharaja Laksmana, dans sa charte de
samvat i58, si voisine du formulaire népalais (Ep.
Ind., II, 364,1. 6):
iad yusmâbhir asy âjnâçravanavidheyair bbhavitavyam samn-
citâç ca praiyayâh meyahiranyâdayo deyâh.
La chancellerie du Népal est donc , au temps de
Vasantadeva et Ganadeva, sous l'influence d'une
chancellerie hindoue qui bientôt après cesse d'exer-
cer son action. Un autre mot de la charte de Gana-
•
deva fournit un indice analogue. L'envoi adressé aux
intéressés ne se termine pas par le mot usuel : samâ-
jiiâpayati, mais (à la suite d'une phrase mutilée) par
mânayati qui correspond assez bien à notre expres-
sion : « avoir l'honneur de ...» et qui décèle une
autorité plus courtoise ou plus timide. J'ai retrouvé
la même expression dans la formule d'envoi d'une
charte datée de l'an 3 00 Gupta, sous le règne de
Kisii'iui (Ganvdeva).
ANCIENNES INSCRIPTIONS !)li NEPAL. 79
ture a subi des transformations caractéristiques et
prend un aspect nettement original. La courbe se
substitue partout à l'angle ou à la ligne droite; la
hampe du ça, du (ja, du replia se renfle du milieu;
lï final d'aksara atteint régulièrement la ligne du
niveau inférieur des lettres. La boucle du ya s est
considérablement développée et elle constitue l'élé-
ment essentiel du tracé ; le na au contraire a réduit
et presque annihilé les boucles de sa base, mais il a
prolongé jusqu'à la ligne inférieure les courbures
supérieures de ses deux tiges. Le la s'est retroussé,
et l'axe de sa courbure est devenu parallèle à la
hampe. Le ha a tourné sur son axe; il présente
maintenant à la droite du scribe l'ouverture de sa
concavité; de plus sa hampe a subi une inflexion
marquée, et sa courbure inférieure s'est retroussée
comme celle du la. Le pu, renflé, dessine une panse;
le ma a creusé ses contours en lignes concaves; le
du y au lieu d'accrocher directement la tige supé-
rieure de son angle à la ligne du haut, l'amorce
maintenant sur une courte perpendiculaire abaissée
de cette ligne même.
Au point de vue du système orthographique,
j'observe que la muette est régulièrement doublée
après r, selon la tradition des Licchavis. La consonne
finale est encore tracée au-dessous du niveau de la
ligne, mais elle est surmontée d'un trait horizontal
qui fait fonction de virâma.
L'inscription consiste dans une charte de franchise
octroyée par Çivadeva aux habitants de Kurpàsî;
m 4AWIER-FKVRIER 1907.
cest clairement le village actuel de Khopasi, où se
trouva cette stèle, et dont le nom s'est à peine altéré
après un espace de treize siècles. L entrée du village
est interdite aux représentants de l'autorité centrale;
le* affaires locales sont jugées par le svatalasvâmin ,
personnage de nature énigrnatique. L'expression sva-
////// revient à plusieurs reprises dans l'épigraphie de
ValaMti : val/ibkisvafala , dans une charte de Cîlà-
dit y a I", an ss 8 6 ; valapadrasvatala sannivista, dans
une charte du inouïe roi, an 290; valabhîsvatala-
tannihitla, I rLmfujam alias vatala-pratisthita, dans des
' hartes de IMiruvasena, an 3 10. L'expression appar-
tient a la langue, administrative, et semble bien
désigner le territoire communal. Mais qu'est-ce que
le nvâmin, le propriétaire, de ce terrain communal?
Kst r.e une sorte de seigneur local ? Les clauses et
restrictions sont plus obscures encore : « En toutes
affaires, il n'y a pour vous qu'une porte, et de plus,
lors des deux processions de l'ouverture de la porte
et du Kailâsakûta, vous devrez donner chacun cin-
quante mrttikas naturellement blanches. » Je suis
tenté de croire que le village, pour mieux assurer
son autonomie, est autorisé a s'enfermer dans un
enclos percé d'une seule porte (comme on le voit
encore dans les régions écartées du Kattiawar, par
exemple,). La mention des deux yâtrâs est intéressante
pour l'histoire religieuse du Népal; l'inscription
d'Amçuvarman, an 3o, h Harigaon semble bien aussi
en mentionner une (1. 19), mais le texte est dou-
teux. Une des yatrâs est celle du Kailâsakûta, la rési-
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 81
dence d'Amçuvarman qui doit devenir le palais de la
dynastie nouvelle après la mort de Çivadeva. J'ignore
aussi ce qu'il faut entendre par « cinquante mrttikâs ».
Le mot mrltikâ désigne l'argile; les composés pându-
mrttikâ, dhavalamrttikâ désignent la craie. (Par ex.
Râmâyana, h, 7 i , 20 : ayodhyâ drçyate durât sârathe
pdndumrttikâ , où le commentaire glose : sudhâdha-
valilatvât : les maisons stuquées lui donnent l'air
d'être en craie.) Le chiffre de cinquante s'appliquerait
alors à une mesure qui n'est pas spécifiée ; ou s'agit-il
d'objets en terre blanche ?
Le document lui-même est désigné dans l'inscrip-
tion sous le nom de çilâpattaka « tablette de pierre » ;
c'est le mot dont se sert un peu plus tard Jisnugupta
(Bhag. , i3, 1. i/i; cf. Thankot, 1. 1 3), en emprun-
tant la formule même de Çivadeva (Çiv. : cirasthi-
taye câsya prasâdasya çilâpattakena prasâdah krtah.
Jisnu. : asya ca prasâdasya cirasthitaye çilâpaitaka-
çâsanam idan dattam).
Çivadeva ici comme dans toutes ses chartes joue
un rôle fort effacé ; il est nommé en tête , avec un pané-
gyrique fort raccourci; il ne porte même pas le titre
de bappapâdânudhyâta qui garantit , pour ainsi dire ,
la possession légitime du pouvoir, titre qui lui est
conféré dans l'inscription du Golmadhi-tol (mais qui
est également omis au Tulacchi-tol). Il agit sur le
rapport du mahasâmanta Amçuvarman, qui est célé-
bré en termes pompeux (cf. Népal, II, 126 et suiv.).
Parmi les épithètes qui lui sont décernées il en est
une qui reparaît sous des formes diverses dans toutes
ix. 6
tumiviair MATinxAi.r.
82 JANVIER-FÉVRIER 1907.
les inscriptions de Çivadeva : svabhujabalotkhâtâkhila-
vairivarggena, 1. 6-7; Tulacchi-tol et Golmadhi-tol ,
1. 6 : svaparâkramopaçamitdmittrapaksa — [Bendali
lit : amitavipaksa , contrairement a la photographie
même qu'il reproduit] - prabhâvena; Bhag. , 5,
1. 6-8 : °çauiyyapratâpâpahatasakalaçatrupaksaprabhâ-
vena. S'agit-il d'un simple exercice de variations lit-
téraires , ou bien de traductions différentes faites sur
un original commun? Une autre épithète vante
Aniçuvarman comme un adorateur fervent de Çiva,
sous le vocable de Bhava (1. 5 : bhagavad Bhavapâ-
dapankajaprandmânusthânatàtpaiyya0) ; elle amorce
pour ainsi dire un nouvel élément du protocole,
introduit par Aniçuvarman et perpétué jusqu'à nos
jours : bhagavatPaçupatibhaltârakapâdânugrhïta. Le
formulaire de conclusion est, avec quelques légères
variantes, celui qui se rencontre toujours dans les
inscriptions de Çivadeva. Le délégué royal, Deça-
varman, appartient au groupe des varman et porte
le titre de gomin; j'ai étudié déjà ce groupe et ce
û\ve (Népal, II, 128-1 3 1).
L'intérêt capital de l'inscription consiste dans sa
date ; elle dégage en effet l'ancienne chronologie du
Népal d'une combinaison inexacte fondée sur une
lecture fautive. Bhagvanlal avait publié une inscrip-
tion de Çivadeva Ier (n° 5), malheureusement incom-
plète et sans date. Il avait rapproché, il est vrai, de
cette inscription une autre ( n° l\ ) , également mutilée ,
mais assez bien conservée dans sa partie inférieure,
et datée clairement de samvat 535 crâvana cukla cliva
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 83
daçamyâm. Bhagvanlal n'avait pas négligé d'observer
que « les caractères du n° 5 ressemblaient étroitement
[closely resemble) à ceux du n° l\ ». Le dûtaka de
l'inscription n° 4 (en samvat 535) est le râjaputra
Vikramasena. D'autre part une inscription d'Amçu-
varman, samvat 34 , a pour dûtaka le mahâ . . yaka
Vikra. . . (n° 6). Bhagvanlal n'avait pas hésité, en
raison de la longueur bien définie de la lacune, à
restituer dans sa traduction le nom de Vikra(ma-
sena).
En 1 884-i 885, Bendall découvrait au Népal, à
Bhatgaon (Golmadhi-tol), une nouvelle inscription
de Çivadeva, qu'il publiait dès le mois d'avril i885
dans YIndian Antiquaiy (XIV, 97). Sans un mot
d'explication ni de justification , sans même signaler
l'énorme divergence entre sa lecture et la date de 535
fournie par Bhagvanlal, il interprétait les signes de
la date par samvat 3 1 8 , et il en concluait sans autre
débat : « La date de cette inscription peut contribuer
a la solution des questions si embarrassantes des ères
entre l'ère Caka et celle de Çrî Harsa. Contenant
trois signes numériques, dont le premier est le sym-
bole pour 3 00 , elle ne peut guère se rapporter qu'à
l'ère commençant en 319 après J.-C, que certaines
personnes regardent encore comme l'ère Gupta-Va-
labhî. » Une de ces « personnes », M. Fleet, qui allait
justement démontrer une fois pour toutes l'identité
de l'ère 3ig et de l'ère Gupta, s'empressa de saluer
cette inscription nouvelle comme la « note fonda-
mentale » (key-note) de la chronologie népalaise,
6.
84 JANVIER-FEVRIER 1907.
Parlant de celte donnée : samvat 3 1 8 = Gupta 3 1 8
= (3 1 8 -f- 319/320 ap. J.-C.) = 637/638 après
J.-C. , il agença tout un système nouveau de chrono-
logie (llie Chronology of thc Early Rulers of Népal,
dans lnd. Ant., XIV, 3^2-35 1 ; publié a nouveau dans
le volume III du Corpus : The Inscriptions of the Early
Gapta Kings, appendix IV, p. 177-191). Bendall
publia de nouveau l'inscription , cette fois avec un
fac-similé photographique dans son rapport : A Jour-
ney. . . in Népal. . . , Cambridge , 1 886 , p. 72, Appen-
dix I; il ajoutait cette fois une réserve sur le chiffre
des unités, qui pouvait être un 6 aussi bien qu'un 8.
Dans le texte même du Rapport (p. 1 3-i 4) il insistait
sur « l'admirable concordance » de la date interprétée
par l'ère Gupta et des autres données touchant Aniçu-
varman.
Dès 189/1 (Note sur la Chronologie du. Népal, dans
Jown.asiat.,I\, 55-72), j'ai eu l'occasion de protester
contre la prétendue chronologie rectifiée que Ben-
dall et M. Fleet avaient mise en circulation. L'inscrip-
tion de Khopasi, corroborée par les inscriptions
fragmentaires de Thoka et de Dharampur, fait déci-
dément justice de ces combinaisons. Le chiffre des
centaines, chez Çivadeva, est 5oo et non pas 3oo.
C'est à tort que Bûhler a , dans la table IX de sa Paléo-
graphie indienne, réuni sous la même lubrique de 3oo
les deux signes empruntés, l'un à l'inscription de Mâ-
nadeva à Changu Narayan, l'autre à l'inscription
de Çivadeva au Golmadhi-tol; c'est à tort aussi
qu'il a omis, sous la rubrique 5 00, le signe fourni
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 85
par l'inscription 4 de Bhagvanlal. On pourrait être
tenté de penser que Bûhler a voulu, par cette omis-
sion , indiquer qu'il rejetait l'interprétation du pandit ;
mais il ne faut pas oublier que c'est Bûhler lui-même
qui a traduit et publié le mémoire de Bhagvanlal,
écrit originellement en gujarâtî, et qu'il en reven-
dique expressément sa part de responsabilité dans
la préface. La différence des deux chiffres 3oo et 5oo
éclate d'ailleurs si on les rapproche, comme fait
Bûhler dans sa table. Le signe de 3oo est régulière-
ment constitué par le signe de la centaine (quel qu'en
soit le tracé) avec l'addition de deux traits attachés
à la hampe de la centaine, et qui fléchissent en
s'écartant de leur attache; c'est là une forme régu-
lière, constante, et qui se constate au Népal même
dans les inscriptions de Mànadeva à Changu Narayan
et à Lajanpat. A partir de 4oo, comme l'observe
Bûhler (p. y 4)^ les symboles sont constitués par des
ligatures de la centaine avec les traits caractéris-
tiques des nombres l\ à 9. La ligature de 100 est
figurée, dans le 5oo de Çivadeva, par un signe très
analogue à notre 3 ; ce signe est rattaché par un trait
horizontal à une hampe verticale, d'où partent vers
la gauche deux traits nettement horizontaux; le trait
supérieur, attaché à l'extrémité de la hampe, est le
plus long; l'autre, inséré au-dessous du point d'at-
tache du trait qui va relier en sens inverse la hampe
à la ligature du 100, s'infléchit à son extrémité et
finit en boucle. 11 suffit de se reporter sur le tableau
même de Bûhler à la série des unités pour y trouver
86 JANVIER-FEVRIER 1907.
le signe correspondant avec la valeur 5 /spécialement
le signe de la colonne vu, emprunté aux Kusanas.
Bhagvanlal, dans son étude sur les Anciens signes
numériques en nâgarî (Ind. Antiq., VI, 42 et suiv.),
reproduit la même forme d après les inscriptions
des Guptas, mais sans référence précise. Le signe
de 5 oo est donc bien régulièrement formé par la
combinaison de la centaine avec son unité particu-
lière, tout comme dans le cas de 4oo, de 6oo,
de 700.
Il faut donc lire , dans l'inscription du Golmadhi-
tol , comme dans les autres inscriptions de Çivadeva
et comme dans l'inscription 4 de Bhagvanlal, pour
le chiffre des centaines : 5oo.
Les inscriptions de Çivadeva sont de 5 18 (Gol-
madhi-tol) et 020 (Khopasi). Elles continuent ainsi
la série ouverte par l'inscription de Changu Narayan
(386) et prolongée par Lajanpat (387), To-Bahal
(402), Bhag. 2 (4 1 3), Bhag. 3 (435), Kisipidi(44()),
Tsapaligaon (48g), et close par Bhag. 4 (535). Si
je prends pour origine de l'ère l'an 33 Çaka courant,
en fondant mon calcul sur le mois supplémentaire
fourni par l'inscription de Kisipidi (449 samvat),
Tan 5^0 samvat correspond à 553 Çaka courant =
63 1 après J.-C. J'ai déjà montré, d'une manière
indépendante, dans ma Note sur la Chronologie (Journ.
asiat., 1894, II, 55 et suiv.), que l'an 34 d'Amçu-
varman doit correspondre à 629 après J.-G. La
première inscription d'Amçuvarman date de Tan 3o
nouvelle ère (Harigaon I); la dernière date
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 87
de 4(4?); j'ai essayé de marquer les progrès de son
autorité dans le libellé même do ses chartes (Népal,
II, 1 38 et suiv.) entre ces deux dates extrêmes; la
première doit correspondre à 620 ap. J.-C. Si mes
calculs sont exacts de part et d'autre, les deux règnes
chevauchent ainsi l'un sur l'autre; cette apparente
confusion n'est sans doute que Je reflet authentique
dune réalité assez trouble. Toutes les chartes de
Çivadeva que nous possédons sont rendues sur le
rapport du mahâsâmanta Amçuvarman, de qui
l'éloge éclipse entièrement la personne du souverain.
On peut aisément imaginer des hypothèses assez va-
riées pour rendre raison des faits : Çivadeva aurait
pu conserver une autorité nominale dans un ressort
restreint de compétence ou de territoire, tout en res-
tant sous la tutelle de son maire du palais; en dehors
de ce ressort, Amçuvarman aurait exercé l'autorité
suprême. Si on observe que les inscriptions actuelle-
ment connues d'Amcuvarman laissent une lacune
entre l'an 34 = 629 après J.-C. et l'an 39 « 634
après J.-C, et que d'autre part les inscriptions
actuellement connues de Çivadeva se placent jus-
tement dans ce court intervalle (5 1 8 samvat» 629
après J.-C; 5ao samvat = 63i après J.-C), on
peut supposer encore qu'Amçuvarman a dû, pour
des raisons de politique étrangère ou intérieure,
accepter ou restaurer un souverain de la dynastie
légitime, le Licchavi Çivadeva.
Du même coup , une difficulté qui gênait la com-
binaison de M. Fleet s'éclaircit et se résout. Je rap-
88 JANVIER-FEVRIER 1907.
pelle que l'inscription de 535 (Bhag. 4) a pour
dûtaka le râjaputra Vikramasena , et que l'inscription
d'Amçuvarman , samvat 3 1\ (Bhag. 6), a pour dûtaka
le mahâ . .yaka Vikra. . . , nom restauré par Bhag-
vanlal en Vikramasena. M. Fieet, en citant cette
inscription (Gupta Inscr., p. 178, n. 2) a bien soin
d'ajouter : « Si nous acceptons la restitution de Bhag-
vanlal , nous devons prendre bien garde de ne pas
confondre ce personnage avec le râjaputra Vikrama-
sena qui est le dûtaka de l'inscription de samvat 535,
deux cents et quelques années plus tard. » Mais le râja-
putra Vikramasena reparaît maintenant dans une
nouvelle inscription d'Amçuvarman , à Sanga , an 3 2 ,
avec le titre de sarvadandanâyaka. Ici la lecture est
certaine et l'identité du personnage devient évidente.
Dune part, une inscription datée de 535 et que la
ressemblance étroite des caractères range , au témoi-
gnage de son premier éditeur, à côté d'une inscrip-
tion de Çivadeva , contemporain et suzerain nominal
d'Amçuvanjian ; d'autre part un personnage iden-
tique de nom et de titre paraît dans cette inscription
et dans une inscription d'Amçuvarman. Est-il rai-
sonnable de le dédoubler et de creuser un intervalle
de deux cents ans et plus entre les deux moitiés du
personnage?
La date de 535 semble, il est vrai, soulever a son
tour une nouvelle difficulté. Comptée de l'an 1 1 o
après J.-C. = o pour origine, l'année 535 correspond
à 646 après J.-C; à ce moment Amçuvarman est
mort. N'est-on pas en droit de s'attendre à trouver
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 89
exclusivement en emploi l'ère nouvelle introduite
par Amçuvarman et continuée au moins pendant un
siècle et demi par ses successeurs? Mais j'ai déjà
décrit [Népal, II, 1 55) la période de troubles qui
suivit la mort d'Amçuvarman ; Jisnugupta, héritier
irrégulier du pouvoir, reconnaît pour suzerain un
Licchavi; s'il se sert, en samvat 48, de l'ère d'Amçu-
varman , il semble à Thankot revenir a 1 'ère des Lic-
chavis. Or, l'inscription de 535 présente la même
particularité décisive que l'inscription de Thankot :
tandis que Çivadeva, fidèle à la pratique des Liccha-
vis , redouble constamment la muette après r, l'inscrip-
tion de 535 ne fait pas le redoublement; elle écrit
pùrva (4, 7), bkùiner daksina (9), parvata (11, 12),
°vartibhir (17, et non °varttibhir comme Bhagvanlal
transcrit a tort). Elle adopte le système orthogra-
phique inauguré par Amçuvarman et continué par
ses successeurs ; elle se range ainsi en dehors et à la
suite de la série Çivadeva. C'est, il me paraît, une
vérification et une garantie de plus au bénéfice du
système chronologique que j'ai proposé.
TEXTE. ,
1. Svasti Mânagrhâd aparimitagunasampal Licchavikulà-
nandakaro
2. [bhajllàrakamahàràjaçrïÇivadevah kuçalî Kurppâsïgrâ-
manivâ
3. sinah pradhânapurassarân kulumbinah kuçalam abhi-
dhâya samâjnâ
4- [pa]yati viditam astu vo yathânena svagunamanimayù-
khâloka
90 JANVIER-FEVRIER 1907.
5. [dhva]stâjnânatimirena bhagavadBhavapâdapankajapra-
nâmânusthâ
• • •
6. natâtparyyopâttâyatihitaçreyasâ svabhujayugabalotkhâtâ
7 . [khi] lavairivarggena çrïmahâsâmantâmçuvarmmanâ mâm
vijnapya madanu
8* |jnâ]tena satâ yusmâkam sarvvâdhikaranâpraveçena pra-
sâdah krtah
• • •
9. [sajmupasthitavicâranîyakâryyesu svatalasvâminaiva yû-
yam vicà
10. ranïyâh sarvvakâryyesu caikam eva vo dvâram dvâred-
ghâtanaKailâsa
1 1 . (kûta)yâtrayoç ca bhavadbhih pratyekam pancâçaj jâti-
cuklamrttikâ devâ
12. (ç cira)sthitaye câsya prasâdasya çilâpaltakena prasâdah
krtas ta
i3. devamvedibhir asmatpâdaprasâdopajïvibhir anyair vvâ
nâyam prasâdo
i4. nyathâ karanïyo yas tv etâm âjrïâm utkramyânyathâ
kuryyât kârayed va ta
i5. m ahani maryyâdâbhangakârinam atitarân na marsayis-
yâmi bhâvibhir a
16. pi bhûpatibhir ddharmmagurubhir ggurukrtaprasâdâ-
nuvarttibhir iya
17. m àjriâ samyag anupâlanîyeti samâjnâpanâ || dûtakaç
câtra
18. Decavarmmagomï samvat Ô20 caitrakrsnapaksatithau
pancamyâm
TRADUCTION.
(i-4). Salut de Mânagrha. Ses innomblables vertus, par-
faites, font la joie de la race des Licchavis; le souverain,
le grand roi Çivadeva , en bonne santé , aux habitants du
village de Kurpâsî, notables en tète, chefs de famille,
souhaite le bonjour et fait savoir :
(4-i2). Sachez ceci : Ce personnage de qui les vertus, pier-
J..r..„.i,.l.,j,,„k,-K.ri,.,-„Jo7.
i
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 93
Ces vers, à ma connaissance, apparaissent pour
la première fois dans l'épigraphie népalaise avec
Çivadeva II. Ils se lisent à la fin de l'inscription de
samvat 1 19 (Bhag. 12) aux lignes 20-22, et ils y
sont introduits, comme dans le texte de Timi, par
la formule : tathd coktam. Mais l'usage en est fré-
quent, avant l'époque de Çivadeva même, dans le
protocole de l'Inde. Le premier vers se présente dans
deux recensions. L'une, celle qu'emploie Çivadeva,
se trouve pour la première fois dans une charte du
roi Hastin datée de 1 56 Gupta (4y5 ap. J.-C), ori-
ginaire de la région du Bundelkliand, ou plus tôt
encore, dans une charte de la même région , octroyée
par le roi Çarvanâtha , si la date de 2 1 1\ est à inter-
préter (avec Kielhorn) comme exprimée en ère de
Cedi (269 + 21/1 = 463 ap. J.-C). Elle se retrouve
au pays de Valabhî, en 2 55 Gupta (5 7 2 ap. J.-C),
dans une charte de Dharasena II; au pays d'Anan-
dapura, voisin de Valabhî, en 36 1 Cedi (600 ap.
J.-C), dans une charte de Buddharâja; au Dekkhan,
dans une charte (Chiplun plates) du Calukya Pula-
keçin II, qui règne pendant la première moitié du
vne siècle; aux bouches de la Godavari dans une
charte du frère même de Pulakeçin II, le Calukya
oriental Visnuvardhana Ier (Satara plates).
L'autre recension lit le premier pâda différem-
ment :
svadattâm paradattâm va yalnâd raksa Yudliisthira
Les deux recensions coexistent manifestement dans
94 JANVIER-FÉVRIER 1907.
les mêmes chancelleries. Sous la forme svadattâm , etc. ,
le vers paraît également dans des chartes du roi Çar-
vanâtha d'Uccakalpa, datées de 193 et 197 (Cedi?
en ce cas=» 4^2 et M16 ap. J.-C), et avant lui dans
les chartes de son père Jayanâtha, de iy4 et 177
(= /u3 et £26 ap. J.-C.?); un peu plus tard, dan?
la même région , Mahâjayaràja et Mahâsudevanvja
(de Çarabhapura, Central Provinces), et plus tard
encore Mahâçiva Tîvararâja ( de Çrîpura, Central Pro
vinces) remploient à leur tour. Pulakeçin II s en sert
dans sa charte de Haidarabad.
J'observe que la rédaction adoptée par Çivadeva
introduit une nouvelle variante. Au troisième pâda,
le mot malïibhujâm est substitué au terme consacré
mahimatâm. Est-ce par scrupule de puriste? En fait
le mot mahimat, garanti par tant de textes épi-
graphiques, semble étranger à la littérature, car il
ne figure pas dans le Dictionnaire de Pétersbourg ai
dans ses suppléments.
Le second vers, sastirp varsasahasrâni , nest pas
moins usuel que le premier. Il ne comporte qu'un
flottement dans sa rédaction : au commencement du
troisième pâda, les uns écrivent, comme Çivadeva,
âkseptà; les autres, âchettà. A|ais, ici encore, les
deux formes coexistent dans la même série de docu-
ments. Hastin écrit âchettà dans sa charte de fan
1 56 Gupta (A75 ap. J.-C.) et dans celle de i63
(l\8'2 ap. J.-C); il écrit âkseptà dans sa charte de 1 9 1
(5 10 ap. J.-C). Le vers paraît dès Jayanâtha et
Çarvanâtha {âchettà); il figure régulièrement dans
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 95
i epigraphiede Valabhi (âchettà); il est cité par Maha-
jayarâja , Mahâsudevarâja (âchettà) , Mahâciva Tivara-
raja (âkseptâ), par Pravarascna le Vàkataka, et par
Samudrasena au Penjab (vnc siècle?), par Laks-
mana de Jayapura (1 58 Gupta?=477 ap. J.-C.?),
par le Gurjara de Broach Dadda II, par Buddha-
râja, par le Traikûtaka Dharasena (207 Cedi=- 456
ap. J.-C.) , par les Calukyas Mangaleça et Pulakeçin II
(tous : âchettà) y par le Calukya oriental Visnuvar-
dharia Ier (qui emploie âchettà dans le Satara grant,
âkseptâ dans le Ghipurupalle grant), par Çaçàùka-
râja du Bengale en 3oo Gupta = 6i9 après J.-C.
(àkseptâ), en Orissa par les Somavamçis Mahâ Bha-
vagupta Ier et II et Mahâ Çivagupta (âkseptâ).
Çivadeva II ne cite ici que ces deux vers; mais
l'épigraphie de l'Inde nous fait connaître un grand
nombre de vers traditionnels qui ont tous pour
commun objet de garantir à la donation , par pro-
messe ou par menace, son plein objet à perpétuité.
On m'excusera d'en donner ici un relevé aussi com-
plet que j'ai pu le faire. Les groupements dynastiques
ainsi constitués peuvent fournir un élément de classi-
fication qui n'est pas à dédaigner; il est difficile, ou
trop commode peut-être, de croire que chaque
chancellerie royale prenait au hasard dans la masse
des vers en circulation; les relations politiques, les
modes littéraires devaient influer sur le protocole.
Une étude parallèle de tous les éléments qui le com-
posent, titulature, vocabulaire, style, etc., laisserait
un résidu précieux de données positives au service
96 JANVIER-FÉVRIER 1907.
de l'histoire. Je disposerai ici la série des vers dans
Tordre alphabétique :
i. Agner apatyam prathamam suvavnam
bhûr vaisnavï sùryasutâç ca gâvah
dattâs trayas tcna bhavanti lokâh
yah kâiicanam qâm ca mahïm ca dadvâl.
Mahajayaraja, Mahâsudevaraja , Mahâçiva Tîvara-
râja, Somavamçis d'Orissa.
2. adbhir dattam tribhir bhuktam sadbhiç ca paripâlitam
etâni na nivar tante pùrvarâjakrlâni ca.
Kadamba Krsnavarman II: Kadamba Ravivar-
. . • »
nian.
3. apânïyesv aranyesu çaskakotaravfisinah
krsnâhayo 'bhijâyante pûrvadâyam haranti yc.
Ce vers comporte de nombreuses variantes; la
plus fréquente présente au premier pâda : Vindhyâ-
tavlsv . . . (voir infra, 20). Sous la forme que j'ai tran-
scrite, le vers se rencontre chez Hastin (191 Gupta
= 5io après J.-C). Çarvanâtha (*2i4 Cedi?) a, au
troisième pâda, hi au lieu de %bhi. Les inscriptions
de Valabhî portent : anudakesv aranyesu . . .
4. Adityo Varuno Visnur Brahmâ Somo Hatâçanah
Çûlapâniç ca bhagavân abhinandanti bhûmidam.
Somavamçis d'Orissa.
5. âsphotayanti pitarah pravalganli pitâmahàh
bhûmido 'smatkulc jâtah sa nos trâtâ bhavisyati.
ANCIENNES INSCRIPTIONS 1)L NEPAL. 07
Jayanâtha (176 Cedi?)-, Somavanicis d'Orissa
(avec var. : bhûmidâtâ kulc. . .).
6. iti kanialadaldmbubindulolàni
çriyam anucintya mannsyajïcitatp. ca
sakalam idam udâhrtam ca bnddhvà
na hi purusaih paraftïrtayo vilopyâh.
Somavanicis d'Orissa.
7. tadâgânâm sahasrâni vâjapeyaçatâni ca
gavâm kotipradâncna bhùmiharlâ na çndhyali.
Somavanicis d'Orissa.
8. tâdrk punyam na dadatâm jâyate no dharâbhujdm
bluivam anyapvatisthâm tu yddrg bhavali raksatàm.
Calukya oriental Visnuvardhana Ior (Satara grant).
8fr". dattâni ydnïha para narendrair
Voir infra ,17.
9. pûrvadattdm dvijâlibhyo
Voir supra y p. 92 et suiv.
9 h". pùrvaih pùrvataraiç calva dattâm bkàmim haret tu yah
sa nilyavyasanc magno narake ca vaset punah.
Kumâravisnu le Pallava.
10. prâyena hi iiarcndtwnâni vidyalc nâçubhâ galih
payante te tu satatam prayacchanto vasundharâm,
Jayanâtha (176, 177); Çarvanâtha (193, 197,
2 i4).
i\. 7
l*miWl.ftl> *ATIO!»AI.I .
98 JANVIER-FEVRIER 1907.
11. bahubhir vasudhâ dattâ râjabhih Sagarâdibhih
yasya yasya yadâ bhûmis tasya tasya tadà phalam.
C'est ici le vers le plus employé ; il se rencontre ,
dans lépigraphie même du Népal , à la fin d'une in-
scription de Çivadeva datée sanivat î 43 ? (Bhag. 1 3 ).
Il figure dans presque toute l'épigraphie de l'Inde,
parfois avec bhuktâ substitué à dattâ dans le pre-
mier pâda : Hastin (î 56 Gupta); Jayanâtha (17^,
1 77 ) ; Çarvanàtha (193, 197, 2j£); les rois de
Valabhi; Mahâjayarâja; Mahâsudevarâja ; Samudra-
sena; Laksmana; Daddall; Çaçânkarâja; les Soma-
vanicis d'Orissa; le Pallava Simhavarman; les Ka-
dambas Çivamândhâtrvarman , Krsnavàrman II,
Kakutsthavarman , Ravivarman, Harivarman; les Ca-
lukyas Mangaleça, Pulakeçin II, Vikramâditya Ier
(Karnul grant); le Calukya oriental Visnuvar-
dhana Ier (Sa tara grant) qui emploie en outre dans
une autre charte (Chipurupalle) la variante (égale-
ment employée par le Pallava Kumâravisnu) :
bahubhir vasudhâ dattâ bahubhiç cânupâlitâ
1 *j. brahmasve mû matim kuryâh prànaih kanthagatair api
agnidagdhâni rohanti brahmadagdham na rohati.
Visnuvardhana Ier (Sa tara grant).
1 3. bhâmim y ah pratigrhnâti yaç ca bhûmim prayacchati
ubhau tau pnnyakarmânau niyatam svargagâminau.
Sonia vamçis d'Orissa.
\!\. bhûmidânât param dânani na bhiitam na bhavisyali
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 99
tasyaiva karanapâpàn (karanàt pâpan K.) na bhùlam na
bhavisyati
Visnugopavarman , Sinihavarman, Kumàravisnu,
tous trois Pallavas.
1 5. hhàmipradânân na param pvadilnam
dânâd viçistam paripâlanam ca
sarve 'tisrstâm paripâlya bhûmim
nrpâ Nrgûdyâs tridivam prapawuïli .
Samksobha (209 Gupta).
1 6. ma bhùd aphalaçaiikà va h paradalteli pârtliivâlj
svadânât phalam ânantyam paradânânupalane.
Somavainçis d'Orissa; Çaçànkaràja (variante : ma
bhûta ph°).
17. yànïlia ddridryabliayân nureiidrair
dlianàni dharmâyatanïkrtâni
n irmâlyavântapratimàn i tân i
ko nâma sâdhuh punav adadïta.
Rois de Valabhi, avec diverses variantes; Gilàdi-
tya H (352) : ydinlia dattdni para narcndrair. . .;
Çiiàditya VI [k/xy) : nirbhuhtamdlyaprati0; aussi
Dadda II (385 Cedi) et Buddharâja (36 1 Cedi)
tous deux avec la variante : dlianàni dharmàriliaya-
çaskarâni; et Pulakeçin II qui adopte cette dernière
rédaction, mais qui, au troisième pâda, hésite entre
nirmàlyavàntaprati0 (Haidarabad) et nirbhuktamàlya-
prati° (Chiplun). • - • -
7-
100 JANVIER. FEVRIER 1907.
1 8. ye prâktanàvanibhnjdm jagatïhitânâm
dharmyâm slhilim sthitikrtâm anapâlayeyur
laksmyâ sametya suciram nijabhâryayaiva
pretyâpi vâsavasamâ divi te vaseyuh.
Ce vers ne paraît que dans une inscription du
Népal, datée de i£5 sanivat (Bhag. i4), et presque
certainement de Civadeva. Au reste le roi lui-même
semble être Fauteur de ce vers , qui est introduit par
la formule yathâ câha « aussi bien , comme il (le roi)
la dit lui-même : . . . ».
i8fc". yc çïtâmçukarâvadâtacaritâh samyakprajâpâlane
.âji —Jiprathamâvanîçvarakrtâm raksanti dharmyâm slhitim
— jnâ vijitâricakrarucirdtn samhhujya râjyaçriyam
nâkc çakrasamânamânavibhavâs listlumti dhanyâhsthiram.
Inscription anonyme de Nangsal.
1 9 . laksmïniketanam yadapâçrayena
prâpto 'si Vt ko 'bhimatam nipârtham
tàny eva panyâni vivardhaycthâ
na hâpanïyo hy npakâripaksah.
Guhasena (2^0 Gupta) et Dharasena II
(269 Gupta) de Valabhî.
20. Vindhyâtavïsv atoyàsu çuskakotaravâsinah
knnâhayo hijâyanle bhùmidâyaharâ narâh.
Variante très répandue du vers supra, n° 3. Cette
rédaction même , qui se rencontre chez Dharasena 11
(s52 Gupta) et Dadda II (385 Cedi), comporte aussi
des variantes secondaires, au quatrième pâda : bhù-
*midâilam hcuanti ye, Pulakeçin II (Haidarabad);
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 10J
bhûmidâyam haranti ye, Çîlâditya VI (447 Gupta),
Buddharâja (36 1 Cedi); bhùniidâiiâpahârinah , Visnu-
vardhana Ier (Sa tara grant).
2 i . sasti(m) varsasahasrâni
Voir supra, p. 92 , 94 et suiv.
2 1 *". sarvasasyasanuddhâm tu yo hareta vasundharàm . . .
Variante de 2 4 , infra.
22. sâtnânyo 'yam dharmasetur nrpânâm
kâle kâle pâlanïyo bhavadbhili
sarvân etân bhâvinali pârthivendrân
bhûyo bhuyo yâcate Râmacandrah .
Somavanicis d'Orissa.
2.3. svadattâm paradattâm va yalnâd raksa Yudlristhira . . .
Variante du vers 9, supra.
2/1. svadattàm paradattâm va yo hareta vasundharâm
sa visthâyâm krmir bhàtvâ pitrbhih saha pacyate.
Ce vers, très populaire, comporte un nombre
considérable de variantes. Hastin (1 63 Gupta), Ça-
çânkaràja, les Somavamçis d'Orissa le citent sous la
forme que je viens de transcrire; mais en 191 Gupta
Hastin écrit : saha majjate; Laksmana en i58 : saha
majjati; Çarvanâtha, qui adopte la même recension
que Laksmana en 2i4 (mais var. : çvavisthâyàm) ,
suit dans sa charte de 193 et 197 l'autre lecture :
sarvasasyasamrddhâm tu yo (supra , 2i4u); avant lui,
102 JANVIER-FEVK1ER 1907.
Jayanàtha fempioie également en 17 4 et 177.
Pulakeçin II (Chiplun) suit la première rédaction,
avec la variante çvavisthâyâm. Le premier hémistiche
entre dans des combinaisons diverses, chez Dhara-
sena II (252 Gupta) et Kumâravisnu le Pallava :
gavâm çatasahasrasya hantuh prâpnoti (pibati Kum.) kilbisam
et chez le Vâkâtaka Pravarasena f var. : harati duskr-
tant), chez les Pallavas Visnugopavarman et Simha-
varman (var. : pibati); ou encore :
sastivarsasahasrâni visthâyâm iâyate krmih
chez Samudrasena, Mangaleça (Nerur), Vikramâ-
ditya Ier (Karnul); avec variantes au dernier pâda :
narake pacyate tu sali, chez les Kadambas Çivamân-
dhâtrvarman, Harivarman, Kakutsthavarman ; narake
pacyate bhrçam , chez le Kadamba Ravivarman ; ghore
tamasi pacyate, chez le Kadamba Krsnavarman II;
hxmbhipake ta pacyate , chez le Kadamba Mrgeçavar-
man, humbhipâkesu chez Visnuvardhana Ier.
2 5 . svam dût uni sumahac chakyam duhkham anyârthapâlanam
dânam va pâlanam veti ddnâc chreyo 'nupâlânam.
Kadambas Krsnavarman II et Mrgeçavarman ;
Calukya Mangaleça (Nerur). Le dernier pâda est
commun avec le vers 9 : pùrvadattârn dvijâtibhyo . . .
26. harate harayate yas ta mandabaddhis tamovrtali
sa baddho Vârunaih pâçais tiryagyonim ca gacchati.
Somavamcis d'Orissa.
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 103
Par un contraste qui ne va pas sans raisons posi-
tives, l'épigraphie de l'Indo-Chine ignore l'usage des
stances consacrées. La plupart des chartes de dona-
tion en contiennent bien l'équivalent , mais sous une
forme qui change de document à. document. Chaque
poète de bureau tourne à sa manière les recomman-
dations et les imprécations régulières. On est tenté
de penser que, dans l'Inde, ces stances consacrées
prenaient un caractère sacré, reconnu de tous, et
assuraient réellement, par une évocation salutaire,
le respect de la donation, tandis qu'en Indo-Chine,
où le sanscrit était une langue étrangère, profondé-
ment séparée des idiomes courants, ni ces stances,
ni les noms qui les couvraient n'avaient d'utilité pra-
tique. Je n'y ai rencontré, et une fois seulement,
que le vers 2 4 '• svadattdm parad°, et sous la forme
même où il paraît chez Pulakeçin II (Chiplun), dans
une inscription contemporaine de ce roi, datée de
55o Çaka («629 ap. J.-C). C'est l'inscription d'Ang
Chumnik,, dans Barth, Inscriptions du Cambodge,
p. 56, B. ix, v. 4. Encore n'est-ce pas une charte
royale, mais un acte privé, une donation à un Çiva-
linga par Àcârya Vidyâvinaya.
Comparée aux documents analogues, l'inscription
de Çivadeva (et aussi celle du Cambodge) présente
ce caractère particulier d'être tracée sur la pierre. De
tous les textes que je viens de citer à propos des vers
imprécatoires, l'inscription de Mangaleça au Mahâ-
kûta de Badami est la seule qui ne soit pas écrite
sur des plaques de cuivre; encore le pilier qui la
104 JANVIEK-FEVRIER 1907.
porte offre cette étrangeté que le texte se lit de bas
en haut, à l'inverse du sens ordinaire. Le Népal
(comme les royaumes hindous de l'Indo-Chine), en
empruntant à l'Inde le formulaire des donations , a
changé la matière des actes. On ne saurait mettre en
cause l'habileté des artisans népalais; les relations
chinoises montrent qua cette époque même leur
adresse savait tirer du métal des chefs-d'œuvre. Le
métal ne manquait pas au pays; les mines étaient
connues et exploitées. Mais l'extrême abondance de
la pierre au cœur de l'Himalaya explique sans doute
que l'usage en ait été étendu à tous les documents
épigraphiques.
La forme et la combinaison des vers ne sont pas
les seules variables qui donnent une base de classifi-
cation. La désignation de l'autorité alléguée comme
référence varie aussi de série à série : tantôt c'est
Vyâsa, tantôt c'est Manu, tantôt l'autorité reste ano-
nyme ou impersonnelle. M. Hopkins a déjà étudié
clans un article du Journal of the American Oriental
y,ociety, vol. XI, i885, p. 2 43 et suiv. : Mann in the
Mahâbhârata, les citations données sous le nom de
Manu dans les inscriptions. Mais son enquête n'a
pas été exhaustive; des documents nouveaux sont
venus en assez grand nombre; des textes admis pour
authentiques ont été reconnus comme des faux. H
ne sera pas inutile de reprendre cette recherche,
même quand ce ne serait pas pour la pousser à
fond.
ANCIENNES INSCRIPTIONS 1)1 NEPAL. 105
Les formules qui désignent Vyàsa comme l'auteur
des vers cités (les numéros renvoient au classement
ci-dessus, p. 96 à 102) sont :
nktam ca bhagavatd Vydsena — chez Dharasena
le Traikûtaka en 207 Cedi [= 45o après J.-C]
(vers 21).
nktam ca bhagavatd Vedavydsena Vydsena — en
Valabhi, (vers 9, 11, 17, 19, 20, 21, il\)\ chez
Dadda II (vers 20, 11, 17, 21); chez Buddharâja
(vers 20, 23, 17, 21); chez Pulakeçin II [Haidar-
abad] (vers 23 , 1 1 , 86", 21); chez Visnuvardhana Ier
[Satara] vers 20,8,9,11,12,21,24).
nktam ca bhagavatd paramarsind Vedavydsena —
chez Hastin (vers 3, 9, 21, 2 4); Sainksobha
(vers i5).
atra Vyàsagltan — chez Visnuvardhana 1er [Chipu-
rupalle] (vers 11,21).
Vydsag'itan cdtra clokau pramdnïkartavyau — chez
Pravarasena le Vàkàtaka (vers 21, 24).
api cdsminn arthe Vydsakrtdli çlokd bhavanti —
chez Laksmana de Jayapura (vers 11, 21,24).
VydsaqUdm ccdtra clokdn addharanti — chez Maha-
jayarâja (vers 1, 23, 11, 21); Mahàsudevaràja
[id.)\ Mahâçiva Tivaradeva (id.).
Quelquefois la référence, plus complète, indique
comme source le Mahâ-Bhârata :
uktani ca Mnhâbhdrate bhagavatd Vydsena — chez
Jayanâtha (vers 5 , 23 , 1 o , 1 1 ).
106 JANVIER-FEVRIER 1907.
uklam ca Mahâbhàraie bhagavatâ Vedavyâsena
Vyâsena — chez Jayanâtha (vers 5, a3, 10, n,
-2 î, 24;; Çarvanàtha (vers 3, 9, *i3, 10, 11, 21,
2 4).
uktiim ca Mahâbhàraie çatasahasryâm samkitâyâni
paramarsinâ Parâcarasutena Vedaiyâsena Vyâsena
— chez Çarvanàtha en 2 1 4 (mêmes vers).
Les références à Manu se localisent toutes dans le
midi de l'Inde, spécialement chez les Kadambas,
qui sont Mânavyasaqotra.
api coktani Manunâ — chez le Kadamba Ravivar-
man (vers 11 et 2 4).
uktarp. ca Manunâ — chez le Calukya Vikramâdi-
tya I'T [Karnul] (vers 11, 2 4).
atra Manugîtâh çlokâ bhavanti — ? chez le Kadamba
Krsnavarman II (vers 1 1, 25, 24, 2).
Le Pallava Kumâravisnu les rapporte à Brahma :
api câtra Brahmagltâh çlokâh (vers 9*", 11, i4, 2 4).
Parfois , le texte invoqué est « un traité de la Loi »
sans nom d'auteur; c'est à cette série que se rattache
Givadova.
uktani ca smrtiçâstrc — chez Çaçânkarâja (vers
1 1 , 1 (>, 2 1 , 2 4).
uklam ca dharmaçâstre — chez Mangaleça [Mahâ-
kûta] (vers 1 1, 21, 2 4).
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 107
dharmaçdstresv apy xikUim — chez Mangaleça [Ne-
rur] (vers id. + 2 5).
tathâ coktain dharmaçdstre — chez les Somavam-
çis (TOrissa ( vers 1,^,5,6,7, 11, i3, 16, 21,
22 , il\ , 26).
yathd dharmaçâstravacanam — chez Çivadeva,
samvat 1 43 ; Bhag. , n° i3 (vers 1 1).
Une dernière série de documents se contente de
rapporter ces vers comme des « dictons ». Çivadeva
emploie également ce procédé.
nktam ca — chez Samudrasena (vers 11, 21,
2 A); les Kadambas Çivamândhâtrvarman (vers 1 1,
26), Harivarman (id.), Ravivarman (id. + 2); le
Calukya Pulakeçin II [Chiplun] (vers 9 , 11, 17,21,
api colitam — chez les Kadambas Kakutsthavar-
man (vers 1 1), et Mrgeçavarman (vers 2/1 , 2 5).
tathâ coktam — chez Çivadeva en 1 19 samvat;
Bhag., n° 12 (vers 9, 21).
api cdpi çlokâh — chez le Pallava Visnugopavar-
man (vers \l\ , il\).
api câtrârsâh clokdh — chez le Pallava Simhavar-
man (vers 11, 1 1\ , 2/1).
Lepigraphie de Tlndo-Chine, tout ignorante
quelle est des stances traditionnelles, reflète pour-
tant la double tradition de Manu et Vyâsa comme
autorités. Une inscription du règne de Jayavarman,
108 JANVIER-FEVRIER 1907.
en 968 après J.-C. (Barth , xiv , 8 , 3o ; inscr. de Prea
Eynkosey) atteste comme garantie la parole de
Manu :
krùrâç çathâtilubdhâ ye paradharmavilopakâli
te yanti pitrbhis sàrdham narakam Manur abravït.
Une autre inscription, des environs de Tan 900
ap. J.-C. (Bergaigne , LXVI , ci , 8), cite Manu , II , 1 36,
comme règle de conduite avec la référence : iti
Mdnavam. Mais la même inscription en appelle
aussi au « chant de Vyâsa » :
sa hi viçvambharâdhïças sarvalokaguruh smrtah
yad istam tasya iat kuryâd Vyâsagïtam idam yathâ.
Les références à Vyâsa et au Mahâ-Bhârata d'une
part, à Manu et au Dharmaçàslra (ou Smrti°) de
l'autre, peuvent sembler contradictoires. En fait,
nous savons que l'épopée et le code voisinent de
près, et que des éléments identiques sont entrés dans
les deux recueils. L'inscription du pilier de Hari-
gaon m'a déjà donné l'occasion d'y insister. # Mais
le plus surprenant, c'est que de toutes ces références
aucune ne se retrouve dans notre Manu actuel ; une
seule se retrouve dans notre Mahâ-Bhârata. Encore
s'agit-il d'un vers exceptionnel, rapporté par les
Soniavamçis d'Orissa, c'est le vers l\ : Adityo Varuno
Visnnr, qui se lit dans le Mahâ-Bhârata, Anuçâsana-
parvan (xm), section 62 , vers 3 i5o. Et pourtant le
Mahâ-Bhârata contient une longue section (xin, 62)
qui exalte en cent çlokas les mérites dune dona-
tion de terrain; et d'autre part un des vers les plus
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 109
usuels (9 et 23) est adressé nommément à Yudhi-
sthira , le héros du Mahâ-Bhârata.
Mais la question se complique encore. Le compi-
lateur Hemâdri, traitant dans le Caturvargacintâ-
mani des donations en général, rapporte à propos
des donations de terrain plusieurs passages emprun-
tés à diverses sources, entre autres (p. ^95-5o2)
un long extrait du chapitre du Mahâ-Bhârata que je
viens de mentionner (xm, 6a, vers 3io4 et suiv.).
Son texte comporte nombre de variantes; c'est ainsi
que, à la suite du vers 3 1 77, il insère deux vers qui
manquent à l'édition de Calcutta; de ces deux vers,
le premier est justement le vers : Vindhyâtavlsv . . .
(20) si fréquemment cité dans les inscriptions. Un
peu plus loin (p. 507-508), Hemâdri cite un autre
passage du Mahâ-Bhârata qui . commence par les
trois vers, xm, 66, vers 3335-3337, en mètre anu-
stubh; mais immédiatement à la suite viennent deux
stances en vasantatilakâ , et aussitôt après le çloka :
svadattâin paradattâm vâyo (2/1), un des plus usuels
parmi les vers consacrés, mais aussi un des moins
solidement établis. La lecture de Hemâdri est
identique à la recension adoptée par Laksmana de
Jayapura (sauf harec ca pour hareta). Les deux
hémistiches de ce vers se retrouvent séparément,
et quelque peu altérés, dans un autre extrait rap-
porté par Hemâdri (p-. 5o4), et emprunté au Visnu-
dharmottara :
svadattâm paradattâm va yo harec ca vasundharâni . . . .
visthâyàm krmiiâm cti pitrbhih sahiias tathâ.
110 JANVIER-FÉVRIER 1907.
Dans le même extrait se retrouve aussi le célèbre
vers : sastim varsa0 (21) avec la lecture àchetiâ. Il est
• • • • • \ /
vraisemblable que d autres encore parmi les vers
consacrés doivent se retrouver dans le chapitre du
Visnudharmottara qui traite des donations de ter-
rain (Weber, 1758; ch. , 56 : bhùmidânaphalam;
Râj. L. Mitra, 2293 : bhûmidânamâhdtmyakîHa-
nam)\ l'ouvrage se rattache au cycle du Mahâ-Bhâ-
rata. L'étude historique et critique des recensions
du Mahâ-Bhârata trouve ainsi, dans les documents
épigraphiques , la base positive qui lui manque trop
souvent.
Un autre encore des vers traditionnels : àspho-
tayanti . . . ( 5 ), cité expressément comme un vers du
Mahâ-Bhârata par Jayanâtha d'Uccakalpa, se re-
trouve dans les extraits d'Hemâdri (p. 507), où il
est attribué à Brhaspati, c'est-à-dire évidemment à la
Brhaspati-smrti , qui contient une section des dona-
tions. La condition flottante des matériaux incorpo-
rés dans la « samhitâ en cent mille vers » ressort
clairement de cet inventaire particulier.
Si c'est réellement avec Çivadeva II que les vers
traditionnels sur les donations paraissent pour la
première fois dans les chartes népalaises , il est per-
mis de rechercher l'origine de cotte innovation. Le
type de la donation royale au Népal est arrêté dès les
plus anciens documents; il transparaît dès le frag-
ment daté de Vasantadeva, samvat 435 (Bhag. 3),
et se montre clairement identique dans toute la
suite : i° lieu d'origine; 20 panégyrique du roi;
ANCIENNES INSCRIPTIONS DU NEPAL. 111
3° indication des destinataires; 4° message direct du
roi « bien portant » aux destinataires ; 5° indication
des bénéficiaires et clauses; 6° recommandations et
imprécations pour l'avenir; y0 désignation du man-
dataire royal; 8° date. C'est le type ordinaire de la
donation dans l'Inde, telle qu'on la devine déjà dans
le texte fragmentaire du pilier de Bihar, sous le
règne de Skandagupta, entre 1 36 et i46 Gupta
(455-465 ap. J.-C), telle qu'elle se montre dans les
plaques de Visnugopavarman le Pallava, vers le
vc siècle (?), et surtout dans les donations du Parivrâ-
jaka Hastin, et chez les seigneurs d'Uccakalpa, tout
particulièrement enfin chez Laksmana de Jayapura
en 1 58 (Gupta? = 477 ap. J.-C). La charte de ce
prince coïncide pour ainsi dire exactement avec le
protocole du Népal, sauf qu'il insère à la manière
hindoue les vers traditionnels avant l'indication du
mandataire. C'est donc aux chancelleries du Gange
moyen, soit aux Guptas directement, soit à leurs
vassaux , que les Licchavis du Népal semblent avoir
emprunté leur protocole; le fait est d'accord avec les
vraisemblances historiques, et aussi avec la tradition
qui fait venir de Pâtaliputra l'ancêtre des Licchavis.
Çivadeva H renoue et resserre les liens de la dy-
nastie népalaise avec l'Inde gangétique; il épouse la
petite-fille d'un empereur du Magadha, la fille d'un
noble Maukhari, et cette alliance de haute lignée
introduit sans doute au Népal une nouvelle poussée
de culture sanscrite; les «bureaux» s'enrichissent
d'Hindous de la plaine, et leur activité se révèle
112 JANVIER-FEVRIER 1907.
aussitôt par l'emploi des vers usuels, qui réduit le
protocole local au type commun de l'Inde.
L'inscription est en prose, sauf les vers consacrés.
L'orthographe en est régulière, sauf kuyu pour
kuryuli que j'ai déjà signalé. Selon l'usage nouveau
introduit par Amçuvarman , la muette n'est pas re-
doublée après r. La charte réglait les clauses d'une
donation de terre et traçait avec précision les limites
du terrain concédé; mais il n'en reste que la conclu-
sion, d'un caractère générai.
Le mandataire (dutaka) du roi est le rajjputra
Jayadeva qui paraît au même titre dans la charte de
Çivadeva datée samvat 1 1 9 (Bhag. 12).
TEXTE.
1 rayâdipra .
2 . . paçcime ni
o.
l\ me pra
5 yam eta . . . .
6 tac ca paçcimena ca tade
7 d antarenâpi te . mâpra
8 khûtani pallï tato yàva.
9 gra.ka . . . vistimanusyasambandhena prativar-
sani yat purânaçata ....
10. ... bhya eva gràmïnair dâtavyam râjakulïyavyavasâyi-
bliis tu na kadâcid . . .
9-10. Cf. UiiAG. , 12,1. 1G : Bhotlavistihetoh prativarsam bhâri-
kajaiiàh panca 5 vyavasàyibhir (jrahïtavyûh. 11 s'agit évidemment
d'une corvée analogue, sinon identique. Malheureusement les
caractères qui précèdent rwfî sur notre inscription me sont restés
indéchiffrables. — Les vyavasâyin mentionnés dans le passage que
LES ÀBDÀL DE PAÏNÀP. 115
LES ÂBDÂL DE PAÏNÂP,
PAR
M. PELLIOT.
M. Grcnard est a ma connaissance le seul qui ait
signalé la présence au Turkestan chinois d'un groupe
ethnique spécial, désigné sous le nomd'Àbdâl1. Les
familles de ce groupe, disséminées dans diverses
oasis du Turkestan, ne se distinguent guère des
Turcs environnants que par une langue spéciale,
dont le fonds est persan, mais qui, de jour en jour,
tend à se confondre avec le turc. M. Grenard avait
trouvé une cinquantaine de familles d'Abdâl près
de Kéria et sept ou huit à Ghertcheri. Il était inté-
ressant de découvrir d'autres représentants de ce
groupe peu connu. Longtemps mes questions n'ame-
nèrent à Kachgar même aucune réponse satisfai-
sante. « Les Abdâl , me disait-on , sont des Musul-
mans comme nous et qui parient la même langue
que nous. Ce n'est pas une tribu spéciale, mais on
donne ce nom à des sortes de moines errants qui
passent dans les villes, vêtus d'un long tchapân*
1 Cf. Grenard, Mission scientifique dans la Haute-Asie, Paris,
1898, t. II, p. 3o8-3i5.
8 Le tchapân ou toun est la sorte de robe usuellement portée en
Asie centrale par les hommes.
8.
116 JANVIER-FEVRIER 1907.
blanc, coiffés d'un grand turban noir, et qui sont un
peu au-dessus des diwâna ou qalendâr1. » Cette expli-
cation concordait bien avec le sens du mot arabe
âbdâl, qui est usité aussi en turc osmanli et signifie
«moine, religieux2». Toutefois les informations de
M. Grenard étaient trop abondantes pour qu'un
doute pût subsister sur un emploi plus restreint et
plus précis du mot âbdâl, et un jour que, d'après la
carte russe de 1 o verstes , je cherchais avec un petit
chef indigène , au nord d'Utch-meravan , des ruines
qui ne s y trouvent pas , j'appris du moins que des
Âbdâl, à l'occasion moines mendiants, habitaient
en nombre le village de Païnâp'3, dépendant de
Khân-aryq. A la fin de notre court séjour à Khân-uï,
j'avais à visiter plus à l'Est , sur le territoire d'Aq-
qâch4, un stupa nouveau, le Qâgha-tim (Stupa des
1 Moines mendiants, derviches.
* Cf. Màllouf, Dictionnaire turc-français, p. 4; Sveh Hedin
dans Petermanns Mitteilungen , Ergânzungshcft i3i, p. 35o. Dès
l'abord , et une fois pour toutes , je m'excuse de la pauvreté de mes
connaissances en turc , et surtout en persan et en arabe. Je ne me
suis mis à étudier les langues des pays musulmans qu'à l'occasion
de mon voyage en Asie centrale. De plus les livres de référence me
font défaut ici. C'est ce qui explique que bien des rapprochements
m'aient échappé, qui ne manqueront pas de sauter aux yeux des
spécialistes; je n'ai voulu que leur fournir ici des matériaux.
3 Le nom de Païnâp se retrouve aux portes de Kachgar, appli-
qué à une partie des faubourgs du Sud-Est , et aussi dans les oasis
de Yarkand et de Khotan. Sven Hedin (loc. lamL, p. 363) l'ex-
plique par «au pied [pat) de l'eau (â6)»; ce serait ainsi un nom
persan.
4 L'explication à laquelle on songe d'abord pour ce nom est
naturellement «jade blanc » ; Aqqâch serait en somme synonyme du
Yourong qâch de Khotan. Mais le mot qâch pour «jadei est prati-
LES ÀBDÀL DE PAInAP. 117
Corbeaux) l ; l'occasion était belle de revenir à Kach-
gar en faisant, au Sud, un crochet sur Khân-aryq.
DuQâgha-tim, je passe au Sud le Qyzyl-sou, et,
laissant Chaptâlyq2 à l'Est, Qâzân-kûl3 au Sud-Ouest
et à l'Ouest , j'arrive à la grande route qui conduit de
Kachgar à Marâbâchi : enfin , après avoir traversé
plusieurs canaux qui descendent vers Faizabad , mon
Cosaque et moi couchons au grand Châmbabazâr4
de Qyzyl-bouï. Le lendemain, 28 septembre, nous
nous enquérons de Païnâp. Khân-aryq comprend
deux des cinq grands « bazars » hebdomadaires de la
région , le Yekchâmbabazâr ou Bazar du dimanche
quement inconnu à Kachgar même et dans ses environs , où on dit
pour «jade» rasttâch et açiltâh. Qâch étant ici le mot usuel pour
«sourcil», peut-être Aqqâch signifie-t-il «sourcil blanc». A ma con-
naissance, Aqqâch n'est porté que sur la petite carte jointe aux
Sand-bnried ruins of Khotan de Stein.
1 La vraie forme serait Qârgha-tim , mais IV disparait souvent
dans la prononciation du Turkestan , surtout quand elle n est pas
entre deux voyelles.
9 Dans l'index de Sven Hedin, Chaptâlyq, orthographié «Ghap-
tull»,est expliqué par « abricotier », au lieu que « Oruk-lenger » est
traduit par «pécher»; mais chaptâlou ou chaptoul est le nom
usuel de la «pèche», et c'est uruk qui signifie «abricot».
3 Qâzân-kûl , l'Étang de la Marmite , m'a paru sensiblement trop
à l'Est sur toutes les cartes que j'ai eues à ma disposition.
4 M. à m. « Bazar du samedi » ; c'est le seul nom sous lequel l'en-
droit soit connu dans le pays. Qyzyl-bouï, comme Khân-aryq, dé-
signent l'ensemble d'oasis très vastes. Dans la prononciation locale ,
châmbabazâr devient presque châmbbazâr ; il en est de même pour
les noms des autres bazars hebdomadaires. Le nom de Qyzyl-bouï ne
doit pas être celui d'une plante, comme le croyait Sven Hedin [loc.
laud., p. 36o); boaï, entre autres sens usuels, signifie la «rive»
(et quelquefois le «cours») d'un fleuve; Qyzyl-bouï signifie donc la
«Rive rouge».
118 JANVIER-FÉVRIER 1907.
à l'Est, et, à plus de 10 kilomètres à l'Ouest, le
Douchâmbabazâr ou Bazar du lundi1. Païnâp est
proche du Douchâmbabazâr, mais, comme l'expé-
rience nous a montré qu'il faut toujours passer par
les plus hautes autorités, je préfère aller d'abord au
Yekchâmbabazâr, où réside le beg de Rhân-aryq,
Imim Beg, qui, me dit-on, parie couramment le
chinois. Imim Beg a toutes raisons de parier le chi-
nois, sans le lire ni l'écrire d'ailleurs, puisqu'il a
pendant nombre d'années été tonqtchi2, c'est-à-dire
interprète pour le turc, auprès des fonctionnaires
chinois de Kachgar, d'Ouroumtsi, de l'Hi, de Tarba-
gataï. Du côté de Tarbagataï , il a ramassé quelques
mots de russe et à chaque instant propose à mon
Cosaque de jmhh nirrb « boire du melon ». Gros
homme souriant, mais l'air assez peu franc, sa par-
faite ignorance l'empêche de comprendre ce que
nous pouvons désirer chez les Abdâl, et il trouve
très réjouissant, comme d'ailleurs nos interlocuteurs
d'Aq-qâch, qu'on puisse s'intéresser à des gens qui
crient gouivukh, gouroukh «sauve-toi, sauve- toi »,
alors que des personnes normales emploient en sem-
blable occasion c/âtch, c/âtch. Mais comme Imim
1 Stein indique entre le Douchâmbabazâr et ie Yekchâmbabazâr
une distance de dix milles anglais: c'est sûrement excessif (Sand-
buried ruins oj Khotan, p. i/io). Pour des désignations analogues
dans la région de Yârkend , voir la carte jointe à l'ouvrage de Stein ;
et pour des exemples identiques à Khotan et à Aqsou, voir Sven
Iledin, loc, laud. , p. 200, a5i.
2 Forme qu'a prise en turc le chinois jj 3|f t'ong-che «inter-
prèle».
LES ÀBDÀL DE PAÏNÀP. 119
Beg nous a aperçus à Kachgar et sait que le tao-t'ai
nous traite avec beaucoup d'égards, il ne manque
pas de nous donner un homme pour nous conduire
à Païnâp , avec ordre d envoyer à Kachgar pour deux
jours deux Âbdâl du village. A Païnâp, nous
sommes les hôtes du mirâb, le distributeur des
eaux. Dans ces pays d'irrigation , c'est un poste qui
nourrit son homme, et on peut juger de son aisance
par l'abondance de ses bols en porcelaine russe à
réserves, imitant la porcelaine chinoise, mais où la
marque de la fabrique Gardner de Moscou remplace
les nien-hao de Kia-k'ing ou de Tao-kouang.
Pendant qu'on va chercher des Abdâl, j'interroge
notre hôte et les voisins qui sont inévitablement
venus se mêler à la conversation. M. Grenard avait
trouvé les Abdâl de Kéria et de Ghertchen vivant à
l'écart, méprisés du reste de la population qui les
accusait à tout le moins d'hérésie et refusait de s'al-
lier à eux par mariage. Ici il n'en est pas de mêma
« Nous vivons et nous mourons avec eux, me dit-on;
comment n'y aurait-il pas de mariages entre nous ? »
Et bien au contraire , si on tient les Âbdâl pour des
gens un peu étranges et volontiers sorciers, on a
plutôt pour eux une sorte de respect superstitieux,
tant en vertu de la puissance occulte qu'on leur sup-
pose qu'à cause du grand nombre d'idiomes qu'ils
sont censés connaître.
A
L'empire des Abdâl sur les divinités malignes doit
tenir en grande partie à leur longue robe et a leur
bonnet noir. Mais ici ils vivent comme tout le
120 JANVIER-FÉVRIER 1907.
monde, vêtus comme tout le monde. Beaucoup
cultivent la terre. D'autres colportent leurs mar-
chandises les jours de marché. Quelques-uns seule-
ment entreprennent de longues tournées, et, meil-
leurs prophètes au loin qu en leur pays , rapportent
au logis les riches offrandes des dévots. Quant aux
connaissances linguistiques des Àbdâl, il me fut
bientôt donné d'en juger, car deux, puis quatre,
puis d'autres encore, entraient successivement dans
la pièce où j'achevais la collation de rigueur servie
par le mirâb. En réalité tous savent le turc de Kach-
garie; de plus beaucoup ont ramassé dans leurs
voyages des mots kirghiz, kiptchaq, voire hindous-
tani. Les plus instruits connaissent plus d'arabe que
les mollah turcs de la région. Mais le vocabulaire
spécial aux Abdâl , celui dont ils se servent entre eux,
est aujourd'hui très restreint. J'en commençai sur le
champ un petit répertoire. Mais il me fallait surtout
tenir à loisir des Àbdâl pendant un ou deux jours
chez moi, et c'est pourquoi je leur fis connaître mon
désir d'emmener avec moi deux des leurs à Kachgar.
Sans Tordre de Imim Beg , je crois que je n'y aurais
jamais réussi. L'un des deux qui avaient été désignés
tomba inopinément malade au moment du départ;
l'autre fut remplacé héroïquement par son père. Ces
pauvres gens, qui ont cependant, depuis quelques
mois , seize des leurs étudiant de plein gré à Andi-
djan, s'étaient mis dans la tête que je voulais les
emmener au Turkestan russe. Ce furent des adieux
touchants, et une longue conduite jusqu'au bout du
LES ÀBDÀL DE PÀÏNÀP. 121
village. Et en cours de route , la question revint sou-
vent : « Toura, dites-nous, en vérité, pourquoi avez-
vous voulu nous emmener? — Mais seulement pour
causer avec vous , et étudier votre langue. Dans deux
jours vous retournerez chez vous , avec l'argent que je
vous ai promis. — Alors vous ne nous emmenez pas
à Andidjan? — Certes non; et vous n'avez pas à
craindre, puisque c'est votre beg qui vous a dit de
venir avec moi , et que nous n'allons qu'à Kachgar
que vous connaissez déjà. » Peu à peu, les deux
Âbdâl, deux vieillards, se rassurèrent et commen-
cèrent à me dire que « leur ventre avait faim ».
C'était bon signe ; une fois en ville , leur tranquillité
fut complète. Mais dès le soir, un émissaire du vil-
lage faisait les quarante et quelques kilomètres qui
séparent Khân-aryq de Kachgar pour s'enquérir du
sort de ses concitoyens. H les trouva, comme de
juste, en parfait état, et au jour dit, après avoir été
dûment photographiés et même mensurés, ce à
quoi ils se prêtèrent de bonne grâce , Achour Khwo-
dja et Rozi Akhoun reprenaient, le cœur léger, le
chemin de Païnâp1.
Les Abdâl de Païnâp ne paraissent pas avoir de
souvenirs historiques bien précis, ni de traditions
qui leur soient propres. Soi-disant, ils possédaient
1 Notre route de Païnâp à Kachgar passait par Ouqada, Mâ-
djâr, Yang-aryq, Dangartchi («Dangalchii de Stein), Yaïlaq, Nât-
chouq, Yangi Chahr. C'est à peu près celle que Stein a suivie en
sens inverse, mais en faisant au Nord un petit crochet sur Yan-
dama (qu'il écrit «Yondumai, cf. Stein, loc. laud,, p. 1/40).
122 JANVIER- FEVRIER 1907.
autrefois des livres persans , qui leur furent enlevés
à l'époque du Bédaoulet, c'est-à-dire au temps de
Yaqoub Beg. Aujourd'hui d'ailleurs, ils seraient
incapables de lire ces livres, si on excepte un jeune
mollah , qui a appris le persan à Kachgar. Le peu
d'informations que j'ai pu arracher à leur igno-
rance et à leur timidité n'est d'ailleurs pas con-
forme aux données recueillies par M. Grenard. Les
A
Abdâl de Kéria se disaient originaires de Koufah,
au lieu que ceux de Païnâp ignorent ce nom de
Koufah et prétendent qu'il y a des centaines et des
centaines d'années , leurs ancêtres vinrent de Darvet.
Us ne comptaient alors que quelques familles, qui
se sont établies et multipliées à Païnâp. A ces temps
lointains remonterait Khwodja Oghoul Pettah 'llah
Ghâzi, dont le mazâr se trouve encore à Païnâp1.
H y a aujourd'hui près de 4oo familles (uïliik) âbdâl
à Païnâp. Sur d'autres oasis proches deKhân-aryq,
je n'ai pu avoir de renseignements. On m'a dit seu-
lement qu'il y avait 5 familles âbdâl à Tezgûn. Les
noms d'anciens chefs âbdâl qui m'ont été donnés,
et qui peuvent s'appliquer à des personnages assez
modernes ayant administré le village, sont ceux de
Kouvam Baï, d'Ouchoumeh Baï, de Heweh Baï, de
Toudou Baï (ou Toudy Baï) et de Mollah Abd-ur-
rahman.
1 Sous le nom de Seïd Pettah 'Uah Ghâzi, ce personnage est
encore connu à Kachgar, mais je n'ai aucun livre où trouver
quelque indication à son sujet. D'après la tradition des Abdâl,
c'est des quatre compagnons do ce saint homme que tous les
Âbdâl seraient descendus.
LES ÀBDÀL DE PÀÏNÀP. 123
Les Abdâl se donnent à eux-mêmes le nom de
Heinou, et il semble qu'ils emploient aussi ou qu'on
emploie à leur propos le nom de Gilaman , quoique
je n'aie pu avoir sur ce point que des renseignements
contradictoires. Heinou m est tout aussi peu connu
qu'à M. Grenard1. Quant à Abdâl, le fait qu'il s'ap-
plique à des gens qui font parfois métier de religieux
mendiants, sans que d'ailleurs ils se donnent ce
nom à eux-mêmes, rne paraît en faveur d'une
étymologie par âbdâl, «moine, religieux». En tout
cas , cette explication , que M. Grenard a omise , me
paraît valoir d'être proposée.
Au point de vue linguistique , la plupart des mots
non turcs du dialecte âbdâl sont, comme M. Gre-
nard l'a montré , d'origine persane. Toutefois le dia-
lecte des Abdâl de Païnâp diffère assez fort de celui
A A
des Abdâl de Kéria. Ainsi , dans les deux groupes , la
numération est persane, mais l'anomalie signalée
par M. Grenard, et qui consiste à avoir oublié le
nombre «dix», dah, remplacé à Kéria par nô, au
propre « neuf», ne se retrouve pas à Païnâp, où l'on
compte régulièrement hecht « huit », nô « neuf», dah
« dix » , dah yek « onze ».
Des 3 7 mots persans du dialecte de Kéria qui
sont donnés par M. Grenard , il en est trois : khoda
« Dieu », âdâm « homme » (ce dernier d'origine sémi-
tique), chir «lion2», dont on ne doit pas, à mon
1 D'après les Âbdâl, heinou s'appliquerait plus spécialement aux
cheikhs des mazâr.
2 Le mot turc ârslân, prononcé âslân, n'est plus pratiquement
124 JANVIER- FEVRIER 1907.
sens, tenir compte, parce qu'ils sont d'un emploi
général parmi les Turcs de Kachgar. Pour les autres
mots , ils sont identiques à Kéria et à Païnâp , sous
les réserves suivantes :
Pour «homme», mard, on connaît aussi kas,
autre mot persan , et pour « femme » , zen , on connaît
aussi dinab.
Quoique moui, «cheveu», soit connu, le mot
usuel est richka1.
Djâma désigne plus spécialement le tchapân.
Mourough (pour moiirgh), au propre « oiseau », a
pris à Païnâp le sens de « coq ».
Khourd, «petit», ne s emploie pas sous cette
forme; on dit khowdân.
Koh, «montagne», est inusité; on emploie en
place l'arabe djebel, djevel.
Souzen, « aiguille », est prononcé sô(r)zang2.
Kalapôch est inconnu; pour le « bonnet» (toumâq)
des Sartes , on dit tac/ê.
connu à Kachgar au sens de «lion», et y désigne seulement les pe-
tits du chat. Le lion manquant d'ailleurs en Asie centrale , on con-
sidère souvent dans le peuple cliir comme synonyme de yolbars
«tigre».
1 Les Âbdâl emploient richka à la fois pour « barbe » et « cheveux ».
Cf. l'arabe rich «plume».
1 Chez les Âbdâl comme chez les Turcs , IV tombe souvent dans
la prononciation courante. Mais s'ils prononcent lentement, ils
ajoutent souvent une r même là où étymologiquement sa présence
n'est pas justifiée. Mes Âbdâl m'ont prononcé nettement gor pour go,
«vache». De même un Turc de Kachgar m'a écrit (jorghoun pour
(joghoun , « melon », en prétendant que la forme qoghoun était abrégée
(tchâla), La prononciation sôrzang est de même ordre. Je mets entre
parenthèses les r fuyantes de la prononciation locale.
LES ÀBDÀL DE PAÏNÀP. 125
Zer, «or», nest pas employé1; on dit âltoun,
comme en turc.
Est y « il est » , et nîst, « il n'est pas » , se prononcent
fias et ras2.
Khounouk, « froid », se prononce khônak.
Pour ce qui est des mots persans détournés de leur
sens , on emploie à Païnâp :
Laghàr, au propre « maigre », au sens de « mauvais3 »,
mais on sait aussi que le mot signifie « maigre »;
Goïd, au propre « il dit », au sens de « chanson4 ».
Gourk signifie bien « loup » , comme en persan , et
n'a pas le sens de « chien » , comme la forme altérée
yourouk à Kéria.
Le mot pour « tête » est correctement prononcé sar,
et non séa.
Mi pour mîr, au sens de beg, est inconnu; on dit
ebil, ewil5.
1 Par contre on connaît , comme dans le turc de Kachgar, le mot
zerkar, «orfèvre».
2 L'aspiration est régulière dans lias ; quant à nis pour nish , c'est
un exemple chez les Abdàl de la chute existante chez les Turcs de
Kachgarie d'un t final précédé d'une consonne : on dit rai pour rast,
goucli pour goucht , etc.
3 M. Grenard dit «vieux, mauvais». C'est sans doute qu'on lui a
glosé laghâr par eski, au propre «vieux», mais dont le sens usuel en
Kachgarie est «mauvais»; eski khâtoun ne signifie pas une «vieille
femme», mais une «femme de mauvaise vie». On m'a donné nette-
ment laghâr comme le contraire de dakh, «bon».
4 Goïd s'emploie aussi au sens plus général de «musique», en
même temps que savzandé.
5 Peut-être ewil est-il apparenté à l'arabe veli , evliya , m. à m.
«les saints» et aussi «les grands».
126 JANVIER-FEVRIER 1907.
Asp perâkhlamâq , pour « seller un cheval », n'est
pas compris ; on dit zil sâlmâq , ou zil dâkhlamâq ,
« mettre la selle » ; zil est altéré du persan zin « selle ».
Le « maïs » se dit sourouq, du persan sourkh « rouge ».
« Pomme » se dit sap, et non sib ou sibit.
Pour « se sauver » la forme usuelle est gouroukh-
mâq , mais on emploie aussi gouroukhlamâq1.
« Manger » se dit bien khourlamâq 2, et aussi khour-
mâq (khonnâq).
« Apporter » se dit gilamâq ; gilap keleng « apporte ».
Lahm « viande », mot arabe, est connu desÀbdâl
de Païnâp , mais ils ne l'emploient pas , et disent dout,
qui doit être le même mot que le dougouh « viande »,
des Tsiganes3.
« Mourir » ne se dit pas mdtlamâq , mais kchoum
bolmâq.
« Malade » se prononce goloud, identique évidem-
ment au galid de M. Grenard.
Le mot paizé « ordre » (mot chinois) est inconnu
1 Le terme gouroukh «sauve-toi, file», en pariant surtout à des
enfants , est d'un grand emploi , et c'est sans doute pourquoi il est
un des mots âbdàl connus des Turcs de la région.
2 Le même mot s'emploie en dialecte âbdàl pour manger et pour
boire, mais il en est de même en persan. Âp khoroumâplê , « il a soif»,
paraît supposer un verbe khorounimâq , comme l'impératif khoroum.
3 Cf. M. Grenard, loc. laud., p. 3o8. Je ne connais pas les règles
phonétiques qui peuvent expliquer les altérations de certains mots
communs aux Tsiganes et aux Louli , mais il suffirait que le mot
«viande» fut chez les Tsiganes do ug ho ut et non dougout, pour que
son passage à dout pût être appuyé d'innombrables parallèles em-
pruntés à la phonétique turque ; qâghan en face de khan , qâghatoan
en face de khàtoun , bàghadour en face de bâtyr en fournissent des
exemples bien connus.
LES ÀBDÀL DE PAÏNÀP. 127
A
des Abdàl de Païnâp, comme des Turcs de kachgar
que j ai interrogés.
Des mots tsiganes signalés par M. Grenard dans
le dialecte àbdàl de Kéria, il en est d'inconnus à
Païnâp.
Ainsi « nourriture » ne se dit ni choumoul ni chamoul,
mais matchâl : matchâl kkoroum « mange » (m. à m.
« mange de la nourriture »).
« Pain » se dit aasit.
Le mot yhanab est connu , mais d'après un Abdâl ,
c'est un mot signifiant « bouc »; un autre me dit que
c'est un mot arabe pour « mouton » ; l'identité avec
le ghanam arabe ne paraît pas douteuse. Le mot pour
« mouton » à Païnâp est gospain1, identique au persan
gosfend.
« Ane » se dit gedar, identique au gider de M. Gre-
nard , mais on connaît aussi le persan hhar; gedar est
d'origine hindoue.
Le mot dakh « bon » est identique au degli de
M. Grenard2.
1 Ai, sans tréma sur ïi, une prononciation intermédiaire entre
ê et aï.
1 Pour ces mots communs aux Àbdàl et aux Tsiganes, il eut été
essentiel de pouvoir interroger des Tsiganes du Turkestan chinois.
M. Grenard, qui en a vu près de Khotan, ne donne autant dire
rien de leur langue (loc. laud., p. 3o8). Malheureusement mes
efforts pour trouver des Tsiganes aux environs de Kachgar sont jus-
qu'ici restés vains. Des deux noms de Louli et d'Aga, sous lesquels ils
sont connus d'après M. Grenard , celui d'Aga n'a para rappeler à
mes interlocuteurs kachgariens rien de connu. Quant aux Looli,
on savait seulement que parfois passent des «Loli khâtoun», femmes
Loli, «diseuses de bonne aventure», mais sur lesquelles on n'a pu
128 JANVIER-FEVRIER 1907.
Les mots d'origine inconnue que M. Grenard a
notés à Kéria ne se retrouvent qu en petit nombre
à Païnâp.
Ainsi « melon » ne se dit pas dongai, mais septcha;
ce mot est peut-être apparenté à sebké, que M. Gre-
nard indique pour « pastèque » ; « pastèque » se dit à
Païnâp hâphâp.
Gholang « abricot » est le ghoulong de M. Grenard.
Le mot pour « pêche » (aussi bien pour la pêche
proprement dite, chaptâbu, que pour le brugnon,
ioghâtch) est pa(r)mak.
Au lieu de tchilba « thé », les Âbdâl de Païnâp
disent chira : chira khorown « bois du thé ».
Le mot pour « tabac » est dût, et non ila1.
« Argent » se dit bien sowa, so(r)ba, sorba; « riche »
se dit sowadâ ou so(r)badâ, au lieu du sowadadagha de
M. Grenard. Je me demande si cette dernière forme
est bien correcte, et si sowadâ n'est pas à expliquer
sowa -\- persan dar « possesseur ». Un Ladakhi de
me fournir aucun renseignement précis. Loli éveille une idée de
filouterie dans l'esprit des Kachgariens, mais sur la véritable nature
des Loli , personne ne sait rien. Le nom des Louli ou Loli apparaît
déjà dans Aboul Ghàzi et Bàbcr (Pavbt de Courteille, Dictionnaire
tark-oriental , p. à§à).
1 Dut est peut-être le persan doud « fumée». En effet, « fumée» se
dit chez les Abdàl, comme chez les Turcs, tutun, mais une «chemi-
née» se dit dut, une «pipe» dâthach. Pour «fumer du tabac», on
dit diit hhormâli, m. à m. « manger du tabac». Les Turcs emploient
le verbe spécial tchigmaq , ou simplement le verbe tartmâq «tirer».
« Manger » du tabac et « tirer » du tabac sont des expressions assez
naturelles qui se retrouvent dans les termes chinois p£ jtQ tch'é-
yên et ^j|j jt@ tch'eoû-yên ou simplement tch'eoû.
LES ÂBDÀL DE PAÏNÀP. 129
Kachgar, qui a voyagé au Turkestan chinois et au
nord du Tibet, prétend que sowa est kalmouk; je
donne le renseignerait pour ce qui) vaut, n ayant ici
aucun moyen de le vérifier.
Le verbe rzidlamâq est inconnu à Païnâp; pour
« aller », on dit has bolmâq ou has(b)olmâq , qui signifie
aussi « passer ».
Pour « voir », on me donne la forme negalamâq ,
au lieu de ergalamâq.
Parsk « aveugle » est inconnu ; on emploie nour
ou nouriy dont je ne connais pas l'origine, à moins
que ce ne soit une altération du persan binour « sans
lumière », qui s'emploie au sens d'« aveugle » l.
Au lieu de pilagha « boiteux », on dit lang pat, évi-
demment formé du mot persan lenk « boiteux » rendu
fameux par le nom de Tamerlan, et de peu « pied ».
Lekh « fou» est inconnu; on dit gel, dont je ne
connais pas l'origine.
Miçala « ciel » n'est pas compris ; on emploie bald ,
« haut, ce qui est en haut » 2.
« Ville » se dit hatta, le etta de M. Grenard.
Ilip pour « feutre » est inegnnu; on dit namal, ce
qui est le persan nemed; namat khânah, « maison de
feutre », signifie un âg ui ou tente kirghize3. Un des
1 Je signale, sans savoir s'il y a lien à un rapprochement, que
«œil» se dit noughour, d'après M. Grenard (loc. laud. > p. 388),
chez les Tsiganes du Turkestan.
2 Dans la prononciation des Abdàl , balâ , qui est le mot persan
qu'on retrouve dans notre mot balcon (balâkhânah «terrasse»), se
prononce balâ(r); balâ(r) s'emploie aussi d'ailleurs au sens de «toit».
3 Les mots yourt et kihitka, généralement employés par les Euro-
ix. 9
turaiHr.aiK «atioxalil.
130 JANVIER-FEVRIER 1907.
Abdàl parait cependant connaître une forme Up,
qu'il croit un terme arabe pour « feutre ».
Dagha désigne tous ceux qui ne sont ni Âbdàl ,
ni Chinois; daghaghin est inconnu. Le curieux nom
de Lom, pour désigner les Chinois, est employé à
Païnâp comme à Kéria.
Tanglo « oreille », et tanglamâq « entendu » sont in-
connus1; on dit gouch « oreille », comme en persan,
et gouchlamâq « entendre ».
Parmi les expressions que M. Grenard donne en
dernier lieu, un certain nombre seulement : kha-
plailé « dormons »; khourlaghân « mangeant » ; gonrouk
«sauve -toi»; batchalapté «il est né»; chap boulab
(/aidé « il fait nuit » ; sowasi nis « il n a pas d'argent » 2
sont employés par les Àbdâl de Païnâp. Au lieu de
mâkapté « il est mort », j'ai déjà indiqué plus haut
qu'ils employaient kchoum boldy; etc. Au lieu de itchim
laghar = ladite «j'ai faim » (m. à m. « mon ventre est
devenu maigre»), ils emploient, en équivalence
absolue du turc qo(r)sâq âtch « mon ventre a faim »,
la forme ichkan gouchnia, m. à m. « mon ventre a
péens, no sont pas compris ici et sont empruntés aux Tartares de
l'Oural.
1 M. (irenard dit que tanylamcUj est altéré de anylamâq; il est
\rai que anylwmu/ est d'un emploi très usuel en Kachgaric, mais
il y a un autre verbe turc tinylamàq «entendre, écouter» (cf. Pavet
DEfiOURTEiLLK, Dictionnaire, p. a 68; Shaw, Vocal alavy of the Tuvki
lanyaayc, p. 87), qui peut aussi bien être proposé comme étymo-
logie de tanghimâif.
* Bien que le sens propre de nis soit naturellement « il n'est pas ,
il n'y a pas», on dit aussi nis bolyhan au sens de «qui est incomplet»,
et on verra plus loin nis boldy pour «il fait nuit».
LES ÀBDÀL DK PAINÀP. 131
faim»1. Pour «je n'ai plus faim», en turc qo(r)sâq
toq « mon ventre est repu », on dit chez les Abdâl
ichkam sar, qui a le même sens. Dans l'expression
indiquée par M. Grenard, itch m. à m. « intérieur »
est turc. Ichkam sar est au contraire purement persan ,
pour chikam sir. Quant à gouchnia , je n'en connais pas
l'origine.
Voici les autres mots non turcs que j'ai notés
dans le dialecte abdâl et qui ne sont pas usuellement
employés en kachgarie :
Paidar « père », du persan padar.
Validé « mère », de l'arabe valide t, prononcé en turc
validé.
Yekzâdeh « frères (et sœurs) », du persan yek « un »
et zâdeh « fils » ; le dialecte abdâl ne distingue plus
« frère » et « sœur » que par des mots turcs.
Doutkech « boucher », formé de dont « viande », et
du persan kech, m. à m. «qui porte» : cf. âpkech
« porteur d'eau », kerakech « conducteur d'animaux
de louage » ; le mot usuel en Perse comme au Tur-
kestan russe est l'arabe qaœcâb.
Tchor « filou, voleur». Si ce mot n'existe pas en
persan , il vient de l'Inde.
Bars « tigre ». Le mot bars est connu en turc, mais
1 Je suppose que gouchnia est une altération du persan gouroiunak
ou (joursnah «affamé». La prononciation ichkam pour chikam s'en-
tend chez les Turcs de Kachgarie, et l'expression persane chikam
gourousnah se rencontre dans les livres écrits en turc. Chez les Âbdâl,
(jouclinia a pris en outre le sens de «pauvre», et s'oppose à sowadâ
«riche».
132 JANVIER-FEVRIER 1907.
s'applique plutôt à une panthère. Quant au tigre,
sa désignation usuelle au Turkestan chinois est
yolbars; l'autre mot turc qaplân y est pratiquement
inusité1.
Sâg « chien », persan sèg; mais on dit aussi ichit,
mot qui est employé par les Turcs de Kachgarie a
côté de it.
Gourbah « chat »; c'est un mot persan.
Mouch « souris »; mot persan.
Mâr « serpent »; mot persan.
Ouchtoul « chameau »; mot persan.
Khoroak « porc » , altéré du persan khouk « porc ».
Bonz « chèvre »; mot persan.
Hamdoun « singe » , du persan haindounah « singe ».
Djibdjeq « moineau », évidemment apparenté au
tchimtchiq de Kachgar, qui a passé en persan avec la
vocalisation tchoumtchouq . Aussi bien djibdjeq que
tchimtchiq sont d'ailleurs des onomatopées. Shaw
(Vocabulary, p. 98) indique une forme kazzak, c'est-
à-dire kirghiz, djoubdjonq , très voisine de djibdjeq.
Bâghboiiq « pigeon ». Il semble qu'on doive recon-
naître comme premier élément le persan bâgh « jar-
din ». Les seuls termes usités en Kachgarie parmi les
1 J'ai dit plus haut que les Turcs de Kacligarie interprétaient
souvent rhir «lion», par «tigre». 11 doit en être de même en Perse
puisque le PyccKo nepcaecniu CAoeapb de Nalivkin (p. 354) donne en
persan , comme premier mot signifiant « tigre» chir. Un autre exemple
de ces confusions est fourni par l'étrange définition de yolbars dans
le Dictionnaire de Pavet de Courteille, p. 548. C'est peut-être à une
confusion indigène de ce genre qu'est due la présence du lion au
lieu du tigre dans certaines listes du cycle des douze animaux.
LES ÀBDÂL DE PAlNÂP. 133
Turcs sont kaptar « pigeon », et pdkhtak « colombe »;
ces deux mots sont d'origine persane (kabotar et
pâkhtah).
Zdghtcha « corbeau » ; diminutif du persan zâgh
« corbeau ».
Lâng « poisson »; signifie aussi « blanc »; je ne
connais l'origine d'aucun de ces deux mots lâng.
Dast « main », mot persan; s'emploie aussi au^ens
de doigt : khourdan dast « le petit doigt ». On peut
signaler un usage tout à fait semblable chez les Turcs
de kachgar, qui n'emploient autant dire pas le mot
pârniâcj « doigt » , et le remplacent par qol « main » ;
cf. d'ailleurs Shaw, Vocabulaiy, p. .43.
Ghilman « nez ».
Dahân « bouche »; mot persan.
Danddn « dents »; mot persan.
Izdr « pantalon »; employé avec ce sens en persan,
mais d'origine arabe.
Pirang « chemise », du persan pirâhan « chemise ».
Sang « pierre »; mot persan.
Haizoum « bois de chauifage »; mot persan.
Hdsir « moulin », du persan âsiyd.
Tchaghar « foyer ».
Deg « chaudron, marmite »; mot persan.
Chip « cuiller ».
Kâsa « tasse »; mot persan.
Koudeh « courge »; du persan kedou « courge ».
Khoumghan « théière en porcelaine ». Je ne sais si
ce mot existe en persan. Khoum est en persan « un
grand récipient en terre cuite »; khoum et khoumddn
134 JANVIER-FEVRIER 1907.
sont employés par les Turcs de Kachgarie. Les Turcs
connaissent aussi un mot qoumghan, mais l'appliquent ,
je crois, à un récipient de fonte ou de cuivre. Shaw
(Vocabukiiy, p. 1 58) rend simplement qoumghan par
« basin ».
Chiratchiz « théière en fonte ayant la forme d'une
aiguière» (tchaogoun ou tchaokân des Turcs de
Kachgarie); formé de chira «thé», plus le persan
tchiz « objet »; cf. infra, pàitchiz.
Richmâl « corde », du persan rismân « corde ».
Djobâl « sac » (le tâghâr des Turcs de Kachgarie),
du persan djavâl « sac ».
Artchin « bissac » (le khordjoun des Turcs).
Ckakhwan « turban ».
Yasouroq « coussin-traversin cylindrique » (le takia
des Turcs de Kachgar).
Tevar « houe » [ketman des Turcs de Kachgarie);
peut-être apparenté au persan teber « hache ».
Anguchtar ou ainguchtar « bague »; persan an-
gouchlar.
Sadliq « têlière de bride » (yùgan des Turcs de Kach-
garie). Exemple : Aspineng sadliq gilang «apporte la
bride du cheval » (en turc : âtneng yùgani âp keleng).
Tezgan « fouet de cheval » (qamtchi des Turcs) , du
persan tâziânah, même signification.
Pàitchiz « fer à cheval » , mais on emploie aussi le
mot turc taga. Pàitchiz signifie au propre « objet pour
les pieds » et s'emploie aussi au sens d'« étrier ».
Dar « porte » ; mot persan. Darni sakhtelang « ferme
la porte » ; darni kouchatlang « ouvre la porte ». Koa-
LES ÀBDÀL DE PAÏNÂP. 135
chatlamdq est formé du persan kouchâdan « ouvrir »,
auquel on a donné une terminaison turque ; comme
adjectif, konchat signifie en dialecte âbdâl « facile ».
Tcheman « livre » : tcheman kalang a lis le livre » ;
m. à m. « travaille le livre ». Tcheman signifie aussi
« soleil » : tcheman tchigdy « le soleil s'est levé » (tchiq-
mâq, m. à m. « sortir » , est usuel en turc en parlant du
lever du soleil); tcheman nis a le soleil s'est couché »
(m. à m. « le soleil n est pas » ; pour nis, cf. supra). On
dira par analogie nis bolcly « le (moment où le soleil)
n'est pas est venu » , aussi bien que chap boldy « la
nuit est venue ».
Râh « route »; mot persan.
Ray et « un tenga » (de la valeur de o. 1 o kopeck à
Kachgar) ; on dit yek bayeh ou yek wayeh « un tenga ».
Peut-être du persan wayeh « portion ».
Tchachmah « source »• ; mot persan.
Posa « goitre ».
Rasah « calvitie, chauve ».
Isara poire ».
Sendjit « olive ».
Khicha « carotte ».
Chalghan « navet », du persan chalgham «navet ».
Noch « oignon ».
Sepit « riz » ; peut-être du persan sefid « blanc » (pro-
noncé en Kachgarie sepid), de même que sonromj
« maïs » est altéré du persan sonrkh a rouge ».
Ponmbah « coton », du persan ponnbah « coton ».
Roghan « sésame », mais aussi « graisse et « huile ».
C'est ce dernier sens qui est primitif, étant celui de
136 JANVIER-FEVRIER 1907.
roghan en persan. Le passage de sens s'explique par
le grand emploi en Asie de l'huile de sésame.
Anân « millet »; mot persan.
Alap « luzerne ». « Luzerne sèche » se dit qoarouq
alap , qourouq étant le mot usuel en turc pour « sec ».
« Luzerne fraîche » (kôk bedah des Turcs) se dit dont
alap y et je ne sais quelle est l'origine de ce mot dout,
qu'il ne semble pas qu'on puisse rapprocher de son
homophone dout signifiant « viande » en dialecte
âbdai.
Arit a farine » , du persan drd « farine ».
Atechtchiz «allumette», m. à m. «objet pour le
feu » ; cf. supra , chiratchiz et paitchiz.
Qarich âv et qarich dp, m. à m. « de i'eau aigre »,
s'emploie à côté du mot turc tonz pour « sel , sau-
mure ».
Le mot âtech « feu » entre dans des expressions
comme âtech âp « de l'eau chaude » , ou âtech bouloub
qaldy « cela a brûlé ».
Le mot dp « eau » s'emploie encore pour « lait »dans
la construction go[r)neng âv> go(r)neng abi , go(r)neng
evi1, m. a m. « eau de vache ».
1 L'affaiblissement de l'a en e par l'influence d'une syllabe sui-
vante vocalisée en i est un phénomène usuel dans le turc de Kach-
garie. De même qu'on a dans le dialecte âbdàl une prononciation
evi pour la forme possessive de âp ou âv (étymologiquement âfc), de
même on prononce en turc âlrnây «prendre», mais elip (pour âlib)
«ayant pris»; par contre, dans la forme contractée de elip, âp, Yi
ayant disparu , la prononciation à d très large , presque o , reparaît.
J'ai entendu prononcer et vu écrire <jouehbechit au lieu de ijoiich-
bâchi . m. à m. « tête d'oiseau », nom du pommeau de la selle indigène.
Cet affaiblissement apparaît d'ailleurs quelquefois indépendamment
LES ÀBDÀL DE PAJNÂP. 137
Poukhtah « mûr »; mot persan.
Nâpouq «non mûr, vert», sans doute altéré du
persan nâpouhhtah , qui a le même sens.
Qinâp « difficile ». Je ne sais si on doit rapprocher
de ce mot le turc qiin « difficile ».
Bisyâr « long , lourd », du persan bisyâr* beaucoup ,
en grand nombre», qui est aussi employé parfois
par les Turcs de Kachgarie.
Kaltak «court»; c'est le persan kaltah «court».
J ai noté le mot parce que le vrai mot des Turcs est
qisqâ, mais ils emploient aussi kaltah , et le plus sou-
vent avec cette prononciation altérée kaltak qu'on
retrouve chez les Âbdâl. La prononciation kachga-
rienne pâkhtak (du persan pâkhtah) pour « colombe »
fournit un autre exemple de la même altération. Une
autre prononciation turque de kaltah est kalty.
Roïlouq «beau». C'est le persan roui «visage»,
plus un affixe de substantif turc, pris ici en valeur
adjective. Les Turcs disent, en valeur adjective éga-
lement, tchiimlyq « beau ».
Parme « gras », peut-être du persan faiiah.
Kemtar «léger», peut-être du persan kamtar
« moindre », comparatif de kam « peu ».
No «jeune »; mot persan. No kas «jeune homme »
(du persan).
del't, el j'ai entendu beclunàdcuf (Shaw, Vocabidaiy, p. 45, donne
bânhmâldâtf) pour «pouce», alors que dans ce mot, vraisembla-
blement altéré do bâchparmâq «doigt de tète», le premier élément
est sûrement bâch. Quant à la prononciation m» ou v pour b , elle est
constante en Kachgarie.
138 JANVIKR-FÉVRIEK 1907.
Sowoat « vieux ». Sowout kas « vieillard ».
Siâh « noir »; mot persan. Usité au sens <T« encre »
par les Turcs.
Lang « blanc ».
Gianglamâq « pleurer ».
Testa qelmâq « avoir peur ».
Khap[i)chmâq « s'arrêter, attendre ».
Paklamâq « nettoyer », du persan pak « propre ».
Khônuklamâq «avoir froid»; cf. khônuk, supra.
Khônnklâp qâldy « il a eu froid » est lequi valent âbdâl
du turc tonglâp qâldy.
Bourayct qelmâq « appeler ».
Bâzi qelmâq « danser », du persan bâzi « jeu ». Il
faut noter qu'en turc de Kachgar, « danser » se dit
oussoul dinamâq, m. à m. «jouer des danses», et
quelquefois dinamâq seul.
Dâdi qelmâq « faire un cadeau, donner ». Semble
se rattacher à la racine indo-européenne d'où dérive
notre verbe « donner », mais je ne connais pas l'éty-
mologie exacte. Persan dâden « donner ».
K(ou)chta qelmâq « tuer », du persan kouchtan
« tuer ». Peut-être faut-il rapprocher de cette racine
le mot kchoum « mort » , qui apparaît dans kchoum
bohfy « ii est mort » ; peut-être est-ce la même déri-
vation qui reparaît dans khoroum «mange», à côté
de la forme simple khormâq « manger ».
Basta qelnuuj « enterrer ».
Yildam ra'kal « fais vite » ; âsta rakal « va lente-
ment ». Yildam et âsta sont des mots usuels en Kach-
garic.
LES ÂBDÂL DK PAÏNÂP. 139
Nigalamâq « s'instruire ».
Goumch(u)tlamâq « vider ».
Telles sont les informations que j'ai recueillies
auprès des Àbdâl de Païnàp. Assez pauvres encore,
et surtout imparfaitement mises en œuvre, elles n'au-
torisent aucune conclusion sur l'origine des Abdâl
et l'époque de leur établissement au Turkestan chi-
nois. Il est à souhaiter que dans toutes les oasis où
des groupes d'Àbdàl mènent une vie sédentaire , on
recueille le plus grand nombre possible de mots non
turcs qui subsistent dans leur langue. Il faudrait sur-
tout avoir des données plus précises sur la langue et
l'origine des Louli. Alors seulement nous pourrions
choisir entre les deux hypothèses déjà formulées par
M. Grenard à propos des Abdâl de Karia : ou bien les
Abdâl seraient une variété de Tsiganes , ou , comme
M. Grenard y penchait et comme je le crois plus pro-
bable, on devrait voir en eux les descendants chiites
qui sans doute apportèrent les premiers l'Islam en
Kachgarie.
Kachgar, 8 octobre 1906.
NOUVELLES ET MELANGES. 141
NOUVELLES ET MELANGES.
SEANCE DU H JANVIER 1907.
En l'absence de M. Barbier de Meynard, président, et de
M. Senart, vice-président , la séance est ouverte à quatre heures
et demie par M. Rubens Duval.
Etaient présents :
MM. Allottk de la Fuye, Aymonier, Basmadjian,
BoURDAIS, BOUVAT, CARRA DE VAUX, COMBE, DUSSAID, FeR-
RAND, F^VRET, FlNOT, GaUDEFROY-DeMÔMBYNES, GuiMET,
Halévy, V. Henry, Cl. Huart, Ismaël Hamet, Sylvain Lévi,
Macler, Mayer-Lambert, Meillet, Thureau-Dangin,
membres; Chavannes, secrétaire.
M. Thureau-Dangin, dans une communication sur les
préfixes du verbe sumérien, distingue huit éléments princi-
paux : e, m, b, n, ra, da, ta, su. Les quatre premiers élé-
ments ont une valeur pronominale : e, m, b et n désignent
le sujet; n et b désignent l'objet. Le choix entre les quatre
éléments désignant le sujet est gouverné : i° par la position
du sujet; 2° par la direction de l'action. Une différence de
vocalisation distingue le datif (na ) de l'accusatif (ni). L'ordre
est : sujet + datif -f accusatif. Les quatre derniers éléments
correspondent aux postpositions ra « à , pour » , da « avec ,
par, dans», ta «dans, hors de», su «vers, pour». Ces pré-
fixes se placent entre le pronom-datif et le pronom-accusatif.
MM. Halévy et Allotte de la Fuye présentent quelques
observations.
M. Sylvain Lévi démontre que le recueil sanscrit intitulé
142 JANVIER- FEVRIER 1907.
Divydvaddna est formé en grande partie d'extraits du Vinaya
des Mûlasarvâstivâdins ; la rédaction de ce Vinaya semble
dater du m* ou du ive siècle de notre ère.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE.
Par les Auteurs :
F.-H. Griffith. Egypt Exploration Fund. Archœological
Report, 1905-1906. — London, 1906; in-4°.
Lucien Bouvat. Une grammaire turqae du vm' siècle de
l'hégire (Extrait). — Paris, 1906; in-8°.
Henry de Castries. Les Sources inédites de l'histoire du
Maroc, t. I. — Paris, 1906; in-8°.
R.-J. Basmadjian. Procès-verbal de Monsieur Dargenson sur
. . . Monsieur Auédik (Extrait). — Paris, 1906; in-8°.
9
Par les Editeurs :
The Indian Antiquary, August 1906. — Bombay, 1906;
in-8°.
V.-A. Smith. Catalogue ofthe Coins in the Indian Muséum,
Calcutta, t. 1. — Calcutta, 1906; in-8°.
R.-J. Lau. Old Babylonian Temple Records. — New- York,
1 906 ; in-8°.
H.-V. Hilprecht. The Babylonian Expédition of the Uni-
versity of Pennsylvania. Cuneiform Texts, VI, 1. — Phila-
delphia, 1906; in-4°.
E.-G. Browne and Mihza Muhamm vd. Persian Historical
Texts, IV. Part 1 of the Lubàbu l-Albâb of Muhammad 'Auli.
— Leide, 1906; in-8°.
II. -J. Allen. Early Chinese Ilistory, I. — London, 1906;
petit in-8°.
K. Vollers. Katalog der Handschriften der Universitâls-
Bibliothek zu Leipzig. H : Die islamischen, christlich-orienta-
NOUVELLES ET MELANGES. 143
lisclien und samaritanisclicii Handschriften. —Leipzig, ii)o6;
in-8°.
Chicntalischc Bibliographie, XI X, 2. — Berlin, 1906;
in-8°.
Revue critique, 4o" année, n°* 5o-52. — Paris, 1906;
in-8°.
Polybiblion, décembre 1906. — Paris, 1906; in-8°.
Par la Société :
Journal asiatique , septembre-octobre 1906. —Paris, 1906;
in-8°.
Revue africaine, n°* 261-262. — Alger, 1906; in-8°.
Analecta Bollandiana, XXV, 4- — Bruxellis, 1906; in-8°.
Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Comptes rendus
des séances, octobre 1906. — Paris, 1906; in-8°.
The Journal of the Anthropological Society of Bombay,
VII, 7. — Bombay, 1966; in-8°.
Journal de la Société finno-ougriennc , XXI 11. Mémoires,
XX111-XXIV. — Helsingibrs, 1905-1906; in-8°.
The Geographical Journal, XXIX, 1. — London, 1907;
in-8°.
La Géographie , XIV, 6. — Paris, 1906; in-8°.
Transactions qf the Asiatic Society ofJapan, XXXIV, 3. —
Tokio, 1906; in-8°.
Par le Ministère de l'Instruction publique
et des Beaux-arts :
Archives Marocaines, t. VII. — Paris, 1906; in-8°.
Ecole pratique des Hautes-Etudes, Annuaire, 1907. — Pa-
ris, 1906; in-8°.
Albert Grenier. Habitations gauloises et villes latines dans
la cité des Médiomatriccs. — Paris , 1 906 ; in-S°.
Journal des Savants, décembre 1906. — Paris, 1906;
in-8°.
144 JANVIER-FEVRIER 1907.
Par le Gouvernement Indien :
L.-S.-S. O'M vlley. Bengal District Gazcttcers : Cuttack. —
Gaya. — Calcutta , 1 906 ; 2 vol. in-8°.
F.-R.-H. Hemingwvg. Madras District Gazetteers : Tanjore.
— Madras, 1906; in-8°.
H.-R. Nevill. District Gazetteers of ilw United Provinces
of Agra and Oadh : Fatehpur. — Allahabad , 1 906 ; in-8°.
Par le Séminaire des Langues orientales de Berlin :
A. Mise 11 Lie 11. Wôrterbuch der Haiisa-Sprachc. I. ïeii :
Hausa-Deatsch. — Berlin , 1 906 ; in-8°.
Par la « Biblioteca Nazionale Centrale » de Florence :
Bollettino délie pabblicazioni italiane ricevule per dirilto di
stampa, num. 72. — Firenze, 1906; m-8°.
Par l'Université Saint-Joseph , a Beyroutu :
Al-Machriq , 11e année, n° 2/1. — Beyrouth, 1906; in-8°.
SEANCE DU 8 FEVRIER 1907.
En l'absence de M. Barbier de Meynard, qu'une légère
indisposition retient chez lui, la séance est ouverte par
M. Senart, vice-président, à 4. heures et demie.
r
Etaient présents :
MM. Allotte de lv Fuye,Aymonier, Basmydjian, Bour-
d vis , Bouvat, C vb vtox , Combe , Decourdemaxxhe , Dussaud
Finot, Fossey, Gaudefroy-Demombyxes, Rubens Duval,
Gr.yffix, Ismaël Hvmet, Hvlévy, Huvrï, Sylvain LeVi,
NOUVELLES ET MÉLANGES. 145
LUNET DE LA JONQUIÈRE , MaYER-LaMBERT, MeILLET, MORET,
Périer, Thureau-Dangin, membres; Cuavannes, secrétaire.
Le procès -verbal de la séance du 1 1 janvier est lu; la
rédaction en est adoptée.
M. le président annonce à la Société la mort soudaine de
M. Victor Henry; il se fait l'interprète des regrets profonds
que la disparition de ce savant éminent cause à tous ceux
qui l'ont connu.
Est reçu membre de la Société :
M. l'abbé Jean Périer, 4» quai des Célestins, présenté par
MM. Gaudefroy-Demombynes et Barbier de Mey-
nard.
Lecture est donnée d'une lettre par laquelle M. J.-J. Modi,
de Bombay, annonce que les savants parsis ont décidé de
publier un volume pour commémorer le nom du professeur
Spiegel ; il invite à collaborer à cette œuvre toutes les per-
sonnes qui seraient disposées à lui remettre des mémoires
relatifs aux études iraniennes.
La China B ranch of the Royal Asiatic Society demande
pour sa bibliothèque les volumes qui lui manquent dans la
collection du Journal asiatique. On lui donnera satisfaction
dans la mesure du possible. Une réponse favorable est éga-
lement faite à la Bibliothèque de la Médersa de Tlemcen, qui
a adressé une demande analogue à la Société.
Une proposition d'échange avec la Revue du monde musul-
man est acceptée.
La réfection du catalogue de la Société a été commencée ,
mais, pour qu'elle soit contrôlée, une Commission de la
bibliothèque est nommée : elle comprend MM. Gaudefroy-
Demombynes, Fi not, Cabaton, Macler, Févret, Schwab et
les membres du Bureau. Sur la proposition de M. Sylvain
Lévi , il est décidé que les travaux relatifs au catalogue et à
l'arrangement des livres seront suspendus jusqu'à ce que la
IX. 10
tMMIIlKMB lATlOIlLB»
U6 JÀNV1ER.FEVRIER 1007.
Commission ait statué sur le programme qui devra être exé-
cuté. M, Barbier de Meynard sera prié de convoquer la
Commission le plus tôt possible.
Sur la proposition de M. Fossey, il est décidé que toutes
les questions administratives de quelque importance seront
inscrites à l'ordre du jour, de même que les questions scien-
tifiques.
La question ayant été soulevée de savoir si le Journal asia-
tique ne devrait pas être dorénavant tiré à 65o exemplaires
au lieu de 600 , le Bureau est chargé de prendre une déci-
sion , après examen , à ce sujet.
M. Rubens Duval présente le fascicule 1 du tome IV de la
Patrologia orientalis , contenant une partie des bomélies de
Sévère d'Antioche.
M. Allotte de la FuïEala parole pour une communica-
tion sur les archives de Lagach (Sirburla) au temps du roi
Ouroukagina ; après avoir décrit les documents qu'une trou-
vaille heureuse a mis au jour, il montre les renseignements
d'ordres divers qu'on en peut tirer.
A propos de cette communication , M, Haléyy signale à
l'attention de la Société l'existence, dans les textes sumé-
riens les plus anciens , du temps qu'on appelle permansif , et
de l'ordre syntactique désigné sous le nom d'état construit :
le premier est particulier à l'assyrien, tandis que le second
se retrouve presque exclusivement dans les langues sémi-
tiques.
MM. Meillet et Finot présentent quelques observations
au sujet de l'état construit.
Vu l'heure avancée , M. Sylvain Lévï renonce à faire la
communication annoncée à l'ordre du jour sur la composi-
tion du Divyâvadâna ; il se borne à signaler qu'il a pu identi*
fier, grâce à la version chinoise , divers fragments du Samyu-
ktâyumu sanscrit qui ont été recueillis au Népal par BendaH
NOUVELLES ET MÉLANGES. 147
et qui vont être prochainement publiés par M, L. de la
Vallée-Poussin; c'est ainsi qu'on peut reconstituer morceau
par morceau le canon sanscrit que de nouvelles découvertes
permettront peut-être un jour de compléter.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIETE.
Par M. A. Le Ch atelier , professeur au Collège de France :
Revue du Monde musulman, I, 2-3. — Paris, 1906-1907;
in-8°.
Par les Adteurs :
Cl. Ho ART. L'Afrique dans la géographie mozhafférienne
(Extrait). - Paris, 1906; in-8*.
S. Chandrasekhara Sastrigal. Sri Bâla Manôramâ. . .,
new édition. — Trichinopoly, 1 906 ; in-8°.
J. Berjot. Premières notions d'annamite. — Paris, 1906;
in-8°.
Shridhar R. Bhandarkar. Tke présent Condition qf tke
Sanskrit Studies in India. — Bombay, 1 906 ; in-8*.
Rubens Duval. Les Homélies tîi à tvit de Sévère d'An-
lioche, traduites en français. — Paris, 1906; gr. in-8*.
Par les Editeurs :
Tke Korea RevUw, 6, 3, 10. — Séoul, 1906; in-8'.
Polybiblion, janvier 1907. — Paris, 1907; in-8°.
Revue critique , 48* année , n08 1 -b. — Paris , 1 907 ; in-8°.
International Journal Tatrik Order, V, 1. — New- York,
1907; in-4°.
K. E. Neumann. Die Reden Gotamo Baddhos, L — Mùnchen,
1907; in-8°.
Soyen Shako. Sermotis of a Buddkist Abbot. — Chicago,
1906; petit iu-8*.
10.
148 JANVIER-FEVRIER 1907.
P. C. Conybearb. The Armenian version qf Révélation. —
London , 1907; in-8°.
Revue des sciences philosophiques et théologiques , I, 1. —
Kain, 1907; in-8°.
Revue sémitique, 190/i, 1905, i9o6,etfasc. 1 de 1907.
— Paris, 1904-1907 ; in-8°.
Par la Société :
Transactions and Proceedings qf the American Philological
Association , vol. XXXVI. — Boston , Mass. , 1 906 ; in-8°.
Comité de conservation des Monuments de l'art arabe, fasc. 2.
— Le Caire, 1906; in-8°.
Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et
Belles-lettres , novembre 1906. — Paris, 1906; in-8°.
The American Journal qf Philology t XXXVJI, 4. — Boston,
Mass., 1906; in- 8°.
The Geographical Journal, XXIX, 2. — London, 1907;
in-8°.
Rendiconti délia Reale Accademia dei Lincei, XV, 5-6. —
Roma, 1906; in-8°.
Ateneo, I, 11, 12. — Madrid, 1906; in-8°.
The Journal qf the Bombay Branch qf the Royal Asiatic
Society, n° 6 1 . — Bombay, 1 906 ; in-8°.
Revue des études juives, n° io4. — Paris, 1906; in-8°.
Zeitschrift der Deutschen Morgenlândischen Gesellschaft ,
LX, 4- — Leipzig, 1906; in 8°.
Tijdschrift voor Taal-, Land- en Volkenkunde, XLIX, 1-2.
— Batavia , 1 906 ; in-8°.
The Journal qf the Royal Asiatic Society qf Great Britain
and Ireland, January 1907. — London, 1907; in-8°.
The American Journal qfSemilic Languages and Literatares,
XXIII, 2. — Chicago, 1907; in-8°.
Bulletin de l'Association des Bibliothécaires français, I, 1.
— Paris, 1907; in-8°.
Analecta Bollandiana, XX VI, 1. - BruxeUis, 1907; in-8°.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 149
O Oriente Portugnez ,111, 1 o- 1 1 . — Nova Goa , 1 906 ; in-8°.
American Journal of Archœology •, Annual Reports, igo5-
1906. — Norwood, Mass., 1906; in-8°.
Par le Ministère de l'Instruction publique
et des Beaux-arts :
J. Marouzeau. Place da pronom en latin. — Paris, 1907;
in-8° (Bibl. de l'École des Hautes Études , i58).
Journal des Savants, janvier 1 907. — Paris , 1 907 ; in-4°.
Bulletin archéologique , 1906, 2. — Paris, 1906; in-8°.
Par la « Bibliotbca Nazionale Centrale » de Florence :
Bollettino délie pubblicazioni italiane ricevute per diritto di
stampa, num. 73. — Firenze, 1907; in-8°.
Par l'Université Saint-Joseph , À Beyrouth î
Al-Machriq, X, 1-2. — Beyrouth, 1906; in-8°.
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL.
(Séance du 8 février 1907.)
Le mot U) dans Ahikah et Bar Bahlul.
Ahikar dresse deux enfants à crier Jj^£» JL?| . l^^o U~£
pour construire un château (The Slory of Ahikar, Londres,
1898, p. «j, 1. i4-i5); ce que les éditeurs ont traduit :
mud, mortar, tiles, brichs. C'est évidemment le contexte seul
qui les a amenés à traduire U**\ par « tuiles » car ce sens ne
figure dans aucun dictionnaire. Bar Bahlul l avait déjà ren-
1 Ed. R. Du val, I, col. 287. Cf. Payne Smith, Thésaurus syria-
cus, I, col. 375.
150 JANVIER-FEVRIER 1907.
contré la même difficulté au même endroit et, comme il
s'agit de construire un château ou un palais, il avait cru
pouvoir rapprocher ce mot de « arx ou ip^efa ». Il écrit en
effet» sous jL~t J : « J'ai trouvé ce mot dans les proverbes ara-
méens (ces proverbes à notre avis ne sont autres que l'histoire
d'Ahikar); en araméen (on prononce) )«»); c'est un château
ou un palais, et on l'appelle à Tagrit JLoij (arx ou âp^efa).»
En réalité c'est le mot JLiiJ bien connu, avec la signifi-
cation ordinaire de « voyageur, hôte ». On le trouve une pre-
mière fois dans Ahikar à la page «aj , 1. 1 8 : ^o^J JLi) &]o
J~iJ y) MA*o^. And I too will corne into the house as a guest
« et moi aussi j'entrerai dans ma maison comme un hôte ». Ce
sens ne peut pas être reconnu dans le passage cité plus haut
parce que — là comme ailleurs — la rédaction du manuscrit
de Cambridge semble un compendium de l'histoire d'Ahikar.
Ici quelques mots essentiels ont été supprimés. La rédaction
de l'histoire d'Ahikar contenue dans le manuscrit de Berlin
Sachau 336 porte en effet (4i v°) : . o^ojk» 1^*>o JLu^ v0^0^
. I^a^ ^ ^-^o. Lat***>? L»ï) |Ld?î| J%a^ « 11$ diront : Faites
passer de la boue et du mortier, les architectes , hôtes du
roi, manquent de travail. »
De même au fol. 4a r°. : Ui) . i^iooo Lu^o Iju*^ oJM
. ^w£o> Labâo? ILsfTJo «Apportez des briques, de la boue et
du mortier; les hôtes et architectes du roi (en) ont besoin. »
F. Nau.
NOTICE SUR LES AMULETTES JUDEO-ARÀMEENNE3 ,
PAR M. RICHARD GOTTHEIL.
L'intéressant article publié par M. Schwab dans le Jour-
nal asiatique, janv.-févr. 1906 , p. 5 et suiv. , sur une amulette
judéo-araméenne mérite de retenir l'attention. Il peut y avoir
intérêt pour les lecteurs de ce Journal de savoir que ce n'est
pas la seule amulette de ce genre qui existe. Pendant ces deux
NOUVELLES ET MÉLANGES. 151
dernières années , pas moins de huit sont arrivées à New-York.
Quatre d'entre elles ont été présentées à la Bibliothèque pu-
blique de New-York ; trois autres sont en la possession d'un col-
lectionneur ; et la huitième est entre les mains de MM. Tif-
fany et C". Cinq sont sur une plaque d'argent; deux sont en
or; et une en bronze. Une des amulettes en argent mesure
4 pouces sur 1 pouce 3/8; une autre 3 pouces 3/8 sur
î pouce i/8. Une des amulettes d'or mesure 3 pouces i/4 sur
3/4. de pouce ; la seconde , î pouce 5/8 sur 3/4 de pouce. Les
amulettes d'argent sont de beaucoup plus larges que celles d'or.
La plaque entière est généralement recouverte de caractères
hébreux ; les lignes sont tracées au travers , comme dans l'amu-
lette publiée par M. Schwab. Dans un seul cas , dans l'amulette
de bronze, l'écriture se compose de longues lignes, la plaque
étant tournée de côté. Comme on se servait pour écrire
d'un stylet de métal ou de bois, la gravure est très profonde
et souvent le verso est plus lisible que le recto. L'inscription
de l'une des quatre amulettes (de la Bibliothèque publique de
New- York) est évidemment en grec, mais elle ne contient
que peu de lettres.
Sur l'amulette publiée par M. Schwab il y a des signes que
celui-ci considère fort à propos comme représentant les dix
planètes. Sur une des amulettes en argent à New-York , il y
a cependant quatre ou cinq lignes de signes cabalistiques.
Ces signes sont complètement inintelligibles, quoique
quelques-uns d'entre eux offrent quelque ressemblance avec
les signes des planètes et des métaux que l'on trouve dans
des manuscrits syriaques traitant de l'alchimie (voir Rubens
Duval dans Berthelot, La Chimie au moyen âge, tome II,
p. 2 et suiv. ) , et qui de là ont passé dans le Lexique de Bar
Bahlul. D'autres présentent de l'analogie avec les différents
alphabets cabalistiques qui doivent, à une certaine époque,
avoir eu cours dans la Syrie du Nord et dans la Mésopo-
tamie. Que de tels alphabets fussent en usage pour cet objet,
c'est ce que l'on peut constater par l'ouvrage de cet archi-
fnl si fi en leur Abu Bakr Muhammnd ibn cÂlî nl-Wahshiyah
152 JANVIER-FEVRIEK 1907.
(Brockelmann, Geschichte der arabischen Literatar, tome I,
p. 243), lequel n'a certainement pas inventé tous les alpha-
bets dont il donna le détail dans son Kitâb shauk al-Mus-
tahâm, A la page 35 et 36 de l'édition de Hammer-Purgstali
(Ancient Alphabets and Hyerogliphic Cliaracters explained,
Londres, 1806), je puis facilement signaler de la ressem-
blance avec les signes figurés sur cette amulette. De sem-
blables alphabets se trouvent à la fin de manuscrits syriaques
(par exemple, mss. Sachau 53, 70, 116, dans la collection
de Berlin ) ; et , ce qui est étrange à dire , un de ces alphabets
s'est infiltré dans la grammaire hébraïque d'Abraham de
B aimes, Miknêh Abraham, Venise, i523, fol. 10, où il est
expressément donné comme un alphabet mésopotamien. 11
se trouve aussi dans le livre cabalistique Sepher Raziel.
Les amulettes qui sont ici à New-York ont été trouvées
toutes , à une seule exception près , à Irbïd , non loin de Tibé-
riade, par un Monsieur cAzîz Khayat. Elles proviennent de
tombes creusées dans le roc, et elles étaient probablement
enterrées avec les personnes qui les avaient portées. Rien de
plus ne fut trouvé dans les tombes, si ce n'est quelques
verres et fragments de bois. Il est probable que l'amulette
en la possession du P. Giacinto provient du même fonds.
L'amulette avec l'inscription grecque fut trouvée à Baisân
pendant l'été de 1906. Comme c'est le cas pour les autres
amulettes, celle-ci est aussi roulée dans un petit étui. Heu-
reusement, dans cette circonstance, l'étui d'or est conservé
intact.
ORFEVRERIE D'ART MAURESQUE.
Une mission d'exploration épigraphique en Espagne,
accomplie dernièrement, a eu pour limite finale Palma.
A la sacristie de la cathédrale de cette ville , on conserve une
paire d'objets de liturgie, de fabrication mauresque, en fili-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 155
dont le rite était chaldaïque ou syriaque (sic), et qu'ils les
emportèrent à Majorque , où des chrétiens les recueillirent.
Sur quoi repose cette hypothèse ? Sur une mauvaise lec-
ture, certes excusable, de la finale du mot D*3D")n, prise
pour un D (s), et la conjecture du mot Armenios a entraîné
d'autres suppositions.
Ce pseudo-hébraïsant n'a pas traduit , ni même lu , les mots
inscrits sur les deux colliers, ainsi conçus : "IliV nWD3
]DX & NBIDp «Dans la synagogue de Juda Camerota, que
Dieu le garde ! Amen. » Avant le mot Amen , l'eulogie
abrégée en deux lettres pointées se réfère à un nom propre ,
celui du donateur des ornements. Probablement , un de ses
descendants, pour éviter le danger grave d'une recherche
de l'Inquisition , aura donné ces pièces à la cathédrale de sa
ville.
On trouve des spécimens modernes de ces objets dans le
recueil intitulé : Orfèvrerie, bijouterie et joaillerie algérienne,
ÂJpilj^ £cL*3 de l'imprimeur -graveur Léon (Alger, 1900,
in-4#), sous les n0$ 66, 94 et 1 48 -149. Ces deux derniers
portent le nom de D^IDB ( Tepoïm), par transcription fautive
de D^rttDn «pommes», équivalent de «grenades».
Moïse Schwab.
BIBLIOGRAPHIE.
UNE PAGE NOUVELLE DE L'HISTOIRE D'EGYPTE,
PAR M. MAX VAN BERCHEM.
C. H. Bicxer. Papyri Sciiott-Reinharot I, dans les Veroffent-
lichungen aus der Heidelberyer Papyrus - Sammlung III, — 1 vol.
in-4° de ix-119 p. et 12 planches. Heidelberg, Winter, 1906.
La collection de papyrus formée en Egypte par Reinhardt
fut acquise en 1904 à la Bibliothèque de l'Université d'Hei-
156 JANVIER-FEVRIER 1907.
delberg, par la libéralité de M. Schott. Le classement et la
publication du fonds Schott-Reinhardt , qui forme la troisième
partie du dépôt général d'Heidelberg, ont été confiés à
M. Becker, que ses études originales sur l'histoire et l'admi-
nistration de l'Egypte aux premiers siècles de l'Islam dési-
gnaient pour ce travail délicat \
A part quelques fragments hiératiques, démotiques, hé-
breux, pehlewis et syriaques, le fonds Schott-Reinhardt se
compose exclusivement de documents arabes , avec plusieurs
textes bilingues, grecs et arabes, et compte plus de 1,200
numéros sur papyrus, parchemin ou papier, non compris
les menus fragments et quelques objets d'une nature excep-
tionnelle. Parmi ces derniers figurent une lettre , écrite sur
une omoplate de chèvre *, que ses caractères permettent d'at-
tribuer à la fin du ier siècle , et une tablette de bois portant
un fragment du Coran , des exercices d'écriture et un proto-
cole d'émir sous les sultans Mamlouks \
1 Voir notamment ses Beitrâge zur Geschichte JEgyptens et plu-
sieurs mémoires dans la Zeitschrift fur Assyrioloyie.
1 On écrivait souvent sur des omoplates; voir, par exemple,
Sachao, Ueber den zweiten Chalifen Omar, p. 20.
s Dans ce protocole, il faut lire sans doute, à la ligne 1, al-amîri
au lieu de al-aqarri , ce relatif et les suivants paraissant formés sur
le titre fréquent al-amîr ad-adjall al-kabîr. Le dernier relatif do
titre, qui doit se lire al-alami, est formé sur le surnom 'Alam ad-
dîn , qui suit à titre explicatif et qui se répète un peu plus loin ,
immédiatement devant le nom propre , suivant une règle constante.
Ce protocole, quoi qu'en dise l'auteur, est donc parfaitement régu-
lier. Seule la répétition du surnom en ad-dîn peut paraître anor-
male, mais elle s'explique ainsi : la première fois, ce surnom n'est
là que pour justifier la lecture du relatif 'alami, qui occupe sa
place normale à la fin des relatifs de titre, et pour empêcher
qu'on ne lise 'ilmi, par exemple; la deuxième fois, ce surnom
figure comme tel à sa place normale, entre le titre composé et le
nom propre. Quant au nom propre, je pense qu'il doit être lu
Lâdjîn ibn Ishâq (?) , en changeant un peu l'ordre des groupes de
lettres. Enfin , dans la phrase tronquée qui précède le protocole
NOUVELLES ET MÉLANGES. 157
Ces documents, qui couvrent une période de 1000 ans,
du 1er au xie siècle de l'hégire , se rattachent à la littérature
ou à Thistoire. A la première appartiennent un cahier de cours
en 37 feuillets, daté de 229 H., qui renferme un fragment
de biographie du prophète et la copie , attribuée à la fin du
m* siècle, d'un rouleau âe traditions (sahîfa) dont les prin-
cipaux chaînons (isnâd) partent du traditionniste Ibn Lahfa,
mort en Egypte en 1 7 4 H. Ce groupe comprend encore des
fragments du Coran et d'ouvrages religieux et juridiques,
puis des traditions, des récits, des vers, des recettes médi-
cales , un feuillet détaché d'un calendrier des saints , etc.
Bien autrement précieux que ces morceaux littéraires
sont les documents historiques proprement dits , qui touchent
aux sujets les plus variés. Comme les autres collections de ce
genre, le fonds Schott-Reinhardt renferme, d'une part, des
actes administratifs, lettres, ordres, décrets et instructions
de gouverneurs sur des questions fiscales et agricoles, telles
que l'assiette de l'impôt et la spéculation sur les grains , bre-
vets et rapports de fonctionnaires, registres de cadastre,
déclarations, bordereaux et quittances d'impôts, pièces de
contentieux administratif, ordres d'enquête ou de pour-
suite contre débiteurs ou fonctionnaires infidèles; d'autre
part, des actes notariés ou privés, contrats d'achat, de vente,
de fermage, de location, de mariage, constitutions de dots
et trousseaux , dépositions et témoignages , lettres de change ,
lettres privées, amulettes et formules magiques, livres de
comptes et de ménage, etc.
Conduit à inventorier le fonds Schott-Reinhardt par ordre
de matières , M. Becker nous promet une série d'études pro-
visoires sur quelques groupes de documents importants,
1 epithète karùna trahit une formule protocolaire qu'il ne m'est pas
possible de rétablir. Il s'agit peut-être d'un ordre ou d'un décret
dont la planchette aurait conservé le brouillon. Dans ce cas, il
faudrait lire, par exemple, al-marâsim ach-chartfa al-karima as-
sâdira 'an (au lieu de as-sâdiqa 'an), c'est-à-dire les ordres awjustes
émanés de Son Excellence, mots suivis du protocole même.
158 JANVIER- FÉVRIER 1907.
quitte à reprendre plus tard une édition complète et défini-
tive. Son premier fascicule est consacré aux actes de Qurra
ibn Charîk, qui gouverna la province d'Egypte pour le calife
omayade Walîd, durant les années 90 à 96 de l'hégire,
dans des circonstances difficiles. Le rôle historique de ce
personnage, que les chroniques de T époque abbasside, sys-
tématiquement hostiles au régime omayade, ont présenté
sons un jour défavorable , est singulièrement mis en lumière
par la papyrologie. Les actes de Qurra signalés jusqu'ici dans
les dépôts de Vienne, de Berlin et du Caire, étaient trop
rares ou trop mal étudiés pour comporter une étude d'en-
semble sur l'administration de l'Egypte à cette époque. Cette
étude, M. Becker nous la donne en guise d'introduction et
de commentaire; la deuxième partie de son livre est consa-
crée à l'édition même des actes de Qurra. M. Becker publie
vingt-deux documents plus ou moins complets d'Heidelberg ,
avec la description des papyrus, une transcription et une
traduction annotées et illustrées par d'excellents fac-similés;
il y ajoute, en simple transcription annotée, douze docu-
ments conservés à la Bibliothèque de l'Université de Stras-
bourg; deux index facilitent les recherches.
Après leur préparation , dont il est inutile de parler ici , le
déchiffrement et la publication des papyrus arabes se heurtent
à des difficultés de tout genre. Sans parler des problèmes
de lecture posés par l'état fragmentaire des originaux , par
leurs lacunes , leur paléographie , leur grammaire , leur or-
thographe , ni du travail de bénédictin qui consiste à rappro-
cher, pour reconstituer une pièce, des fragments dispersés
ou de provenance incertaine , on y rencontre en foule des
noms propres et des noms de lieu nouveaux, des termes
techniques de sens obscur. Il faut avancer pas à pas, en se
gardant des généralisations hâtives, procéder par induction
ou par comparaison. A défaut de toute épigraphie contempo-
raine, les sources les plus voisines sont» d'une part, la litté-
rature arabe, de l'autre, la littérature et la papyrologie de
l'époque byzantine. Mais , sur la plupart des questions
NOUVELLES ET MÉLANGES. 159
par les papyrus, les auteurs arabes sont vagues ou muets;
leurs idées sur le droit public et l'administration , théoriques
ou préconçues, ne répondent guère à la réalité des faits. On
ne connaît d'ailleurs, pour l'Egypte, aucun ouvrage de cette
époque , car le livre de l'impôt dédié par Abu Yùsuf au calife
Hàrùn ar-Rachid est écrit pour la Mésopotamie. Bien que le
mécanisme primitif des impôts fut analogue dans ces deux
pays, on ne peut toujours conclure de l'un à l'autre, car les
conquérants arabes , en politiques habiles , ont été fort con-
servateurs en matière administrative et se sont gardés d'uni-
formiser et de centraliser leur immense et disparate empire.
Restent les sources byzantines, notamment les papyrus grecs ,
qui ont été mieux étudiés que les arabes. Leur témoignage
est très précieux , parce que l'administration de l'Egypte a
été peu modifiée par la conquête arabe et que , sous les noms
qui changèrent, les choses restèrent à peu près les mêmes;
encore faut-il en user avec prudence. Précisément parce que
les noms ont changé, il n'est pas toujours aisé d'établir
l'équivalence de deux termes spéciaux , le grec et l'arabe.
La place et la compétence nous font défaut pour discuter
ici tous les problèmes que l'auteur soulève au cours de son
étude , et qu'en véritable historien il se garde bien de tran-
cher à tout prix ; nous croyons faire œuvre plus utile en ré-
sumant ses conclusions et ses hypothèses. Passons sur la dis-
cussion des noms de heu, des divisions administratives et
des termes qui les désignent en grec et en arabe, pour nous
borner à ce que les actes de Qurra nous apprennent d'essen-
tiel sur l'esprit politique , sur les principaux fonctionnaires ,
sur le mécanisme des impôts et sur la circulation des céréales
vers la fin du Ier siècle de l'hégire.
Et d'abord, ces documents originaux contribuent à réha-
biliter le régime orna va de , si décrié par les procès de ten-
dance des écrivains abbassides. Qurra ne s'y montre pas seu-
lement énergique » mais probe et scrupuleux selon la morale
musulmane et les principes que les théologiens de l'école
médinoise recommanderont plus tard aux mandataires du
160 JANVIER-FÉVRIER 1907.
gouvernement. Responsable auprès du calife , il entend que
ses subordonnés le soient aussi vis-à-vis de lui-même. Il veut
être et veut qu'ils soient également respectueux des droits
de l'Etat et des droits de ses administrés. Il ne lui suffît pas
que ceux-ci acquittent strictement leurs charges , il prétend
encore qu'ils ne souffrent ni exaction , ni injustice. Il ne se
borne pas à commander; pour se savoir obéi, il exige des
rapports. Bref, il entend gouverner selon les lois religieuses
et morales de l'Islam , dont le prestige et la force ont résidé
longtemps dans cet esprit de justice et ce sentiment du
devoir public et social. Que cette morale fût utilitaire , Qurra
lui-même ne s'en cache pas et ceci regarde le psychologue.
L'historien doit se borner à constater que ces principes,
revendiqués par les théologiens et les moralistes de l'époque
abbasside, inspiraient déjà les administrateurs des premiers
siècles, non seulement le calife Omar, dont la grande figure
dominait les discussions de parti , mais encore les représen-
tants du régime omayade.
Comme on pouvait s'y attendre, la titulature est fort
simple à cette époque primitive. Le gouverneur ne porte
aucun titre arabe; en grec, il s'appelle symboulos, titre dont
l'équivalent arabe reste incertain. L'Egypte était divisée en
districts appelés kûra, correspondant aux nomes antiques et
administrés par un préfet portant le titre vague de maître
ou sâhib , dont l'équivalent grec reste à trouver. A l'époque
byzantine, le nome antique, administré par un nomarque,
puis par un stratège, avait fait place à un groupe de pages,
administrés par des pagarques ou préposites. Or, c'est le
nome , et non le page , qui reparait dans la kûra arabe , dont
le sâhib ne peut, dès lors, être assimilé au pagarque. Le
préfet de district, qui relève directement du gouverneur,
est souvent un chrétien non arabe, de même qu'à l'époque
romaine, un non romain pouvait être nomarque, mais ne
pouvait pas s'élever plus haut. L'administration est centra-
lisée entre les mains du gouverneur, non seulement en ma-
tière fiscale , comme on va le voir, mais en procédure pénale
NOUVELLES ET MELANGES. 161
et civile , ainsi que le prouvent l'acte n° IV, par lequel Qurra
poursuit l'arrestation d'un délinquant , et les actes n°* X et XI ,
où il renvoie devant les préfets compétents des demandes en
recouvrement de créances 1. Cette extrême centralisation ex-
plique , avec les retards que Ton constate dans le service des
impôts, les allures paperassières d'une administration que
personne , alors , ne songeait à envier à l'Egypte , mais à qui
nous devons, du moins, tant de documents précieux.
Deux taxes principales frappaient les contribuables : un
impôt très fort en numéraire (djizya => hrj^iàaia) , payable en
monnaie d'or [dinar) , et un impôt moins lourd en nature
[dariba = è(i€oXrj) , payable en mesures de froment (ardabb).
Ces deux recettes étaient balancées, dans le budget de
l'Etat, par deux dépenses également distinctes : la djizya
subvenait à la solde de l'armée ['atâ' al-djand), la dariba
fournissait les distributions en nature assurées aux soldats
et à leurs familles [arzâq al-djand). Ainsi, dans l'acte n° I,
Qurra réclame , par son directeur des finances , à un préfet
la djizya arriérée de son district, en lui rappelant que le
terme est échu pour le payement de la solde; dans l'acte
n° III , il lui réclame la dariba de son district en lui rappe-
lant que le terme est échu pour les distributions à l'armée.
Ces deux lettres dévoilent un autre fait important, que
M. Becker a déjà signalé dans ses premiers travaux : c'est
que djizya et dariba étaient alors des impôts de commu-
nauté , de véritables tributs , dont le préfet répondait pour
son district auprès du gouverneur. Ce qu'on nommait djizya
en Egypte s'appelait kharâdj en Mésopotamie. C'est plus
tard , après le 11e siècle , qu'à la suite des troubles causés dans
l'assiette de l'impôt par la conversion des non musulmans
et par l'accroissement de la propriété foncière musul-
1 On sait que de tout temps , dès les premiers califes , le souve-
rain musulman ou son représentant a tenu une cour de justice qui
paraît avoir été une des prérogatives de la souveraineté et devant
laquelle tout sujet pouvait porter sa plainte; sur le nazar fi l-ma-
zâlim, voir les sources citées dans notre Corpus, I, p. i43 et 761.
i\. 1 1
nnnnn bâtioxilb.
162 JANVIER-FEVRIER 1907.
mane, le kharâdj devint un impôt foncier frappant le sol
même, quel qu'en fût le propriétaire, et la djizya (ou djâ-
/zya), une capitation personnelle réservée aux non musul-
mans. A l'époque de Qurra , les choses se passaient ainsi :
le tribut de l'Egypte une fois fixé, suivant des règles que
nous ignorons , le gouverneur le répartissait lui-même entre
chaque village ou localité (qarya). C'est ce qui résulte des
actes n0ï V et VI et de tous les actes de Strasbourg, dans
lesquels Qurra ou son directeur des finances expédie à divers
villages des bordereaux de djizya et de dariba rédigés sui-
vant cette formule générale : « Lettre de Qurra , aux habi-
tants de tel endroit, dans tel district : Sur la djizya de telle
année, vous êtes imposés de tant de dinars, payables en
numéraire , et sur la dariba , de tant d'ardabbs de blé. »
Ainsi, c'était le gouverneur qui fixait en bloc à chaque
village le double tribut que des employés locaux, on va le
voir, répartissaient ensuite entre les contribuables; si, dans
cette opération , l'on ne voit pas intervenir le préfet de dis-
trict, c'est sans doute parce que le gouvernement avait de
bons motifs pour y présider lui-même. En revanche, on vient
de le dire , les deux tributs rentraient par la voie du préfet
responsable. Mais comment passaient-ils de la bourse des
contribuables dans la caisse de l'Etat ? Si les détails man-
quent encore pour la djizya, les actes de Qurra, en ce qui
concerne la dariba, illustrent plusieurs phases de cette
longue opération : expédition des bordereaux aux villages;
transport de toutes les récoltes dans les granges de l'Etat ;
prélèvement de la dariba , sous la responsabilité du préfet et
parles soins du qabbâl, employé copte nommé, dans chaque
village , par les contribuables et procédant suivant un règle-
ment minutieux, puis remettant le tribut, après avoir pré-
levé son salaire, aux gardiens des magasins de l'Etat; trans-
port de la dariba jusqu'à la capitale, par les soins des
préfets et sous le contrôle du directeur des finances; enfin,
distributions à l'armée. Bien qu'encore inachevé, le tableau
se dessine en ses grandes lignes; il ressemble, termes tech-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 163
niques à part, à celui que trace Abu Yûsuf, un peu plus
tard, pour la Mésopotamie et cet accord de deux sources
aussi distinctes est un indice favorable aux conclusions de
l'auteur.
Nous sommes tenté d'attacher moin» d'importance aux
emprunts, d'ailleurs fort instructifs, que M. Becker fait en-
suite aux écrivains traitant de l'administration fatimide et
nyoobide1. Sans doute, il ne faut négliger aucun moyen
d'information, et les sources médiévales, encore que bien
incomplètes, suggèrent de nombreux rapprochements avec
les plus anciens papyrus. Mais au regard d'une méthode
rigoureuse , leur valeur diminue à mesure qu'on s'éloigne des
premiers siècles de l'Islam. En effet , si la collecte de l'impôt
ne change guère, son assiette se déplace progressivement,
sous l'influence d'un nouveau facteur économique et social :
le régime des concessions territoriales, qui fleurit sous les
Ayoubides , mais dont l'origine semble remonter plus haut.
Si cette sorte de régime féodal, dont l'étude est encore à
1 Notamment Ibn Tuwair (d'après Maqrîzi), Ibn Mammâti (édi-
tion du Caire) et Nâbulusi [Lumol al-<jawânin, manuscrit de la
Khédiviale). A ce dernier, l'auteur emprunte un long passage,
dont il a oublié de donner la référence exacte au manuscrit du
Caire. L'épithète de chahid, que Nâbulusi y donne à un sultan
qu'il ne nomme pas, n'est pas un titre spécifique des Ayoubides,
comme il semble résulter d'une note de M. Becker. Ce mot signifie
mort pour la foi, martyr, plus tard et couramment, décédé; voir le
Corpus, I, p. 317, n. 1, d'après Goldziher, Muhammedanische
Studien, II, p. 387. Ici, ce terme a bien son sens primitif et strict,
car il désigne le sultan Nadjm ad-dîn Ayyûb, sous lequel Nâbulusi
fut fonctionnaire; voir sa Description du Faiyoum, éd. Moritz, in-
troduction. Or, Ayyûb est mort en combattant pour la foi, contre
l'année de saint Louis, en cha'bân 647 (novembre 1249); voir ses
inscriptions dans le Corpus, I, p. io5 et suiv. On peut en con-
clure que le Luma* fut composé après cette date. Comme il est
dédié au sultan Ayyûb (d'après M. Noeîdeke, dans ZDMG, XL,
p. 3i i), il en résulte, ou que cette dédicace est posthume, ou que
le passage en question a été remanié depuis.
11 .
164 MNVIER-FJUrJER *9Ûi7.
faire, a été. introduit e» Egypte par, Saladia, il est probable
qu'il ne L'a pas créé, nais emprunté a«& grands Seir
d|oucides„ par le canal de son. maître Nûr ad-din, et sous la.
pression des croisades. Or, l'influence que ces puissants sou-
verains ont exercée sur l'Egypte,, dès. le xC siècle et dans
divers domaines, se devine à plusieurs indices, qu'il serait
trop long, de signaler ici. Bref, .s'il est absolument légitime
de comparer les papyrus, des. premiers, siècles; aux. sources
littéraires de l'époque abbaaside,, il nous semble: prudent,
pour le moment du moins.,, d'appliquer la même méthode au
moyen âge , c'est-à-dire de comparer les- sources littéraires de
l'époque fatimide et ayoubide aux papyrus, contemporains»
Encore une fois, nous. ne reprochons pas à l'auteur, de noua
donner des détails très curieux suc l'administration de
l'Egypte au m6 siècle ; nous espérons seulement qu'il en
poussera plus à fond l'étude quand il publiera des papyrus
de cette, époque.
La prospérité de l'Egypte reposant sur la, distribution-
normale des produits agricoles, le gouvernement s'est inté-
ressé de tout temps,,, depuis Joseph*, à la. circulation/ des
céréales. U avait à combattre le grand! fléau des pays très
peuplé*, la famine, produite par une mauvaise récolte-, à l'a
suite d'une crue trop faible du Nil, et par la spéculation
sur les grains, qui sévissait le plus fort précisément en cas
de disette; même en temps normal, il semble bien que le
marché ne fût pas libre. Dans l'acte n° II , Qurra enjoint à
un préfet de veiller à ce que les marchands ne spéculent pas,
sur leurs achats; à ce qu'ils. en vendent la moitié sur place;
à, ce qu'ils apportent à la capitale L'autre moitié,, awc* oe
qu'ils n'auront pas pu> vendre de la première; à* oe qu'ils
fassent de leurs-apports une déclaration exacte*, dont prendra
connaissance le directeur du Maks a Fôstat; après quoi , ces
blés seront vendus dhns la capitale.
Avant l'Islam ,. le maks était, un droit cToctroi', prélevé sur
les marchés, ou de douane, perçu dans les ports ou les villes
frontières, droit que les musulmans conservèrent et adap?
NOUVELLES ET MÉLANGES. Nft
terent, tant bien ique mal,, à leur système canonique ôtSnt-
pôts , en le «qpproÂairt -de la dîme (Srefe*). Pourquoi le Ma**
ott bureau d'octroi de Fostat était-il devenu le marche aux
grains «de la capitale ? Satis "doute , répond M. feecfcer, parce
qu'ils y acquittaient un droit d'octroi. Il test constant que les
droits prélevés m Maksrrn Caire jouent tm i^ïinporlatA,
plus tard -et jusque sous les M'amkmks; remarquons toutefois
qu'il n'en est pais question ici. Bien qu'on ne puisse guère
douter de leur existence a l'époque de Qorfa , tl "se peut aussi
que le gouverneur, en exigeant une déclaratroti des apports,
ait eu pour but de combattre, â tout moment, la quantité de
blé disponible sur le marché «de la capitale, petnVètre efn
temps tie famine.
En résumé, l'édition de M. Becker nous parait efccek
lente , et son commentaire très serré nous vaut le premier
essai méthodique , tiré des papyrus , 'sur l'administration de
l'Egypte au début de l'Islam. S'A renferme encore des points
obscurs et des lacunes "considérables, ces défauts ne Sont
pas imputables à l'auteur. Ils proviennent de l'insuffisance
des documents , sans doute* mais nous pensons qu'il serait
déjà possible d'y remédier «en tpielque mesure. On sait com-
ment se forment les collections de papyrus : Vienne a donné
l'exemple* suivi par les autres capitales > puis par les petites
villes; «aujourd'hui , chaque musée , chaque bibliothèque veut
avoir sa collection. Cette émulation , fort heureuse par elle-
méaae , a pour inconvénient de pousser les papyrus à des
prix de grand luxe et de favoriser leur extrême dispersion ,
les trafiquants ne reculant pas devant leur dépeçage pour en
tirer plus de profit; et c'est ainsi que les précieux débris
s'envolent à tous les vents. Mais s*il n'est guère possible de
réglementer la collecte des papyrus , on pourrait du moins
en organiser la publication sur des bases plus larges.
Jusqu'ici , les papyrus arabes ont été fort négligés , sans
doute à cause des difficultés qui s' attachent à leur étadte et
du petit nombre de savants préparés à les aborder. A part
166 JANVIER-FÉVRIER 1907.
quelques essais isolés, nous ne possédons que les brillants
mémoires de M. Karabacek, sur quelques papyrus de la col-
lection de l'archiduc Rénier, et le précieux inventaire qu'il
en a donné dans le Fuhrer durch die Ausstellung1. En dépit
du talent et de l'érudition qui les distinguent, ces études ne
sauraient tenir lieu ni d'une édition critique , ni d'un com-
mentaire méthodique et raisonné. Le livre de M. Becker est
donc le premier essai de ce genre tenté sur un groupe
précis de documents de même nature et de même époque,
et c'est là, nous le répétons, ce qui fait l'intérêt supérieur
de ce livre , en dehors de sa valeur scientifique. Et pourtant ,
il se borne aux actes de Qurra conservés dans une seule col-
lection. Il est vrai que M. Becker a eu l'heureuse idée d'y
joindre une série d'actes de Qurra qu'il avait entrevus en
Egypte et qu'il a su retrouver à la Bibliothèque de Stras-
bourg. Ces douze bordereaux d'impôt complètent fort à
propos ceux d'Heidelberg et fauteur a pu dégager de cet
ensemble documentaire quelques-unes de ces conclusions
définitives qu'il est toujours dangereux de demander à des
textes isolés. Mais il ne pouvait les accueillir qu'en forçant ,
pour ainsi dire, le cadre et le titre de son livre et de fait, ils
y sont entrés comme à la dérobée, avec un commentaire
1 M. Becker donne la liste de ces travaux, p. î et suiv. et n4;
en outre , il circule des photographies isolées de papyrus arabes de
Berlin. La liste des actes et diplômes donnée par fauteur aux
mêmes pages n'est pas tout à fait complète. Du moment qu'il
citait, M. Becker aurait pu citer encore, par exemple, pour
l'Egypte, les actes publiés par Quatremère dans son Histoire des
sultans Mamlouks, pour l'Espagne, les lettres nasrides publiées
par M. Derenbourg dans les Nouveaux mélanges orientaux, pour
ces deux pays et pour l'Afrique du Nord , les Nuovi ricordi arabici
d'Amari, sans parler des recueils généraux tels que de Mas-
Latrie, Tafel et Thomas, etc., enfin signaler peut-être la cor-
respondance diplomatique de Saladin , connue surtout par les édi-
tions diverses d'Abû Châma et de 'Imâd ad-dîn , et les lettres du
Qâdi Fâdil , secrétaire de Saladin , dans les manuscrits de Paris et
de Munich.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 167
ecourté, sans traduction ni fac-similé. II en résuite un cer-
tain décousu dans la composition , et les vues de l'auteur sont
appelées sans doute à se modifier sur quelques point», quand
on connaîtra de nouveaux actes de Qurra. Encore une foi»,
nous ne lui reprochons pas un défaut inhérent à un mode
d'édition auquel il s'est efforcé lui-même de remédier. Mais
nous appelons de nos vœux le jour où les savants, s'élevant
au-dessus des rivalités de clocher, publieront , non pas tous
les papyrus que le hasard a réunis dans une collection, mais
les documents de même époque et de même nature fournis
par toutes les collections; alors seulement il sera possible
d'en tirer toutes les conclusions qu'ils comportent.
Au dernier moment , M. Becker nous envoie un nouveau
travail, Arabische Papyri des Aphroditof arides , qui vient de
paraître dans la Zeitschrift fâr Assyriologie , t. XX. Nous
n'avons plus le temps d'analyser cette étude très nourrie et
nous nous bornons à en indiquer le but et le sujet.
M. Becker avait déjà publié son premier travail quand il
eut connaissance des trouvailles de Kôm Echqâw en Haute-
Egypte, par un rapport de M. Quibell dans les Annales du
Service des antiquités de l'Egypte, t. IIJ. Il apprenait aussi
que le British Muséum vient d'acquérir un lot considérable
de papyrus grecs, coptes et arabes de cette provenance. En
les comparant avec ceux d'Heidelberg et de Strasbourg, il
acquit la conviction que ceux-ci proviennent aussi de Kôm
Echqâw, ainsi que plusieurs fragments du Caire.
Cette découverte lui permet d'abord de rectifier la lecture
d'un nom de district qui figure très souvent dans les papyrus
d'Heidelberg et de Strasbourg, et que M. Becker lit désor-
mais Achqâh, au lieu de Achfuhj puis de proposer quelques
additions à son premier travail, notamment en ce qui con-
cerne les divisions administratives. Ensuite il publie les nou-
veaux actes de Qurra révélés par son enquête , c'est-à-dire
sept lettres de ce gouverneur à Londres (I à Vil) , puis trois
lettres reconstituées par la réunion de fragments de Londres
148 JANVIER-FÉVRIER 1907.
• »
«t d'ttewfeuWg (VDI a X}, enfin fine» lettres et ton*.
mente du Gains publies récemment an fac-similé , ma» sens
oasnmeutaîre,, paraL Jfaritz^dans j4na6ic Asis^ogrupày^XIià
XVII), y armi lesquels une lettre recamtkuée avec «as frag»
«lent d'H«cWben£.
Ce travail, qui fait ressortir «ne lois de pin* les remar-
quables qualités de astique et d'historien de l'auteur,
firme aussi les réserves que nous avons faites sur la
de publier les papyrus. Car il est évadent que si M. Becker
avait pu, d'emblée, étudier tons les actes de Qurra révélés
par ses recherches, au Heu d'être ooodmt à les grouper épi-
sodiqnement autour des papyrus dUetdelberg, «es rues gé-
nérale» en auraient eu, dès l'origine, plus d'ampleur et plus
de précision. Mats il ne masquera pas, sans doute, de nous
donner un jour cette étude définitive sur TadWiristratHMi de '
l'Egypte au i" siècle, qu'il est désormais ai bien préparé
à écrire1.
TUHFA DAWÏ-L-ARAB, UBER NAMBN UND NlSBBN BEI BOUARJ ,
Mvslim . Mâlik, von Ibn Qatjb al-dabsa, herausgegeben vos
Dr Traugott Mann. Leyde , Brifl , 1 905. V + 33 -f- Y* \ pages.
La Tukfa detmhlrarab fï muskili4-asmâ'i wtnms&b {Tuhjmjtoi
serait une transcription préférable ) appartient à l'abondante
littérature de la Murifat-er-rigûL C'est un répertoire 6b% ism,
iaqab , kunym , nùèa cités dans les isnéd et dans les nuitn chez
Bobârï , Moslim et Mâlik. H fixe l'exacte orthographe de ces
noms propres; parfois il ajoute quelques renseignements
sommaires sur les personnages qui les ont portés. Il est inté-
ressant de noter que , fréquemment, la TnÀfa signale comme
ayant cours ches les traditionnistes une orthographe diffé-
rente de celle adoptée par les grammairiens.
1 A propos de Qurra, M. Becker aurait pu signaler les estam-
pilles de verre an nom de cet émir, publiées par M. Casanova,
dans les Mémoires de h Minwn aivkfelogiijue frurw/iiie au Caire ,
t VI, p. 367.
NOUVELLES ET MÉJLAftG&S. 169
Ceux qui se sont occupes de la littérature du hadit savant
combien parfois il est difficile d'y établir l'exacte orthographe
des noms propres; ils seront reconnaissants à M. Tcaugptt
Mann de sa publication; cet ouvrage rendra grand service.
L'éditeur a fait précéder le texte de la Tàhfa d'une étude
sur Fauteur, Maftmûd b» Ahmed El-Hamawî, connu sous le
nom de Ibn Hatïb ed-dahsa (t 834); il y a joint une courte
notice sur la littérature apparentée, et ajouté des* notes. Ces
notes ne sont ni assez abondantes», ni asseï précises-. L'édi-
teur a rarement pris la peine d'identifier les quelquesvers , les
nombreux fragments de hadît cités dans la Tahfa., Quelques
efforts en ce sens n'auraient pas été inutiles ; et M. Tr. M. y
aurait évité bon nombre de* méprises; il ne nous aurait pas
donné (p. M, 1. ao), une leçon boiteuse et fautive d'un
vers bien connu de Nâbiga ( Ahlwà«rt>t, Diwans, p. 2 , v. S) y
il n'aurait pas fait dis **x£r l'âne du prophète (;W-) ♦• son pa-
négyriste («>l$-) [p. Al°, 1. là; cf. Bohârï, Gihâd,n° 46']; et
aurait appris que , bien loin d'avoir fait, miséricorde («^ ) &
Mâ'iz (p. I -r);, Mohammed le fit lapider (-^) [cf. Sprengbr,
Leben, III, 66, note]; il ne nous aurait pas donné du hadit
célèbre : jc^y» *? J5J }IJ os*J *£u U (Moslim en marge de
Qastal. [i3o5], X, p. rvjc; Nihâya , III , r")6*) une version
incompréhensible Jl5^ St ftp. àtf) ; il aurait facilement restitué ,
à l'aide de Bohârï, Gizya, n° 12, en t£>y& Ténigmatique
^jwoj de son texte (p. I^l et notes; p. 27)1
Voici quelques corrections que je crois encore1, après une
lecture rapide, pouvoir proposer au texte de la Tuhfa :
P. l , c'est bien .xisij au lieu de «N***! qu'il faut lire, comme
le propose l'éditeur dans, ses notes?;
P. r, 1. i5, lire fa. au.lieu.de £i\
P. M, 1. 2, lire l^ (yUs^ôJIjau lieu de L^;
P. rf, 1. A , in princ. , lire J au lieu de i3;
P. hr , 1. 2 1 , lire «ièJ£ au lieu de «£*(%'
P. hP, 1. 4, lire.^a^ÛJL a» lieu, de &&»A;.
1*70 JANVIER- FÉVRIER 1907.
P. K»F, 1. 9, lire ixjfcau lieu de sos^ (Boit., Sngèd el-
Qor'ân, n* 8);
P. rv, 1. 3, lire 3J au lieu de 3J;
P. r*v, L 19, lire jZâi au L'eu de I^ic;
P. F-, 1. 8, lire \^S au lieu de IfJ^T (Naw. sur Moslui,
X, rF, 1. 30 : L. Ji');
P. FI", 1. 10, lire *U* au lieu de Uj;
P. Ft", 1. 1 2 , lire 1A3 au lieu de J&j ( Boh , éd. vocalisé?
de Boulac , 1 296 , VJ , p. IFô in fine) \
P. FF, 1. 1 , lire oJlC^ au lieu de u^tJL^ ;
P. FF,!. 5, lire jw^c; j^sli au lieu de jU*4tf Os^ltf «c'est
un de ces cas anormaux où une racine faible est traitée
comme une racine forte » ;
P. F* . 1. 1 8 , lire «^ au L'eu de <^!3 (Boh. , Fard eï-hoim.
n°i3);
P. ôF, 1. 7, lire y au lieu de il;
P. ôF, 1- 12, lire jUjlï au lieu de jbj^b fBon., Es-solh,
n-8);
P. ôf, 1. 1 3 , lire ^U^'oe» au lieu de ^U--©;
P. i£, 1. 11, lire de préférence IcLii au lieu de ULîl;
P. iô, 1. 22 , lire SlïJ l^i^au lieu de JuJ^\ y^sS;
P. i4, 1. 18, lire û\ au lieu de 151;
P. v . . 1. 14 , lire »L^ au lieu de fL*^;
P. vp 1. i3 lire *Sj] au lieu de ^Sj\. et ,L*J au lieu
de J^LÏ Coran, 111, i83);
P. \4 , 1. 18, lire w~J! i au lieu de ^.*~jj\ J;
P. v>* , 1. kj, lire wJLaJIj au lieu de jjjù\^;
P. M, 1. 9, lire ^0^.0 au lieu de £0^0 'Boh., El~adâhï,
n° 8 ;
P. M , 1. 2 1 , lire ktaS^ au lieu de &*£*?;
P. 4 • , 1. 1 7, lire AgjuJI au lieu de Al^juJI ?
NOUVELLES ET MÉLANGES. 171
P. 4f, 1. 17, lire il^lyDlj au lieu de aju *!yLMj et de la
correction *J JUUj p. 2 4 ;
P. 4ô, 1. 12, lire *£iJi au lieu de *xâJj (cf. Tabarî, II,
204);
P. 4*, 1. 9. lire *Jb au lieu de *Jl3, et ^jL&JJ au lieu de
yjL&J\ (cf. Qastal. sur Boh., 1, M, i/i medio);
P. I • l , 1. 20 et 21, lire ^La^ ^ au lieu de ^U cJ>;*n^t> ^ ;
P. l -r", 1. 12, lire Ulj! au lieu de pUjI ;
P. iiv, 1. 7, lire »s*x*. au lieu de 60s». (on ne ditt**xa*.
que, par £^1, dans l'expression v*>,x^. U3 -oô L»; cf. Harîrî,
Durraj ô., ôl);
P. Il v, 1. 9, lire «x^xil au lieu de «x*x4l (la bonne leçon
de ce passage, emprunté à EI-Gawàlïqï, figure ap. Moarrab,
p. i35); ^ ^
P. iiv, 1. 21, lire S£ &\ »\>;>* ^pi J^î au ueu de J5l,
»>>;>*, *£ (cf. Zwâ/i, IV, ^71, 1. 7; XV, 45, 1. i4);
P. iiv, 1. 22, lire <$i$M au lieu de tf*£l; le proverbe cité
est l'équivalent de cet autre bien connu : S^Jû\ yx- 5*AmM
ap. Meidânî, xxiv, 166; comp. aussi Lùdezitz , Sprâchwôrter
ans Marokko, lxxxiv;
P. I iv, 1. 22, lire Zg&\ &j*j au lieu de <^Sj (cf. Beidâwî
sur Coran, II, verset 97, I, p. 77, 1. 12);
P. 1 1* , 1. i5 , lire îf^Iâls au lieu de »^I©l3 ;
P. IH , 1. 1, lire AxJlJ au lieu de ^oJLU;
P. irï, 1. 23, lire i^j&£ au lieu de iru^o;
P. 1 Yà , L 2 , lire Lf& au lieu de ^5i ;
P. l r*ô , 1. 19, lire j^Uau lieu de &j* U (allusion
à Usd-el-jjâba , v. p. i«);
P. irv, 1. 3, lire jkU>li au lieu de axâ*U;
P. ifv, 1. 5 , lire bu^ 3t au lieu de Ljl^ ?
P. irv, 1. 20, lire v-iSUJ! au lieu de JU5UJI;
P. 1^1 , 1. 8, lire ju*£ au lieu de *!*£;
172 JANVIER-FÉVRIER 1907.
P. iPi, 1. 18, lire **^s» *ï~**> xs^h au lien de aS^
P. I^ô , 1. 4 , lire ^ au lieu de ^ ;
P. IK'V, 1. i3, lire^i au lieu de J^L;
. P. I^a , 1. 6 , lire Jls au lieu de Jlo, , et ij au lieu de *il3;
P. ipô, 1. i4, lire gjùJL au lieu de ^^ (jloJr^JL?
*A^I, comp. Lobàb, s. voce);
P. ipô, 1. i5, le ms. a peut-être la bonne leçon Jo^ I^jlj
p. 28; peut-être ^U*^; cf. Azraqï, p. 48;
P. Ijcv, 1. 3, lire *xJ^ au lieu de^3, et 1U au lieu de -U
(cf. Yâqût, II, 4 h*);
P. IFV, 1. 10, lire iL~J au lieu de ju-*J;
P. lô^, 1. i3 et notes, p. 29, sur l'expression J^s jUx,
cf. Harîrï, Maqâmât, 1, il;
P. |ôP, 1. 16, lire c^S^I au lieu de u*>jj);
P. lit', 1. i4, lire jljLs au lieu de j5<ôl$;
P. liP, 1. 2 , lire iyULk. au lieu de lyU** (cf. Wbllhausen ,
Vahidi, p. 4n; et Takfa, p. i-i, 1. 16, JyUi*);
P. Mo, 1. 20, lire ^^J au lieu de «-~«J;
P. lii , 1. i5, lire Ju^yJ! au lieu de Ju^;
P. |Ah, 1. i4, lire tyU au lieu de l^JU;
P. H ô, 1. 5, lire uoJI au lieu de vWb» e* à^i au lieu
de SU);
P. hô, 1. i4, lire j^l et Jl«j au lieu de £+** et jL-o»
\V. Marcàis.
Le gérant :
RUBENS DUVAL.
JOURNAL ASIATIQUE
MARS-AVRIL 1907.
SURNOMS ET SOBRIQUETS
DANS
LA LITTERATURE ARABE,
PAR
M. A.-C. BARBIER DE MEYNARD.
jJL) a? Jlj4* *>rf u *fe
AVANT-PROPOS.
La nomenclature , peut-être trop étendue et pourtant en-
core bien incomplète ,' que je présente aux lecteurs du Jour-
nal asiatique n'est que la mise en ordre de notes prises au
hasard de mes lectures ou destinées à la préparation de mon
cours au Collège de France. Je me suis attaché à recueillir
les surnoms et qualifications donnés à des personnages de
toute sorte , bédouins de l'âge d'ignorance (Djâhelyeh), poètes
du désert, hommes d'Etat, grammairiens, traditionnistes
des premiers siècles de l'hégire , qui figurent dans la légende
ou dans l'histoire musulmanes. C'est surtout le lahab,
tantôt surnom honorifique, tantôt sobriquet humoristique
ou railleur, qui domine dans cette galerie où les illustres
IX. 12
twr«iMr«ir sitioiilk.
174 MARS-AVRIL 1907.
coudoient les inconnus. Sauf de rares exceptions , j'en ai ex-
clu tout ce qui constitue le nom propre ks. et ^wl, aussi
bien que le surnom patronymique JUX>, lequel répond plus
exactement à Yagnomen qu'au cognomeiu
Ces deux catégories de noms ont été autrefois l'objet
d'une étude quelque peu indécise insérée par Kosegarten
dans la Zeitschrijï Jur die Kunde des Morgenlandes , 1837,
1. 1, p. 297-317. Plus tard , un orientaliste français, M. Garcin
de Tassy, collaborateur assidu de notre Journal, y publia un
long Mémoire sur les noms propres et les titres musulmans
(Journal asiatique, i854, t. III). Ce travail venait à son
heure et comblait utilement une lacune de l'érudition en-
core mal renseignée sur l'onomastique arabe. Le docte pro-
fesseur étudie, ce qui serait superflu aujourd'hui, outre les
noms propres en général , les titres de fonctions ou de di-
gnités , les surnoms honorifiques , les pseudonymes poétiques
(tekhallûs), en un mot l'ensemble d'appellations auxquelles
s'applique plus exactement le nom de konyah. Il s'efforce
d'en préciser la signification et de noter les changements
qu'elles subissent à différentes époques , sans aborder cepen-
dant le côté historique de la question, c'est-à-dire la dési-
gnation et la biographie des personnages qui portèrent ces
surnoms, ni rechercher la cause de ces appellations d'em-
prunt, les seules souvent dont l'histoire ait gardé le sou-
venir.
Là aussi est une lacune qu'à mon tour j'ai tâché de com-
bler, mais dans des proportions restreintes, car le sujet est
immense et exigerait plusieurs volumes. Je n'ai nullement
cherché à rivaliser avec Albert R. Frey auteur d'un gros
dictionnaire intitulé Sobriquets and Nicknames, London,
s. d. ; moins encore à ériger ces recherches en théorie scien-
tifique, à l'exemple de Ferguson (Surnames as a Science,
London, i883). Je me contente simplement de demander
à la littérature arabe ce qu'il faut entendre par lakab, et les
causes très diverses, souvent insaisissables, de ses appli-
cations.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 175
Et tout d'abord, rappelons que la traduction de ce mot
par « sobriquet » est incomplète et souvent inexacte. S'il se
donne ordinairement par allusion et dans une intention sa-
tirique , injurieuse ou grossière , à quelque défaut personnel ,
à telle ou telle singularité physique ou morale , bien souvent
aussi il devient un terme d'éloge, un titre honorifique, se
confondant alors avec le konyah. Dans l'antiquité arabe et
pendant les deux premiers siècles de l'hégire, plusieurs
poètes ont dû leur lakab à une saillie poétique , à un hémi-
stiche (misra*), quelquefois même à une expression rare qui
s'est gravée dans le souvenir de leurs contemporains et a
fini par devenir le seul nom du poète. Dans le Wichah
£»l&jj| , traité d'Ibn Doreïd que le temps n'a pas respecté ,
mais dont un fragment est cité par le Khizanet ûl-edeb
(t. III, p. 266), on lit ce qui suit : « Il y eut de ces poètes
chez qui le lakab prévalut, de sorte qu'ils ne sont connus
que par cette désignation. Ibn Doreïd en cite plus de cin-
quante qui reçurent leur nom d'une poésie de leur crû \ » —
Cette remarque est parfaitement juste et la restitution des
vers onomastiques , défigurés à plaisir par les copistes, n'a
pas été essayée ici sans quelque hésitation. J'espère qu'on
ne me jugera pas trop sévèrement à cet égard.
Chez les Arabes, surtout ceux de la Djâhelyeh et du
Ier siècle, comme chez tous les peuples de civilisation pri-
mitive, chez les contemporains d'Antarah et de Farazdak,
comme parmi les héros d'Homère, le sobriquet était en
grande vogue et visait le plus souvent une imperfection du
corps , un défaut ou un vice. C'est ainsi qu'on lit dans le
Lataïf de Tâlebi (éd. de Jong, p. a5) : «Les Roreïchites
avaient coutume de se donner des surnoms et des sobriquets
injurieux malgré la défense du Prophète, formulée en ces
termes par le Koran : « Croyants, que les familles ne s'insultent
«pas entre elles, car ceax qui reçoivent V outrage valent peut-
1 l+> "il! tfr^ji il !3;U &*. pfclJLN ç+J* o*U ^ p\yjubJ\ ^
. . . *JU jjuûo Li) \'y*l& &?»& y* j& yl Os»;* tf*J j& 3
12.
176 MARS-AVRIL 1907.
« être mieux que ceux qui le profèrent. Ne vous diffamez pas entre
« vous, ne vous donnez pas de sobriquets » (Koran , xlix, i i). »
L'imagination populaire aura bientôt fait d'appeler
l'avare « rocher qui suinte » , épithète après tout plus expres-
sive que celle de pochi danari donnée par les Vénitiens à
l'empereur Maximilien. Le khalife omeyyade cAbd el-Melik
sera plus ridiculisé par le surnom de «tueur de mouches»
qu'Antiochus VII par celui de Gryphus «nez crochu». Le
lakab de Feyyudh donné au généreux Ikrimah , fils de Reby ,
sera plus noble que celui d'Alphonse de Castille « aux mains
percées » ; Abou'1-Ras rivalisera avec Raoul de Vassy dit
« tête d'âne » à cause de l'épaisseur de sa tête , et Abou Ta-
wilah a l'homme à la longue barbe » avec l'empereur de
Byzance, Constantin V, Pogonate.
On a déjà signalé la coutume fort ancienne chez les Arabes
de distinguer leurs esclaves par des noms d'heureux présage.
Ibn Doreïd (Ichtikak, p. 4) en fournit l'explication suivante
qu'il attribue à El-'Otbi : «Vous me demandez, disait ce
savant, pourquoi les Arabes donnaient à leurs filles des noms
funestes et à leurs esclaves des noms de bon augure. C'est
qu'ils nommaient leurs filles pour les ennemis (c'est-à-dire
en prévision de la razzia qui les ferait tomber aux mains
d'un ravisseur), tandis qu'ils nommaient leurs esclaves pour
eux-mêmes (cf. Orientalische Studien, t. II, p. 432). — La
crainte superstitieuse du mauvais œil n'était pas non plus sans
influence sur le choix de ces appellations et faisait des lakab
de véritables métonymies. On en trouvera de nombreux
exemples dans nos listes.
Notons encore le curieux passage de ïalebi dans le Lataïf,
p. 39 : « On dit qu'il n'y a pas au monde de populations
plus inventives de sobriquets que celles de Bagdad et de
Neïsabour. A Bagdad , on entend dans les rues s'échanger des
noms injurieux , tels que : hérissait l de Hachémite ; auber-
1 C'est un mets autrefois très recherché en Orient, il consiste en
un ragoût de viande accompagné d'une pâte de froment pilé dans
l'huile. Voir Prairies (Cor, t. V11I, p. 4o3.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 177
gine de kâtib; minaret d'eunuque (terme obscène); pied
de paon (synonyme de laideur); nuit d'hiver (synonyme de
triste, ennuyeux); parfum de latrine, etc. A Neïsabour :
a rognon de chameau; laine de chien (chose sans valeur);
voiles de chèvre ; litière de vache ; bride du diable ; marc de
raifort; jus de groseille, etc. l »
De ces termes pittoresques mais grossiers que Tâlebi laisse
pour la plupart sans explication , je n'ai pas à m' occuper ici ,
non plus que de ceux qui s'appliquent métaphoriquement à
des animaux, comme Aboul-Hoçatn «père de la petite for-
teresse » pour le renard ; ou à des choses réputées impures ,
comme Oumm el-Kkabaïts « mère des vices » , épithète du vin
proscrit par la législation musulmane. D'ailleurs ces noms
appartiennent plutôt à la lexicographie , de même que les
lois de concordance qui les régissent sont du domaine de la
grammaire (Cf. S. de Sacy, Gram. ar., 3e éd., t. IJ , p. 53;
KOSEGARTEN, Op. Cit., p. 3lo).
Si incertaines que restent la provenance et l'attribution
des surnoms et sobriquets, il suffit qu'ils aient été portés
par des personnages réels qui ont figuré à un titre quelconque
dans l'histoire politique et littéraire ou dans les récits
populaires, pour qu'ils aient attiré l'attention d'abord des
rhapsodes, puis celle des chroniqueurs.
C'est ainsi que dans la longue nomenclature des ouvrages
dus à l'infatigable commentateur des Hadîts, El-Boukhâri,
on trouve un Livre des Konyah (j£l\ c^bS'qui probablement
a disparu plus depuis longtemps *.
Hadji Khalifa (t. I, p. di 9 ) cite trois traités relatifs aux
* Hoddas, Introd. aux traditions islamiques a* El-Boukhâri, t. Il,
p. xxtv, dans la collection de l'Ecole des langues orientales.
178 MARS-AVRIL 1907.
lakab, qui, à ma connaissance du moins, n'existent dans
aucune de nos bibliothèques d'Europe : 1 ° Un traité sur les
lakab des tribus Js?LaJI c^UJ) , par Abou Dja'far Mohammed
b. Habib el-Bagdadi, mort en 245 H. (85g de J.-C.); 2° Les
lakab des rhapsodes *U>)! oUtH, par Abou Bekr Ahmed
b. Abd er-Rahmân ech-Chirazï, mort en 407 H. (1016 de
J.-C.) ; 3° Un traité portant le même titre que le précédent
par Chihâb ed-Dîn Ahmed b. 'Ali el-'Askalâni, mort en
852 H. (i448de J.-C).
Je ne cite que pour mémoire , d'après le Mizhar, t. II ,
p. 217, un Livre sur les poètes arabes qui furent nommés 'Omar
à l'époque du paganisme arabe et dans le siècle qui suivit la
prédication de l'Islam , dont l'auteur est un certain Abou
'Abd Allah Mohammed b. el-Djarrah. On attribue aussi au
compilateur traditionniste Ibn Mandeh un traité sur les
konyah et les lakab, dont un fragment paraît être conservé
à la Bibliothèque royale de Berlin l.
M. de Vriès , directeur de la Bibliothèque de l'Université de
Leyde, a bien voulu, avec une libéralité dont je lui suis très
reconnaissant, mettre à ma disposition deux opuscules qui
avaient pour moi un intérêt particulier parce qu'ils son*
uniquement consacrés au sujet de cette étude. Ils se trouven
l'un et l'autre dans le manuscrit coté 1487 qui comprend
47 folios. Le premier a pour titre : Les noms et surnoms
dévoilés, par l'Imam El-Hafedh Djemal ed-Dîn Abou '1-Fa-
radj b. 'Ali, etc., Ibn el-Djauzi*. Ce traité qui occupe
39 folios du manuscrit, d'une écriture fine et soignée, avec
les noms en encre rouge, porte la date du 10 djoumada
1076 (18 novembre i665). — Le second n'est qu'un maigre
résumé du précédent; il est intitulé : Les visages voilés ou
Traité du Lakab, par le Savant Chroniqueur, etc., Chems
1 Petermaan, t. II, p. 1-199; Ahlwardt, Katalog., IX, p. 379;
Catal. de la Bibl. de Berlin t n° 9917.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 179
ed-Din Abou 'Abd Allah Mohammed Ed-Dzehebi ed-
Dimachki le Chafeïte1. Ce résumé que j'ai consulté unique-
ment pour la collation des noms propres n'a pas plus de
huit folios, d'une écriture assez négligée. Il a été copié au
Caire pendant le mois de ramadhan , mais la date de Tannée
et le nom du copiste ont été effacés.
Bien qu'Ibn el-Djauzi ait une prédilection marquée pour
les surnoms des traditionnistes , ce qui s'explique par la na-
ture de ses travaux et l'époque (vi* siècle de l'hégire) où il vi-
vait , son traité m'a fourni de précieux renseignements et je
l'ai traduit presque en entier. Mais je n'aurais accompli que
la moitié de ma tâche , si je m'étais contenté de cet unique
document. On verra par la liste bibliographique ci-dessous
que je me suis efforcé de m'entourer de tous les renseigne-
ments qui m'étaient accessibles. J'ai dû suivre le classement
d'après l'alphabet arabe, mais un index final rétablira les
noms dans l'ordre alphabétique français , pour rendre les re-
cherches plus faciles.
Mon savant et cher confrère , M. de Goeje , a bien voulu
revoir les épreuves de ce travail et me suggérer d'utiles re-
touches. Qu'il me permette de le remercier cordialement ici
de ce nouveau témoignage d'affection , et de dévouement à la
science.
Le poète anonyme dont le distique figure comme motto
en tête de cet avant-propos, attribue aux lakab une valeur
psychologique et morale à laquelle ils ne peuvent certaine-
ment prétendre. Mais sans partager son admiration pour ces
manifestations de la verve populaire , on ne peut nier qu'elles
n'éclairent parfois d'un jet de lumière la vie intime d'un
peuple, les recoins de son histoire et de sa littérature. Si le
présent travail y contribue en quoi que ce soit, ce sera sa
raison d'être , je devrais dire son excuse.
1 r^Xîl lâiU Js^ill £)y\\ JuSuî! UlJÎ* vliLfo)I i vUjJ1 e»b
180 MARS AVRIL 1907.
LISTE DES OUVRAGES CONSULTES.
Abou Chàm. Le livre des deux jardins (Kitâb er-Rawda-
tetn) , par Abou Châmah. Bouiak, 2 vol. in- A0. — Voir aussi
Historiens Arabes des Croisades, publiés par l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres , t. IV et V.
Agh. Le livre des chansons (Kitâb el-Aghâny) , éd. de Bou-
lak, 20 vol. — The twenty first volume, edited by R. E.
Briïnnow, Leyde.
Anthol. ar. Anthologie arabe intitulée Medjâni âl-edeb.
Beyrouth , 1 o vol. in- 1 2 .
Beïd. Beidhawii Commentarius in Coranum, éd. Flei
scher. Leipzig , 1 846-48 , 2 vol. in-4°.
C. de P. , Essai. Caussin de Perce val , Essai sur l'histoire
des Arabes avant l'islamisme. Paris, 1847, 3 vol. in-8°.
Chrest. ar. Chrestomathie arabe par S. de Sacy, 2e édition.
Paris, 1826, 2 vol. in-8°.
Dozy, Suppl. R. Dozy, Supplément aux dictionnaires
arabes. Leyde, 1881, 2 vol. in-4°.
Fakhri. Histoire du khalifat et du vizirat, par Ibn at-
Tiktaka, édition H. Derenbourg. Paris, 1895, in-8°.
Fihrist. Kitâb al-Fihrist, mit Anmerkungen herausg. von
G. Flûgel. Leipzig, 2 vol. in-4°.
Gesch. d. Ar. Litt. Histoire de la littérature arabe , par
C. Brockelmann. 2 vol. in-8°, 1898.
Goldziher. Muhammedanische Studien. 2 vol. in -8°, 1889-
1890. — Du même, Abhandlungen zur arab. Philolog. ,
1896, in-8°.
Ibn Ath. Chronique d'Ibn el-Athîr, éd. Tornberg. Leyde,
i3 vol. in-8°.
Ibn Dor. Ibn Doreid's genealog. Handbuch, herausg. von
T. Wûstenfeld. Gôttingen, i854.
Ibn Kot. Liber poesis et poetarum , quem edidit M. J. de
Goeje. Leyde, 1904, in-8\
Ibn Khall. Ibn Khallikan's Biographical Dictionary,
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Z. D. ikf. G. Zeitschrift der Deutchen Morgenliindischcn
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SURNOMS ET SOBRIQUETS.
JUjI . Le poète Àbou cAbd Allah Mohammed ibn
Bakhtyâr, originaire de Bagdad, mort dans cette ville
en 579 de l'hégire (1 1 83 après J.-C), était connu
sous le sobriquet de Ablah, qu'il devait, dit-on, à la
simplicité de son caractère et à ses allures un peu
rustiques. Toutefois Ibn Khall. , qui lui consacre une
courte notice (t. III , p. 161 ), assure qu'il avait été sur-
nommé ainsi par antinomie, « de même qu'on donne
au nègre le surnom de kâfour « camphre » , etc. ».
«XaÀjJI ^-J) « fils du disciple ». C'est ainsi qu'on
désigne Abou'l-Hasan Hibet Allah b. Abi'l-cAlâ b.
Ibrahim El-Telmîdz, chrétien nestorien contempo-
rain des khalifes Moktafi-Billah et Mostandjir-BiHah.
11 mourut en 56o II. ( 1 1 65 de J.-C. ) , laissant la répu-
tation d'un habile médecin et d'un littérateur distin-
gué. Sa notice , tirée des Classes de médecins d'Ibn Abi
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 183
cOçaïbyah et du Tarïkh el-Houkamâ dlbn El-Kifti, est
en cours de publication par le P. Cheïkho , dans la
revue arabe El-Machrik, 1906, p. 763 et suiv.
«<*
Xhj i—ài qj>\ « fils de la besace ». Sobriquet du
poète Chamardal b. Choreïk qui vivait au Ier siècle
de l'hégire et se fit connaître par ses démêlés avec
Djerîr et Farazdak. Selon lbn Kotaïbah, il aurait
reçu ce surnom parce que, tout enfant, il était porté
dans cette sorte de sac qu'on nomme kharîtah (voir
Tahakât ech-chouara,p. 2 43). Sa notice se trouve
dans Agh., t. XII, p. 1 17-1 23.
0 **
^y^j\jjl £■?!. Abou '1-Hasan cAli, petit-fils du
khalife cAli b. Abi Tâlîb. Connu surtout sous le titre
honorifique de Zeïn el-Abîdîn « ornement des fidèles
adorateurs », il avait reçu aussi de ses sectateurs le sur-
nom de « fils des deux préférées », en vertudecehadîth
attribué au Prophète mais dont l'authenticité est dou-
teuse : « Parmi toutes les races humaines , Dieu a pré-
féré deux familles : chez les Arabes , celle de Koreïch,
chez les étrangers, les Persans.» En effet, Zeïn el-
eAbîdîn descendait de la tribu de Koreïch par la ligne
paternelle, et des Persans par sa mère Soulafah, fille
de Yezdidjird , dernier roi sassanide (Ibn Khall. , II,
p. 109).
LUuat- ^}| «fils du tailleur». Ahmed b. Mo-
hammed, poète célèbre au vc siècle de l'hégire; mort
184 MAHS-AVKIL 1907.
en 5 1 7 H. (1 1 23 de J.-C.); il portait aussi le surnom
de Chihâb ed-Dîn « flambeau de la religion ». Le
recueil de ses poésies, tombées aujourd'hui dans l'ou-
bli, est conservé h l'Escurial. Voir d'ailleurs sa notice
chez Ibn Khall. , t. I, p. 128,
&yr CH <( ^s ^u Grec M- ^e surnom patrony-
mique est donné à Abou '1-Hasan eAli, poète du
111e siècle de l'hégire , parce qu'il eut pour grand-père
un esclave grec du nom de Djoraïdj (Georges). Ibn
Er-Roumi , qui mourut empoisonné par Tordre d'un
vizir qu'il avait violemment attaqué dans ses vers
( 1 83 H. = 896 de J.-C), est estimé en Orient pour
la pureté de son style et même — ce qui est une qua-
lité rare chez les poètes musulmans — pour l'origi-
nalité de ses inventions. Son premier rawi ou rhap-
sode fut un autre poète au moins aussi célèbre,
El-Motenebbi. Cf. Ibn Khall., II, 29-7.
pliijJi QJ) « fils de la femme aux yeux bleus ».
Surnom injurieux donné à Merwân b. El-Hakem,
quatrième khalife de la dynastie Omeyyade; il ne
régna qu'un an, de 64 à 65 de l'hégire. Voir, pour
l'explication, JJab
^-J) « fils du taciturne ». Surnom sous
lequel est connu le philologue arabe Abou Yousouf
Yackoub b. Ishâk , auteur de YIslah el-Mantik « le pu-
risme du langage », dun traité sur les permutations
grammaticales , et d'autres ouvrages estimés. Malgré
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 185
ses opinions notoirement favorables à la famille d'Ali,
il fut choisi par Motewekkil pour diriger l'éducation
du prince héritier El-Mouctazz ; mais il tomba en dis-
grâce et périt assassiné par ordre du khalife; il est
probable que ses aspirations chiites ne furent pas
étrangères à sa mort [il\k H. = 858 de J.-C). C'est
à tort que Ibn Khallikân , dans l'intéressante notice
qu'il donne de ce savant (t. IV, 293 à 3oi), prétend
qu'il fut surnommé Ibn Sikkit à cause de son carac-
tère réservé et silencieux. On sait par le témoignage
de Soyouti et d'autres écrivains que ce surnom était
porté par le père du grammairien (Miz., t. II,
p. 216), et l'auteur du Kechf en-Nikâb (fol. 22 r°)
ajoute , en parlant de ce dernier, le renseignement sui-
vant qu'il tenait d'un contemporain : « Je l'ai connu ;
p.
il était silencieux comme son nom » EaaSC* ^K^ aajIj
A*wl£. — Voir aussi Anthol. grani. arabe, p. i3y.
S"\ M*
i-)LaJi ^}j « fils de l'orfèvre ». Surnom patro-
nymique d'Abou '1-Baka Yahya, professeur de litté-
rature à Alep où il mourut en 643 H. (i2 45 de
J.-C). On cite surtout de lui un docte commentaire
du Mofassal de Zamakhchari. Il fut lié avec Ibn
Khallikân qui nous donne dans le K. el-fVafayât de
curieux détails sur sa vie et ses ouvrages; voir Ibn
Khall., t. IV, 379.
/4*AâJI ^j-}i « le foudroyé ». Surnom du poète
Yezid b. *Amr El-Kilâbi, en souvenir d'un de ses
186 MAKS AVRIL 1907.
aïeux, Khowaïled b. Nofaïl. Ce dernier avait pré-
paré un grand festin auquel il convia sa tribu tout
entière ; mais au moment où Ton allait prendre place
au banquet, une rafale de vent s'éleva qui couvrit
de sable la table et les mets. Khowaïled maudit le
sort qui troublait si fâcheusement la fête, et tomba
foudroyé, expiant ainsi les paroles coupables qu'il
venait de prononcer. Telle est la légende racontée
par Ibn Kelbi ; mais d après un autre récit , par suite
d'une blessure qu'il avait reçue k la tête, il tombait
comme foudroyé toutes les fois qu'il entendait un
grand bruit, etc. Cf. Lw. ar., s. v.; Khiz., I, p. 206;
Agh.9 t. X, 20 et 32.
LsLUb ^ï Ibn Tabâtabâ. Surnom d'Abou '1-
Ilacan Ahmed b. Mohammed, nakib ou surintendant
de la famille d'Ali, chargé de vérifier les titres généa-
logiques des cliérif, etc. Il est l'auteur de poésies ascé-
tiques dont on trouve des fragments dans la Yetimet
de Tâlebi (édition de Damas, I, p. 328 et suiv.).
Tabâtabâ était un sobriquet qu'on avait donné à lun
de ses ancêtres qui était affligé d'un défaut de pro-
nonciation (Ibn Khall., 1. 1, p. 1 1 4).
iX^-bJ' ^yj>] « fils du banni ». Surnom injurieux,
donné au khalife Omeyyade Merwân II par ses enne-
mis. Cf. JJdU bxi* .
^7 «
JaJI (>>l Ibn Et-Tiktaka. Surnom de l'an-
teur de la chronique ordinairement connue sous le
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 187
titre d'El-Fakkri. On trouvera l'explication de ce sur-
nom dans l'édition de cet ouvrage publiée par
M. IL Derenbourg, Paris, 1 895 , in-8°; voir Préface,
p. 4.
jysSJ) ^yj) « fils de vieillard ». Ce surnom fut
donné au prophète Ezéchiel parce que, selon cer-
taines légendes rabbiniques connues des Arabes, il
naquit d un père et d'une mère arrivés à la vieillesse
sans avoir d'enfants. Voir notamment la version per-
sane de la Chronique de Tabari, trad. de M. Zoten-
berg, 1. 1, p. 407.
-*J) qj) Ibn el-Ghirr. On n'est d'accord ni
sur la signification de ce nom , ni sur le personnage
ainsi désigné. Pour les uns, c'était un Arabe des
B. Eyyâd nommé Sa'd ; selon d'autres , il s'appelait
llàrith; enfin, au rapport de Hamzah, c'était un cer-
tain 'Orwah b. Hachîm rf*A*» El-Eyyâdi. Grâce à sa
vigueur physique et à ses prouesses amoureuses , il a
survécu dans les récits populaires et donné naissance
au dicton : JxJ! ^1 ^# *gj\ . Meïd. , t. H, p. 2 54 ,
raconte quelques-uns de ses exploits avec une crudité
qui défie toute traduction. Il est nommé Abou Irb
« le membre », par Ibn EI-Athîr qui ajoute cet argu-
ment très démonstratif : *«XaJj âJUI £ Jaï*\ x>t JUu>
*î><x* y****» . A remarquer le chiffre fatidique 70. —
Cf. Morassa, éd. Seybold, p. 11 et p. 20.
188 MARS-AVRIL 1907.
jjôjlàJI ^.jl Ibn El-Fâridh. Surnom patrony-
mique d'un poète bien connu, Abou Hafs cOmar b.
Abi '1-Hasan, né en 576, mort en 632 H. (1 181-
ia35 de J.-C). Fâridh signifie littéralement
« Thomme de loi qui fixe la part revenant à la femme
dans les successions » ; telle était sans doute la pro-
fession du père de ce poète. Cf. Ibn Khall., III, p. 389;
sur la nature de son talent et le caractère mystique
et empreint de tendances chiites de ses poésies , voir
S. de Sàcy, Chrest. ar., t. II, p. 122 et suiv.
X^jUI ^-jl Ibn El-Kirryyeh. Selon Abou '1-Faradj
Isfàhâni , Agh. , 1. 1, p. 1 67 et 1 69 , c est un nom sup-
posé , et le prétendu auteur de quelques élégies ero-
tiques que Ton désigne ainsi n'a jamais existé. Il en
serait de ce personnage imaginaire comme du fameux
Medjnoun, dont les poètes persans et turcs font le
patito de Leïla. — Voir cependant Z. D. M. G. , t. LVI,
p, 6 1 . On peut en dire autant d un certain Ibn Abi '1-
eAkab qui passe pour fauteur d'une kaçideh intitulée
El-Malâhim **^U' (fode des combats?), aujourd'hui
oubliée , après avoir fait le tour du monde musulman.
*5 ^jJi « fils de la chétive ». Trois poètes ont
porté ce surnom. Le plus connu, contemporain d'Im-
rou'1-Kaïs et proche parent de Tarafah b. cAbd,
s'appelait cAmr El-Kaïsi. 11 accompagna Imrou'l-
Kaïs dans sa fuite à Byzance , ce qui lui valut le sur-
nom de « perdu » ^5LaJ! . Le second est Djemîl b.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 189
cAbd Allah de la tribu de 'Adzrah ; le troisième est
ebycah Eç-Çabi. Cf. Khiz., II, p. 2^9; Ibn Kot. , éd.
de Goeje , p. 222.
AxIJLi ^-jl C'est le sobriquet injurieux que
Farazdak jette à la face de son rival Djerîr. Meraghah
se dit littéralement de l'ânesse qui recherche l'ap-
proche de l'étalon.
^au 1 ^yJf ) « fds du professeur » . Surnom d' Abou'l-
Ghanaïm Mohammed El-Khourti (Khourt est une
bourgade voisine de Waçit), poète qui vivait au
xnc siècle de notre ère. Il fut le rival d'ibn Et-Tae\vidi f
et les fragments satiriques de leurs diwâns, qui ont
été conservés , prouvent l'acuité de leur haine.
^li^lj^l Le hâfid Abou Bekr 'Omar b. Ibra-
him surnommé Aboul-Adzân, à cause de la longueur
de ses oreilles (Kechf, fol. 3 r°).
ïôjJjJ). cAmir b. Abi Mousa, cadi de Kou-
fah, mort vers l'an 122 H. (7^0 de J.-C). Ce per-
sonnage vénéré pour sa sagesse et ses sentiments
d'équité fut surnommé Aboa Bordah, parce que son
père nourricier avait coutume de l'envelopper dans
le manteau dit bordah, et de le porter ainsi vêtu
dans sa famille (Ibn Khall. , II, p. 2).
*^
J^j-jl . Le mot baçir, qui signifie littérale-
ment « clairvoyant », s'applique par antinomie Ji*
ix. i3
tvraiarmt* ■mumuli.
190 MARS-AVRIL 1907.
(jaJoJt a un aveugle. On raconte que lorsque Abou
Baçîr Yachkor b. Wâïl fut amené en présence du
faux prophète Mosaïlamah , ce dernier passa les
mains sur le visage du prisonnier qui fut aussitôt
frappé de cécité (Morassa, p. 35). — Le poète El-
Aecha Maïmoun, qui était aveugle de naissance, por-
tait aussi le surnom d'Abou Baçîr (Agh. , VIII, p. 78).
Ce poète, qui occupe un des premiers rangs dans
la poésie anté-islamique , était fils de Kaïs b. Djan-
dal surnommé Katîl el-djau (Agh., VIII, p. 77). On
trouvera l'explication de ce lakab au mot *j£ Juutf .
*> s
XJfojj}) «l'homme à la poulie». Lorsque le
Prophète assiégeait Tâyef , il fit proclamer l'amnistie
pour tous les assiégés qui sortiraient de la ville et
feraient leur soumission. Un arabe impatient d'em-
brasser l'islamisme , ou tout au moins de profiter de
l'aman, descendit des murailles en se laissant glisser
le long d'une poulie (bakrah), comme celle dont les
nomades se servent pour puiser de l'eau. C'est à
cette occasion que le Prophète lui donna le surnom
à? Abou Bakrah (Ibn Khall., IV, p. 254).
9
(^j)Jijj). Surnom bien connu, porté par cAli
b. Abi Talib. Une ancienne tradition raconte que le
Prophète, au cours d'une de ses expéditions où eAli
le secondait avec un dévouement à toute épreuve,
trouva ce fidèle serviteur endormi sur la route et
tout couvert de poussière. Il le réveilla doucement
en s'écriant : « Debout, homme poudreux! » l?t I3 ,#*
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 191
<->\y. De là le surnom d'Abou Tourâb qui resta atta-
ché au nom cTAli et que ses ennemis lui adressaient
comme une injure. La légende chiite, au contraire,
voit dans ce lakab donné par le Prophète à celui de
ses sectateurs qu'il préférait, une allusion à sa piété,
à son esprit de renoncement et d'humilité, etc. Les
poètes , surtout en Perse , y font de fréquentes allu-
sions, et lui donnent un sens élogieux conforme à
l'interprétation chiite (cf. Tar. el-Khol, p. 65; Na-
wawi, apud Ibn Khall., p. 435, Tab. , in série,
p. 1271 à i2y3). Au dire du Mostatraj \ II, p. 27,
la scène de la rencontre du Prophète et d'Ali eut
lieu pendant l'expédition de DzouVOchaïrah , loca-
lité voisine de Yanbo', entre la Mecque et Médine
(C. de P., Essai, III, p. 3o, 2e année de l'hégire,
cf. Yak., Mo'djem, s. v. iL*«*g). On rencontre
quelquefois l'épithète tourâbi comme synonyme de
« partisan d'Ali », p. ex. dans ce vers de Komeït :
^ fa* jsi &±* ti» »i> jy yu,
« Ils disent (de moi) : C'est un tourâbi de cœur et de pen-
sée ; tel est mon nom parmi eux , tel est le sobriquet qu'ils
nie donnent. » (Die Hasimijjat, p. 36.)
X*lf fcpjl Ce surnom, qui désigne aussi le loup
et la huppe , fut donné par dérision au faux pro-
phète Mosaïlamah (Morassa, p. 54).
*> 0 *»
ïàsMf* *?)• Surnom du loup, à cause de son
poil dur et crépu. Dans une de ses satires contre la
i3.
192 MAKS AVRIL 1907.
dynastie des Omeyyades, le poète Komcït, faisant
allusion au khalife Hichâm et à Khâlid El-Kasri , em-
ploie cette expression :
IfyJl* fjix^MXA êyèè Ljlfcj UJ
Jlil *l*£fj ^liîl ««Xit^^t
«Nous avons deux maîtres néfastes qui nous mènent à
la ruine : le loup féroce, l'hyène puante et boiteuse.» (Die
Hasimijjat, p. 1 18.)
aUaoI *j] «l'homme au sabre tranchant»,
comme nous dirions « la bonne lame ». Le poète
Hasan b. Thâbit reçut ce surnom à cause de la \i-
gueur avec laquelle il attaquait les ennemis du Pro-
phète (Ibn Khàll., IV, p. 2^2).
/ajô^j«>sj| *J) « l'homme aux liards ». C'est
par ce sobriquet injurieux que les sujets du second
khalife Abasside Abou Djacfar Mansour (1 36-i 58
de l'hégire) flétrissaient son avarice. Il est à peine
besoin de rappeler que le mot abou perd dans ces
composés sa signification ordinaire de « père » , et se
joint à d'autres mots pour former des surnoms et
des métonymies. Les dictionnaires indigènes four-
millent d'expressions de ce genre sur lesquelles on
peut consulter Dozy, SuppL aux dict. arabes. Le mot
dânik, plur. dawânîk, formé du persan dbb, est à
peu près synonyme de aI*. « grain » , qui désigne aussi
la sixième partie du dirhem. A la IIe forme, le verbe
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 193
jpà a le sens d'« avarice, lésinerie ». Cf. Lis. ar. , s. v.
Au rapport de Soyouti, le khalife Mansour fut sur-
nommé Aboul-dawânîk, parce qu'il demandait compte
à ses agents et aux fournisseurs du palais, de toute
somme jusqu'aux moindres liards. Toutefois les
chroniqueurs reconnaissent que ce prince savait se
montrer généreux et même prodigue, quand les
circonstances l'exigeaient. C'est ce qu'affirme Ma-
çoudi : «flne reculait pas devant les libéralités les
plus grandes, lorsqu'elles étaient payées de retour,
mais il refusait la moindre faveur, si elle était accor-
dée en pure perte » (Prairies , t. VI , p. 2 2 1 ). Le même
auteur ajoute, il est vrai, que « son immense fortune
ne l'empêchait pas de faire fructifier son argent et
de descendre dans des détails que les plus humbles
négligent ».
ybàJi jj) . cAbdEi-Melikb. Merwân, cinquième
khalife de la dynastie des Omeyyades (mort en 84 H.
= 703 de J.-C. , après un règne de 1 9 ans) , fut le re-
présentant le plus éminent de cette dynastie royale.
Outre ses succès militaires , il a mérité les suffrages
de la postérité par son goût éclairé pour la poésie,
et les faveurs qu'il répandit sur les littérateurs. II
tenait lui-même à passer pour rhapsode (rawi), et les
recueils de poésie classique renferment bon nombre
de récits et de citations littéraires qui s'appuient sur
son autorité. Mais, s'il faut en croire la chronique
intime, le puissant monarque n'était pas exempt de
certains malaises organiques qui avaient, entre autres
194 MARS-AVRIL 1907.
désagréments , celui de rendre son haleine fétide. Ce
défaut, joint à une avarice peu digne d'un prince,
suscita toutes sortes de railleries et lui valut le sobri-
quet de Abou Dzibbân « l'homme aux mouches »,
parce que, dit- on, il les tuait d'un souffle. Mobarred
cite à ce propos une anecdote qui prouve que le
khalife n'obtenait pas toujours de son harem les
marques de respect qu'il exigeait de ses sujets : « Un
jour qu'il se trouvait au milieu de ses femmes et
favorites, il mordit dans une pomme qu'il donna
ensuite à lune de ses épouses légitimes, Lobabeh,
fille d'Abd Allah b. DjaTar. Celle-ci se fit apporter
un couteau : « Qu'en veux-tu faire ? lui demanda le
« khalife. — Seulement couper le mauvais. » Abd
El-Melik comprit et sur le champ répudia son inso-
lente moitié. Celle-ci , il est vrai , s'en consola en con
volant en secondes noces avec un arrière-petit-fils
d'Ali (Kâmil, p. 36o). Le khalife ne négligeait cepen-
dant aucun soin pour parer aux ravages des années
et conserver le prestige de son rang. Mobarred , dans
un autre passage de son Kâmil, raconte que lorsque
ce prince perdit ses dents , il s'écria : « Je m'en conso-
lerais aisément, n'étaient le prône du vendredi
(khotbah) et les visites au harem ! »
ô\i\ jj\ . Voir plus loin , s. v. :>Uj .
(jLmUm_^) Abou Sassân, Sobriquet de Hod-
haïn b. El-Hârith Er-Rakachi, mort à la fin du
fp siècle de l'hégire, après avoir recueilli plusieurs
traditions de la bouche des khalifes 'Othniân et 'Ali.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 195
Il fut sans doute surnommé de la sorte à cause de son
extrême pauvreté et de sa vie nomade. Voir dans les
Séances de Harîri, éd. de Sacy, p. 5 73, et dans
celles de Hamadâni, éd. de Beyrouth, p. 89, les
deux makamât intitulées Sassanyeh. Il n'est pas hors
de propos de relever, au sujet de ce terme d'argot,
une conjecture émise par le Cheïk cAbdo, le com-
mentateur des Séances de Hamadâni. Ce savant sup-
pose que le nom de Sassân fut donné , après la con-
quête de la Perse, aux mendiants et bohèmes qui
vivaient de mendicité, pour accentuer davantage le
mépris qu'inspirait aux Musulmans la dynastie per-
sane des Sassanides ; la politique des khalifes aurait
favorisé l'extension de cette injure qui se transmit
dans le langage populaire, etc. C'est trop dire, et
nous estimons que l'origine de cette locution ne doit
pas être cherchée si loin. La vérité est qu'il se forma
dans les contrées orientales du monde arabe certaines
confréries de gueux, qui, pour se donner un cer-
tain prestige aux yeux de la foule, se faisaient passer
pour descendants en ligne directe d'un Sassân le
Grand, fds d'Isfendiar, fils de Gustasp (Hydaspes),
qui aurait été dépossédé du trône et réduit à la con-
dition de berger, lorsque le roi Bahmân légua sa
couronne au fils de la reine Houmaï. C'est ce qui
ressort clairement d'une glose de Harîri (p. ao), où
Sassân est nommé « le Maître (oustâd) des Maîtres et
le modèle des filous ».
-j.ê 5.Ç& j-ît • Sobriquet du poète Merwân b.
196 MARS-AVRIL 1907.
Mohammed, affranchi (maivla) de Merwân El-Djacdi,
le dernier khalife Omeyyade. Le mot chamakmak si-
gnifie, d'après le Tadj, t. II, p. 5 A, «long, maigre»
et aussi « agile, alerte ». Une anecdote citée par Ibn
Khall. , t. IV, p. 226, et une autre historiette rap-
portée par Behâ ed-Dîn (AnthoL ar., t. II, p. 2 i3),
prouvent que le poète de ce nom vivait misérable-
ment et que son attachement à la dynastie déchue
était la cause du dénuement dans lequel il végéta
sous les premiers khalifes Abbassides.
Â*u!m j}\ Abou Châmah. Sobriquet d'Abou 1-
Kasim Mohammed b. Ibrahim , 1 auteur bien connu
de la Chronique des deux Jardins , dont il a été publié
d'amples extraits dans la collection des HisL ar. des
Croisades. Cet historien raconte dans l'autobiogra-
phie qui termine le complément de sa chronique
(dzeil) que le sobriquet d'Abou Châmah lui fut
donné à cause d'une grosse lentille qu'il avait sous
l'œil droit. Cf. Hist. ar. des Croisades , t. V, p. 211.
— On cite aussi , sous le surnom de iuL* ^ , Hûseïn
b. Zikriwaïh, chef des Karmates de Syrie. Dans la
Chronique de Tabari, 3 e série, p. 2216, on trouve le
titre çaheb châmah, qui a le même sens. Ce révolté
faisait croire à ses adhérents que cette excroissance
de chair était chez lui un signe prophétique et comme
le sceau de sa mission (Ibn Ath., t. VIII, p. 396).
— Le même surnom fut donné au traditionniste
Abou cAbd Allah Mohammed b. El 'Abbas, affranchi
des Benou Hâchim, qui transmit des hadîth à Ah-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 197
med b. Hanbal, le chef du rite hanbalite (Kechf,
fol. *lx v°).
^1 . Surnom patronymique d'El-Moghîrah
b. cAbd Allah b. Abi cAkîl , gouverneur de Koufah sous
la juridiction d'El-Haddjâdj. Il supportait difficile-
ment ce surnom et recevait fort mal les plaideurs qui
le lui donnaient. Voir à ce sujet une singulière anec-
dote rapportée dans Kit. Mahas., éd. Schwally, p. 6 ko.
Abou Çafyyah, nommé gouverneur de Koufah en
78 H. (697-698 de J.-C), commanda le corps
d'armée envoyé dans le Khârezm en 9 3 H. (7 1 1 -7 1 2
de J.-C.) et reçut le gouvernement de Nisabour à la
même époque. Ibn Ath. , t. IV, p. 362 , 43o et 45o.
XjlMjuJI^I. IsmaM b. El-Kâsim, un des
meilleurs poètes du 11e siècle de l'hégire ( 1 3 1 -
2 i3 H. = 7 48-8 2 8 de J.-C), n'est guère connu que
sous le sobriquet d'Abou 'l-'Atâhiyah, dont le sens
paraît avoir embarrassé les biographes. Ibn Kot. ,
p. 497, se borne à dire que c'est un lakab, sans autre
explication. Ibn El-Athîr [Morassa, p. i48) prétend
qu'il fut nommé ainsi à cause d'un certain trouble
qui se manifestait chez lui : *x» ^l5"c->Lla*^ . L'expli-
cation la plus vraisemblable se trouve dans la longue
notice que ¥Agh. a consacrée à ce poète, t. III,
p. 126-183. Le khalife El-Mahdi lui dit un jour :
Q
« Tu es un fat , un vaniteux » xzxï ^«xiU ^L-Jl o*il .
Or JU&b&'atâhiyah signifie « travers d'esprit qui rend
198 MAHS-AVRFL 1907.
l'homme prétentieux et le porte à se targuer à tort
de son mérite» ». Ce sens est confirmé par le commen-
taire que Lis. ar. donne au mot ^«X^. On voit par
là qu'il ne faut expliquer le nom d'Aboii 'l-'Atâhiyah
ni par « intrigant » (Lis. ar. , p. 75), ni par « fou »,
comme le veut fauteur du Morassa.
pUÂiLl|j^l. Abou cAbd Allah Mohammed b.
El-Kasim, littérateur et bel esprit, né à El-Ahwâz en
191 H. = 806-807 de J.-C.,mort àBasrahen 282 ou
283 H. = 896-897. — Ce personnage était aveugle :
Abou 'l-Ainâ n'est donc qu un surnom qu'on lui donnait
par antinomie et un peu aussi par superstition. Au
rapport d'fBN Khall. (t. III, p. 60), il demandait, un
jour, au savant philologue Abou Zeïd El-Ançari
comment se formait le diminutif du mot *Ui£ fémi-
nin de félatif qIÎM « qui a de grands yeux noirs ». —
« LuJiJI UJ L> Ua**> c'est 'Oyayna « homme aux beaux
yeux», répondit le grammairien. Ce récit, inventé
peut-être par quelque muderris en belle humeur, a du
moins le mérite de préciser le sens du surnom. L au-
teur du Kit. el-Mahasin (éd. Schwally, p. 446) nous
apprend que la cécité était un mal héréditaire dans
la famille d'Abou 1-cAïna, et que celui-ci expliquait
cette fatalité comme un châtiment du ciel, un de ses
ancêtres ayant assassiné un descendant d'Ali, par
ordre d'un khalife Abbasside.
^LLs£jJi . C'est un des surnoms du loup parce
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 199
qu'il erre jb+è pendant les nuits sombres. Abou Ghab-
chân était , aux temps de la Djâhetyeh , un Arabe de
la tribu de Khoza'a à qui Holaïl avait confié les clés
de la Kacaba. Pour s en emparer, Kossayi eut recours
à la ruse ; il enivra le malheureux gardien et , profitant
de son ébriété , il lui enleva les précieuses clés. De là
les deux proverbes usités : « Plus sot qu Abou Ghab-
chân», et «Marché d'Abou Ghabchân (marché de
dupe) ». Cf. C. de P., Essai y 1. 1, p. $33; Morassa,
p. 1 65 ; Meïd. , Prov. , t. I, p. 1 9 1 .
9
jjJti) jj) « le père de l'ogre, ou de la ghoule ».
Ainsi fut surnommé un poète de la tribu des Benou
Tohayah iUflldyj; son prénom patronymique était
Abou '1-Bilâd. Quant au sobriquet peu flatteur
d'Aboii 'l-Ghoul, le poète le devait à une aventure
qu'il eut avec un être fantastique de la race des génies
malfaisants. Il y fait lui-même allusion dans le béit
suivant :
yL&Jep M$Z&\S*ilAW JJ ioL cj^JS Jylt oSlj
• ' * y Q
«J'ai vu accourir un ogre aux heures de nuit, dans une
plaine large et unie comme un abayè (sorte de manteau de
voyage).
« Et je lui dis : « Nous sommes l'un et l'autre des voyageurs
« épuisés de fatigue; va-t-en d'ici mourir de soif! »
Dans le Khiz. , t. III , p. 118, ces vers sont suivis de
deux autres très altérés dans l'édition de Boulak. —
200 MARS-AVRIL 1907.
D'après lbn Kotaïbah (éd. de Goeje , p. a 56 ) , le sobri-
quet d'Abou H-Ghoul était donné à un poète de la tribu
des Benou Nehchal , nommé cHba b. Djawhar.
•• ^ ••
». La kirbah est l'outre de cuir cousue
d un seul côté dans laquelle les nomades versent leur
eau ou leur lait. Le surnom de « l'homme à l'outre »
est resté comme ufi titre de gloire à El-cAbbas , un des
fils du khalife cAli. Lorsque le malheureux Hûseïn
fut traqué dans le désert de Kerbelâ par l'armée de
Yezîd, El-cAbbas, qui avait suivi son frère dans la
mauvaise fortune, exposait tous les jours sa vie pour
aller puiser de l'eau au Tigre , et l'apporter à Hûseïn
blessé et mourant de soif. Cf. Tàb. , 2e série , p. 3 1 3 ;
Ibn Ath. , t. IV, p. 45 ; Morassa, p. 175.
y aJUI^J» « le père des siècles ». Surnom d'un
personnage, d'existence très incertaine, que les lé-
gendes musulmanes placent dans les temps fabuleux
de cAd et de Thamoud; il aurait vécu jusqu'à l'âge de
36o ans. Cf. Goldziher, Kit. el-M(fammarîn, In-
trod. , p. xxxiv.
^yfyJJU)jJ>) . Koundeïn est le duel du mot «\Jtf,
expliqué dans Lis. ar. , par *«*<J3t iu*aaL ; inutile
d'entrer dans plus de détails. Ce qu'il y a de plus inté-
ressant dans ce sobriquet, c'est qu'il est donné à cAbd
el-Melik El-Asma'yi, le plus célèbre et le plus érudit
des philologues du 111e siècle II. (739-831 de J.-C),
rhapsode à la mémoire merveilleuse à qui l'on doit les
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 201
meilleures traditions sur la poésie anté-islamique.
Une conformation physique tout exceptionnelle
lui avait valu cette bizarre appellation. C'est ce
qu'affirme Ibn Sîdah, cité par Mïz., t. II, p. 2 16 :
5 w# jJ) « le père de l'amertume, ou du malheur ».
Surnom que les Musulmans donnent à Iblis (le
diable). Au contraire ïj* £ , dont il est parlé dans
le Koran , lui, 6 , signifie « l'être intelligent et fort » ,
et selon les exégètes du livre saint, il s'agit dans ce
passage de l'ange Gabriel apportant la révélation à
Mahomet. Cf. Beïdhawi, II, p. 292 ; Harîri, Séance,
£6, éd. de Sacy, p. 529.
•
ljè)jâjj) . S'il faut en croire certains biographes
arabes, Aboa Nowâsy le grand poète du u° siècle
de l'hégire (145-196 ou 198), c'est-à-dire du
vme siècle de notre ère , aurait été surnommé ainsi à
cause des deux boucles de cheveux qu'il laissait
pendre sur ses épaules. Et, en effet, les historiens
arabes expliquent de la même manière le nom du
prince himyarite Dzou Nowâs (voir plus loin le mot
<^«XâJ), qui se signala par la cruauté avec laquelle
il persécuta les Chrétiens de Nedjrân (C. de P. , Essai,
1. 1, p. i38 et passim.; cf. Khiz., t. I, p. 169). Mais
ce qui rend cette explication incertaine, c'est qu'elle
ne se trouve pas chez les auteurs les plus dignes de
confiance , tels que Ibn Kotaïba et YAghâny.
202 MARS-AVRIL 1907.
ij*r& yï » (( l'homme à la petite chatte » , Abd cr-
Hahman (?) Ihn Çakhr Ed-Dawsi. Par le nombre et
l'importance des hadîth qui émanent de lui , il peut
être considéré comme un des pères de l'école
traditionniste ; il aurait reçu ce sobriquet du Pro-
phète qui le surprit plus dune fois à jouer avec
un jeune chat blotti dans son giron (Mostapraf, II,
p. 23).
Xd^jJi . Daoud b. cYsa b. Mousa, descendant
direct d'El-cAbbas, fut surnommé Outroudjeh «le
citron », à cause de son teint jaune et bilieux. Fidèle-
ment attaché à la cause des khalifes Abbassides, il
prit part, en 1 90 H. (806 de J.-C.) , au siège d'Héra-
clée sous les ordres d'Haroun ar-Rachîd. H fut pen-
dant plusieurs années gouverneur de la Mecque et
Emir el-Haddj. Lorsque la guerre éclata entre Emîn
et Mamoun , il se déclara pour ce dernier et proclama
la déchéance d'Emîn à la Mecque, puis dans toute
l'Arabie méridionale. Confirmé dans son autorité par
le khalife Mamoun, il conserva le titre d'Emir des
deux villes saintes et résida à la Mecque jusqu'en
199 H. (8i4-8i5 de J.-C). Mais quand la révolte
d'Ibn Tabâtabâ éclata et que la Mecque fut occupée
par les troupes d'Ibn Seraya, Daoud, ne voulant pas
que le territoire sacré fût souillé du sang musulman,
abandonna la ville aux rebelles et s'enfuit en Irak
(Ibn Ath., t. V,p. 3i3; VI, i34-ai6). Dans le Ifoc/i/ ,
fol. k r°, le surnom à* Outroudjeh est attribué à Abou
Mousa cYsa ben Khochnâm ,
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 203
fr$i «le brêche-dents ». Sobriquet d'Abou'Ula-
san cAli, fils d'El-Moghirah, grammairien et dialec-
ticien qui jouit dune certaine vogue au in0 siècle de
l'hégire. Il mourut en 220 H. (83g de J.-C). Cf.
Fihrist, p. 87; Nodjoum, t. II, p. 655.
$ **
t
£<X^i «le mutilé». Sobriquet donné au père
d'un ancien traditionniste , Abou cAïchah Ei-Mas-
rouk. Voir &T*** •
f\^i « l'édenté ». Sinân b. Khalid e\-Minkari fut
surnommé ainsi parce que Kaïs b. Asem lui cassa
une dent d'un coup d'arc après la deuxième journée
de Kolab. C. de P., Essai, t. II, 587; Bouchkr,
Diwân de Farazdak, p. 355.
i « le pied bot ». Surnom d'Abou Bekr
Çakhr b. Kaïs, un des tabi ou successeurs des Compa-
gnons de Mahomet. Attaché à la cause d'Ali b. Abi
Talib, il laissa plusieurs traditions provenant de ce
khalife , ainsi que d'Omar et d'Othmân ses prédéces-
seurs. La sagesse d'El-Ahnef a passé en proverbe et
l'on cite de lui une foule d'axiomes qui sont la mon-
naie courante des traités de morale musulmane. Ce
personnage était d'ailleurs fort disgracié de la nature :
outre son infirmité de naissance, il avait les dents
enchevêtrées, la tête chauve et le menton fuyant;
pour comble de disgrâce, il perdit un œil au siège de
Samarcande en 54 H. (=675 de J.-C). Cf. Kechf,
fol. fi v° et voir (j*N* e^taL».
204 MABS-AVRIL 1907.
I . Le poète cAbd Allah b. Mohammed El-
Ansari (mort en 1 1 o = 7 1 8 de J.-G.) , ami et com-
pagnon d'exil d'Omar b. Abi Reby'ah, fut surnommé
El-Ahwaç parce qu'il avait les yeux petits et cligno-
tants. Cf. Khiz., t. I, p. 232; Agh., t. IV, p. ko et
VI, p. 52; Ibn Kot., 329-332. Voir aussi Journal
asiatique f VIe série, 1873, p. 452.
y
vu ,9 O ^
^^>s^) «le fossoyeur». Surnom du tobba*
Dzou Nowâs qui, après s être emparé par trahison
de la ville de Nedjran, fit creuser de larges fossés
dans lesquels il brûla vifs les chrétiens de cette ville
(vers Tan 529 de J.-C, selon C. de P., Essai, t. I,
p. 128.) Cf. Prairies ctor, t. I, p. 129, et Khiz.,
t. I, p. 357.
%a±S . On sait que le mot akhdhar qui signifie
ordinairement « vert » a aussi le sens de « tirant sur le
noir ». Surnom d'El-Fadhl b. el-cAbbas b. cOtbah b.
Abi Leheb , poète hachémite , qui vécut au Ier siècle de
l'hégire et célébra les khalifes Omeyyades , principa-
lement cAbd el-Melik b. Merwân. Dans l'intéressante
notice de Y Agh. qui lui est consacrée (t. XV, p. 2-10),
on trouve plusieurs traits curieux sur l'avarice de
ce poète, l'histoire, de ses rapports avec la cour
de Damas, et d'autres particularités dignes d'être
signalées. El -Akhdhar était petit -fils d'une Ethio-
pienne, ce qui explique la couleur foncée de son
teint et le sobriquet sous lequel il est connu. Lui-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 205
même en fait l'aveu , tout en revendiquant son ori-
gine arabe :
«Je suis fils de noir, on me connaît pour tel; je suis noir
de peau, mais issu d'une famille arabe. »
Dans le Latdif, où ce vers est cité autrement, je
crois qu'il faut ajouter ^\ au premier hémistiche
d'accord avec Y Agh. Sur le mariage de l'esclave éthio-
pienne , grand'mère du poète , et sur la fin tragique
de cOtbah, relaps à l'islam et maudit par le Pro-
phète , voir la notice en tête du tome XV de ÏAghdny.
i^Lifet. Ghyath ed-dîn b. Hârith el-Akhtal, un
des plus grands poètes, si ce n'est le plus grand, du
icr siècle de l'hégire. On n'est pas d'accord sur le sens
k attribuer à son surnom : on l'explique ordinaire-
ment par « aux oreilles flasques et pendantes ». Mais
ce n'est sans doute pas à cause de cette particularité
physique que le poète reçut et resta généralement
connu sous le sobriquet en question. 11 ne faut pas
oublier que le mot akhtal a aussi le sens de « bavard ,
inconsidéré, etc. » ; Agh. , t. VII, p. ï 70 , considère ce
mot comme synonyme de juju* . Ce fut l'épithète que
Ka'b b. DjoVïl lui infligea dans une Satire contre
le jeune poète qui avait eu le tort de l'attaquer, et
il est vraisemblable qu'elle resta dès lors attachée à
son nom. (Voir ci-dessous Ju>$:>.) Cf. Agh., t. V, VII
et X; Journal asiatique, IIe Série, t. XIII et XIV;
IX. l/|
txraiMUM UTIOIALB.
206 MARS-AVRIL 1907.
IXe Série, t. IV; Khiz., t. I, p. 220; Miz.y t. II,
p. 217. Sur la vie et le diwân d'El-Akhtal, voir 1 édi-
tion complète qui a été publiée à Beyrouth par le
P. Salhani , en 1891.
ro*
ijr *^ ' . D'après les dictionnaires indigènes Sa-
hâh, Tadj et Lis. ar., Akhfach se dit de «celui qui
cligne des yeux pour mieux voir ». C'est un surnom
qui se rencontre assez souvent dans l'ancienne littéra-
ture arabe. Il a été porté, entre autres, par les trois
personnages suivants : i° El-Akhfach el-akbar, c'est-
à-dire l'aîné des Akhfach, qui fut le maître du gram-
mairien Sibaweïhi et d'Abou 'Obeïdah ; la date de sa
mort est incertaine; 20 le moyen El-Akhfach [el-
awsat) , mort vers l'an 2 1 5 de l'hégire ( 8 3 o de J .-C . ) ,
passe pour le plus érudit des trois, du moins fut-il le
rival de Sibaweïhi; 3° El-Asghar, le jeune, philo-
logue et poète, contemporain d'Ibn er-Roumi (voir
ce nom). La notice de deux de ces homonymes est
donnée par Ibn Khàll. , 1. 1, p. 372 et t. II, p. 2 44;
voir aussi Anthol. ar., t. VU, p. 535. On trouve en
outre dans ieMizhar, p. 228, la liste de dix savants
qui portent le même surnom.
+i\\\ «les serpents». Arakim est le pluriel de
arkani qui se dit d'un serpent à taches blanches et
noires , dont la morsure passe pour être très dange-
reuse. C'était le surnom de six familles appartenant
à la tribu de Taghlib , à savoir : les Benou Djocham ,
les B. Wmr, les B. Mâlik, les B. Talabah, les B.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 207
Mo'awyah et les B. Hârith. Leur père commun était
Bekr b. Hobaïb, arrière-petit-fils de Taghlib b. Waïl.
Le Sihâh, le Tadj et Ibn Dorbïd donnent des expli-
cations assez vagues de ce surnom qui rappelle sans
doute la coutume du. tatouage très usitée parmi ces
tribus; à moins quon ne veuille y chercher un argu-
ment de plus en faveur du totémisme. Dans le passé
fabuleux où vécurent les Amalika, on retrouve le
nom de Arkam que C. de P. identifie avec le Rekent
ou Arkem de la Bible. Essai, t. I, p. 21 et suiv. ,
t. II, p. 2o5; cf. Khiz.y t. IV, p. 'ii'j. Le même
surnom se lit dans le vers suivant d une poésie de
Hârith b. Hillizah de la tribu des B. Bekr, kaçideh
qui figure dans plusieurs manuscrits des Moallakat :
l*J. 9 ° '
«Une nouvelle grave nous arrive qui nous inquiète et
nous plonge dans 1 affliction : nos frères les Arakim sont
irrités contre nous et nous insultent sans trêve dans leurs
discours. » ( Cf. Arnold , Septem Mdall. ,p. 171.)
Le poète fait allusion dans ce passage à une
querelle qui éclata entre les B. Bekr et leurs cou-
sins les B. Taghlib ; ce sont ces derniers qu'il désigne
par le surnom d' Arakim. Voir Essai, t. II, p. 367;
Khiz., t. IV, p. 337.
Jbâft ) . Hâmid b. Mâlik b. Rib y, poète contem-
porain des premiers Omcyyades, fut surnommé
i4.
208 MARS-AVRIL 1907.
Arkat parce qu'il avait la peau parsemée de taches
noires et blanches. La même épithète désigne la
panthère et une espèce de mouton à la toison bi-
garrée. Agh., t. II, p, 46, cite de ce personnage des
traits de rapacité extraordinaires. C'est un des quatre
avares célèbres dans la légende arabe; les trois
au 1res sont El-Hoteyyah, Abou'l-Aswad ed-Douali et
Khalid b. Çafwân. Voir sur ces personnages le Kitab-
el-Boukhalâ , publié par Van Vloten , Leyde, 1900.
D'après le Khiz., t. II, p. 45 4, Hamid el-Arkat est
quelquefois confondu avec un autre poète aussi peu
connu et dont le surnom patronymique est A boa
Bedjeleh.
s^J^aSji\ ô\j)\. Voir ù\jj.
d\j*j+è\ . Le mot persan oustâd, dont la signification
ordinaire est celle de « maître, professeur», a reçu
en passant dans l'arabe des acceptions différentes.
On appelait ainsi certains eunuques qui, d'abord
précepteurs de princes, arrivèrent au rang de pre-
mier ministre. Voir sur les fonctions du Oustâd-dâr :
Qcatremere, Mamlouks , t. I, p. 2 5 et suiv. , et sur
les diverses significations de oustâd, Chrest. ar.,
t. 11, p. 1 54 , et Dozy, Suppl. , s. v.
<ÂMl y*j*\ «le lion de Dieu». Hamzah b. cAbd
el-Mottalib , oncle paternel du Prophète , après avoir
embrassé l'islam dès les premières années de la pré-
dication, combattit avec intrépidité pour la religion
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 209
nouvelle, se signala surtout à la journée de Bedr,
et lut tué à Ohod par le nègre Wahchi (chawâl,
an 3 H.). En apprenant la mort de ce vaillant dé-
fenseur de la foi , Mahomet annonça que Hamzah ,
« le lion de Dieu et du Prophète * , venait de prendre
place parmi les élus dans le septième ciel (C. de P.,
Essai, t. III, p. 1 10.)
jju*) «l'incendiaire». Marthad, fils de Abou
Homrân el-DjoYi, surnommé ainsi à cause de ce
vers :
•J
« Que ma tribu ne me revendique plus parmi les descen-
dants de Sa'd b. Malik, si je n'allume parmi eux (parmi mes
ennemis) les flammes de l'incendie. » (Ibn Doreïd, Ichtikak.
p. 2^3.)
Le même vers est cité dans Lis. ar. , avec la va-
riante J$ au lieu de «X**J .
«Xw! . Parmi les lexicographes , les uns traduisent
ce mot par « lépreux ou scrofuleux » , les autres par
«goitreux». Surnom de Maïmoun b. Charîk, de la
tribu de Temîm. S'il ne figure pas parmi les Compa-
gnons du Prophète, on lui doit quelques hadîth.
Voir Lis. ar.% s. v. ^Jl*; dans cet ouvrage le surnom
iïEl-Asla est porté par un arabe de la Djâhelyeh
nommé cAmr. b. eOdas (j-tXfi (^t .
-*^
£\ «le balafré». Plusieurs personnages histo-
210 MARS-AVRIL 1907.
riques ont reçu ce surnom : i° Kaïs, fils de Macdi-
Karib , fondateur de la seconde dynastie des princes
kin dites, au commencement du Ier siècle de l'ère
chrétienne. Il avait reçu une grave blessure au vi-
sage pendant une de ses razzias (Khiz. , 1. 1, p. 545 ;
Kechf, fol. k v°). — 2° 'Othmân b. el-Khattâb, b.
Abi Dounya, mort en 327 de l'hégire (988-939 de
J.-C), plus que centenaire. Il prétendait avoir connu
eAH et reçu de lui plusieurs traditions ; toutefois son
témoignage est considéré comme douteux (Ibn Ath. ,
t. VIII, p. 268; Goldziher, Moham. Studien, t. II,
p. 171). — 3° Le khalife omeyyade cOmar b. cAbd
El-cAzîz, qui régna de 99 à 101 de l'hégire, sur-
nommé « le balafré des Benou Omeyyah » , ou « le
balafré de Koreïch » , à cause d une cicatrice au front
provenant dune ruade de cheval, quand il était
enfant. Ce fait est consigné dans les chroniques
arabes, mais avec de nombreuses variantes sur le
surnom. Cf. Becker, Ibn Gauzis Manaqib 'Omar,
Leipzig, 1899, p. 17.
iê\ «qui a les cheveux poudreux et en
désordre ». Parmi les Arabes qui ont reçu ce surnom ,
on cite comme un des plus connus Ma'di-Karib b.
Kaïs , de la maison royale de Kindah. Né vers fan 598
de notre ère, il embrassa l'islamisme avec tous les
gens de sa famille, Tan 10 de l'hégire. H abjura peu
de temps après et ne rentra dans le sein de l'islam
que sous le khalifat d'Abou Bekr. H prit part à la
conquête de la Perse , devint un des gouverneurs de
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 211
rAzerbaïdjân sous le règne d'Othmân , et mourut en
4 2 de Thégire , quelques jours après l'assassinat d'Ali.
Voir C. de P., Essai, t. II, p. 383; Khiz., t. II,
p. 465.
JJ<X**1, litt. : «qui a la bouche grande et de
fortes lèvres » ; au figuré : « grand parieur ». Parmi
les personnages qui ont reçu ce sobriquet, il faut
citer surtout cAmrb. Sacïd b. El-Assi, qui fut gratifié
de l'épithète de « bavard » par le khalife Mo'awyah.
cAmr est classé dans la seconde série des compa-
gnons du Prophète; il prit part , à côté d'Amrpu, à la
conquête de l'Egypte; en 69 H. (688-689 de J.-C),
il fut mis à mort par le khalife cAbd el-Mélik contre
lequel il s était révolté. Cf. Ibn Ath., t. IV, p. 2 45
et suiv.; Nodjoum, t, I, p. 2o4; Kechf, fol. 4 v°;
MostaL, t. II, p. 2 5.
£). C'est par ce surnom ethnique qu'on
désigne ordinairement le docteur Aboul-Hasan cAli
cl-AcKari, le véritable fondateur de l'orthodoxie
musulmane, qu'il édifia sur les ruines de la libre pen-
sée mouHazélite. H devait son surnom à sa descen-
dance paternelle; un de ses aïeux Nabt b. cOudad
avait reçu le sobriquet d'el-achar «le chevelu»,
parce que , selon une légende de famille , il était venu
au monde la tête couverte de cheveux. Né à Basrah
on i-.o H. (883-884 de J.-C), Achcari mourut en
33 1 selon les uns, en 34o selon les autres (942-951
de J.-C). Voir Ibn Khall., t. II, p. 22-7.
212 MARS-AVRIL 1907.
iu^jio) • Khâlid b. Djacfar, b. Kilâb était surnom-
mé el-Açbagh, parce qui! avait au front une large
taie qu'il s'efforçait de dissimuler à l'aide d une tein-
ture (çïbqh). Voir Kechf, fol. t\ v°.
{+io\ «le sourd», surnom de Mâlik b. Djanâb
El-Kelbi. Lui-même fait allusion à l'infirmité dont il
était atteint, dans le vers suivant :
« Je suis sourd aux paroles obscènes , lorsqu'on les prononce ;
mais, pqur tout ce qui n'est pas obscène, on me trouve
l'oreille fine.» (Miz., p. 221; Kechf, fol. 4 v°.)
Le Tadj, t. VIII, p. 3yi, cite parmi les savants
docteurs qui étaient surnommés el-Açamm : cAbd
Allah b. Ribci el-Dobeïri; AbouVAbbas Mohammed
b. Yakoub, traditionniste mort en 346 H. (987-
938 de J.-C.) à Nisabour, et qui « à la suite de ses
longs voyages et des fatigues qu'il avait endurées,
n'entendait même pas braire un âne (51c)»; Abou
Djacfar Mohammed el - Asterâbâdi , traditionniste
réputé.
g) . Zyâd b. Sûleïmân (var. b. Djâbir), poète du
1er siècle de l'hégire , mawla de la famille d'Abd el-
Kaïs, était d'origine persane; il naquit selon les uns,
à Istakhr, selon les autres, à Isfahân. Il ne parvint
jamais à prononcer correctement certaines lettres de
l'alphabet arabe, telles que le • et le £. De là son
surnom el-A'djem « l'étranger, ou le barbare ». —
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 213
Contemporain du poète Farazdak, il eut l'audace
d'attaquer ce terrible adversaire et, au lieu de lui en-
voyer le cadeau qu'il lui avait promis, il composa
contre lui une pièce de vers injurieux. Sa témérité
lui réussit; Farazdak, après avoir lu le pamphlet, se
borna à dire : «Tant que cet homme vivra, je
n'attaquerai pas la tribu d'Abd el-Kaïs dans mes
vers. » Voir la notice spéciale dans Agh., t. XIV,
p. 102-109; Ibn Kot., p. 207-260; Khiz., t. IV,
p. ig3.
L5**£) « qui a la vue faible ». Plusieurs docteurs
qui se sont distingués dans l'étude des traditions , ont
élé surnommés el-Accha. Dans le Mizhar de Soyouti,
t. II, p. 229, on trouve une liste de dix-neuf per-
sonnages, littérateurs, traditionnistes ou autres,
portant ce surnom. Citons Yackoub b. Khalifah, et le
poète El-Accha Maïmoun b. Kaïs, poète qui vivait
du temps du Prophète. Mais ce dernier, dans la no-
tice que lui consacre Ibn Kot. , p. 1 35, est surnommé
Abou Baçîr (voir jjj^j^A), et l'auteur affirme qu'il
Ut
était aveugle. (Voir ila^Lud.)
9 o^
vi c) Surnom de Mûnebbih b. Sacd b. Kaïs b.
Aylân, auteur de ce beït où se trouve le mot açonr,
pluriel de y*& :
u; Sx iuu u tek <Lju
2H MARS-AVRIL 1907.
*• - • • * ^ JSi
« 'Omaïrah me dit : « Pourquoi , depuis que ta jeunesse s*est
« évanouie , pourquoi cette canitîe odieuse qui couvre ta tête ? »
« Chère 'Omaïrah , c'est ie passage des nuits et la succes-
« sion des années qui ont blanchi la tête de ton père. »
Ibn Kot. , qui cite ces vers , p. 36 , ajoute que Mû-
nebbih , poète des âges primitifs uytll jfil^I ^, était
peu fécond et ne faisait que des vers de circonstance;
cf. Agh., t. XIV, p. 88. Ce personnage fut le chef des
familles de Bâhilah et de Ghani, deux branches de
la grande tribu de Kaïs-Ailân (C. de P., Essai, 1. 11,
p. Z| 76 ; Lis. ar., s. v. y**). Miz., t. II, p. 218, ne
donne que le second vers, avec cette variante au
premier hémistiche du second vers : Js> <Jbt »J jjJlt
*3p. Le Tadj, III, 4 1 7, ht £^1 au lieu de^él .
I . Abou Mohammed Sûleïmân b. Mihrân,
imam très versé dans la science des hadîth, mort en
1 48 ou 1 /19 H. (765-766), fut surnommé el-'Amach,
parce qu*il avait les yeux larmoyants ou chassieux.
Voir sa notice dans Ibn Khall., t. I, p. 589.
Àp) « qui a la lèvre supérieure fendue ou en
forme de bec de lièvre ». Le sens de cette épithète
est confirmé par le vers suivant tiré de la MoaUaha
d'Antarah :
SURNOMS KT SOBRIQUETS ARABES. 215
«Souvent j'ai laissé l'époux d'une jeune beauté, étendu
dans la poussière avec une blessure dont le sifflement sem-
blait sortir d'une lèvre fendue. » (Mo ail. , éd. Arnold ,
p. i58; cf. Nôldeke, Fùiif Moallakât, p. 19, v. il; voir ci-
dessus : -Ail . )
Ont porté le surnom (Xel-A'lam : i° Yousouf b. Sû-
leïmân Chantamari (de Sainte-Marie en Espagne),
littérateur bien connu (4 10-476 H. = 1019-1083
de J.-C); voir sa notice dans Ibn Khall. , t. IV,
p. Ai 5; 20 Ibrahim b. Kasim el-Batalyousi, c'est-
à-dire originaire de Badajoz en Espagne; voir Mil.,
p. 228.
(jouxt, pluriel de jûac, nom dont l'origine est
incertaine. Les anciennes traditions de la Djâhelyeh
mentionnent sous le nom collectif de A 'yass quatre
Koreïchites , fils d'Omeyyah b. cAbd Chems , à savoir :
El-cAss, AbouVAss, Ei-cYss et Abou'l-'Yss, qui se
signalèrent pendant la guerre de Fidjâr (C. de P.,
Essai, t. I, p. 3a3). Le commentaire du Hamasa,
p. 297, explique le mot 'yss par « noble d'origine » :
À*i) « qui a la lèvre inférieure fendue », surnom
d'Ibn el-KoVïs j^uouJt ^1, un des compagnons [açhab)
du Prophète [Bioqr. dict. , p. 1 6 1 ). Le sens exact des
mots calam et ajladj est précisé dans un passage très
curieux du Kit el-Mahasin, éd. Schwally, p. 44g.
216 MARS-AVRIL 1907.
9
^j^Âil. Çoraïm b. Macchar le Taghlébite, sur-
nommé Ofnoun. Il n'est pas facile d'indiquer avec
certitude le sens de ce lakab tiré d'un vers attribué a
ce personnage. Voici comment il est cité dans Latdif,
p. 19 :
1. -> • • j J Q ' 1 *j*7\.'o*'
u^JLjS ul:JL jj § 1&.3Î
« Ô M adnoun , tu nous fais espérer ton amitié , mais nos
moments sont précieux et la jeunesse est volage. »
Ce vers, que je ne traduis que par conjecture,
est cité dans le Khiz., t. IV, p. 46o; la deuxième
moitié du deuxième hémistiche seule se lit dans Irn
Doreïd , p. 2o3 , avec une indication assez vague sur
le mot ofnoun. Ibn Kot., p. 1 1x8 , donne quelques vers
de ce poète inconnu et ajoute qu'il périt de mort
violente dans une localité de Syrie nommée Hahah
&tàM . Ce nom est cité dans un fragment attribué au
même poète :
LtjJ UÙ\ JJ5 i âj-%
« Quelle plus grande douleur que d'être enterré sur les
hauteurs de Ilahah lorsque demain la caravane s'éloignera ! »
Cf. Mo'djem, t. I, p. 3^7, où se lit le même récit
avec des variantes peu importantes ; voir aussi Kechf,
fol. 5 v°, et Miz.f t. II , p. 2 1 9.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 217
**jà ) , litt. : « qui a la bouche grande ». Le surnom
J^l-Afivah est donné à un poète de la Djâkelyeh,
Abou Rebycah Çalat b. cAmr El-Awdi, de la tribu de
Madhedj. Il exerçait une grande autorité dans son
douar par la sagesse de ses conseils et le mérite de
ses poésies. L'Agh., t. XI, p. kb-liS, donne sa notice.
9 ^o%
ç *£) «le chauve». Firâs (le lion) b. Ilabis b.
cYkal El-Akra, de la grande tribu des B. Temîm;
cette origine lui valut l'honneur d'être loué par le
poète Farazdak qui, lui aussi, se rattachait aux
B. ïemim par les B. Dârim. El-Akrac qui avait em-
brassé l'islamisme de bonne heure et pris part à plu-
sieurs journées célèbres, entre autres à la bataille de
Honaïn , fut un de ceux dont Mahomet chercha a se
concilier l'amitié (+&ji* *iJ>*) , en leur accordant une
part considérable du butin. Après la mort du Pro-
phète , El-Akrac se déclara d'abord contre Abou Bekr,
mais bientôt réduit a l'obéissance , il servit sous les
ordres de Khâlid , se distingua à la prise de Damas ,
et périt au cours d une expédition dans le Djouzdjân.
Cf. C. de P., Essai, t. III, p. 26 1 , 345 et l\ 1 2 ; Khiz. ,
t. II. p. 397; Beladori, p. 66 et 407.
Le surnom d! El-Akra est donné aussi à El-
Achyam b. Mo'adh b. Sinân , auteur de ce béit contre
Mocawyah b. Kochaïr :
« M o'awvah , de qui vous viendra le charme préservateur, si
218 MARS-AVRIL 1907.
vous êtes atteints par la morsure du serpent chauve qui
voyage à travers le désert ? »
Miz., p. sao; Tadj, t. V, p. 1x66, et Lis. ar.
lisent aussi La; cf. Kechfy fol. 5 r°.
-*Lo? , diminutif de y&s\ « qui a la peau rouge
et le teint brûlé ». Le personnage à qui s'applique ce
sobriquet, et dont le vrai nom était Moghîrah b. cAbd
Allah b. MoVidh (jbow, était né a Koufah avant la
mission de Mahomet et parvint k un âge très avancé.
Musulman d une orthodoxie suspecte , ivrogne , sans
frein dans l'expression de ses rancunes, il était
redouté à cause de la violence de ses satires. LïAgh.,
t. X, p. 85-97, donne sa notice; quelques extraits
de ses poésies sont cités par Ibn Kot. , p. 352 ; voir
aussi Khiz. , t. II , p. 280. D après le Kit. el-Mahasin,
p. 64q, le sobriquet d'el-Okaïcher sonnait mal aux
oreilles du poète, et à un Arabe qui le lui avait
donné , il répondit par ce béit insultant :
« Tu m'appelles El-Okaïcher (le rougeaud) , et tu prétends
que tel est mon nom. Moi, je t'appelle le fil* de celle qui
éteint la lampe,
« De celle qui chuchote toute la nuit avec son amant , et
Dieu sait quel est ce confident ! »
9 »-
J*y*\ J* » « le mangeur de morâr », surnom de
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 210
Hodjr, fils de cAmr le Kindite , chef d une puissante
tribu qui régna dans le Nedjd au Ve siècle de l'ère
chrétienne. Une légende arabe raconte qu'il reçut ce
surnom , soit parce que dans ses transports de colère
sa bouche écumait comme celle du chameau « qui
a mangé du morâr » , soit parce qu'en apprenant la
trahison de Hind, sa femme, il se mit à mâchonner
des brindilles de cette plante (Agh.f t. VIII, p. 62 et
XV, p. 87). D'après Ibn Baïtar, le morâr est une
plante épineuse d'une amertume très prononcée; le
Dr Leclerc l'identifie avec la centaurée calcitropa
(Notices et Extraits, t. XXVI, p. 3o5).
fO I. El-Aktsam, fils de Saïfi, cheikh réputé pour
sa prudence et son équité qui lui valurent le titre de
Cadi des Arabes. Il vivait vers la fin de la Djâhelyeh
et devait, dit-on, son surnom d' El-Aktsam à sa vi-
gueur physique (Agh., t. XV, p. 73 ; C. de P., Essai,
t. II, p. 579 et suiv.). — On connaît un autre per-
sonnage du même nom, Yahya b. El-Aktsam, doc-
teur musulman qui remplit les fonctions de grand
juge (Kadhi el-Koudhât) sous le règne d'El-Mamoun
(Biogr. Dict., t. IV, p. 33-5o).
ryjyo jjl aU) . Le docteur Chafeyte Abou'l-Macâli
cAbd El-Melik, né dans la province de Neïsabour
(Nichapour, Khorassân) en 4 19 H. (1028 de J.-C.),
et mort dans cette même région en lx 78 H. (io85
de J.-C), est ordinairement cité sous le titre de
220 MARS-AVRIL 1907.
« lmâm des deux \illes saintes», parce qu'il résida
alternativement, pendant quatorze ans, à la Mecque
et à Médine (Ibn Khall., t. II, p. 120).
^jjJL&JI sS « mère des fils (illustres) ». Ce sur-
nom, qui est considéré par les Arabes comme un
titre de noblesse , a été porté par plusieurs femmes
que leur naissance et leurs vertus distinguèrent de
la population ordinaire des harems. Telle est, par
exemple , la fille de Rebycah b. cAmr, dont le nom a
passé en proverbe: (jj^yuM p ($* <-^I- Elle donna le
jour à de \ aillants guerriers, entre autres, cAmir,
dit le «jouteur de lances » moldib el-esinneh, Tofaïl dit
le « cavalier de Kourzoul » ( J^i était le nom de son
cheval) , et d'autres paladins qui ont illustré l'his-
toire des temps héroïques de l'Islam. — Oumm cl-
benîn est aussi le nom d'une fille d'Abd el-cAzîz b.
Merwân et femme de Welîd II, célèbre par la fière
réponse qu'elle adressa au terrible El-Haddjâdj , etc.
Cf. Meïdani, t. I, p. 2 56; Agit., t. XIV, p. 93; Ma-
(joudi, Prairies, t. V, p. 366. — On peut rappro-
cher de ce surnom l'épithète c^L^U mûndjibât « les
nobles femmes», mères de guerriers célèbres dans
les souvenirs de l'Arabie préislamique.
qj^OjX) jJ** 1 . Le titre de « Prince des Croyants »,
réservé aux khalifes considérés comme chefs de la
communauté musulmane, est donné par exception
à un traditionniste éniinent cAbd Allah b. Zakwân
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 221
qui reçut aussi le sobriquet à' Abou Zinâd « l'homme
au briquet ». (Voir s\jy)
,/jjyol . i° Abou cObeïdah cAmir b. el-Djerrâh fut
surnommé Emin par le Prophète lui-même qui le
désigna aux néo-convertis en disant : *<3s4 ^y©l t«XA
iuilt « Voici l'homme de confiance de cette nation »,
c'est-à-dire des vrais croyants (Kechf, fol. 5 r°). —
2° Le khalife El-Emîn Abou cAbd Allah Moham-
med, fils de Haroun er-Rcchîd, sixième khalife
Abbasside, qui régna de 193 à 198 H. (808-81 3
de J.-C).
AJLtaJ) JJ^) « les gens de 1' auvent ». On nom-
mail ainsi une troupe de pauvres gens originaires de
la Mecque, les Mohadjirin, c'est-à-dire ceux qui
avaient suivi Mahomet dans sa fuite hors de cette
ville. Sans asile et dépourvus de ressources, ils s'abri-
taient dans l'intérieur de la mosquée de Médine, et
pendant la chaleur du jour, dans une saillie de l'édi-
fice, ombragée par les palmiers. Ils furent en quelque
sorte les pères de la communauté musulmane, en
répandant avec une sincérité admirable les gestes et
les sentences du Prophète. Les deux plus connus
parmi ces premiers fidèles sont Abou Horaïrah (voir
ci-dessus, p. 202) et Abou Dzarr. Cf. Ibn Khaldoun,
Prolég., trad. de Slane, t. III, p. 86. — Dans l'ar-
got de Bagdad , aux 111e et ive siècles de l'hégire , on
donnait par dérision le nom de Ehl eç-Çoffah aux
ix. i5
222 MARS-AVRIL 1907.
bateleurs et bohémiens qui couchaient à la belle
étoile (Makkari, t. III, p. 21).
S 1^1. C'est un des surnoms du khalife Abou
Bekr. Il avait été nommé el-Awwâh « qui gémit » à
cause de sa sensibilité et de la pitié dont il était
doué» (Ibn Saad, éd. Sachau, t. III, 1, p. 121).
ajuV « les deux portes ». Sobriquet de Habib
el-Medeni, disciple de Mâlik b. Dinar, ascète bien
connu dans le monde musulman. Le surnom de ce
Habib qui mourut en 1 3 1 H. (7/18-7/19 de J.-C.)
est expliqué de cette façon peu satisfaisante par fau-
teur du Kechf, fol. 3 v° : « On l'avait surnommé ain-
si parce qu'il cherchait sa nourriture sur la terre et
dans la mer » ^*y]^ JJJt & (fo}\ cJdw xtàl .
j$U- Un petit-fds d'Ali, Mohammed b. cAli b.
Hûseïn, qui, plus tard, fut divinisé par les Chiites,
était nommé el-Bâkir par allusion à sa science péné-
trante et à la profondeur de son génie mystique. Le
verbe jib signifie « fendre, ouvrir en creusant »; bâkir
peut donc se traduire par « celui qui fend la doc-
trine » pour en connaître le fond et en pénétrer le sens
intime. C'est ainsi qu'il faut interpréter le béit sui-
vant d'une kaçideh composée en son honneur :
« O toi qui as pénétré au cœur de la science en faveur des
fidèles adorateurs !
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 223
«0 toi le meilleur de ceux qui ont prononcé le lebbeïk
devant les appels de la volonté divine.» (Keclif, fol. 6, v*.)
La date de la mort de Mohammed Bâkir est assez
incertaine; on la place entre î îli et 1 18 H. (782,
736 de J.-C). Cf. Biogr. DicL, p. 1 i3.
c -"
SM*-? «le perroquet». Abou'l-Faradj cAbd el-
Wahid, poète du iv° siècle de l'hégire, qui vécut
longtemps a la cour du prince hamdanide Seïf ed-
Dauleh. Ibn Khall. dit qui! mourut à Bagdad en
398 II. (1007-1008 de J.-C), et ajoute que ce so-
briquet lui fut donné à cause de son éloquence et
peut-être a cause d'un certain zézaiement naturel.
On sait que, chez les Orientaux, le perroquet est
comme le prototype du parleur élégant; c'est une
comparaison qui se prend toujours en bonne part.
On n'ignore pas non plus que le mot babbaghâ, dérivé
du sanscrit, a passé de l'arabe dans plusieurs idiomes
de l'Europe méridionale, et se retrouve dans le vieux
français sous la forme papegeai, ital. papagalo, etc.
G"
A*s-3. Lorsque éclata la grande lutte entre les
Omeyyades , représentés par Merwân , et les partisans
d'Ibn Zobaïr, les habitants de Basrah reconnurent
pour chef cAbd Allah b. el-Harith, arrière-petit-fils
d'Abd el-Mottalib , en attendant que la question du
khalifat fût réglée par la victoire de l'un ou de l'autre
parti. Or, nous apprennent les chroniques, l'émir
cAbd Allah avait reçu le sobriquet populaire de
Rebbeh parce que sa mère Hind (fille d'Abou Sofiân
10
22/i MARS-AVRIL 1907.
b. Harb), quand il était tout enfant, le faisait sauter
sur ses genoux en chantant :
Jux5jf JÀI LJjà
«Je marierai Bebbeli à une grande et belle fille — noble
el aimable — qui sera la perdition des gens de la Ka'bah. »
Selon d'autres, 'Abd Allah, s'essayant à parler,
prononçait sans cesse, comme tous les enfants, le
mot bebbeh , et sa mère fut la première à lui donner
ce surnom qui lui resta. On le retrouve dans le pas-
sage suivant d'une kaçideh, où Farazdak fait l'éloge
de cet émir :
J'ai prêté serinent et je l'ai tenu loyalement : j'ai juré
fidélité à Bebbeh, et ne IVi point trahi.
Nous l'avons proclamé pour notre salut ici bas et dans
l'autre vie; et quel meilleur défenseur pourrions-nous avoir
contre les catastrophes de ce monde?
C'est un protecteur illustre qui soutient la cause de son
peuple; il est f élu et le plus noble des Koreïchites, parmi
les familles de Harb et de Hârith.
Voir le texte de ces \ers dans LaUiif, p. 28. —
Lorsque Moç'ab b. Zobeïr, maître de l'Irak, occupa
la ville de Basrah, il craignit que les habitants ne
lui donnassent une qualification familière, comme
celle de Bebbeh ou de konba (voir flxS). C'est
pourquoi dans une de ses allocutions (khotbah) du
vendredi à la mosquée, il leur adressa ces paroles
menaçantes : « Vous ave/, pris l'habitude de donner
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 225
des surnoms à vos gouverneurs. Eh bien ! appelez-
moi djezzâr (boucher), car je le jure par Allah, si
j'apprends que f un de vous s'est permis de me qua-
lifier d'un sobriquet, je 1 égorgerai comme un mou-
ton ! » Ils se le tinrent pour dit (Latdif, ibid.). Ce
fut en Tannée 67 H. (686-687 ^e J-~C-) qu'eut lieu
la prise de Basrah par farinée de Moçcab. Cf. Ibn
Ath., t. IV, p. 219; Lis. ar.y t. I, p. 21 5; Kechf,
fol. 6, r°.
JjL3. Adjectif patronymique employé dans le
même sens que «oL* « fabriquant ou marchand:
d étoffe grossière » ordinairement en poils de chèvre,
dont on fait les manteaux appelés c*S; voir Dozy,
Noms de vêtements, p. 54- C'était sans doute la pro-
fession du traditionniste 'Othmân el-Betti. Cf. Lis.
ar.} s. v.
\ « la mer ». cAbd Allah b. cAbbas , le cousin du
Prophète, fut surnommé el-Bahr « à cause de sa science
profonde et comme sans limites ». Ce surnom hono-
rifique paraît avoir prévalu sur celui de^xa* hibr
(hébreu, i3n) qui se donne aussi à un autre savant
éminent. Voir Mostatraf, t. II, p. 2 5; Tadj, s. v.
yUpI £><>4. Abou'l-Fadhl Ahmed b. el-Hû-
seïn, qui fut sinon le créateur, au moins un des
premiers et des plus célèbres représentants du genre
220 MAKS-AVRIL 1907.
littéraire nommé Makamât, dans lequel Harîri s'est
plus tard illustré , reçut de l'admiration de ses con-
temporains le titre de « Merveille du siècle ». Outre
ses Séances, on possède de lui des Ëpîtres (resaïl)
qui passent pour des modèles de style. Si les rares
détails qui nous sont parvenus sur sa biographie,
sont exacts, il mourut empoisonné en 398 H. (1007-
1 008 de J.-C). Voir sa notice et des extraits de ses
œuvres dans Yetimet, éd. de Damas, p. 167-231.
j _
vfJI^>, forme intensive de \Ùy, «celui qui est
ferme, solide ». Surnom de eAmr, fils de Màlik; il le
reçut en souvenir de la courageuse résistance qu'il
opposa a l'attaque des Benou Taghlib dans la jour-
née de Kiddha, nommée aussi ^UivJI +£> « journée
des chevelures rasées». Cf. C. dk P., Essai, t. 111,
p. 281; Ibn Ath. , t. I, p. 395; Modjem, t. IV,
p. 128; Délectas Veter. Carm., p. 46.
iki)J (altération arabe du persan 40âJ^>,
que le Tadj traduit par >)l*). Surnom du poète 'Ali
b. Khâlid, de la tribu des B. Dhabbah, contempo-
rain de Djerîr (fin du Ier siècle de l'hégire) qui le
traitait assez dédaigneusement. On raconte qu'Ali
b. Khâlid se rendit, un jour, chez ce célèbre poète,
et , voulant acquérir de la notoriété à tout prix , même
à ses propres dépens, il pria Djerîr de composer une
satire contre lui : « Qui es -tu? lui demanda ce der-
nier. — Je me nomme El-lierdakht (pers. Per-
dakhtè). — Ce qui veut dire? — «L'oisif, le dés-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 227
œuvré » , en langue persane. — Eh bien ! s'écria
Djerîr, je me moque de ton désœuvrement! », et il
le planta là (Ibn Kot., p. Uk'])-
^ ôjjs . Le traditionniste Abou Mohammed Mou-
sa b. Haroun fut surnommé el-Bordi, parce qu'il
portait habituellement le manteau classique chez les
Arabes qu'on nommait bordah (Kechf, fol. 6 r°; Dozy,
Vêtements, p. 59).
•"/^ o #«•
iS>*OjJ>. Barmeki, c'est-à-dire appartenant à la fa-
mille des Barmékides. H résulterait d'une note in-
sérée par le Cheikh cAbdo, dans son commentaire
des Séances de Hamadâni (éd. de Beyrouth, p. 89),
que ce mot est encore usité dans certaines contrées
de l'Orient musulman, notamment en Egypte,
comme terme injurieux, dans le sens de « paresseux,
vaurien ». Cf. de Goeje , Mémoire sur les Ziganes, p. 66.
SJ. Berrehy nom d'une femme qui était née
quelques années avant la prédication de l'Islam.
Lorsqu'elle embrassa la religion nouvelle, elle fut
obligée, par ordre du Prophète, d'abandonner le
nom de Berreh pour prendre celui de Z&neb, parce
qu'il trouvait le premier de ces noms sans doute trop
flatteur et prétentieux, berreh signifiant «bonne,
juste, véridique ». Cf. Ibn Hadjar, Içabah, t. IV,
p. £77; Goldziher, Z.D.M.G., 1897, p. 257; Lis.
or., t. V, p. 1 18; Ibn Saad, VIII, 338.
228 MARS-AVRIL 1907.
v^uuc?. Abou Mâlik Khidâch, (ils do Bichr (ou
Bechîr), poète de la tribu des B. Modjacbi\ fut sur-
nommé Baîth k cause de ce vers :
y^y^u.yy^i^^i , ' *^ ' £•' , - ' -''
y
«Elle (cette poésie) a jailli de mon cerveau, lorsque j'avais
atteint l'âge de la vigueur et des résolutions énergiques. »
La Ve forme du verbe &ou signifie « sortir, éma-
ner », en parlant des pensées, des bèit, etc. Ibn Kot. ,
chez qui se trouve la notice du poète, p. 3i3, fixe
bien le sens de ce verbe et du second hémistiche, en
ajoutant : y&) ^m\ U Joo^jlûJI JU Ait s)j\ . Une ver-
sion diflérente de ce béit caractéristique est donnée
par Ibn Doreïd , p. i (\ y ; cf. Hamasa,j>. î 83 ; Kechf,
fol. 7 v°; Miz., p. 221; Tadj, t. I,p. 6o3, où se lit
iSjïj* au lieu de ^vfc . Le vers suivant, si le nom
A' Allah n'y a pas été interpolé , semblerait indiquer
que le poète était musulman. C'est un fragment d'élé-
gie sur la mort de son père :
j '*,
y y " \ y
« 0 Mâlik , tout ce que Allah a décrété t'arrivera , que la
perte de ton ami soit soudaine ou retardée. »
AXkAj « petite fève, fèverole ». Un cheïkh arabe,
Talebah b. Flarith b. Soneïn, étant sorti un jour, re-
vêtu de deux bordait (espèce de manteau de couleur
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 229
verte) , fut apostrophé en ces termes : « Tu n'es qu'une
feverole », sobriquet qui lui resta. C'est ce que rap-
porte, dans son Dictionnaire des poètes (Mo'djem
ech-Chouara), Mirzubâni, dans une glose sur Ylch-
tikak, p. 2o5; cf. Morassa, p. 4o.
<^-»AJ. i° Kâïl b. cAmr b. Ei-Hodjaïm , poète anté-
islamique doit le surnom de Belil à ce vers :
' ' > ' \ ' ' '
«Que de fois j'ai été rejoindre des parents éloignés de
moi , que de fois j'ai protégé les gens de ma famille en raison
de leur parenté. » (Miz., t. H, p. 219.)
20 Boleïlb. Bilâl b.Oheyah, un des Compagnons
du Prophète, qui combattit h Ohod (Tadj, t. III ,
p. 236).
<aNI OLo «les filles de Dieu». Macoudi, Prai-
ries d'or, t. III, p. 2 58, parlant des croyances et
superstitions populaires qui régnaient en Arabie
avant la naissance de l'Islam, fait la remarque sui-
vante : « On trouvait chez les Arabes une secte qui
rendait un culte aux anges qu'elle prétendait être
les filles de Dieu, et qu'elle adorait pour obtenir leur
intercession auprès du juge suprême. Ce sont ceux
dont Dieu parle dans le verset : « Ils donnent des filles
à la divinités (Koran, xvi, 59). Cette croyance était
répandue surtout parmi les tribus de Khoza'ah et de
Kinânah. Voir Beïdawi, Commentaire du Koran, t. II,
p. 5 1 8 ; C. de P., Essai, t. I, p. 348.
230 MÀRS-AVHIL 1907.
o *
jJLoil _jJo a la race blonde ». C est ainsi que les
anciens auteurs arabes appellent les rois de Byzance
et, par extension, différents peuples d'Europe. Sur
l'origine de ce nom, voir Ibn Ath. , t. 1, p. 81, et
sur ses diverses acceptions, une savante note de
QcatremÈre, Mémoire sur VAghani (Journal asiatique,
IHa série, et p. 5 du tirage à part); voir aussi Mo-
rassd, p. 1 9.
XxK^Ju) jJ^J. Dénomination injurieuse à l'a-
dresse des tribus de Hawazin et de Ased. « Lorsque
les pèlerins, obéissant à une ancienne coutume, se
rasaient les cheveux en arrivant à Mina, ils jetaient
sur leur tête une poignée de farine qu'ils répandaient
ensuite par terre avec leurs cheveux, comme une
sorte d'offrande , *i<Xo . C'est alors que les deux tri-
bus en question accouraient ramasser cette farine et,
dans leur extrême indigence, la recueillaient pour
en faire du pain. » De là le sobriquet de « pouilleux »
qui leur resta (Morassa\ p. 180).
cr^olAJ 1 j*kj « les fds de l'écrivain ». On pré-
tend que la tribu de Dhobaycah , fils de Reby'ah , la-
quelle habita le Hidjâz pendant une longue suite de
générations, avait reçu ce surnom parce que l'art
de l'écriture, d'ailleurs moins rare chez les anciens
Arabes qu'on ne l'a dit, était particulièrement ré-
pandu dans cette tribu. Voir G10 de Lan dberg, La
Langue arabe et ses dialectes, Leide, 1905, p. 9;
C. dk P., Essai, 1. 11, p. 190.
SURNOMS KT SOBRIQUETS ARABES. 231
9
jyJ . Ce surnom , que Lis. ar. explique par « mor-
tel, périssable », a été donné à certains traditionnistes
et jurisconsultes, entre autres : cAbd Allah b. Hânî
el-Merwazi, élève dlbn el-Mûbarek ; Ahmed b. Kol-
thoum el-Balkhi; Mohammed b. Ahmed el-'Amiri,
etc. (Kechf, fol. 8 r°).
9
{£jy*> mot turc oriental signifiant « loup ». C'est
le surnom que portait Tâdj el-Mûlk (ou el-Mûlouk),
le plus jeune fils d'Eyyoub et frère de Salâh ed-Dîn
(Saladin). Né en 556 H. (1161 de J.-C), il fut
tué au siège d'Alep en 579 H. (ii83 de J.-C).
cImâd ed-Dîn en fait un pompeux éloge dans la Kha-
ridah; cependant au dire dlDN Rhall. , t. I, p. 272 ,
Je divvân qui porte le nom de ce prince ne renferme
que des poésies très médiocres. Cf. HisL ar. des Croi-
sades, t. IV, pi 417, et 1. 1, Index, p. 8i3.
P\y* Bauzri est le nom ou le surnom d une
femme arabe, mère de Zyâd b. ei-Hârith; elle est
citée dans une kaçideh du poète Djerîr :
■> j*.
« Bauza' me reproche de marcher péniblement appuyé sur
un bâton (c'est-à-dire elle me reproche ma vieillesse).
Pourquoi , ô Bauza', n'adresses-tu pas cette raillerie à d'autres
qu'à moi ? »
Un jour que Djerîr récitait cette pièce devant un
232 MARS-AVRIL 1907.
khalife que le narrateur ne nomme pas, mais qui
doit être cAbd el-Melik , ce prince qui l'avait écouté
jusque-là avec un vif plaisir, l'arrêta sur ce vers en
disant : « Poète , tu gâtes toute la pièce avec ce mal-
heureux nom. » Il écouta froidement le reste de la
récitation et n'accorda aucune gratification au poète.
On sait d'ailleurs qu'Abd el-Melik était lettré et
grand amateur de poésie; il accordait une faveur
particulière au poète chrétien El-Akhtal et le préfé-
rait à son rival Djerîr. Le nom de Banza, qui si-
gnifie aussi « une chienne en chaleur » et sonne peu
agréablement à l'oreille , n'était pas goûté non plus à
la cour de Bagdad. D'après Agh. , t. V, p. 1 69, Djac-
far, fils du khalife Mansour, l'avait en horreur; il di-
sait que Bauzac était une ghoule dont le nom l'épou-
ventait et le privait de sommeil. Enfin , d'après une
tradition recueillie dans Khiz., t. IV, p. 56i,Oumm
Zyâd au nom disgracieux avait, crime plus grave,
tenu une maison à drapeau, ibl^II o*ua> (nous
dirions à gros numéro), et cette circonstance avait
donné lieu au dicton devenu proverbial : *\$ Oo^té .
^y^uo. Un poète de noble origine, puisqu'il
descendait d'Abbas et avait le titre de chérif, à savoir
Abou Dja'far Mas'oud, devait à un de ses ancêtres le
surnom de el-Bayâdhy Au rapport d'iBN Khall. ,
t. III, p. 364, cet aïeul du poète se présenta un
jour, vêtu de blanc à l'audience d'un khalife abbas-
side. On sait que la tenue de cour sous les princes
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 233
de cette dynastie était le noir. Grand étonnement du
khalife qui demande : « Quel est cet homme en vête-
ments blancs [bayâdhi]? » Et, outre l'humiliation de
de ce fâcheux: accueil , le malheureux étranger igno-
rant de 1 étiquette conserva dès lors le surnom de
bayâdhi , qui passa à sa descendance. Le Kechf, fol. 8 v°,
nous a conservé son vrai nom : Mohammed b. cYsa
h. Mohammed b. cAbd Allah b. 'Ali b. cAbd Allah
el-'Abbassi. L'auteur du Kitâb el-Alkab, ouvrage
malheureusement perdu (voir ci-dessus, p. 178)
confirme ce renseignement.
ÀaJ) ilbjo «le vétérinaire de la science». Un
savant docteur, Ahmed b. Zoheïr b. Merwân el-Mer-
vvazi, fut affublé de ce surnom bizarre, mais qui ne
fera jamais sourire un oriental.
X*\j*JJ) (jêè*QAJ> « Beïhas l'autruche», sobriquet
donné à Ibn Khalef el-Fazâri en souvenir de ce
vers :
«Elles (mes chamelles) envahiront leur puits dès le ma-
tin, et elles s'agenouilleront comme fait l'autruche. »
Mil. y p. 222 , écrit fautivement +>&■** au lieu de
Afrsfr ; mais voir Agh.9 1. XXI , p. 1 90, et Ibn Doreïd ,
p. 171.
]jj*i JajU . Tsâbit b. Djâbir b. Sofiân , surnommé
234 MARS-AVRIL 1907.
Taahatta Cherrait un des quatre coureurs célèbres
dans la Djâhelyeh, contemporain de Chanfara et de
Solaïk , est un de ces personnages mi-historiques, mi-
légendaires sur lesquels l'imagination populaire a
brodé de curieuses fantaisies. Son surnom même est
loin d'être expliqué de la même façon par les rha-
psodes et les comment ateurs des vieilles poésies.
Mais quelle qu'en soit l'origine , que Tsâbit ait «ca-
ché sous son aisselle » un arc , un sabre ou un ser-
pent , il est du moins avéré que ce surnom inspirait
une vive terreur dans les douars où Taabatta Cherrait
exerçait ses razzias grâce à sa merveilleuse aptitude
à la course. Pour les détails consulter, en premier
lieu, la notice très détaillée donnée par Agit.,
t. XVIII, p. 209-218, et Fresnkl, Dernière lettre
[Journal asiatique, année 1 834 , p. 92-1 1&). Voir
aussi Khiz., t. I, p. 66, et Hamasa, p. 382.
%J<3 . On n'ignore pas les obscurités qui entou-
rent le nom de tobba, commun a la dynastie himya-
rite; plusieurs lexicographes arabes le font dériver du
rad. *j& , « parce que , disent-ils , de nombreuses popu-
lations marchaient à la suite des rois de Himyar ».
Voir C. de P., Essai, t. I, p. 6d. Le Kechf, fol. 9 r°,
cite un tobbai nommé As'ad ben Melkikarib , mais il
faut lire ici Abon Karib, comme chez Ibn Doreïd,
p. 3i 1.
Oj.^'. Ce verbe, qu'on peut traduire par l'adjec-
tif mortelle, est le surnom qu'un Arabe, nommé
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 235
Firaan par les conteurs des douars , donne , dans une
élégie, à sa fille que la mort venait de lui enlever
(voir c^ç ).
(JJCÂJ « le dragon ». Au dire d'El-Merzubâni , ce
sobriquet fut donné à Ibrahim , fils de Mehdi à cause
de la noirceur de son teint et de sa haute taille
(Kechfy fol. 9, v°). Voir sur ce personnage, son rôle
politique, son talent comme chanteur, etc., la no-
tice que nous avons publiée dans le Journal asiatique,
mars-avril 1869, p. soi-342. D'après Ibn Khall. ,
t. I, p. 1 7, et Kitâb el-Mahas.y 1. 1, p. 662 , la mère
d'Ibrahim était une négresse; mais YAgh. , qui est
mieux renseigné, dit qu'elle était métisse, ce qui
s'accorde avec son origine daïlémite.
« qui a les yeux à fleur de tête ». Sobri-
quet de *Amr b. Bahr cl-Djâhiz, un des écrivains les
plus érudits du 111e siècle de l'hégire; il mourut en
2 55 H. (869 de J.-C). On a de lui de nombreux
ouvrages dont quelques-uns sont connus en Europe ,
comme le Kitâb el-Hayawân , dont on publie actuelle-
ment le texte arabe, mais malheureusement avec de
trop nombreuses coupures, le Kitâb el-Mahasin, et le
Kitâb el-Boukhalâ , etc. Cf. Ibn Khall., t. II, p. 4o5.
«M £ |
dM ) j La* . Abou'l-Kasim Mahmoud Zamakhchari,
le célèbre commentateur du Koran , grammairien ,
lexicographe , moraliste, etc. , fut surnommé « l'hôte »
230 MARS-AVRIL 1907.
ou « le client de Dieu » , à cause du long séjour qu'il
lit a la Mecque. C'est dans la ville sainte qu'il com-
posa plusieurs de ses grands ouvrages, entre autres
le Kechchaf. H mourut au Khârezm, son pays natal,
en 538 H. (11 A3 de J.-C). Pour sa biographie,
voir Ibn Khall., t. II, p. 32 2; Journal asiatique,
1875, t. II, p. 3i/i.
~Ç (môme sens (pie lâ^L.). Un descendant des
Barmékkles, Abou'l-Hasan Ahmed, arrière-petit fils
de Yahya h. Barmek, avait reçu ce sobriquet parce
qu'il avait les yeux h fleur de tête. La monographie
de ce bizarre personnage serait curieuse à écrire , s'il
était possible d'en réunir les matériaux. Doué d'un
esprit vif et brillant, pourvu d'une instruction éten-
due, musicien accompli, il fit tous les métiers, vécut
comme un bohème et mourut dans le dénuement
en 326 H. (937-938 de J.-C.) [Ibn Khall., t. I,
p. 1 18]. Il est l'auteur d'un livre sur les mandoli-
nistes, ^i^jjhi) t^Lc^, et de poésies surtout dans le
genre hidjâ (satirique). A défaut de la longue notice
qui se trouvait dans Le livre des poètes aujourd'hui
perdu, dont l'auteur est Abou' cAbd Allah el-Mirzu-
bâni , on lit dans YAgh. , t. V, p. 3a , quelques rensei-
gnements sur ce personnage. Les quelques vers que
donne Ibn Khall. (ibid.) sont trop insignifiants pour
être traduits; en revanche il n'est pas inutile de
citer le distique d'ibn Roumi qui fait d'ailleurs allu-
sion à ce surnom. H paraît que Djahzah se plaisait
à les réciter parce qu'il les considérait comme flat-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 237
teurs sinon pour sa personne , au moins pour son
talent:
« On me dit que Djahzah a emprunté ses yeux à Heur de
tète à l'éléphant (cavalier) des échecs, ou au crabe.
« Plaignons ses convives ! ils achètent le plaisir de l'en-
tendre par le supplice de le voir. » (Lataïf, p. 35.)
i_>t«^» «le sac». Sobriquet donné au tradition-
niste AbouBekr Ya'koub b. Ibrahim el-Yachkori. Le
Kechfl fol. 10 r°, qui fournit ce renseignement,
ajoute qu'un certain Mohammed b. 'Abd Allah el-
Hàrithi , plus que suspect comme traditionnistc , avait
reçu le sobriquet peu flatteur de « sac à mensonges »
*\>K^> « la sauterelle ». Un personnage historique
bien connu, Masiema, fils du khalife *Abd el-Mélikh,
devait à sa maigreur et à son teint livide ce sobri-
quet. H n'est pas inutile d'ajouter que le mot djerddah
désigne non seulement la sauterelle, mais aussi la
cigale et d autres insectes dont la nomenclature se
trouve chez Dozy, Suppl. aux Dict. , s. v. at^. Dans
un autre passage du Lataïf (p. 32), on lit que le
khalife Mouktafi-billah aimait h donner des surnoms
à ses courtisans et qu il appelait djerâdah son secré-
nmioii BMtoiAiB.
238 MARS-AVRIL 1907.
taire Ahmed b. Mohammed. On trouve une allusion
à ce surnom dans un vers du poète Ibn Bessâm :
• ' y * y £
« Comment espérer que les choses iront bien avec Djerad ?
Est-ce que la sauterelle n'est pas créée pour détruire ? »
»>l£ \3d) *-&* « les deux cigales de'Ad ». On appelait
ainsi deux esclaves musiciennes au service de Moca-
wyah b. Bekr l'Amalécite; elles passent pour les plus
anciennes chanteuses de l'Arabie. On sait que de tout
temps la musique a été considérée par les Orientaux
comme un art servile et abandonné aux gens de
basse condition. Il en était de même chez les Arabes
de la Djâlietyeh. Mais dès cette époque, il était de bon
ton pour les gens riches d'avoir dans leur maison
des femmes, ordinairement des esclaves, exercées à
l'art du chant. cAbd Allah ben Djo'dan en possédait
deux fort habiles dans cet art et qu'il avait surnom-
mées « les deux cigales de 'Ad » ; plus tard il les donna
à son ainiOmeyyah, fils d'Abou 's-Çalt. Cf. Prairies,
t. VIII, p. 93; Agh.f t. VIII, p. 3; Tâdj s. v. ; C. de
P., Essai, t. I, p. 65 1.
j \r^ « potier, fabricant de vaisselle ». Surnom
du poète Abou VAtâhyah (Ismacïl b. El-Kasim), qui
avait exercé ce métier pendant sa jeunesse (Agh. ,
t. III, p. 126). Le nom d'Abou VAtâhyah « père de
la folie » est aussi un sobriquet donné au célèbre
poète (ibid., p. 1 2*7, et ci-dessus, p. 1 97).
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 239
ày**i (j|r^ w ^e gour(lin ». D'après le LataXf,
p. *i3, ce surnom était donné à Mûstaurid el-'Okaïli
(ou à cAmir b. el-Hârith, d'après le Tàdj). Mais la
dernière opinion a pour elle l'autorité du Hamasa,
p. 5 4 2 . Quoi qu'il en soit , voici le vers qui fut la cause
de ce surnom. Le poète mécontent de la conduite de
ses deux femmes les menace du fouet :
y Z*s
£JL1 y\S~ôJ $y&\ y\js*. Cof;
« Prenez garde , ô nies deux effrontées , je vois que mainte-
nant c'est le gourdin qui vous attend. »
D'après le Lis. ar. , le fouet ou gourdin nommé
djirân el-awd est fait de lanières de bœuf ou de cha-
meau. LïAgh., t. XX, p. 26 et 83, cite un certain
Mûstaurid el-cOkaïli , chanteur qui vivait sous le règne
de Haroun er-Rechîd; mais selon le Tadj, t. IX,
p. 1 6 , ce nom serait celui d'un poète contemporain
du Prophète. — Voir aussi Ibn Kot. , p. 45o.
^£ 4>sJU^ . Le dernier khalife omeyyade Merwân II
aurait porté le surnom de Djadi, parce qu'il avait eu
pour précepteur El-Djacd b. Dirhem (Tar. el-Khol.,
p. 99 ) , et d'après Ibn el-Kaïsarâni , éd. de Jong , p. 3 1 ,
parce qu'il aurait adopté les doctrines hérétiques
d'Ei-Dja'd b. Dirhem, qui fut mis à mort par El-
Kasri, gouverneur de l'Irak en 10 5 H. (7 2 3 -^ilx
16.
240 MARS-AVRIL 1907.
de J.-C). Cf. Journal of the Royal Asiatic Society,
octobre 1906, p. 868.
^». Ibn Khall., t. III, p. 5^3 , dit que ce
mot, dont le sens littéral est « petit , trapu », s'est em-
ployé ensuite comme nom propre sans retenir celte
acception particulière. Le personnage connu sous
le nom de Djawanah est signalé vaguement dans
les chroniques; ce serait soit un partisan d'Ali, soit
un halîf ou confédéré de la famille de Hâchem.
*^>> . Sobriquet du traditionniste Mousa b.
el-Hasan b. 'Abbâd. Il psalmodiait les prières dites
terawîh , pendant le mois de Ramadhân , d'une voix
si claire et si sonore qu'on l'avait surnommé « l'homme
aux grelots ». — Le mot J^^, pluriel de J^J^ , se
dit des clochettes qui garnissent le cadre du tambour
de basque, ou des grelots placés autour du collier
d'une bcte de somme [Lis. ar. , s. v. ; Kechf, fol. 1 o v°).
J^SÇ « le chameau ». Ce nom, qui n'est jamais pris
en mauvaise part chez les Orientaux, est porté par
six personnages dont le Kechf, fol. 1 1 r°, donne la
liste suivante : €Amir mawla d'Abd Allah b. Yezîd qui
prit part à la conquête de l'Egypte, sous les ordres
d'Amrou (cAmr b. el-'Assi); le poète *Abd es-Selam
ben (jUft; (sic), qui a transmis l'enseignement tradi-
tionniste de Chafey ; Mohammed b. El-Waddah, ori-
ginaire de Chach; Mohammed 1). el-Ridhwân El-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 241
Bokhari; DjaTar b. Mohammed El-Isfahâni ; €Ali b.
El-Hasanb/Aïlân.
a2\ Djemîlah , fille de Thâbit. Son premier nom
était iUoU « la rebelle »; mais quand elle devint mu-
sulmane, le Prophète remplaça ce nom de mauvais
augure par celui de Djemîlah « la jolie ». Elle épousa
'Omar, fils d'El-Khattab, Tan 7 de l'hégire. Voir
Ibn Ath., t. H, p. 161; Nawawi, p. 83 1 . (Cf. ï£.)
** 9 9
*l£âte « puits profond, abîme », Cf. *I£L « enfer »;
DJma « gué-hinnom ». Sobriquet de cAmr b. Katân des
Benou Sa'd b. Talabah. Ce poète ignoré avait eu la
témérité de faire une satire contre El-'Acha; celui-ci
répondit par une violente kaçideh dans laquelle se
trouvait ce vers :
a) IjJiSj 3&S* JulL c^fcS
£& ^fil ttii flîtf.
a, F avais appelé mon ami mishal (doux et pieux); mais on
le nomme djohonnam. Honte et malédiction à l'infâme métis ! »
(Cf. Lis. av., s. v.; Miz., t. II, p. 218.)
^. Abou Mansour Mawhoub El-Djawâ-
l\hiy philologue bien connu, auteur du Mouarrab,
dun complément (tekmîlè) à la Dourret de Harîri
et d'autres ouvrages estimés; né en 4 1 6 H. (1073
de J.-C), mort a Bagdad en 529 H. (1 i3A-i 1 35 de
J.-C). L'épithète de Djawâlîki rappelle le métier de
242 MARS AVRIL 1907.
son grand-père et signifie « fabricant ou marchand
de sacs ». Sur la forme du pluriel <jfA)j^, au lieu de
(jjÏÏy*-, voir Ibn Khall., t. III, p. 5o/i; Tadj, s. v. —
M. Sachau, auquel on doit une édition du Mouarrab
(Leipzig, 1867), a signai dans ses notes la prove-
nance du mot ijjÏÏy*» , dont la forme persane est aII^S*.
(j<2a\^ « aigre, acide ». AbouMousa b. Sûleïmân,
grammairien et lexicographe, devait, dit-on, le so-
briquet d'el-Hâmidh a son caractère acariâtre et
difficile (Kechf, fol. 1 1 r°). — ^jJJ\ j&*L. hâmidh er-
ras « mauvaise tête », sobriquet du traditionniste
Abou '1-Kasim cAbd Allah b. Mohammed ei-Merwazi
(ibid.).
-<. 9
XiJÛ jc*li^ « celui qui porte son linceul ». Abou
Sacïd Yahya el-Bezzâz ed-Dimechki, traditionniste,
élève d'Othmân b. Abi Cheïbah , reçut ce surnom à la
suite dune bizarre aventure rapportée dans Kechf \
fol. 1 1 v°. Il venait de rendre le dernier soupir et, les
cérémonies des funérailles accomplies , on lavait porté
au tombeau. La nuit suivante, un voleur de cime-
tière (nabbâch) rouvrit la fosse et se mit en devoir
d'écarter le linceul pour dépouiller le corps, quand il
vit le mort se dresser devant lui. Epouvanté , il détala
au plus vite. Quant au ressuscité , il sortit de son tom-
beau, se dirigea vêtu de son linceul vers la maison
mortuaire, frappa à la porte et cria son nom. Grand
effroi de la famille qui refuse d'abord de le recon-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 243
naître. «Ouvrez par Allah! ouvrez, sécrie-t-il, c'est
moi Abou Sa'ïd ! » Les parents se décident enfin à
ouvrir, le reconnaissent et la joie succède chez eux
au desespoir et aux larmes. Le surnom qui lui fut
donné alors s'explique d'ailleurs par la rapidité avec
laquelle se font les funérailles en pays musulman. On
comprend aussi que les mêmes circonstances aient
donné lieu au même surnom. C est ainsi que l'auteur
du Kèchf (ibid.) l'attribue à Abou Yahya Mohammed
b. Sacid , disciple de Modjâhed b. Mousa , et à un troi-
sième traditionniste, cAbd er-Rahmân b. Hâtim El-
cAtaki i^XaH, élève d'Ibrahim b. Sa*ïd el-Djawhari.
« ventre gonflé ». Sobriquet donné à El-Hâ-
rith b. cAmr b. Temîm : voir la légende rapportée
assez confusément par Tûdj, t. V, p. 117. La pos-
térité de ce prince aurait été surnommée à cause de
cela , c^UaxiL Habitât. Un célèbre jurisconsulte , El-
Hàrith b. cAmr b. Temîm , appartenait à cette famille
Kechf, fol. j 1 v°, et Ibn Doreïd, p. 309.
<^>l£^» « qui stimule, réveille, etc. ». Surnom du
poète Bichr b. Doreïd b. el-Hàrith, en souvenir de
ce vers :
«x I jjlt j^JLlib i£^J Uté wy+A JIM à^Li)
« J'ai visité plus d'un champ de bataille et les braves qui
y combattirent semblaient se réveiller devant mon épée a
l'acier bien trempé. » (Kechf, fol. 12.)
244 MARS-AVRIL 1907.
^». On lit dans Lis. ar. .^5 ^a£J3| J^U JUbj
gG* aj\ « on nomme haddjâdj celui qui fait souvent le
pèlerinage, hadj. » La Kaabah étant déjà un lieu
de pèlerinage avant la venue de Mahomet, il n'est pas
étonnant que ce surnom se lise souvent dans les chro-
niques arabes. Le plus célèbre de ceux qui en ont été
investis est sans contredit El-Haddjâdj b. Yousouf , le
terrible lieutenant du khalife cAbd el-Mélik. M. Perrier
a publié récemment une intéressante histoire de ce
personnage sous le titre de Vie d'Al-Haddjâdj d'après
les sources arabes, Paris, 1904.
9 s9
fft^uwjH 2J£ «la preuve décisive de l'islam».
Titre honorifique donné au grand philosophe et doc-
teur chaféite, Abou Hâmid Ghazâli. Voir Jlj*.
( La suite à un prochain cahier. )
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 245
TITRES CALIFIENS
D'OCCIDENT,
X PROPOS
DE QUELQUES MONNAIES MÉRINIDES ET ZIYANIDES,
PAR
M. MAX VAN BERCHEM.
Après tant de travaux consacrés à son étude, la
numismatique musulmane est loin d'avoir dit son
dernier mot. Sans parier des monnaies inédites qu'on
découvrira , longtemps encore , dans un champ qui
parait sans limites, bien des conclusions hâtive$
devront êtres revues à la lumière de plus en plus
vive des sources1. C'est à propos d'une attribution
de ce genre que j'ai rédigé les pages suivantes. J'y
tenterai bien de rendre à César ce qui appartient à
César, mais je me propose avant tout de montrer
qu'il ne suffit plus de consulter les chroniques, ainsi
que les numismates se sont bornés trop souvent à
le faire jusqu'ici, mais qu'il importe de recueillir les
1 Noos ne possédons pas encore de bibliographie des travaux sur
la numismatique musulmane à mettre en regard de l'excellente
bibliographie d'archéologie musulmane que MM. Inostrantseff et
Smirnoff viennent de publier, sur des notes de Tiesenhausen , dans
Zapiski, XVI, et tirage à part, 1906.
246 MARS-AVKIL 1907.
témoignages plus précis fournis par la diplomatique
et par l'épigraphie , notamment dans un champ d'ob-
servations trop négligé, celui de la titulature. Je
partirai de quelques monnaies mal déterminées,
pour en proposer l'attribution , sur la foi des témoi-
gnages les plus concluants; j'y rattacherai des idées
générales sur les titres califiens d'Occident; enfin,
j'appliquerai ces idées a la détermination de quelques
autres monnaies plus énigmatiques. Cette étude, où
je me borne a grouper un grand nombre de faits
connus, sans apporter aucun document nouveau, est
moins un mémoire historique, a proprement parler,
qu'un simple exercice de méthode. Au lecteur de
juger s'il vaut le travail qui! a coûté et s'il justifie
ce conseil, dicté par une longue pratique de l'épi-
graphie : ne négligeons pas d'étudier les titres musul-
mans.
I
Parmi les souverains qui ont régné sur l'Afrique
mineure, les Hafsides de Tunis, les Ziyanides de
Tlemcen et les Mérinides du Maroc ont frappé
de belles monnaies d'or dont l'attribution à l'une ou
Tautre de ces dynasties n'est pas toujours aisée. Outre
qu'elles se ressemblent, par leurs dimensions, leur
frappe et la disposition de leurs légendes, ces der-
nières sont pauvres de faits historiques et très rare-
ment datées; enfin les listes royales de ces dynasties
présent en t encore des lacunes et des obscurités.
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 247
En 1 85 1 , Soret a publié et reproduit un dinar
non daté, portant cette légende historique : « Frappé
dans la ville de Fes, par l'ordre du serviteur d'Allah ,
Fâris, l'émir des croyants, qui se confie dans le
maître des mondes1.» Ce dinar, Fraehn n'hésitait
pas, dans une note additionnelle au travail de Soret,
à l'attribuer à un sultan mérinide bien connu, Abu
cInân Fâris, qui régna de 769 a 769 (i348 ài358)2.
En 1880, M. Lane-Poole publiait les monnaies
hafsides, ziyanides et mérinides du British Muséum
et fixait quelques règles pour distinguer les pièces de
ces trois dynasties. A l'aide de ces indices, il attri-
buait à un Mérinide une série de dinars non datés,
aux noms et titres de ce même Fâris. Le premier
porte une légende historique identique à celle du di-
nar de Soret; les autres portent les mêmes légendes,
avec des variantes dans le lieu de frappe , Fes , Sidjil-
mâsa, Marrakech, Tiemcen ou Bougie, une variante
dans le dernier titre, al-mutawakkil <ala allah,
«qui se confie en Allah», et quelques variantes
dans la disposition du protocole. Le savant numis-
mate, qui parait avoir ignoré la note de Fraehn et le
_ m ^ ^
sl'uul £>j. Le terme *abd allâk est ici une épithète et non un
■om propre; cf. Revue africaine, 1900, 1 83, n. 3 à la fin.
* Voir Soret, Lettre à Fraekn, i85i. 54 et pL II, n* 12. Ce
dinar de la collection Soret fait aujourd'hui partie du Cabinet de
Iéna , dont le directeur, M. VoUers , me confirme par écrit l'exac-
titude de la lecture de Soret. En étudiant les monnaies de Fâris,
je néglige les parties non historiques des légendes , sans importance
au point de vue spécial de cette enquête.
248 MARS-AVRIL 1907.
nom propre de Fàris, désigné, chez la plupart des
auteurs, par son seul surnom paternel Abu 'Inân,
crut pouvoir attribuer ces monnaies à un sultan
Fâris M utawakkil , fils présumé de ce sultan Abu
Fàris qui monta sur le trône en 796 (1 393)1. Son
attribution ne reposait, semble-t-il, que sur l'hypo-
thèse que cet Abu Fâris devait avoir un fds nommé
Fàris; mais aucun auteur ne signalant ce Fâris
Mutawakkil , M. Lane-Poole eut la précaution, dans
sa liste royale mérinide, de placer ce nom entre
crochets , avec un point d'interrogation 2.
En 1 887, le commandant Demaeght a publié trois
dinars non datés, trouvés à Oran, dont le premier
porte une légende identique à celle des pièces de
Soret et du British Muséum , n08 1 83 à 1 85 ; le deu-
xième a la variante Sidjilmâsa, comme le n° 186 du
British Muséum , et le troisième, la variante Marra-
kech, sans le mot modifia, «ville». L'auteur de ce
mémoire, qui paraît avoir ignoré, lui aussi, la note
de Fraehn et le nom propre du sultan Abu cInân ,
ainsi que l'ouvrage de M. Lane-Poole, attribue ces
monnaies au sultan Abu Fâris lui-même, dont il
retrace l'histoire jusque son avènement en 1 3g3 ,
1 Sur Abu Fâris, voir plus loin, p. 3 16.
* Voir Lane-Poole, Catalogue of Oriental coins in the British
Muséum (cité C.B. M.), V, introduction, xxxi, n°* i83 suiv. et
pi. IV; X, *k et pi. XXII. Dans ses Mohammadan dynasties. 58,
et trad. russe de Rarthold, ^5, le point d'interrogation, relégua
dans la colonne chronologique, ne semble plus mettre en doute
l'existence même de ce prince, mais seulement la date de son avè-
nement.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 249
d'après la chronique d'Ibn Khaldûn, qui s'arrête
précisément à cette époque1.
En 1891, Lavoix publiait, parmi les monnaies
mérinides du Cabinet des médailles, sept dinars non
datés , aux noms et titres de Fàris , avec les variantes
offertes par Londres, et frappés à Fes et à Sidjil-
mâsa. Tout en les attribuant, avec M. Lane-Poole,
à un sultan Fa ris Mutawakkil, il citait le travail de
Demaeght et, dans sa liste royale des Mérinides, il
conciliait les deux attributions en supprimant Abu
Fâris et en faisant régner Fâris Mutawakkil de 796
à 8 1 1 (1 3g3 à 1 4o8)2. Solution aussi simple qu élé-
gante , mais obtenue au prix de deux fictions : l'exis-
tence supposée de ce sultan Fàris Mutawakkil, qui ne
figure dans aucune source connue , et l'exécution du
sultan Abu Faris d'Ibn Khaldùn, que cet écrivain
bien informé devait connaître , puisqu'il achevait son
grand ouvrage à l'heure même où celui-ci montait
sur le trône et qu'il allait, on le verra plus loin, lui
dédier son livre.
Ainsi , des quatre auteurs que je viens de nommer,
Fraehn est le seul, on l'a déjà compris, dont l'attri-
bution soit vraisemblable. Un seul sultan mérinide
ayant porté le nom de Faris, il est d'autant plus
1 Voir Demaegbt, dans Bulletin de la Société de géographie et
d'archéologie a*Oran , 1 887, VII , 1 2 4 suiv. ; cf. Ibw KhaldÛn , Histoire
des Berbères, trari. de Slane (citée Berbères), 111, 487 à A91;. IV,
458.
* Voir Lavoix , Catalogue des monnaies musulmanes de la Biblio-
thèque Nationale (cité C.B. A.), II, 43g et 454 suiv., n** ioo3
à 1009.
250 MARS-AVRIL 1907.
naturel de lui attribuer toutes ces belles monnaies
qu'il a régné à la plus brillante époque de la dynastie
et qu'il fut, on le verra tout à l'heure, conqué-
rant heureux, politique habile, prince éclairé, bien
qu'immoral, et grand constructeur. L'attribution de
M. Lane-Poole, suivie par Lavoix, est une simple
hypothèse qui fait intervenir inutilement un sultan
supposé. Celle de Demaeght est inadmissible , puisque
le sultan Abu Fâris , bien qu'il ait réellement existé ,
ne pouvait avoir pour nom propre Fâris , précisément
parce qu'il portait le surnom paternel Abu Fâris ; en
effet, je ne connais aucun exemple de souverain
ayant porté son nom propre dans son surnom pater-
nel. Les listes royales de l'Afrique mineure offrent
cette particularité que le nom propre et le surnom
paternel sont souvent en rapport d'alternance : ainsi ,
Abu Yahyâ Zakariyyâ et Abu Zakariyyâ Yahyâ , Abu
Yaqûb Yûsuf et Abu Yûsuf Ya qûb , etc. Dès lors ,
puisqu'il y a eu un Abu cInân Fâris, Abu Fâris pou-
vait s'appeler €lnân, détail sans importance au point
de vue de cette enquête 1 ; en tout cas , et c'est le point
essentiel, il ne s'appelait pas Fâris. Or, Fâris est le
seul indice tout à fait personnel que fournissent les
légendes de toutes ces monnaies. Les autres éléments
du protocole : 'abd allâh , cunîr al-miiminîn , al-muta-
wakkil'ala allait ou tala rabb al-âlamîn, ne sont que
des titres génériques; j'y reviendrai plus loin. Ajou-
tons qu'à l'époque où régnait Abu Fâris, époque,
1 De lait, il s'appelait cAbd al-'Azîz; voir plus loin, p. 3i().
TITRES CALIPIENS D'OCCIDENT. 251
troublée qui marque la décadence des Mérinides,
les monnaies authentiquement attribuées sont des
plus rares. Classée à la fin du XIVe siècle, la belle
série des monnaies d'or de Fàris tomberait pour ainsi
dire dans le vide.
L'erreur de ces attributions provient d'un fait très
simple que j'ai déjà signalé : c'est que la plupart des
chroniqueurs de l'Afrique mineure, notamment Ibn
Khaldûn, son frère Yahyâ, Tanasi, Zarkachi, Qai-
rawâni et Slàwi, ne désignent le plus souvent les
souverains que par leur surnom paternel , sans indi-
quer leur nom propre. Ainsi, ces auteurs ne con-
naissent Fàris que sous le surnom d'Abû cInân et les
listes publiées par Lavoix et MM. Lane-Poole et
Barthold ne l'appellent qu'ainsi. Mais il est certain
qu'il s'appelait Fâris. Fraehn le savait déjà et
quelques années plus tard, en 1860, Brosselard a
donné sa biographie d'après Ibn al-Ahmar, l'histo-
rien des Mérinides , qui l'appelle « Fâris , fils de
cAlî, surnommé Abu 'Inân et portant le titre al-
mutawakkil 'ala allâh l ».
Ce titre , on l'a vu, figure sur plusieurs monnaies,
avec la variante Kala rabb al^âlamîn. Ce nom propre
enfin, on le retrouve, avec tous les titres des mon-
naies citées, chez un auteur contemporain dont
l'exactitude, dans les circonstances où il écrit, est
au-dessus de tout soupçon. En rentrant à Fes au
retour de ses fameux voyages, Ibn Batûta dédie son
1 Voir Brosselard, dans Revms africaine, 1860, 397 (et non
227). Sur la Haudat an-nisrin dTbn al-Ahmar, \oir la note suivante.
252 MARS-AVRIL 1907.
récit au souverain mérinide, c est-à-dire à Fâris lui-
même. A plusieurs reprises, il lui donne ses titres
officiels et l'appelle, notamment, maulânâ al-khalifa
amir al-muminîn al-mutawakkil cala allâh rabb al-âla-
mîn al-mudjâhid Jî sabîl allâh Abu 'lnân Fâris ibn . . .
al-aimma al-muhtadin al-khulafâ3 ar-râchidîn, « notre
maître le calife, l'émir des croyants, qui se confie
en Allah le maître des mondes, qui combat dans la
voie d'Allah , Abu 'Inân Fâris , fds . . . des imams
bien dirigés, des califes qui marchent dans la voie
droite » , et plus loin maulânâ al-a'zam al-imâm al-
akram , « notre maître le très grand , l'imam très
noble », titres suivis de ceux que j'ai déjà cités1.
1 Voir Ibn Batuta, I, 4 suiv., i3, 84; HI, 8o; IV, 326 à 357,
444 et pas si m. Dans le fragment publié par Dozy, dans J.as.,
mai i844 , 4o2 , Ibn al-Ahmar appelle Fâris amir al-muminin , mais
dans la Iiauda , que Dozy attribue au même auteur, on l'appelle tantôt
ainsi , tantôt amir al-miulimin. Tel est du moins le cas dans le manu-
scrit de la Medersa de Tlemcen, n° 22 , dont M. Bel a bien voulu
me copier le passage relatif à Fâris,' f° 171 r°, car l'édition de
ce livre annoncée par MM. Doutté et Brockelmann , dans le Bulletin
bibliographique de l'Islam maghrébin, I, 58, n. 5, et la Geschichte
der arabischen Litteratur, II, 24 1, n'a pas encore paru. Dans le
manuscrit cité, ces deux titres semblent employés indifféremment,
sans souci du protocole, et n'ont guère de valeur au point de vue
de cette étude; il en est de même dans le manuscrit de la Biblio-
thèque d'Alger, n° 1737*, d'après une note que je dois à l'obligeance
de M. W. Marçais. Cette confusion est très fréquente chez les au-
teurs de basse époque et l'on en verra tout à l'heure un grand
nombre d'exemples. D'autres auteurs appellent Fâris simplement
amir ou sultan, les uns par diplomatie, comme Ibn Khaldùn, les
autres en qualité d'historiographes des Ilafsides, comme Ibn Qun-
fudh, Zarkachi, ou encore Qairawâni ; cf. plus loin, p. 2 53 suiv.,
27/1 , n. 2 , et 328, n. 4*
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 253
Retenons bien les termes de ce protocole, sur
lesquels on reviendra tout à l'heure , car il est permis
de le considérer comme un document authentique,
sinon tout à fait officiel. Les titres qu'on rencontre
dans les auteurs ont rarement ce caractère, altérés
qu'ils sont souvent parles auteurs eux-mêmes, plus
encore par les copistes. Mais Ibn Batûta, dédiant
son ouvrage au sultan Fàris, dont il attendait sans
doute, en échange, quelque bienfait, avait tout inté-
rêt à lui donner exactement ses titres officiels , et cette
circonstance prête aux termes qu'il emploie presque
la valeur d'un acte de chancellerie. H semble même
y mettre une insistance calculée et cette outrance
dans la flatterie s'explique à merveille par le fait,
exposé plus loin , que le protocole de Fàris avait un
caractère exceptionnel.
Je crois avoir suffisamment prouvé que les légendes
des monnaies de Fàris désignent le sultan Abu Inàn
Fàris. Mais il y a d'autres preuves de cette attribution
basée sur le protocole de ce sultan , preuves irréfu-
tables fournies par la diplomatique et par i'épigraphie.
Dans l'original arabe d'un traité conclu en 759
( 1 358), entre Abu cInân Fàris et la ville de Pise, le
souverain mérinide est appelé as-snltàn 'abd allâh
al-mutawakkil cala allâh Fâris amîr al-muminin, al-
mudjâhidfi sabil rabb al-âlamîn, titres suivis d'une
généalogie très complète, comprenant les noms et
titres des ascendants de Fàris jusqu'à cAbd al-Haqq1.
1 Voir Auari, / diplomi arabi del R. Archivio jiorentino (cité
Diplomi ) , xlyi , 309 (vieille traduction italienne) et 476; appen-
u. 17
254 MARS-AVRIL 1907.
On reconnaît ici les titre» des monnaies et dlbn Ba-
tûta, avec la variante as-sultân, dont il sera question
plus loin.
Fâris ne fut pas seulement bon politique ; il fut
aussi grand constructeur et, bien que ses monuments
ne soient pas encore tous connus l , ils ont déjà fourni
plusieurs inscriptions dont le protocole , rapproché
de celui des monnaies , des traités et dlbn Batûta ,
ne laisse aucun doute sur l'identité du titulaire de
tous ces documents.
Dans les ruines de Chella , près Rbât , sur la côte
atlantique du Maroc, s'étend une nécropole mérinide
où Ton voit encore les épitaphes des parents de Fâris ,
le sultan Abu 1-Hasan cAlî , mort en 7 5 2 ( 1 35 1), et
sa femme, morte en ybo ( 1 34g). Dans celle-ci, la
la défunte est appelée umm as-sultân al-khalîfa al-
imam . . . maulânâ amîr al-mu'minin al-mutawakkil cala
rabb al-câlamîn Abu 'Inân, c'est-à-dire «la mère de
Fâris » , avec tous les titres qu on connaît déjà 2.
dice de 1867, 1 (texte arabe), 9 (texte latin); cf. de Mas-Latrik,
Traités de paix et de commerce, II, 66; cf. ibid., 3a 5, 327.
1 Sur les monuments élevés par Fàris, voir Ibn Batûta, I, 84 ;
III, 80; IV, 34 a à 352-, lbn al-Ahmar, trad. Brosselard, dans
Revue africaine, 1860, 33 1 ; Léon l'Africain, éd. Schefer, II, 74,
n. 1 , et les sources citées dans les notes suivantes.
2 Voir une traduction de cette épitaphe par Tissot, dans Bulletin
de la Société de y éo graphie de Paris, 1876, II, 269 suiv. Le texte
en a été publié par M. Saavedra, dans Boletin de la R. Academia
de la historia, 1888, 5o3, d'après des calques de Xi menés, et par
llieu , dans Supplément to the Catalogne of the Arabie mss. in the
British Muséum, n° 6o5, d'après des calques de Frost; elle est
signalée aussi dans Slâwi, Kitâb al-iitiqsâ\ éd. Boulaq,lI, 89. Sur
les inscriptions de Chella, voir aussi Caatrllanos , Historia de
mw&&m-
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INSCRIPTION DJ3L-Q5AR EL-KEMR
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 257
tion de fait, ils trahissent du moins les prétentions
politiques des titulaires1. Dès lors, une question se
pose : Pourquoi Fâris porte-t-il ce titre ? En d'autres
termes, y a-t-il un rapport entre cet acte diploma-
tique et l'histoire du souverain mérinide ? Pour y
répondre . il faut examiner le rôle et l'évolution des
titres caliQens en Afrique mineure, dès l'origine de
l'Islam. Cette étude , qu'un gros volume ne suffirait
pas à contenir, je ne puis que l'ébaucher ici , en pas-
sant rapidement sur les titres d'imam et de calife3,
pour considérer surtout deux titres qui résument
presque, à eux seuls, la politique des souverains
musulmans du Magreb : amir al-muminln et amir
al-mmliminz.
1 Voir CL A., I, paisiML.
* Voir phi* loin. p. i58, n. 1, et 160, n. 1.
1 Les sources relatives aux titres calinens d'Occident sont si
nombreuses que je ne pouvais les citer tontes ici ; j'ai du me bor-
ner à celles que m'offrait ma bibliothèque et qui suffisent au but
que je me suis proposé, celui d'appliquer une méthode plutôt que
d'épuiser une question. Dans les notes les plus longues , les sources
ont été groupées en littéraires, numismatique» . épigraphiques et
diplomatiques, et citées dans Tordre chronologique, ou à peu près.
L^s chroniques publiées en texte et en traduction sont citées tout
au long la première fois : ensuite . les pages d'une traduction sont
citées entre parenthèses, à la suite des pages du texte corres-
pondant. Pour l'histoire des Berbères dlbn Khaldûn. qui m'a
fourni un nombre considérable de passages, je n'ai cité, le plus
souvent, que la traduction de de Siane citée Berbères . de même
pour ses Prolégomènes ; quand je cite exceptionnellement le texte
arabe, c'est toujours celui de son histoire universelle, 'Ikar, im-
primée en 7 volumes, Boulaq is-84 H. Pour les mémoires parus
dans des périodiques , j'ai cité tantôt le tome qui les renferme,
tantôt le tirage à part, suivant les ressources dont je disposais;
258 MARS-AVRIL 1907.
II
D'après une tradition très répandue, le premier
musulman qui porta le titre amîr al-mu'minîn fut
'Abdallah ibn Djahch, auquel il fut attribué à la
suite de sa victoire à Nakhla l. Ce terme n'avait pas
encore la valeur d un titre protocolaire ; il signifiait
simplement, sans doute, que ce commandant des
croyants les avait conduits à la victoire. C'est avec le
calife Omar qu'il devint un titre califien propre a,
porté dès lors par tous les califes comme tels et,
enfin je dois les références relatives aux monnaies du Cabinet de
Berlin à l'obligeance de M. Niitzel, le savant orientaliste attaché à
cette collection.
1 Voir Wâqidi, éd. de Kremer, 11 ; W&M<hausen, Mllhammad
in Médina, 3 7 ; S prenger, Leben des Mohammad, JIJ, jo6;Mas-
'ûdi, Tanbik, éd. de Gœje, a36; trad. Carra de Vaux, 3i3;
Z,D.P.V., X VI , 1 o3 , n. 3 ; Ibn Khaldun , *lbart 1 , 189; Prolégo-
mènes, trad. de Slane, I, 46a, où il faut traduire »U* ^ Jjl par
« le premier auquel on donna ce titre fut 'Abdallah», pour éviter
Terreur historique signalée par de Slane.
2 Voir Ibn Sa'd , dans Sachau , Ueber den zweiten Chalifen Omar,
passim; Tabari, éd. de Gœje, I, 37481 Ya'qûbi, éd. HouUma, Jl,
171 suiv. , 179; Mab'ddi, Prairies, éd. B. de Meynard, IV, 192;
Ibn al-Athîr, Kâmil, éd. Tornberg, H, 376; Vsd, éd. Caire, IV,
70 suiv. ; Nawawi, éd. Wûstenfeld, 449 a 458 ; Fakhri , éd. Deren*
bourg, 1 14 ; Makîn, éd. Ërpenius, a 6 -, Abu 1-fidâ' , éd. Reiske, I,
aa2; Ibn Khaldûx, Prolégomènes, loc. cit.; Berbères, II, 496;
d'HRRBRLOT, Bibliothèque orientale, éd. 1783, II, 363; C. de Pkh-
(îeval, Essai, III, 390, 443; Fournbl, Les Berbers, 1,7; Gold-
ziher, dans Z. D. M. G. , XLl, i3g ; Dereiibourg , Vie d'Ousàma.ù,
n. 4; IUnrk, IVeltyeschichte . Va, 111, et les sources citées par
Fraeiin, Opuscula postuma , 11, 71, n. 3. D après une variante de
celte tradition , Abu Bakr ayant été appelé hhalifat rasûl allAh, 1 tue»
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 259
semble-t-il , par eux seuls, Omayades et Abbassides l.
En effet, jusqu'à la prise de Bagdad par les Mongols,
aucun des nombreux dynastes qui , tout en dépouil-
lant le califat de son temporel , reconnaissaient son
autorité spirituelle , n'osa s'arroger les titres califiens 2.
Seuls les rivaux déclarés des califes légitimes, notam-
ment les Alides, dont les prétentions reposaient sur
l'imamat du calife Ali et de ses descendants , prirent
les titres khalîfa , imam avec un surnom en Allah 3 et
cesseur du Prophète » , et Omar, khalifat khalifat rasûl alldh /■ succes-
seur du successeur du Prophète» , ce dernier prit ou reçut le titre
amir al-muminîn pour éviter à ses successeurs l'ennui d'allonger
indéfiniment leur titre. Si cette explication a été arrangée après
coup, elle montre du moins que le titre de calife remonte à Abu
Bakr ; cf. Goldziukr , Muliammedanische Studien , II , 61, n. 1 .
1 Pour Mu'àwiya et les Omayades , je cite au hasard Tabari ,
H, 5 ; Fakhri, i43et passim; Ibr KhaldÛn, Prolégomènes , /oc. cit.,
et surtout quelques inscriptions et quelques poids de verre ; pour
les Abbassides, il suffît de citer les inscriptions, les monnaies et les
poids de verre, les sources étant trop nombreuses. Les héritiers pré-
somptifs officiellement reconnus portaient aussi les titres califiens;
voir Clkrmont-Gannkau , Recueil d'archéologie orientale, I, ai5,
218; Frakhn, op. cit., II, 196.
*' Il faut insister sur ce point , parce que plusieurs auteurs , s'ap-
puyant sur des textes corrompus, ont cru que certains dynastes
légitimistes, notamment les Seldjoucides , prirent le titre amiral-
miïminîn. Gomme je lai déjà montré, il s'agit d'un titre en amir
al-mu'minin. Bien que Castiglioni, Monete enfiche di Milano,
xxxviii, et dk Longpbrikr, Œuvres , I, 379, l'aient déjà relevée,
les exemples récents de cette méprise ne sont pas rares ; voir Aisg-
worth, Travelt in Asia M in or, I, 19^ ; Cunningham, ArchaeoL Sur-
veyoflndia, XI, 5; dk Cholet, Arménie, Kurdistan et Mésopota-
mie , 93 ; Nasawi, trad. Iloudas, 336 (où burhân, • preuve», fait
partie du titre en a. al-muminin ) ; Revue africaine , 1 90a , 167, n. 9 ,
et les sources citées dans G',/.j4., I, i\h, n. 5.
3 J'appelle ces surnoms imamiens. parce qu'ils suivent, dans la
260 MARS-AVKIL 1907.
amîr al-mu'minîn. Ainsi les Carmates , les Fatiraides ,
les Assassins, les Zaidides et tant d'autres ; tous sont,
par essence et définition, de véritables anticalifes l.
règle, le titre itnàm, comme apposition. Le fait qu'ils sont devenus
très souvent les noms propres vulgaires des califes montre l'impor-
tance de leur rôle de pontifes , depuis les Ahbassides et sous l'in-
fluence des idées persanes -, cf. Goldziher , Muhammedanische Studien,
II, 5 a suiv.
1 Pour les Fatimides, voir plus loin, p. 264, n. 2; pour les
Assassins, mon Epigraphie des Assassins, dans J. as., 9e série, IX,
453 suiv., etc. Parmi les innombrables sources littéraires, je me
borne à citer un curieux passage d'iBN Kiialdun, Prolégomènes, I,
407 , 463 , suivant lequel les prétendants au califat, alides ou autres ,
portaient le titre d'imam comme chefs de leur secte et ne prenaient
celui d'à. al-muminin qu'en affichant leurs prétentions politiques. Il
donne pour exemple les Abbassides Ibrahim et Saffâh et le Mahdî
fat imite à Sidjilmâsa; cf. Istibsàr, trad. Fagnan, 170; Ibn'Idhâri,
éd. Dozy, 1 , 1 5 1 ; trad. Fagnan , 1 , 210; Ibn al-Athîr, éd. Tornberg ,
VIII, 38; trad. Fagnan, 3oa ; Fournel, Berbers, I, 3i3; II, 94 ;
du Sacy, Religion des Druzes, I, cclxxiiï; Wûstenfeld, Fatimiden-
Chalifen, 36, et le cas plus ancien d'un chef kharidjite, dans Abu
1-mahâsin, éd. Juynboll, 1, 217, 1. 16, cité par Fournel, I,
209. Ces exemples montrent bien la nuance entre les deux titres.
Même chez les Abbassides, le titre imâm, qui parait pour la pre-
mière fois sur des monnaies et dans des inscriptions du calife Ma'-
mûn , a peut-être une teinte chiite , comme Fraehn l'a suggéré dans
une note très nourrie, Opuscula postuma, II, 194 suiv. *, cf. Soret,
Eléments de la numismatique , 172. Bien qu'on l'ait appliqué déjà
aux Omayades (voir les sources citées dans Goldziher, Muham
medanische Studien , II, 54» n. 1, et Agâni, X, 109, 1. 10 d'en
bas), il semble bien qu'il n'eût pas alors le sens pontifical qu'il
prit sous les Abbassides. M. Goldziher m'indique les passages sui-
vants, dans la poésie ancienne, où imâm signifie «exemple à suivre,
modèle» : Nàbiga, éd. Ahlwardt, 27 ,'1. Zl\\Hudhailitent 68, 1. 5 ;
Akhtal, 122,1. 7, à rapprocher de umma dans le même sens :
Nàbiga , 1 7 , 1. 2 1 ; Zuhair, 1 7 , 1. 3 \ ; Coran , xn ,121, avec le com-
mentaire de Baulàwi : «celui qu'on cherche à imiter», et Ibn al-
Athir , Usd, 1 V , 378. Ce mot aurait donc , à l'origine , un sens abstrait
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 261
C'est après la chute de Bagdad que des souverains
temporels, profitant du trouble où cette catastrophe
avait jeté le droit public musulman , élèvent des pré-
tentions pontificales et s'arrogent des titres califiens1.
En Occident , l'évolution de ces titres n'est pas la
même. Par une disposition , naturelle aux races plus
primitives de l'Afrique, à confondre les pouvoirs
religieux et politique2, un guide spirituel y devient
un maître temporel et, inversement, un chef d'Etat
y est conduit presque fatalement à devenir un chef
et n'aurait pris que plus tard on sens personnel, comme zimâm,
■ bride * , pub • conducteur • ; cf. C. I. A. . 1 , 1 86 , n. 5. Je me borne
à ces notes sommaires sur un titre qui demanderait une étude spé-
ciale; cf. aussi Ibn Khaldun, Prolégomènes , 1, 387 suiv.
1 Depuis la chute de Bagdad, les souverains temporels appar-
tiennent, sous ce rapport, à Tune des cinq classes suivantes :
i°ceux qui sont indifférents à la question califienne, comme les
premiers Mongols de Perse ; i° ceux qui reconnaissent le dernier
Abbasside de Bagdad , longtemps après sa mort , ou quelque autre
membre de la famille abbasside , réel on fictif, comme plusieurs
Seldjoucides d'Asie mineure, Rassoulides du Yémen et sultans de
Debli ; 3° ceux qui reconnaissent le califat abbasside du Caire , comme
les Mamlouks d'Egypte , plusieurs Rassoulides et sultans de Debli ;
4° ceux qui se font chiites et se rattachent plus ou moins à un
califat alide, comme quelques Mongols de Perse; 5° ceux qui se
proclament califes, comme quelques sultans de Dehli et les Otto-
mans, ou simplement imâms, comme les derniers Mamlouks
d'Egypte.
3 Voir Goldziher, Le livre de Mohammed ibn Tourner t, intro-
duction, 9G ; Dozy, Essai sur l'histoire de l islamisme, trad. Chau-
vin, 348. La littérature musulmane, ancienne et moderne, de
l'Afrique du Nord fourmille d'exemples de l'influence politique des
marabouts; d'autre part, cette faculté de tout convertir en senti-
ment religieux, qu'on a appelée l'islamisation, est encore très forte
au Maroc; voir Douttb, Marrakech, 3i , i38 et passirn.
202 MARS-AVRIL 1907.
d'Eglise, s'il est permis d'employer ici, par abrévia-
tion, ces deux termes trop précis. D'ailleurs, le loin-
tain califat abbasside n'avait pas en Afrique le même
prestige qu'en Orient et les souverains pouvaient y
devenir les imâms et les califes de leurs sujets sans
se poser forcément en anticalifes alides. Aussi, plu-
sieurs dynasties califiennes , on le verra tout à l'heure,
se sont-elles contentées, pour satisfaire au préjugé
généalogique, d'invoquer une origine arabe ou corai-
chite1.
On comprend dès lors que les titres califiens soient
bien plus répandus en Occident qu'en Orient. D'une
façon générale , on peut dire que tous les souverains
y sont des califes et cette notion , qui se glisse dans
le droit public 2, a pénétré profondément dans la
mentalité populaire3.
1 Voir pins loin, p. 97801 passim. Sur l'origine coraichite invo-
quée par des marabouts modernes, Douttk, Marabouts, 9, 20,
Au*, 4 9 et passim ; L'Islam algérien» 45. On sait que l'origine corai-
chite était une des conditions requises, en théorie, pour l'aptitude
au califat; Ibn KhaldÔn, Prolégomènes, 1,3q3i Berbères , 11 , 497;
ni K.REMKH, Geschichte dcr herrschendtn Ideen, hi\ et sources
citées, 4a6, etc.
1 Ainsi, la doctrine de la légitimité de plusieurs imâms con-
temporains a trouvé de nombreux adeptes en Afrique et en Espagne \
voir Ibn KhaldAn, Prolégomènes, I, 391.
3 Ainsi, d'après TidjAni, trad. Rousseau, le Ziride Yùsuf ibn
Ztri est investi du califat et dans le roman populaire d'Abû Zaid ,
son descendant Mu'iss est appelé calife, bien que les Zi rides, on
va le voir, n'aient pas portr les titres califiens \ voir ./. as., V série,
XX , 87 1 IUmrt, Documenté géographiques , 90, n. 3. Ainsi encore,
en parlant du fameux 'Ayyàchl , qui vivait au Maroc au xvii* siècle
et fut un chef militaire et politique plus encore que religieux, un
de ses biographes dit qu'il était né pour le califat, c'est-à-dire pour
TITRES CALIF1KNS D'OCCIDENT. 263
Toutefois lautorité des califes d'Orient s'étendait
à l'origine, de droit sinon de fait, jusqu'à l'Atlan-
tique. Aussi est-ce bien comme rivales déclarées des
Omayades, puis des Abbassides, que les premières
dynasties indépendantes, nées au sein de l'hérésie,
prirent les titres califiens. Ainsi , les Idrissides , d'ori-
gine alide et de doctrine chiite, s'appelaient imâm1.
Les Rostémides, d'origine persane et de doctrine
la souveraineté ; Douttb, Marrakech , i3o. En Orient, on dirait
pour le sultanat, car là-bas, c'est le titre, purement temporel, de
sultan qui a prit, dans l'usage courant, ce même sens général
de souverain; voir plus loin, p. 37 a.
1 Voir Mai'udi, Prairie* , VI, io3 ; Ibn Abl Zar', éd. Tomber g
et trad. Beaumier, premières pages \ Ibn Khaldun, Prolégomènes,
I, 463 ; Berbères, II, 55g et suiv.; Histoire de V Afrique, trad. Noël
des Vergers, 89 ; Slàwi, Istiqsâ', I, 68 etpassim; Fournil, Berbère,
I, 46o; Merci**, Histoire de t Afrique septentrionale, I, a 60 suiv.
Il est vrai que quelques auteurs sunnites , ainsi Ibn 'IdhAri , Ibn al-
Atblr, Bakri, Ylstibsâr, Qairawâni, ne leur donnent pas ce titre,
non plus que les monnaies publiées par Fraehn, Soret, Dorn,
Tornberg, Lavoix et M. Lane-Poole. Mais il figurait dans deux
inscriptions , aujourd'hui détruites , Tune d'Idrls l", l'autre d'Idrts II ,
sur la obaire de la grande mosquée d'Agadir, l'ancienne Tlemcen ;
voir Ibn AbtZar', éd. Tornberg, 8, 37; trad. Beaumier, 17, 60;
Ibn Khaldun, Berbères, II, 56o, 56a; Tychskn, Introduetio in
rem numariam, 126; Barges, Tlemcen, i65 ; Complément de l'his-
toire dee Beni-Zeyan , 535 suiv.; Fournil, Berbers, I, 4 00, 47a ;
Marc aïs, Monuments, 11, i36. Qairawâni, éd. Tunis, 95, trad.
Pellissier et Rémusat, 16a, prétend mémo que, bien qu'ils n'aient
pas été de véritables califes , ils portaient le titra a. al-mn'minln ,
mais cette assertion manque de poids , car un peu plus loin , il attri-
bue le même titre aux Almoravides, qui ne l'ont jamais porté;
voir plus loin , p. vj 1 , n. a. Sur le rôle important de l'extrême Ouest
dans le mabdisme et le cbérifat africains, voir Lu Ch atelier, V Is-
lam dans l'Afrique occidentale, introduction; Douttb, Marabouts,
47, 74* ia3; L Islam algérien , hh.
264 MARS-AVRIL 1907.
ibadide , s'appelaient imam , khalîfa et amîr al-mu'mi-
nîn1. Plus tard les Fatimides, de prétendue origine
alide , prirent d'emblée tous les titres califiens , khalî-
fa, imam avec un surnom imamien, amir al-mumi-
nîn2. Celles qui ne prennent pas ces titres sont pré-
cisément celles qui restent fidèles , sinon de cœur, du
moins par politique, aux Abbassides, ensuite aux
Fatimides. Ainsi les Aglabides , qui rendirent toujours
hommage aux Abbassides , malgré leur grande indé-
pendance et quelques velléités de révolte 3 ; ainsi les
1 Voir Abu Zakariyyà, trad. Masqueray, passim; Bakri, éd. de
Slane, 67; trad. de Slane, 160; Ib\ Khaldûn, Berbères, I, 243;
Masqueray, Formation des cités de l'Algérie, 191 à 2o3, 216;
Fournel, Berbers, II, 4; Mercier, Histoire de l'Afrique, I, 2 48 ;
Goldziher, dans Z.D.M.G., XLI, 33; Basset, Les sanctuaires dn
Djebel Nefousa, passiin, avec les sources citées au début; Bel, Les
Benou Ghânya, i\$, n. 2 ; Doutte, L'Islam algérien, 32. Quelques
auteurs orthodoxes, ainsi Ibn 'Idhâri et lbn al-Athîr, ne leur
donnent pas ces titres. Sur le dogme de l'imam chez les Ibadides,
voirSACHAU, Ibaditische Muliammedaner in Oman und Ostafriha ;
Doutte, L Islam algérien , 33, i4o. L'opinion de Chahrastâni, que
l'imâm ibadide ne portait pas le titre a. al-muminin (trad. Haar-
briicker, I, i52; cf. Abu Zakariyyà, trad. Masqueray, 4o5) est
contredite, du moins en ce qui concerne les Rostémides, par un
grand nombre de passages de la chronique d'Abû Xakariyyâ, 25,
53, 116, 124. 128, i3i, i48, etc.
* Ne pouvant citer toutes les sources sur les titres califiens des
Fatimides, je me borne à renvoyer aux inscriptions, aux monnaies
et aux diplômes, ainsi qua l'index de C.I.A.,\, pour la discussion
d'un grand nombre de cas particuliers. Les plus récents travaux
sur les Fatimides sont ceux de Bêcher, Beitrâge, I (sources histo-
riques) et Inostrantseff, dans Zapiski, XVII (cérémonie!).
s Voir Mas'ûdi, Prairies, I, 37o ; VIII, 246>lbn al-Athîr, VI ,
106, à Mil, 36 (i57 à 299); Ibn 'ldhâri, I, 83 à i45 (111 à
202); Ibn Kualdûn, Histoire de l'Afrique, trad. N.des Vergers, 83
suiv. ; lbn al-Khatîb, dans Gregorio, Rerum arabicarum . ♦ .collée-
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 265
Zirides et les Hammadides, qui reconnurent tantôt
les Abbassides, tantôt les Fa timides l.
tio, 93; Nuwairi, dans Berbères, I, 397 à 447; Qairawâni, 47
(82) suiv. ; Amari, Bibliotheca arabico-sicula et Storiadei musulmani
di Sicilia, passim ; Fournel, Berbers, 1, 4i5 à fin, surtout 48 1,
575 ; II, 3 à 84 ; Mercier , Histoire de l Afrique, I, 2 63 suiv. Les
rares inscriptions et monnaies aglabides connues ne portent aucun
titre, sauf une inscription de Sousse et un petit nombre de pièces
de Sicile, qui donnent à Ziyàdat ailah Ier, en 207 et 21. 4 H., le
simple titre amir, qui est un titre de gouverneur abbasside ; voir
Houdas et Basset, Epigrapkie tunisienne, dans Bulletin de corres-
pondance africaine , 1 882 , IV, 170 suiv. , et les sources numismatiques,
notamment, pour les monnaies au titre amir, Adler, Collée tio nova,
1 3o ; Tychsen , Introductio , 1 1 o , et Additamentam , 1 , 4 1 , ; Lavoix ,
C.B.N., II, n° 84o et pi. VII; cf. Amari, Storia dei musulmani di
Sicilia, 1, 284* n. 1 , à la fin.
1 Voir 'Abd al-Wâhid Marrâkuchi , éd. Dozy, 147, *59; trad.
Fagnan, 178, 192 ; lbn al-Athîr, VIII, 456, à IX, 337 (^7°
suiv., 394 suiv., 4o2 suiv., 4 18, 454 et passim); lbn 'Idhâri, I,
337 suiv., 258, 271 suiv., 288 à 292,316 (332 suiv., 366, 386
suiv., 4 1 3 à 4*9* 459); Tidjàni, trad. Rousseau, dans J. as.,
A" série, XX , 88 , 9 1 ; 5e série , 1 , 369 ; Ibn Khalduw , Prolégomènes,
I, 465 suiv.; Berbères, I, 29 suiv. ; II, 9 à a5, 43 à 57 ; Qaira-
wâni, 44, 71, 81 suiv. (76, ni, 139 suiv.); Amari, Storia, pas-
sim; Mercier, Histoire de f Afrique , 1, 371 suiv.; Sauyaire, Maté-
riaux pour.,, la numismatique et la métrologie musulmanes, tir. à
part, I, 336, 34o.
Les rares monnaies zirides ne portent aucun titre , mais leurs
légendes sont si incomplètes qu'on ne peut faire grand fonds sur
elles; voir Lavoix, C.B.N.Al* 407, et les sources citées. Une in-
scription de Mu'izz , sans date exacte , ne lui donne aucun titre ;
Houdas et Basset, op. cit., 180. En revanche, son protocole offi-
ciel figure dans la lettre que lui adressa le calife abbasside Qa'im ,
auquel il venait de rendre hommage, en répudiant la suzeraineté
fa timide; voir les sources citées ci-dessus. On y trouve un surnom en
malik, divers titres composés, entre autres, un en amir al-mumi-
nin, marquant son hommage au calife; voir lbn al-Athîr, IX,
357 ( 455). Ce protocole ressemble à ceux de tous les grands feuda-
206 MARS-AVRIL 1907.
C'est encore comme rivaux des Abbassides que le»
Omayades d'Espagne portent tous les titres califiens
à partir du calife cAbd ar-Rahmân III , qui les prit
taires du calife, qui portaient alors un surnom en malik et cle»
titres composés. C est ainsi que débutèrent la plupart des dynasties
sultanienncs et de fait , les Zirides portent aussi plus tard le titre
de sultan ; voir Houdas et Basset, op. cit., 189; Ibn 'IdhAri, 1,
392 (419); Ibn Khaldûn, Prolégomènes, I, 466, Mais aucun de
ces litres n'a de valeur pontificale et de fait, Qairawani, 93 ( i58),
dit positivement que les Zirides parvinrent au rang de sultan,
mais ne portèrent pas le titre a, al-muminin.
Quant aux Hammadides, je ne connais d'eux ni inscription, ni
monnaie. Les légendes monétaires à hommage abbasside repro-
duites par Ibn Kbaldûn, VI, 177 , 1. 4, Berbères, II, 57, et Sau-
vaire, loc. cit., donnent à Yahyà en 543 le titre amir (mansûr),
A première vue , il semble difficile d'expliquer le cas des Midra-
rides de Sidjilmâsa , surtout celui de ce Muhammad al-Fath qui prit ,
vers 34a ♦ le titre a, al-muminin et le surnom imamien acb-Cbâkir
lillàh, précisément en reniant les doctrines ibad ides, pour se rallier
à l'orthodoxie. Mais Muhammad voulait se rendre indépendant des
Fatimides, dont les Midrarides étaient alors, nominalement, les
gouverneurs à Sidjitmâsa, Il dut donc feindre de se rattacher aux
Abbastides, par conséquent, se faire sunnite, avant de se déclarer
tout à fait indépendant -, voir Ibn Hauqal, éd. de Gœje, bf \ Bakri,
i5i (335); Ibn al-Athfr, VIII , 393 (36o); Ibn «Idhâri, I, ai*,
230(298, 323); II, 225 (346); Ibn Abî Zar\ 55 (121); Ibn
Kiialdûh, Berbères, I, 264 suiv. ; II, 543; Sauvaire, Matériaux,
1, 171, 33o; Qairawâni, 61 (107); Fournel, Bsrbers, II, 3aa;
Mercier, Histoire de V Afrique, 1, 358, 36o.
Bergman n, Beitrâge, 1873, tir. à part, 2, to et suiv., et
Lavoix, C.B.N., II, 4oi f qui ont publié trois monnaies de Châkir,
observent qu'elles jwrtent bien son titre d'imam avec son surnom
imamien, mais qu'on n'y lit pas le titre a. al-ma'minin , donné par
les auteurs à ce petit calife. M. Lane-Poole a publié depuis une
monnaie de Muhammad, datée de 345 et portant au droit ,abd
allâh a, al-mu'minin et au roers al-imâm ack-i'hàhir lillàh \ voir Ca-
talogue of Arabie coins in tht Khëdivial library at Cairo, 3 18.
TITRES CÀLIFIENS D'OCCIDENT. 207
en 3 1 6 1, suivant le témoignage concordant des
inscriptions , des monnaies et des chroniques 2. Il ne
1 Cette date a été fixée par M, Codera « dans Titulos y nombres
proprios en las monedas aràbigo-espaholas , î o.
1 Voir Mas'ûdi, Prairies, I, 36a ; III, 70 (avec la correction de
Fagnan, dans Ibn *Idhâri , II , 3a 8, n, 1); Bakri, i3o (39a) suiv.;
Ajbar maehmua, éd. Lafuente, i63 suiv. ; Çabbi, éd. Codera, 18}
Ibn al-'Abbâr, éd. Dozy, 99, et dans Codera, Titulos, 8; Ibn al-
Atbîr, VIII, 398 (36i); Ibn 'Idhâri, I, passim ; II, 16a, an
(361 , 3*7) suiv. et passim; Ibn Àbî Zar\ 5/j , 1. 1 , 55, 1. io, 89,
1. 16 ( 118 à i3o); Ibn Khaldun,IV, 137; Prolégomènes, I, 464*
Berbères, III, 2i3, a5i et passim; Maqqari, éd. Caire, I, 1 65 ;
trad. de Gayangos , JI , 1^7; Qairawâni ,97(165); Conde , Historia
de la dominacion de los Arabes en Espana, Barcelone i844, I, 343 ;
Dozy, Histoire des musulmans a" Espagne, 1861 , III, 48.
Numismatique : Àssemani , Museo Naniano , xciv ; Adler , Collec-
tio nova y 161 suiv.; Tychsen, Introductio, i3i suiv.; De munis ara-
bico'hispanicis , dans Gomment, hist, et phil. de Gùttingen, XIV «
79; Môllkh, De numis or. in Num, Gothano, 55 suiv.; Cordk,
Memoria sobre al moneda arâbiga acunada en Espana , dans Memorias
de la H. Academia de la historia, V, a 44 suiv. et pi. I; Casti-
gliobu, Monete di Milano, a 9/1 suiv.; Fraehn, Recensio, 1*** ;
Nova supplementa , 3 1 ; Sorkt , lettre à Dorn , 11 , 1 o ; de Lokoperirh,
Œuvres, I, 4a 3 ; Karabacek, Die Mûnzendes Joanneums in Graz,
19; La*e*Poole, C.B. M», II, i4 suiv. ; IX, 117 suiv. ; Codera,
Titulos, 3, 7 ; Tratado de numismâtica arâbigo-espanola , 75 suiv.;
Sacvaire, Matériaux, 1, 337; Lavoii, C. Bt N,, II, xxix, 4a
suiv.; Caballero-In patte, Monedas arabes de Dénia, 4; dk Dio»
DR LA Rada, Catâlogo. • . Museo arqueoL nacional Madrid, 37 suiv.;
Vives, Monedas de las dinastias arâbigo-espanolas , 37 suiv*; Lopea,
dans Archeologo portagués, 1895, 98 suiv.; Nut/.el, Katalog der
orientai M an zen in den kgl. Museen zu Berlin (cité K* M.B.), II,
a3 suiv.
Epigraphie : Murr, Beytrâge, 4; Tychsen, De inscriptionibus
arabicis in Hispania repertis, dans Classis hist. et phil. de Gôttingen ,
VII, 119 suiv.; Condr, Historia, I, 407, 419, pi. a et 3 ; II f 9
et pi. 4 ; G. de Prargey, Essai sur V architecture des Arabes en
Espagne, pi. 1 du teste ; Km ador delosRios, Inscripciones arabes
268 MARS-AVRIL 1907.
s agit déjà plus de prétentions alides ou ibadides ; en
restaurant à Cordoue le califat de Damas, cAbd ar-
Rahmân renouait simplement la tradition omayade
et se posait en adversaire de tous les autres califats ,
quelle que fût leur origine. En effet, les auteurs
donnent pour motif de cette restauration la déca-
dence du califat abbasside et l'essor inquiétant que
prenait le califat fatimite. Mais à leur tour, les Oma-
yades succombent à de nouveaux califats alides, qui
s'élèvent de toute part, d'abord au Maroc, puis en
Espagne. Au milieu du désarroi provoqué par leur
chute, plusieurs roitelets prétendent aux titres cali-
fiens l et ce concours d'émirs des croyants scandalise
de Càrdoba , passim ; Codera , dans Boletin de la R. Academia de la
historia, 1898 , XXXII, 10 suiv. Voir aussi les nombreux chapiteaux
(Cordoue, Paris) et coffrets d'ivoire (Burgos, Londres, Paris) aux
noms et titres caiifiens de 'Abd ar-Rahmân III et de ses succès-
seurs, notamment Hakam II, les uns inédits, les autres publiés
dans divers recueils. Une inscription de Hichâm II à Fes, avec le
titre khalîfa, a été conservée par Ibn Abî Zar\ 33 (73).
1 Ainsi les Idrissides d'Andalousie appelés Hammoudides; voir
Bakri, 1 33 (297) suiv.; Istibsâr, i55 suiv.; Marrâkuchi, 35 (42)
suiv.; Ibn al-Athîr, IX, 188 (420) suiv.; Ibn Khaldûn, IV, i53;
Berbères, II, i53 suiv.; Maqqari, I, 201 (II, 245) suiv.; Coin de,
Historia, II, i33 suiv.; Dozy, Histoire, III, 3i6 suiv.; Robles,
Malaga mus ul maria, 58 suiv. ; Codera , Hammudies , dans Boletin,
1888, XIII, 479 suiv.; E studios criticos , 3oi suiv.
Numismatique : Castiglioni, Monete di Milano, 3oo suiv.;
Fraeun, liecensio, 4***; de Longpérier, Œuvres, I, 426; Dorn,
Inventaire des monnaies de l'Institut des langues orientales, 54 ;
Codera , Tratado , 1 1 3 suiv. ; Titulos , 1 7 suiv. ; Museo espanol de
antigûedades , VIII; Çecas arâbigo-espanolas , 12 suiv. ; Lane-
Poole, C.B. M., II, 3o suiv.; IX, 142 suiv.; Robles, Malaga,
388 suiv.; Lavoix, C. B. JV.> II, 102 suiv.; Rada, Catàlogo,
TITRES CÀL1FIËNS D'OCCIDENT. 269
fort un chroniqueur oriental élevé à l'école d'un
califat unique *.
Mais les reyes de taifas ne prétendent pas tous au
califat. Plusieurs, notamment les Abbadides de Sé-
ville, reconnaissent comme imam le dernier Oma-
yade Hichâm III, ou encore un imam 'Abdallah,
personnage fictif qui représente, à leurs yeux, le
califat abbasside2. Depuis que les Fatimides avaient
quitté l'Afrique, leurs lointains rivaux d'Orient re-
trouvaient quelque prestige en Occident. On a déjà
vu les Zirides et les Hammadides renier les Fatimides
pour rendre hommage aux xAbbassides; ainsi font
les reyes (le taifas qui ne se soucient pas de jouer
eux-mêmes le rôle d'imam. Mais le nom même de ce
7 4 suiv. ; Vives, Monedas, 98, 120 suiv. ; NOtzel, K.M.B., II,
67 suiv.
Èpigraphie : A. de LOS Rios, Inscripciones arabes de Sevilla, 27
suiv., 102.
1 Voir Jbn al-Athîr, IX, 198 (434); cf. Ibn Khaldun, Prolégo-
mènes, I, 466-, Qairawâni, 98 (168); Conde, Memoria, 264;
P. de Gayangos, cité par Layoix, C.B.N., II, xxx.
* Pour les Abbadides, je me borne à citer le recueil spécial de
Doat, Historia Abbadidarum et De Abbadidis, avec des extraits
d'auteurs sur cette dynastie.
Numismatique: Conde, Memoria, 270; Karabacek, Mânzcn des
Joanncums, \i ; de Longpkrier, Œuvres, I, 427; Lane-Poole,
C.B. M., II, 37 suiv.; IX, i46 suiv.; Codera, Tratado, i33
suiv.; Titulos, 25; Çecas , i5 ; Monedas de los Abbadies, dans
Maseo espanol, VI, n5 suiv.; Lavoix, C.B.X., II, i33 suiv,
\\ a da, Catâloyo, 84 suiv.; Vives, Monedas, i33 suiv.
Epigraphie : Conde, Historia, II, pi. 6 (avec une fausse réfé-
rence au texte); A. de los Rios, Inscripciones arabes de Sevilla, 28
suiv., io3 suiv.; Lavoix, dans Gazette des Beaux- Arts , 2e période,
XXX II, 3o4 suiv.
îx. 18
turaiur.tu satiuiali.
270 MARS-AVRIL 1907.
calife théorique et presque anonyme1 prouve que
l'hommage aux Abbassides est une profession de foi
plutôt qu un acte de vasselage direct et personnel.
Et c est ainsi que l'Occident se prépare à susciter de
nouvelles dynasties califiennes qui ne seront ni ab-
bassides, ni omayades, ni alides, ni ibadides, mais
simplement musulmanes et berbères.
ni
TeUe fut la position que prirent les Almoravides.
Ces chefs d un nouvel empire berbère fondé sur une
étroite orthodoxie reconnurent, dès l'origine , le ca-
lifat abbasside et frappèrent leurs monnaies au nom
1 A l'appui de cette hypothèse, défendue par M. Codera, on
peut faire encore les observations suivantes : iu 'abdallâk, «le ser-
viteur d'Allah », est un surnom générique des Omayades et des Ab-
bassides en Orient, dans toutes les inscriptions et sur quelques
médailles de ces califes, notamment 'Abd al-Malik, llicliâm, Ma-
man etMuqtadir; 2° le nom propre "Abdallah est le nom musul-
man par excellence, donné, comme tel, soit à de nouveaux con-
vertis, soit à des personnages anonymes, par exemple, comme nom
paternel; voir CI. A., I, index ; 3° l'usage de désigner un person-
nage par un ou plusieurs titres, sans son nom propre , est fréquent
en diplomatique, notamment dans les manuels de chancellerie et
dans Tépigraphie des sultans Mamlouks d'Egypte, même si le nom
propre est connu , quand on s'adresse au fonctionnaire et non à la
personne; nous nous y conformons d'ailleurs en écrivant des lettres
officielles. Il n'est donc pas nécessaire de supposer, comme on l'a
fait à ce propos , que les reyes de taifas ignoraient en Espagne le
nom de l' Abbasside régnant , ce qui n'est guère probable , quand
on sait avec quelle rapidité relative les nouvelles voyageaient et
voyagent encore en Orient. Us reconnaissaient la dynastie abbas-
side comme un symbole, et non la personne même du calife.
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 271
de l'imam 'Abdallah al-'abbâsi1. En conséquence,
ils ne pouvaient ni ne voulaient prétendre eux-
mêmes aux titres califiens. Toutefois, pour marquer
leur puissance, ils prirent, soit de leur propre chef,
soit d'accord avec la chancellerie de Bagdad, un
titre qui, sans les compromettre auprès des parti-
sans d un imam unique , les plaçaient au-dessus des
autres souverains orthodoxes, en rappelant, par sa
forme, le titre éminent des caiifes- : ils s'appelèrent
omîr al-muslimîn 2.
1 Le mot 'abbàsi ne figure que sur les monnaies des derniers
Al mora vides. En revanche, les mots al-imâm 'abdallâh se lisent
déjà sur les monnaies d'Abu Bakr; voir les sources citées dans la
note suivante. En citant les légendes monétaires almoravides,
lbn Abî Zar\ 88 (iû3), et Qairawàni, io5 (i83), disent al-amîr,
au lieu de al-imâm,
9 Voir Dabbi, éd. Codera, 3i; Marrftkuchi, 12a, i46 (i£6~
177) et passim; lbn al-Athîr, IX, 4a 5 suiv.; X, io3, 287
suiv. (/162 suiv., 486, 5i4 suiv.) et passim; lbn Khallikân,
trad. de Slane, IV, 448, 463, 469; lbn Abî Zar\ 33 à n3,
surtout 88 (193, mais la traduction Beaumier, qui confond
souvent les deux titres a. al-mu*minin et a. al-muslimtn , n'a aucune
valeur sur ce point) , passage cité sous le nom d'Ibn 'Abd al-IIalîm
par de Sac y, Traité des monnaies musulmanes de Maqrizi, 73, et
Sau\ aire, Matériaux, I, 338; lbn Khaldùn, VI, 188 et passim;
Berbères, II, 82, i55; Prolégomènes, II, 467; Yabyâ ibnKlialdûn,
éd. Bel, 96; trad. Bel, ia5; Dozy, Historia Abbadidarum, I,
passim; II, 39, 189 suiv. et passim; Qairawàni, 96, 99, io5
(i63, 169, i83; confond aussi les deux titres, toutefois dans le
passage principal , io5 , le texte de Tunis est correct et la traduction
seule, i83, est fautive); Maqqari, II, 5a3 (II, 3o2 ) suiv.; Slâwi, I,
106 suiv., i44; Condb, Historia, II, 2 5a, 373, 334 et passim
(confond les deux titres); Tornberg, Primordia dominationis Mu-
rabitorum, 3; Dozy, Histoire, IV, a 59; Amabi, Diplomi, préface,
xx&iii; Codera, Titulos, 4, a8, 3i suiv.; Houdas, dans J. as,,
8e strie, V, 127; Mercier, Histoire de l'Afrique, II, 55 (confond
18.
272 MARS-AVRIL 1907.
Quelle qui; soit l'origine de ce titre, il nest pas
sans intérêt de le comparer à celui que portaient,
les deux titres); Derenbourg, dans Mélanges orientaux, 1886, 17,
n. 1 ; Vie oVOusâma, à^y, n. 5.
Numismatique : Adler , Collectio nova, 1 33 suiv. ; Tychsen,
Introductio , 118 suiv.; Castiguoni, Monetc di Milano, xxxvin,
t83; Code, Memoria, 275 suiv. (imprime a. al-muminin, bien
que sur ses planches , on lise distinctement al-muslimin) ; Tornberg,
Numi cufici II. Num. Holmiensis, 275 (même erreur que Conde);
Fraeiin, Nova supplementa, 87, 2 79; Soret, Lettre à SawelicJ,
(5i ; ïjcllre à Dora, II, 7 ; DoRN, Inventaire, 55; Codera, Titulos ,
loc. cit.; Tratado , 192 suiv.; Çecas , 21; Decadencia de los Almo-
ravides, 67$ suiv.; Lane-Poole , C. B.M,, V, xix, 2 suiv.; X, 3
suiv.; Sauvaire, Matériaux, loc. cit.; Caballero-Inpante, Moue-
das de Dénia, i4 suiv.; Lavoix, C.B.N., II, 198 suiv.; Rada,
Catâlogo , 128 suiv.; Vives, Monedas, lxxh, 235 suiv. (quelques
fautes d'impression dans les titres) ; Nûtzel , K. M. B. , II , 1 23 suiv.
Suivant la plupart des auteurs , c'est après sa victoire de Zal-
làqa sur les cbrétiens d'Espagne que Yùsuf ibn Tàchfîn prit le
titre amir al-muslimin. Dabbi, loc, cit., se borne à dire qu'il fut
alors appelé ainsi etToRiWEBG, Primordia, loc. cit., qu'il prit ce
titre. Suivant Maqrlzi et Conde, Historia, loc. cit., il frappa dès lors
en Espagne des monnaies à ce titre; d'après Ibn Abi Zar\ loc.
cit., ce furent ses émirs qui le lui donnèrent, tandis qu'Jbn al-
Athir affirme qu'il le rerut du calife de Bagdad, tout en nommant
ici Muqtadi (X, io3) et ailleurs, Muslazhir (X, 287). En résu-
mant lu discussion dans Titulos, loc. cit., M. Codera croyait, sur
la foi de témoignages inexacts, que le nouveau titre parait sur les
monnaies de Sidjilir.âsa depuis /i83; il en concluait que Yùsuf
le prit en 479 , après Zallàqa, et qu'il lui fut confirmé par Bagdad,
quelques années plus tard; le maître espagnol m'écrit qu'il se
rallie à l'opinion de M. Vi\es. Suivant ce dernier, loc. cit. , le
nouveau titre n'apparaît qu'avec 'AH ibn Yùsuf, la première
année de son règne, sur toutes ses monnaies, sauf celles de
Sidjilniâsa précisément, sur lesquelles il ne figure pas jusqu'en
5i8, de fait, il ne se trouve sur aucune monnaie de Yùsuf, dans
le riche catalogue de Vf. Vives, sauf sur le n° 1697, où Yùsuf le
porte indirectement (al-amir 'Ali ibn a. al-muslimin). M. Vives
ajoute que les monnaies des |»-emier< Almoravides , y compris
TITRES CALIFIKNS D'OCCIDENT. 273
à la même époque, les grands dynastes d'Orient
rendant hommage aux califes abbassides1. Depuis les
toutes celles de Yùsuf , se contentent du titre amir et cette observa-
tion s'accorde soit avec Ibn Abî Zar', suivant lequel Yusùf s'appe-
lait amir avant de prendre le nouveau titre, soit avec l'inscription
de Nedroma, malheureusement fruste et non datée, qui donne à
Yùsuf le seul titre amir; voir Basset, Xédromah et les Traras, 2 3.
Enfin Castiglioni , bien qu'il ne s'explique pas clairement , semble
accorder à cAlî la priorité du nouveau titre.
Dans cette discussion , on n'a pas assez remarqué le récit du Ifulal.
dont s'est inspiré Conde et que Dozy a publié dans Abbadidarum .
H, 188 suiv. Ce récit reproduit in extenso les lettres échangées
entre i'Abbadide Mu'tamid et l'Almoravide Yùsuf, lors des pour-
parlers qui eurent pour résultat l'intervention de Y'ùsuf en Espagne
et pouf dénouement la victoire de Zallâqa. Or, ces documents
officiels donnent à Yùsuf le titre a. al-muslimin et, dans une lettre
écrite de sa main, Mu'tamid ajoute, 189, 1. 9, entre autres
titres, muhyi da'icat al-khalifa al- im dm amir al-muminin, allusion
très claire à un hommage qui ne peut viser que le calife abbasside.
Si ce protocole n'a pas été inventé après coup, il est évident
que Yùsuf portait son titre et reconnaissait le califat de Bagdad
dès avant la bataille de Zallâqa. D'ailleurs, dans le premier pas-
sage cité, Ibn al-Athîr prétend que le titre a, al-muslimin fut
donné déjà à Abu Bakr, par Dm Yâsin.
On peut concilier toutes ces assortions en supposant qu'Abù
Bakr accepta ce titre de ses partisans, qui le donnèrent, après
lui, à Yùsuf; que celui-ci le fit confirmer officiellement par le
calife après Zallâqa; que les monnaies, enfin, ne le donnent régu-
lièrement qu'à partir de (A11. Ce retard des monnaies sur les autres
documents n'a rien d'anormal. Les protocoles monétaires sont plus
lents que les autres à se modifier, sans doute par une raison très
simple, c'est qu'il fallait changer les coins; aussi l'absence d'un
titre sur une monnaie datée ne prouve pas encore que le titulaire
ne portait pas ce titre à cette date. Je pourrais citer maint exemple
de ce fait, qu'il ne faut pas oublier quand on fait de la chrono-
logie à l'aide des protocoles monétaires. Ajoutons enfin que
plusieurs auteurs, notamment les plus récents, donnent aussi à
Yùsuf le litre de sultan; cf. plus loin, p. 27$, n. 2.
1 Suivant une tradition douteuse, il fut donné à Sa'd ibn Abî
274 MARS-AVRIL 1907.
Gaznévides, peut-être avant, ces souverains étaient
des sultan, quelque chose comme des Césars. Au
second rang figuraient les rois (malik), et plus bas,
les émirs de tout ordre. Cette vaste titulature ne
renferme aucune allusion à un pouvoir spirituel,
car les titres en ad-dîn portés par tous ces person-
nages, même par les simples particuliers, ne se rap-
portent qu'à leurs sentiments religieux, réels ou
affectés, et n'ont rien à voir avec leur rôle officiel1.
Que le titre de sultan fût connu dès lors en Occi-
dent ou non 2, il est frappant de voir les Almoravides
Waqqàs, en qualité de commandant à la bataille de Qâdisiyya;
voir Ibn Khaldôn, Prolégomènes , I, 462. Mais le texte de Boulaq,
I, 189, 1. 17, dit ici a. al-mu*minin , variante qui paraît préférable;
il est vrai que le lexte de Boulaq C9t plein d'erreurs. D'autre part,
d'aprè9 Ibn Khallikân et Ibn Abî Zar*, loc. cit. , Yûsuf est le pre-
mier qui porta le titre a. al-mtislimîn. Qu'il soit ou non plus an-
cien, on peut en rapprocher les titres ummat al-muslimtn , donné à
*Ayicha, la femme, du Prophète, et waliyy amir al-muslimin , porté
par les héritiers présomptifs au califat. Dans une liste, fort incom-
plète d'ailleurs, des titres monétaires, M. Codrington cite, parmi
les dynasties qui portèrent le titre a. al-muslimin, celle des Mer-
wanides; voir Musulman numismatics , 78. J'ignore sur quelle autorité
repose cette assertion. Les Merwanides étaient des émirs et, d'après
Ibn al-Azraq, leur historiographe, le dernier d'entre eux reçut du
sultan seldjoucide Alp-arslân le titre mltân al-umarâ\ comme un
succédané du titre de sultan, que celui-ci se réservait exclusi-
vement; voir Amedroz, dans J. R. A. S. , 1903, \l\l\. Ce proto-
cole, bien conforme aux traditions orientales, n'a pas la moindre
couleur califienne.
1 Sur un rapport fréquent entre le surnom en ad-iUn et le nom
propre, voir C. L A, , I, 1 2/1 , n. 4 ; entre le premier et les armoi-
ries ou les figures monétaires du titulaire, Oricntalische Studien
(Festschrift Jnr Th. Nôtdehc) , 201 , n. 1.
1 Si l'on en croit les seuls auteurs, le titre de sultan était usité
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 275
obéir à l'instinct des races berbères, qui ne con-
çoivent pas le pouvoir temporel sans un pontificat,
et prendre comme signe distinctif un titre sinon
caliiien, du moins de forme califienne. C'est à ce
prix qu'ils daignent maintenir en Occident la tradi-
tion abbasside. Dès lors, la souveraineté y revêt
1 une des deux formes suivantes :
Ou bien elle est temporelle et déléguée par le
calife, mais avec cette auréole pontificale dont l'un
des signes est le titre amir al-muslimin;
Ou bien elle est temporelle et spirituelle, c'est-
à-dire absolue, et marquée par tous les titres cali-
fiens, notamment amir al-miïminîn.
Si les Almoravides se contentent de la première,
leurs mortels ennemis, les Almohades, donnent
l'exemple le plus parfait de la seconde. Ils y visent
d'emblée, en vertu de leurs origines berbères,
de leur doctrine religieuse et de leur programme
dès longtemps en Occident. Ainsi Dozy, dans son Histoire des mu-
sulmans tt Espagne, III, 48, dit, sans citer de source, qu'avant de
prendre les titres cal i Tiens , les Omayades d'Espagne se faisaient
appeler sultans. Ainsi encore, Maqqtri donne ce titre à Yusuf
ibn Tàcbfin, aussi souvent que celui d'à. al-muslimtn. Mais on
sait déjà que dans les auteurs de basse époque, ce terme est em-
ployé couramment, sans valeur diplomatique précise, dans le sens
de souverain; voir plus haut, p. 271 , n. s , à la fin; cf. C. /. A,,
I, 717, n. h. Or aucun document officiel, à ma connaissance, ne
donne ce titre aux Omayades ni aux Almoravides. C'est plus tard
qu'il apparaît dans le protocole des Hafsides, des Mêrinides et
d'autres dynasties africaines; voir plus haut, p. *5*, n. 1, «53
sniv., et plus loin, p. 979, n. 9 à la fin, et 995, n. 1.
276 MÀKS-AVRIL 1907.
politique. La réforme de Muhammad ibn Tûmart
est à la fois une dogmatique et une théocratie,
aussi absolues Tune que l'autre ; tous ceux qui ne
sont pas des muwahhidun , c'est-à-dire des unitaires
à sa manière, sont des muchrikûn, des hérétiques
voués à la guerre sainte. C'est ainsi qu'il fait revivre
Mahomet et les premiers califes, dont il se dit le
successeur direct , affectant d'ignorer tout ce qui s'est
passé entre eux et lui. En deux mots, Ibn Tûmart
est un prophète berbère fondant un Islam ber-
bère !. Dès lors, il est l'élu dirigé par Allah et recon-
naissable à des signes certains (al-mahdî al-malâm);
en conséquence , il est aussi le guide infaillible de
son peuple (al-imâm al-masum). Presque toute sa
théorie politique tient dans ces deux titres , que lui
donnent les documents almohades, avec quelques
surnoms ima miens2.
1 Sur la doctrine almobadc, voir surtout les travaux de Gold-
ziiier , Materialien zur Kenntniss der Almohadenbewetjung , dans
Z. D. M. G., \LI, 3o suiv., notamment de 108 à la fin, et
son introduction dans Le livre de Mohammed ibn Toumert. Sur les
rapports du Mahdi avec Mahomet et les premiers califes, appelés
râckidûn. voir Marrâkuclii. i3q, 207 (169, 247); cf. le titre généa-
logique, expliqué plus loin, p. 279, n. 2, vers la fin.
2 Tels que (faim az-zamân , al-gaim bil-liaaq ou bi-amr allait ,
ad-dai ila sabil allàh; voir Marràkuchi, i34, i37 (162, 166);
Ibn Abî Zar\ 111 à 1 1 4 (24/1 à a5i); Ibn KhaldÛn, Prolégo-
mènes, I, 467; Berbères. II, 170, 281; Zarkachi, éd. Tunis, 4
suiv.; trad. Fagnan, 6 suiv.; Qairawâni, 106 (i84); Siàwi.
1, i3o à 1 33 ; Goldziher, Materialien, 1 10 à 112 et les sources
citées; Introduction . 21 et passim; Codera, Titulos . 35, et les
sources monétaires et diplomatiques citées plus loin, p. 279, n. 2.
A noter encore, sur les monnaies almohades, son titre imam a/-
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 277
On comprend que le principe dynastique n ait
guère de place dans ce système. Si Ton a forgé
au Mahdi une généalogie alide1, c'est que la con-
science populaire exigeait qu'un grand conducteur
d'hommes fût un membre de la famille sainte2.
En réalité, si quelqu'un pouvait se passer de la
fiction généalogique, c'était Ibn Tùmart, le type le
plus accompli du marabout berbère. D'ailleurs,
l'idée dynastique exploitée par tous les prétendants
«au califat faisait leur faiblesse en même temps que
leur force, car on pouvait toujours la retourner
contre eux. En vrai parvenu du mahdisme, Ibn
umma et la devise allàh rabbunà, muhammad rasûlunâ. al mahdi
imàmunà.
C'esl à tort que Yahyâ ibn Khaldùn, 96 {126) Hpassim, et
Oairawàni, 96 (i63), l'appellent aussi a. al-muminin. Aucun do-
cument officiel ne lui donne ce litre, qui, d'après la tradition
de l'Islam primitif suivie par les Almohades, ne convenait qu'aux
successeurs du Mahdi, comme aux successeurs du Prophète; cf.
l'explication un peu différente et peu plausible, à mon sens,
donnée par Ibn Khaldl*, Prolégomènes, I, 467 suiv.
On sait que plusieurs dynastes orientaux, notamment parmi
les Seldjoucides d'Asie mineure, rendent hommage, sur leurs
monnaies, à un anonyme al-imâm al-masûm. Je suppose qu'il
s'agit, non d'une reconnaissance tardive et peu vraisemblable,
à cette distance, de l'imamat d'Ibn Tùmart, mais d'un hommage
posthume au dernier Abbasside de Bagdad, Mu'tasim, avec un
jeu de mots sur ces deux dérivés de la racine 'asama; j'ignore si
ce problème a fait l'objet d'une étude.
1 Voir Marràkuchi, 128 (i55); Ibn Khallikân, trad. de Slane,
III, 2i5; Ibn Abî Zar', 110 [tHa); Ibn Kh\ldû>, Berbères, II,
162; Zarkachi, 2, i$6 (1, 266}; Oairawàni, 107 (187}; Slàwi.
I, i3o; GOLDZIHER, Materialien . 108.
* Voir Marràkuchi , 1)1 1172^.
\ m +
278 MARS-AVRIL 1907.
Tûmart n'a pas besoin de fonder sa légitimité sur
sa descendance; pour preuve de sa mission divine,
il suffît de la puissance de sa parole et du succès de
ses armes l.
S'il fallait une autre preuve de la faiblesse du sen-
timent dynastique dans* l'almohadisme primitif,
comme dans l'Islam primitif, on la trouverait dans
ce fait significatif qu'au moment où la conquête en
fait une entreprise fructueuse, il ne profite ni au
fondateur, ni à sa famille, mais à cAbd al-Mu'min et k
ses descendants. H est vrai qu'on a fait à cAbd al-Mu-
min une généalogie, sinon alide, du moins arabe2;
mais les auteurs qui rapportent cette fiction ne
peuvent décidément pas y croire. H serait plus in-
téressant de savoir s'il fut choisi par le Mahdî lui-
même ou s'il profita des circonstance pour s'imposer
h la nouvelle communauté. Quoi qu'il en soit, il
semble bien qu'il fut reconnu, du vivant du Mahdî,
comme son khalîfa, son lieutenant et successeur,
titre auquel le Mahdî aurait ajouté celui d %amîr ai-
manxinîn, émir des croyants, c'est-à-dire des Almo-
hades. On saisit l'analogie, apparemment voulue,
avec les premiers chefs de l'Islam : le Mahdî , c'est
le Prophète; cAbd al-Mu'min est le calife du Mahdî,
comme Abu Bakr est le calife du Prophète; de
1 Voir CiOLDzjher, Introduction, 43 et n. î; Wûstknfeld»
Fnlimiden-Chalifen , 119 et n. 1 ; Doutté, Marabouts, 57 et n. 1,
ot d'autres anecdotes de ce genre.
a Voir M arràkuchi , i/U (171); Ibn Abî Zar', 1 19 (360); Ibn
Kiialdûn, Berbères, I, a5i,; Slâwi, I, 139; Goldziher, Materia-
lien ,118, expliquant le motif traditionnel de cette généalogie.
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 270
plus, iJ est amiral- mu' minin, comme le calife Omar1.
A la mort du Mahdî, cAbd al-Mu min prend son
titre d'imam avec le surnom imaniien al-qaim bi-amr
allâh, les titres mahdî et imam al-umma restant ex-
clusivement réservés à Ibn Tûmart. Enfin, cAbd
al-Mu min lègue ses titres à ses descendants et suc-
cesseurs , dont les prétentions au califat absolu re-
posent sur l'imamat indiscutable d'Ibn Tûmart et
sur le califat de cAbd al-Mu min 2.
1 Sur ce dernier point, voir Goldziubr, Materialicn, i3g, et
plusieurs sources citées dans la note suivante.
* Voir Istibsâr, 6, 37 suiv.; Marrâkuchi , 137 à 25 1 (166 à
296); Ibn al-Âthîr, X, 4o7 (537); XI, 192 (595); lbn Khallikân ,
trad. de Slane, II, i83; IV, 335 -, 344; Ibn 'Idhâri, I, 3a 1 (468);
Ibn AblZar', 22 , 116, i33 suiv. (ia traduction Beaumier, qui con-
fond les deux titres , est sans valeur ; cf. Derbnbourg , Vie dOusâma ,
457, n. 3); Ibn Khaldun, Prolégomènes, I, 468; II, 44; Berbères,
I, 254;H, 174, 196 suiv., 281 suiv.; Yahyâ ibn Khaldûn, 106
(i4o); Ibn ai-Alimar, trad. Dozy, dans J. as., mai i844» 383
suiv.; Qairawâni, 110 (19a) suiv.; Maqqari, 1, 207 (II, 3i3 suiv.) ;
Slâwi, I,i37, i4o, i44; Amari, Diplomi, préface, xxxm; Nuovi
ricordi arabici su la storia di Genova , 2 3 ; Mbrcikr , Histoire de
l'Afrique, II, io4; Goldziher, Materialien, 125; Basset, Docu-
ments géographiques , 26; Bel, Les Benou Ghânya, i38; Castel-
lanos, Historia de Marruecos, 276 suiv.
Numismatique : Adler, Collectio nova, 1 3g suiv,; Gastiglioni,
M on e te di Milano, 284 suiv.; Conde, Memoria, 2 83 suiv.;
Frakhn, Becensio, 62Z ; Lane-Poole , Coins of the Muwahhids
(Numismatic chronicle, 1873), 1 suiv.; C.B. M., V, xxv suiv., 3a
suiv. ; Codera , Tratado , 217 suiv. ; Titulos , 3o , 36 suiv. ; La-
voix, C. B. JV., II, 293 suiv.; Rada, Catàlogo, 191 'suiv.; Vives,
Monedas, lxxx, 343 suiv.; Nûtzel, K.M.B., II, i58 suiv.
Epigraphie : A. de los Rios, dans Boletin de la B. Academia
de la historia, 1889, XIV, 564.
Diplomatique : A mari, Diplomi, 7 à 47, 65, 70, 78, 83, 269,
270, 278; de Mas-Latrie, Traités de paix et de commerce , II ,
280 MAKS-AV1UL 1907.
Tant qu'ils régnèrent sans contexte sur l'Afrique
et l'Espagne , les Almohades furent les seuls pontifes
8, 10, 16, 22, 27, 28; Goldziher, Materialien , 119, 120, i34
à i3g.
On sait qu'en 586 (1190), Saladin écrivit à Ya'qiib al-
Mansûr, pour l'appeler à son aide contre les Francs de Syrie,
et que les historiens donnent, pour cause de son échec auprès
de l'Almohade, le fait que, dans sa lettre, il ne l'appelait pas
a. al-muminin , titre qu'il ne pouvait reconnaître qu'à son su-
zerain légitime, le calife de Bagdad. Dans Berbères, II, 216, Ibn
Khaldùn raconte cet incident, sans parler du motif de l'insuccès
de Saladin, qu'il donne dans ses Prolégomènes , II, 45. Le récit le
plus complet de cette affaire est dans Abu Châma, Kilâb ar-rauda-
toin, éd. Boulaq, II, 17/1, 1. 3, 176, 1. 3 suiv.; Historiens
orientaux des Croisades , IV, 490 à 5o6.; Reinaud, dans Biblio-
thèque des Croisades, IV, 289 suiv. ; Rôhricht, Bcitrâge, I, 177;
Quellenbeitrâge , I, 1 53 ; Geschickte des Kônigreichs Jérusalem , 529;
cf. Maqqari, I, 207. D'après Ibn Khallikân, trad. de Slane, IV,
3 \ 4, et Slâwi, I, 174 suiv., Saladin aurait vexé Ya'qûb en
l'appelant a. al-muslimin. Avec M. Derenhourg, qui a discuté cet
incident dans sa Vie d'Ousâma, 457 et notes, je pense que les
habiles diplomates de Saladin n'ont pas commis cette inutile bévue
et l'on n'en trouve aucune trace dans le texte de la lettre de Sala-
din, donné in extenso par Abu Châma, texte qui cherche seule-
ment à masquer, sous un amas d'épithètes fleuries, l'absence du
titre a. al-mu'minîn. Ajoutons que les M ouminides , comme seuls re-
présentants du Mahdî , n'admettaient pas la possibilité de deux
imâms silmutanés. Ce même Yacqûb fit périr son frère, qui intri-
guait pour le remplacer, en s'appuyant sur cette tradition : « Quand
deux califes sont reconnus dans le même pays , tuez le second ! »
Inutile d'ajouter que, pour lui, le second, c'était son frère; Mar-
râkuchi, 2o5 (244).
Les derniers Mouminides portent aussi le titre ibn al-hhulafa
ar-râchidin, que j'appellerai le titre généalogique. J'ignore s'il a pour
but de les rattacher directement aux premiers califes, dits râchi-
dûn , par leur origine prétendue arabe, ou s'il signifie simplement
qu'ils descendent des premiers Mouminides, appelés râckidûn
par analogie avec les premiers califes; cf. plus loin, p. 288. Quant
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 281
reconnus dans ces pays !. Mais leur déclin rapidp
allait ressusciter la question califienne. Parmi les
petits souverains qui secouent alors la suzeraineté
almohade pour reporter leur hommage sur les
Abbassides, il suffit de nommer les Houdides de
Murcie et les Nasrides de Grenade, qui donnent à
leur imam le titre amîr al-mu'minîn et ne prennent
que celui d'amir al-muslimin, suivant la tradition
almoravide2. Il est vrai que ce parti n ouvrait pas
au titre de sultan, que Zurkachi, 18 (32), donne aux Moumi-
nides, les documents authentiques ne semblent pas le leur attri-
buer; cf. plus haut, p. 27/i , n. 2 , el plus loin, p. 286, n. 2.
1 Léon l'Africain, éd. Schcfer, I, 197, appelle 'Abd al-Mu'min
pontife, titre par lequel il traduit khalifa, car plus loin, II, 57,
il appelle le calife Hârùn ar-Rachîd Aron pontife; cf. Goldzmer,
Malerialicn, 59. Rappelons seulement la longue révolte des Banû
Gâniya, ces descendants almoravides qui, fidèles aux traditions
dynastiques de leur famille, reconnurent le calife abbasside et se
firent appeler a. al-muslimin; voir Marrâkuchi , 192 (234) suiv.;
Ibn al-Athîr, XI, 34s (606) suiv. ; Amari, Diplomi, xli, 73;
Codera, Decadencia de los Almoravides , passim; Rada, Catâloyo,
i85; Vives, Monedas, 332; Bel, Les Benou Ghànya, 18, 24-
7^ suiv. , 1 15 et passim,
* Sur les monnaies, le calife des Houdides est appelé al-khalifa
al-abbâsi a. al-muminin ou al-abbâsi imâm al-ummat avec quelques
variantes: celui du premier Nasride, al-mahdi imâm al-umma , puis
al-khalifa al-abbâsi. Ses successeurs ne nomment plus de calife,
depuis la prise de Bagdad, et finissent par prendre le titre d'imâm ,
comme les derniers sultans Mamlouks d'Egypte. Sur l'hommage
du premier Houdide et du premier Nasride au calife Mustansir et
le surnom a. al-muslimin de ces deux dynasties, voir lbn al-Khatlb,
dans Sauvaire, Matériaux, I, 349 suiv.; lbn Khaldûn, IV,
168 suiv.; trad. Gaudefroy-Demombyncs, dans J. as,, tir. à
part, 12 a 18, avec les notes du traducteur, 5o à 53; Ber-
bères, 111, 347; IV, 35, 72 suiv.; Maqqari, 1, 101, 1. 1, 208 suiv.
282 MARS-AVRIL 1907.
aux ambitieux des perspectives très brillantes. De
moins en moins, les Abbassides pouvaient inter-
venir en Occident en faveur de leurs clients et les
Mongols allaient mettre un terme à leurs destinées.
Mais il semble que l'hommage abbasside fût alors
la seule ressource offerte aux petites dynasties de
l'Espagne, où la cause almohade était perdue sans
retour.
En Afrique, au contraire, malgré la décadence
des Mouminides, l'almohadisme gardait tout son
prestige , car aux yeux d un grand nombre de Ber-
bères, le Mahdî restait le Prophète indiscuté. Dès
lors, ce rêve allait tenter l'homme ambitieux qu'on
voit surgir, dans l'Islam , à chaque tournant de l'his-
toire : maintenir la tradition almohade, sous l'égide
(11, 327, 3/|3) ; Slâwi, I, 198; de Sacy, Pièces diplomatiques , dans
Notices et extraits, XI, 26.
Numismatique : Tychsen , Introductio , 1 4 1 ; Conde , Memoria ,
3oi ; Son ET, Lettre à Frachn , 5g suiv. , Lettre à Krehl, 1 3 ;
Lanb-Poole, C.B. M.. II, 47 suiv.; V, 83 suiv.; Codera, Tratado,
23 1 suiv.; Titulos, 34, 30; La voix, C.B. AT., 11, 3i8 suiv. et
sources citées; Hada, Catâloyo , 209 suiv.; Vives, Monedas, lxxxiv
suiv., 364 suiv.; Nôtzel, K. M.B., II, 177 suiv.
Epigraphie : J. Derenbourg, dans G. de Pràngey, Essai sur l'ar-
chitecture des Arabes en Espagne, appendice, v suiv.; Lafuentk,
Inscripciones arabes de Granada, 85 suiv.; Simonet, Descripcion
del reino de Granada, 2e éd., 5o suiv. ; Brosselard , Mémoire épi-
graphique sur les tombeawv des émirs Beni-Zeyan, tir. à part du
3. as., 175 suiv.; A. Càrdekas, Inscripciones arabes de Granada,
3 suiv,; Museo yranadiho de antigiiedades, 72 et passim; Contre-
ras, Monumentos arabes de Granada, 167 et passim.
Diplomatique : de Mas-Latrie, Traités, supplément, 65 (amir
alimulemin) \ H. Derenbourg, dans Mélanges orientaux, i884, do-
cuments arabes, 17, n. 1 et passim.
TITRES CALIF1ENS D'OCCIDENT. 283
du Mahdî, en se substituant aux Mouminides. Telle
fut l'œuvre du Hafside Abu Zakariyyâ Yahyâ.
IV
Bien qu'ils ne fussent que les gouverneurs d une
province almohade, les Hafsides semblaient prédesti-
nés au rôle de successeurs des Mouminides. Leur aïeul
Abu Hafs Tfmar, le chef des Hintâtas masmoudiens ,
avait été l'ami intime d'Ibn Tûmart, l'un de ses dix
premiers disciples et presque l'égal de cAbd al-
Mu'min. A la mort du Mahdî , le prestige de son épée
et l'autorité de sa parole en firent un des principaux
soutiens de la dynastie mouminide1. La province que
gouvernèrent son fils *Abd al-Wâhid et ses petits-
fils cAbdallâh et Yahyâ était assez éloignée du Ma-
roc pour leur permettre d'y maintenir leurs habi-
tudes d'indépendance. Mais d'un gouvernement très
libre à la souveraineté, il y avait un pas considé-
rable qu'un motif grave pouvait seul leur per-
mettre de franchir. Ce motif, ce fut le Mouminide
Ma'mûn qui le fournit lui-même à Yahyâ, par ses
étranges réformes , qui ne visaient à rien moins qu'à
supprimer les traditions almohades les plus sacrées,
en refusant à la mémoire du Mahdî les droits réga-
1 Ainsi, c'est lai qui permit à Yusuf Tr de prendre le titre a. (d-
muminin, cinq ans seulement après la mort de son père cAbd al-
Mu'min; voir Ibn Khaldûn, Berbères , U, 2 84; cf. Ibn Abî Zar\
i38 (296, confusion des deux titres); Mercier, Histoire de
f Afrique, 11, 75, 10G à 109.
284 MARS-AVRIL 1907.
liens de prône et de monnaie et en vouant son nom
à la malédiction1. Saisissant un prétexte adminis-
tratif2, Yahyâ fait cesser à Tunis , en 626 (1 229), le
prône au nom de Ma'mûn , qu'il remplace d abord
par celui d'un autre Mouminide ; puis il abandonne
à son tour ce dernier et se borne à faire le prône au
nom du Mahdî et des premiers califes, les râchidûn.
Délaissant alors le titre de chaikh, porté jusqu'ici
par son aïeul , son père et son frère 3, il prend offi-
ciellement celui d'arair, vers 627, mais seulement
pour sa chancellerie, n'osant encore l'afficher dans
le prône , « par prudence , dit un de ses biographes ,
et par l'expérience qu'il avait des choses de Tunisie ».
Voyant que cette attitude ne soulève pas d'opposi-
tion , il se hasarde , en 63 o , à faire l'appel à la prière
sur un minaret bâti par lui, puis il proclame son
indépendance en 634, en faisant suivre, dans le
prône, le nom du Mahdî par le sien et le titre
d'aratr, « mais sans aller, disent deux autres historiens,
1 Voir lbn Abî Zar\ 167 (35g) suiv.; Ibn Khai.dln, Berbères,
Il , 2 36, 239 , 2 99 ; Qairawàni ,121 (212); Mercier , Histoire de
l'Afrique, 11, 1^9; Sauvaire, Matériaux, 1, 343; Goldziiier,
Materialien, io3, 122 ; Bel, Les Benou Ghânya , 177, n. 3.
2 Du moins d'après Zarkachi, 17 (3i), qui ne dit rien de l'apo-
stasie de Ma'mùn, sans doute en qualité d'historiographe des
Almohades.
3 Voir Ibn Khaldun, Berbères, II, 281, 286; lbn Qunfudh,
éd. Cherbonneau dans J. as., 4e série, XIII, 187, 192 et pas-
sim ; XV11, 02 et passim ; Zarkachi et Qairawàni, passim: Bel,
Les Benou Ghânya, io3, 129 à 172 et passim. Ce titre est confirmé
par l'épigraphic et la diplomatique; voir plus loin, p. 289 suiv.
C'est par erreur, sans doute, que Qairawàni, passim, intercale un
Abu Bakr dans la généalogie de Yahyà.
TITKES CAL1F1ËNS D'OCCIDENT. 285
jusqu'au titre amir al-muminîn. » Ces auteurs pré-
cieux ajoutent que ses fonctionnaires se permirent
de Je désigner ainsi et qu'un poète de cour lui
récita ces vers : « Courage ! ajoute al-mu'minin à
amîr> car personne au monde n'a plus de droit à
ce titre que toi ! » Mais Yahyâ défendit qu'on le lui
donnât et, tant qu'il régna, ne voulut jamais le
prendre1.
C'est à dessein que j'ai rappelé les phases succes-
sives de cette évolution, depuis le simple titre de
chaikh porté par Abu Hafs et ses successeurs , jus-
qu'au titre suprême des califes. Ce récit instructif
montre, avec la prudence et l'adresse de Yahyâ, le
prestige qui s'attachait encore, malgré ses défail-
lances, au califat mouminide. H nous révèle enlin
que l'ambition suprême du Hafside était ce titre
amir al-muminîn, qu'il avait peut-être chargé ses
courtisans de hasarder dans leurs discours, comme
nos diplomates lancent leurs ballons d'essai dans les
journaux qu'ils subventionnent.
Ce titre fut pris enlin publiquement, dans le
prône et sur la monnaie, par le fils et successeur de
1 Voir Ibn Khaldun, Berbères, H, 2 36, 281 à 3oo, 3i5; III,
3/i3, 364; Zarkachi, 17 à 21 (3i à 38); Qairawàni, 121, 126
(2i3, 220); Amari, Diplomi, préface, xliv; La voix, dans Hevue
archéologique , 1" série, IX, 260; de Mas-Latrie, Traités, I, 77
(détails inexacts); Goldziher, Materialien, 121; Bel, Les Benou
Gluinya , 178. Voir aussi dans Berbères, II, 3oo, cité par Gold-
ziher, 121, n. 2, les louanges significatives adressées à Yaliya
par un ambassadeur chargé d'obtenir son alliance : t . . .comme tu
as fait revivre la doctrine du Mahdî, etc.»
ix. 19
laraiMuiK «atioïalr.
286 MARS-AVRIL 1907.
Yahyâ, AbûcAbdallâh Muhammad, avec Je surnom
imamien al-Mustansir billâh , à la suite de la recon-
naissance des Hafsides par le chérif de la Mecque,
soit en 65o, soit en 65g1. Dès lors, les Hafsides
portent couramment tous les titres califiens dévolus
aux Mouminides : khalifa, imam et surnoms ima-
miens, amîrcd-maminin2; puis le souvenir du Mahdî
1 Voir lbn Abî Zar\ 171 (368, avec une erreur de date, et, en
outre, le faux titre dans Beauraier); Ibn Khaldûn, Berbères, II,
335, 344suiv., 373; Zarkachi, 25, 28 (44 suiv., 5i); Qaira-
wàni , 128(224); Amari , Diplomi , xliv ; de M as-Latrie , Truites , 1 ,
77; Mercier, Histoire de l'Afrique, II, 209, et dans lier ne afri-
caine, n° 94; Lavoix, dans Rrrue archéologique, tom.cit., 267,
263 (confusion des deux titres); Bel, Quelques rites pour obtenir
la pluie, tir. à part, 9 (avec le faux titre).
La corrélation de ces deux événements est probable, mais non
certaine, à cause de divergences cbronologiques. Ibn Klialdûn
place la prise du surnom imamien par Muhammad en 647 et sa
reconnaissance par le chérif en 65 1, mais sans parler du titre
a. al-muminin. Zarkachi dit d'abord que Muhammad, jusqu'alors
simple amir, prit son nouveau titre et son surnom imamien le
a 4 dhu 1-hidjdja 65o, après que la Mecque eut reconnu son auto-
rité, puis il répète cette date précise et, plus loin , place la recon-
naissance du llafside en 659. Enfin Qairawàni dit que celle-ci
eut lieu en 657 et que Muhammad échangea alors son titre damir
contre celui d'à. al-muminin. La date précise répétée par Zarkachi
permet de croire que Muhammad prit ce dernier titre dès 65o , à
la suite d'un premier hommage de la Mecque , renouvelé ou con-
firmé par le chérif après la chute de Bagdad en 656. Suivant
Léon l'Africain, éd. Schefer, III, i35, «le fils de Zacarie (Mu-
hammad, fils d'Abù Zakariyyà) lui succéda et ne daigna plus
prêter obéissance aux seigneurs du Maroc (aux Mouminides), car
ils commençaient déjà à décliner. . .».
2 Voir lbn Abî Zar\ lbn Khaldûn, Ibn Qunfudh, Zarkachi,
Qairawàni, passim, notamment Prolégomènes, I, 468. Ces titres
sont portés aussi par les Hafsides des branches de Bougie et de
Constantine; voir Ibn Khaldûn, Berbères, I, xwm (de Slane dit
TITRES CÀLIFIENS D'OCCIDENT. 287
lui-même s'efFaçant peu à peu, ils osaient, un peu
plus tard , supprimer son nom dans le prône et le
remplacer par la mention vague d'un imàm ano-
nyme1.
Ainsi, par une coïncidence qui n'était peut-être
pas fortuite , les Hafsides héritaient du califat almo-
hade à l'heure même où la chute de Bagdad reportait
sur eux une partie du prestige du califat abbasside.
Dès lors, il est permis de croire que l'un des buts du
sultan Baibars, en intronisant au Caire les débris
de la famille abbasside, fut de reprendre à l'influence
hafside les \illes saintes, l'un des objectifs les plus
constants de la politique égyptienne -.
Pour consacrer le califat éminent des Hafsides, il
ne manquait plus que l'indispensable fiction généa-
logique , à laquelle des savants officieux avaient déjà
pourvu. Et l'on ne s'étonnera plus, maintenant,
qu'ils ne se soient pas contentés d'une origine arabe ,
mais qu'ils aient fait descendre Abu Hais 'Dinar du
calife Omar lui-même, c'est-à-dire du premier titu-
ici sultan) \ II, 4oo; Layoix, C.B.N.. II, 4og, 419. Dès lors, les
chroniqueurs donnent à tous les Hafsides le titre de sultan , qui
ligure, en effet, dans plusieurs documents officiels et y devient de
plus en plus fréquent, à partir du \iv" siècle; cf. plus haut,
p. 27 î, n. a, et La voix, dans Revue archéologique, tom. cit., a 74
(détails inexacts). C'est le seul titre que leur donne lbn Batùta, I,
i5, ai, qui ne |>ouvait, comme sujet mérinide et courtisan de Fà-
ris , donner à ses rivaux un titre que celui-ci venait de prendre
voir plus loin, p. 3og.
1 Voir Zarkachi, So (91); Goldhhm, Materialien, îai; cf. plus
loin, p. 389, n. 1.
* Voir les sources citées dans CL A., I, 4i3 auiv.
19.
288 MÀKS-AVRIL 1907.
laire du titre amîr al-muminîn !. Enfin, cette descen-
dance autorisait les Hafsides à prendre , à plus forte
raison que les Mouminides , le titre généalogique ibn
al-khulafa ar-râchidîn , « fils des califes orthodoxes » ,
qui figure dans leurs documents officiels 2.
Ces derniers confirment en tout point le témoi-
gnage des auteurs. Sans aborder la discussion de tous
les cas particuliers, je me borne à signaler les plus
remarquables concordances.
Sur ses monnaies , le premier Hafside indépen-
dant, Yahyà Ier, nomme lbn Tûmart al-mahdi khali-
fat allâh ou imam al-umma al-(/aim bi-amr allait ,
suivant la tradition almohade, puis son lieutenant
<Abd al-Mu'min ibn' AU , amir al-muminin, en se con-
tentant pour lui-même du titre al-amir al-adjallf « le
très noble émir ». Les monnaies de son successeur
Muhammad Ier portent d'abord les mêmes titres,
moins la mention de cAbd al-Mu'min , premier pas
dans la suppression du califat mouminide, puis, avec
1 Voir Ibn Kiialdûn, Berbères, H, 281, et les notes de de Slanc,
à p. 282 et 293, d'où il résulte, en effet, que cette généalogie a
été inventée après Abu llafs , peut-être du temps de Muhammad ;
Zarkachi, 18, M9 (32, 271); Qairawâni, 124 (217); Amari,
Diplomi, xli\ ; Layoix , tom. cit., 2 63; Goldziher, Materialien,
108; cf. plus loin, p. 291. Sur le rôle du calife Omar dans la
littérature almohade, Goldzihkr, Materialien, 139, et ci-dessus,
p. 979, n. 1. Sur son rôle dans la tradition hafside, voir Zar-
kachi, 44 (79) : les juges almohades de Tunis étaient nommés
pour deux ans, suivant un précepte du calife Omar. Aujourd'hui
encore, la descendance d'Omar est souvent revendiquée par les
marabouts du Maroc; voir Doutté, Marabouts, 9, 20, 46.
3 Avec la variante al-umara ; voir les documents cités plus loin et
les auteurs , surtout Zarkachi , 76 (1 ^o); cf. plus haut, p. 279, n. 2, fin.
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 289
le nom et les titres du Mahdi, l'attribution des titres
califiens à lui-même : al-mustansir biUâh al-man-
sur bi-fadl allâh amir al-muminin Abu * Abdallah Mu-
kammad ibn al-umara ar-râchidin, c est-à-dire la
confirmation textuelle des auteurs, par les surnoms
imamiens, le titre califien suprême et le titre généa-
logicpie almohade ! .
Les rares inscriptions hafsides connues à ce jour
concordent avec les auteurs et les monnaies. L'in-
scription du minaret de la mosquée de la Qasba, à
Tunis, datée de 63 o, ne donne aucun titre protoco-
laire à son fondateur Yahvâ Ier, dont le nom est
suivi de ceux de son père et de son grand-père, le
chaikh Abu Hafs2. Une inscription de Constantine,
aujourd'hui détruite, datée de 793, donnait à Ah-
mad II, qui régna de 772 à 796 (1370 à 1394),
les noms et titres amîr al-muminîn Abal-Abbâs
Ahmad ibn sâdâtinâ wa-mawâlîna al-umara' ar-râchi-
m
din 3.
1 Voir Tychse*, Introductio , 128 suiv. ; Soret, Lettre à Fraehn,
56 suiv.; lettre à Dorn, II, 9; Dons, Inventaire, 65; Lavoix, clans
Hcrue archéologique, tom. cit., 2 60 suiv., et C. B. N., Il, 409
suiv.; Laje-poole, C.B. M., V, 02 suiv.; X, 11 suiv.; NCtzel,
À. M. B., II, 2i3 suiv. Ces titres figurent, avec quelques va-
riantes, sur les monnaies de leurs successeurs, sur lesquelles l'hom-
mage au Mahdi persiste jusqu'à la fin; l'innovation signalée pins
haut, p. 287, ne parait donc pas avoir été durable.
3 Voir Holdas et Basset, Epigraphie tunisienne, dans Bulletin
de correspondance africaine, 1882, i63; cf. plus haut, p. 28 1,
n. 3.
' Voir G. Mercier, Corpus des inscriptions arabes et turques
de r Algérie. Département de Constantine, n* 10. Une inscription de
Gafsa, au nom d'un Abu 'Abdallah Muhammad, fils d'Ahù 'Ahd-
290 MARS-AVKIL 1907.
Dans plusieurs traités , les premiers Hafsides Tlmâr
et cAbd al-VY âhid portent ce titre de chaikh que leur
donnent les auteurs et l'inscription de Tunis !. ^a-
hyâ Ier le porte encore au début de son règne 2, puis
il rechange contre celui d'amir, qu'il lègue à Miï-
hammad I*3. Celui-ci l'échange à son tour contre ceux
de khalifa, imam, amir al-muminin , avec les sur-
noms imamiens et le titre généalogique \ et ce pro-
tocole figure, avec de nombreuses variantes niais
sans modification essentielle , dans les traités dé ses
successeurs 5.
allâh Muhamtaad , fils d'Ahu Hafs, lui donné le titré omit al-UMmà
al-islàmiyya; E. Mercier, dans Notices et mémoires de la So-
ciété archéologique du département de Constantine , 1882, 191 suiv.,
attribue ce texte non daté à Muhammad IV, qui régna de clliu 1-
hidjdja 837 à «a far 839 (i434 à i435).
1 Voir le» traités de i23o à 1261, où ils sont appelés tous les
deux senex , senior ou vetulus = cliaikh, dans Tafkl et Thomas, Dr-
kunden zur llandels- und Staatsgeschichte der Republik Venediu , II,
3oo, 45 1; Amaai, Diplomi. 292 suiv., 473; de Mas-Latrie, Trrti-
tés, II , 3 1 , i53, 199; cf. plus haut, p. 284, n. 3, et 289, n. 2.
f En 628 (i*3i), d*après de Mas-Latrie, Traités, H, i53, si
cette attribution est exacte.
s Voir les traités de la même époque publiés par de Sàcy, dans
Notices et extraits, XI, 22; Tapel et Thomas, loc. cit.; Amiri,
Diplomi, xliv et loc. cit.; de Mas-Latrie, Traités, 1, 77, n. 3;
II, 3i, 32, 116, 118 suiv. , 199 [dominas, mir Busacharin, mir
Roabdile et variantes).
* Voir les traités de 1264 à 1273 publiés par de Sacy, dans
Mémoires de l'Académie des inscriptions, nouvelle série, I\, 463;
Tapel et Thomas, Lrkunden, III, 118; Amaai, Diplomi, 296; de
Mas-L\trie, Traités, II, 43, 93, 122 suiv., i58, *?o3, 281 (titres
arabes et califfo, elmiram mommini, miramamoni A ho Abdale ehno-
lomera rasidin et variantes).
1 Voir, par exemple, Amari, Diplomi. 86, 98, 112, n5, i*3,
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 291
En6n , nous possédons le protocole des Hafsides
à la chancellerie du Caire . sous les sultans Mamlouks.
Voici ce qu'en dit un auteur du milieu du xiv* siècle ,
assurément bien informé, puisqu'il fut secrétaire à
cette chancellerie et qu'il connaissait à fond la diplo-
matique de son temps ' : « Le maître de la province
d'Afrique (Ifriqiyya) est le roi de Tunis, qui ne pré-
tend à rien moins qu'au califat et qui porte les titres
califiens et se fait appeler amir al-maminin dans ses
Etats2. Il prétend descendre de Ternir des croyants
Omar ibn al-Khattâb. Ce fait est contesté par
certains généalogistes. Il y en a qui le font des-
cendre des enfants de 'Adivv, fils de KaT) 3 , de la
tribu iraht) d'Omar, et non des enfants d'Omar lui-
même. D'autres disent : Non , il descend des Hin-
tàtas. qui n'ont rien de commun avec les tribus
arabes; ce sont les Hafsides, descendants d'Abù Hafs,
l'un des dix compagnons d'Ibn Tùmart; ce sont
les survivants des Almohades, puisqu'lbn Tùmart
a établi ceux-ci pour ses compagnons et que l'empire
i3-j, toi. 169, 3o3; Xanii ricordi. 6u, 76. t. ar. 20, 3o; DE
M \5-L \TRtE , Traités . II. 4g, 55, 71, 1 2 5 suit. , "1 J 5 ' signor di
ratkalochi , 187, 911. 5 16, 232. 137 [rex credentium), *kk ,
2DO, 186, 292 amiramurlrmin , 296. 3o3 Jill deis rtys agré-
ent* = ar-richâd? . , 3ol> x/ill deis almirs raxendins = rdchidin 1 ,
3i8 suir.. 3i5. 355, 36 1 suiv., sans citer les nombreux passages
où ces titres se mêlent 00 font plare. avec le temps, à des
titres sultaniens et rovaux.
1 Voir Ourâii AD-ois T MAM, Tarif, éd. Caire i3i2 H.,2^saiv.
5 Sur le sens de ces derniers mots, voir la fin de ce paragraphe.
J Ancêtre commun de Mahomet. d'Omar et de tous les califes
d'Orient; voir Wistksfeld, Genealoyisrhe Tabdlem, passim.
292 MARS-AVRIL 1907.
des Almohades ne subsiste que dans ces Hafsides l.
Leur royaume s'étend d'Alger, à l'ouest, jusqu'à cAqa-
bat Barqa , qui sépare Tripoli de Bai qa ; voilà leur
frontière orientale extrême. Il est limité au nord
par la mer et au sud par les confins extrêmes du
Djarîd2. . . Tel est, en principe, l'empire des rois
de l'Ouest, pris d'une manière absolue; car en réalité,
leur force s'est affaiblie par la puissance du sultan méri-
nide leur voisin \ par les dissensions de leurs sujets
à leur égard, enfin par l'intrusion des Arabes no-
mades dans les affaires du gouvernement. Le sou-
verain actuel s'appelle, de ses noms et surnoms,
Abu Yahyâ Abu Bakr al-Mutawakkil ala Allah. »
Suit le protocole employé par la chancellerie du
Caire pour écrire à ce souverain, morceau de style
égyptien , dans lequel je me borne à relever une allur
sion discrète à l'imamat coraichite des Hafsides, ma-
1 Telle était sans doute l'opinion de ceux qui, dédaignant une
fiction généalogique à laquelle ils ne pouvaient ajouter foi, préfé-
raient asseoir les prétentions hafsides sur le seul rôle joué par
cette famille dans le mouvement almohade. Sur la prétendue ori-
gine arabe des Hafsides, voir plus haut, p. 287.
* Littéralement des pays du Djarîd et de la terre marécageuse,
A*.l£~Jl J»;^lj ^v.r^ ^^?- H s'agit évidemment du Cliott el-Djerid
et des marécages de cette région, que Bakri, éd. de Slane, 48,
1. 2 et 6, et /|Q, 1. 7 (trad. 116, 119). désigne par les mêmes
termes ard sawwàkha. 'Umari ajoute encore : «jusqu'à l'endroit où
l'on dit que se trouve remplacement de la ville appelée Madi-
nat. . . ». Le nom est en hlanc dans le texte; il s'agit sans doute
d'une ville ancienne, telle que Madinat al-qadîma, prés de Fe-
riana, Tunisie.
-1 Sur les événements auxquels ces mots font allusion , voir plus
loin, p. 297 suiv.
•■a> .; ~
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 293
kân al-imdma al-qurachiyya, et le titre amîr al-musli-
min. Ce dernier détail est significatif : en opposant
ce titre aux prétentions califiennes des Hafsides,
Xmari laisse entendre clairement que la chancelle-
rie du Caire, inféodée au califat abbasside d'Egypte,
base de toute la politique des Mamlouks, ne pouvait
reconnaître le califat des Hafsides, c'est-à-dire, en
termes diplomatiques, quelle les appelait amîr al-
muslimin, le seul amir cd-mnminin, pour elle, étant
le calife du Caire. C'est pour la même raison qu'il
a dit plus haut, avec quelque ironie : « Le roi de Tu-
nis porte les titres califiens et se fait appeler amîr
al-muminin, du moins dans ses Etats. »
Successeurs des Mouminides et légataires des tra-
ditions almohades, les Hafsides étaient loin d'avoir
hérité de tout leur empire. L'Espagne était perdue
pour toujours et dans l'Ouest africain grandissaient
deux nouveaux royaumes berbères, fondés par les
Mérinides au Maroc et par les Ziyanides à Tlemcen.
Mais aucun Etat berbère ne pouvant vivre en paix
avec ses voisins , l'histoire de ces trois dynasties sera
celle des efforts tentés par chacune d'elles pour do-
miner les deux autres.
Bien que les Mérinides fussent nés dans le berceau
des Almohades, autour de Fes et de Maroc, ils ne
pouvaient prétendre a la suprématie sur les Hafsides.
Ceux-ci avaient pour eux, on l'a vu, le prestige de
294 MARS-AVRIL 1907.
leur ancêtre Abu Hafs, le bras droit des Moumi-
nides, et les Mérinides n avaient personne à lui com-
parer, eux qui avaient commencé par combattre
cAbd al-Mumin, puis s'étaient élevés sur les ruines
de sa dynastie1. D ailleurs, quand Abu Yahyâ Abu
Bakr fonda la dynastie mérinide, en 64a, les Haf-
sides étaient déjà solidement installés comme succes-
seurs des Mouminides. Ne pouvant songer à le
combattre , occupé qu'il était à conquérir le Maroc ,
Abu Bakr dut reconnaître le califat du Hafside Yah-
yîi I#r. Ce fait important, attesté par les meilleurs
auteurs, est le point de départ des relations entre
Mérinides et Hafsides; longtemps, les premiers ac-
ceptèrent la suprématie des seconds 2.
Mais on sait qu'en Occident, le pouvoir temporel
ne va pas sans un prestige spirituel. Une fois isla-
misés, les chefs mérinides allaient fatalement deve-
nir, en quelque sorte, les califes de leurs sujets. De
ce qui précède , on pourrait déjà conclure qu'au point
1 Voir lbn Abî Zar\ 188 (402) suiv.; Ibn Khaldun, Berbères,
ÏV, 27 suiv., 8a suiv.; Qairawâni, 137 (2 44) suiv.; Slâwi, II,
1 suiv., i4, 21 et passim; Mercier, Histoire de l'Afrique, II,
i58 suiv.
1 Sur la reconnaissance des Hafsides Yahyâ Ier et Muhammad Ier
par les premiers Mérinides et l'échange d'ambassades entre les
deux États, voir Ibn Khaldun, Berbères, II, 3i5, 337, 346; 111,
3/17, 364; IV, 34, 39, 52 à 54, i48 suiv. et passim; Zarkachi,
29 (53); Maqrîzi , dans Sultans Mamlouks, trad. Quatremire, I a,
80; Léon l'Africain, éd. Schefer, III, i36; Qairawâni, 128, i38
(224, 24.S); Slàwi, II, 6, 1.4 et passim; Amari, Diplomi, xliv;
Mercirh, Histoire de l'Afrique, II, 162 à 172, 201. En qualité
d'historiographe des premiers Mérinides, lbn Abî Zar* ne fait pas
mention de leur hommage aux Hafsides.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 205
de vue diplomatique, ne pouvant prétendre au titre
éminent amîr atma'minîn, les Mérinides prendront
un titre sub-califien , si l'on me passe cette expression ,
et que ce litre sera amîr at-mustimin , celui des Alnio-
ravides, des Nasrides, des Houdides, bref de toutes
les dynasties reconnaissant la suzeraineté d'un amîr
al-ma'minîn. En effet , à partir de Ya'quh , les auteurs
appellent les Mérinides amîr al-muslimin ' et, comme
1 Uni Abi Zar' donne aux premiers Mérinides le seul titre amîr;
à partir de Ya'qAb, monté «ur le trône en 656 , il leur donne les
litres a. at-majlimtn , khattfa et les surnoms iwamiens; en outre,
il donne le titre imâm au Mérinide régnant auquel il dédie son
livre, tithniân II, monté sur le trône en 710; voir 9 (1) suiv.,
i8ij ■' 'io,S a fin. Ne pouvant citer les très nombreux passages
relatifs à ces titres, je me borne a répéter que la traduction de
lleaumier est ici tans valeur; le leste de Tornberg, bien qu'incom-
parablement plus correct, n'est pas lui-même exempt de toute
erreur. Ces fautes sont imputables, non i l'éditeur, mais sans
doute aux copiâtes des manuscrits, car j'ai constaté que le manu-
scrit de Munich n* iio donne indifféremment les déni titres ans
Almnravidei, aui Almohades et aux Mérinides.
lai Khsldu*. Btrbèrei. IV. 33 suiv.. 45 suiv., appelle Abu
BakronuVet Ya'qûb et ses successeurs milan. Sous sa plume, ce
dernier titre est à peu près l'équivalent des titres calinen*. qu'il
n'emploie qu'a ter réserve, vu ses relations, constantes et parfois
tendues, avec plusieurs souverains des deux dynasties rivales; tou-
tefois, il appelle aussi Ya'qûh et Yûsuf o. iil-miatimfo . par exemple,
IV, 7i sui... 80 suiv!. no.
Dana le fragment publié par Doiy, dans J. ai., mai i844,
388 suiv., Ibn al-Ahmar appelle aussi Abu Bakr a.nfr et Ya'qûb et
lallAn et a. al-mmlimin . sauf Fâris, auquel il donne,
le titre a. ai-ma'minln ; voir plus haut. p. th?. ,
as loin. p. 3*8, n. 4. En revanche, dans la tiaada ,
res partissent employés indilfë rem ment; voir plus haut,
, l'historiographe des Ilafsidrs, nomme rarement les
296 MARS-AVRIL 190 7.
de juste, ils leur forgent une généalogie arabe !. I^es
documents officiels , assez rares il est vrai , que nous
connaissons à ce jour s'accordent sur ce point et
montrent quà partir de ^acqûb, ce titre est bien, en
diplomatique , celui des Mérinides 2.
Mérinides et toujours sans titre, sauf p. 29 (53), où il appelle
Ya'qùb amir tout court, sans doute par une réserve politique. On
voit à quel point il faut se défier des termes diplomatiques em-
ployés par des auteurs intéressés. Qairawâni dit que les Mérinides
s'appelaient a. al-muslimin , comme les Almoravides; ainsi, p. 96,
153, i38 (i63, 51 5, q 4 5 v: , avec quelques confusions entre les
deux titres, soit dans la seule traduction française (ai5*, soit
aussi dans le texte de Tunis 96 . Enfin Slâwi dit aussi al-amir
Abu Bakr et as-sultân Ya'qùb; voir H, 10 et passim.
1 Voir Ibn Abî Xar\ i8i ^97 ;. Ibn Rbaldùn, qui sait ce que
valent ces généalogies , paraît avoir dédaigné d'en parler à propos
des Mérinides; voir Berbères, III, 3oa; IV, 25; cf. Slàwi, II, s.
* La numismatique n est pas très concluante à cet égard. Dans
C. B. X., II, 'i4o, Lavoix attribue à 'L'tbmân Ier une monnaie non
datée, frappée à Fes, au titre a. al-muslimin , que rien n empêche,
il me semble, d'attribuer plutôt, précisément à cause de ce titre,
à Tthmân II, comme les monnaies publiées par Lavoix, 443 suiv. ,
et par Laxe-Poolk , C. B, M., X , 1 3 suiv. Il est vrai qu'une de
ces dernières porte le surnom al-Mustansir billâh, alors que 'Uth-
mân II , d'après Ibn Abi Zar\ s'appelait as-Sa'id bi-fadl allàh. Mais
on sait qu'un même souverain portait souvent deux surnoms ima-
miens; d'ailleurs, il y a eu un 'Uthmân III. l'Abu Sa'id des
listes monétaires (811 à 819';, celui auquel la Rauda est dédiée,
d'après Brockelmami , Geschirhte (1er nrnbischen Litteratur, II, s4i.
Sur une monnaie aux titres califiens attribuée au Mérinide Abu
Bakr, voir plus loin, p. 317, n. 3.
Lepigraphie est plus positive. L'épi taphe de Yùsuf à CbeUa
'mort en 706) l'appelle a. al-muslimin et donne le même titre à
son père Ya'qûb; voir le texte dans Rieu, Supplément to the Cata-
logue ofthe Arabie mss. in the British Muséum , n° 6o5 , et la traduction
de Tissot, dans Bulletin de la Société de aéotjraphie de Paris , 1876 %
II, 269 suiv. L'inscription du minaret de Mansoura, datée de 706,
TITRES CAL1F1ENS D OCCIDENT. 297
Parmi ces premiers Mérinides, il en est un. Su-
laimân. qulbn Abi Zar appelle amir al-muslimin l .
connut* l»*s autres, mais qui porte officiellement le
titre amir al-muminin. Ce titre figure sur quelques
monnaies émises conjointement par Sulaimàn et par
le Xasride Muliaminad III . c est-à-dire dans la courte
période du 28 juillet i3oS au \!\ mars i3og, du-
rant laquelle ces deux souverains régnèrent simul-
tanément. Les légendes de ces pièces, frappées à la
donne le m^rae titre à Yûsuf; \oir Brosseiard, dans Itérât afri-
'.aine, 1809. 335: Mil&ru*. Monuments de TUmcen. 198. Enfin,
il est donné à Y'a'qùb et â Tthman 11 dan* plusieurs inscriptions
de leurs descendants et successeurs 'Ali et Fâris. citées pins haut,
p. 25 i sui%.. et plus loin. p. 3o3. n. 3.
Bien que moins précise qiirr 1 épi graphie. la diplomatique con-
duit au mêmes conclusions. Lne lettre de Ya'qûb à Alphonse X
de Ca- tille, datée de 68 1 1282 et publiée par de Sacy dans Mé-
moire de f Académie des in*rription$ , 1\. .J8J, et DE MjlS-Latiie,
Traiiêt . II, 96, ne donne pas de titre califien â Ya'qùb. Mais dans
un traiU- du même a\ec Jacques V* d'Aragon, daté de 1374 et
publié par de Mas- La trie, II. 385, on l'appelle Aben Abu Juceff
mirnmomtUi. Bien que ce mot ressemble plutôt â a. al-mmmùUn , ce
dernier titre semble hors de question, puisque Ya'qûb, vassal des
Hafsides, n'a pu. en aucun cas. le porter: il faut donc le lire a.
al- masiimin. Dans on document de i3o3. son fils ^ ûsuf est appelé
correctement amir amailami; op. cit., 391. Enfin, Ya'qûb et Tth-
màn II portent le même titre dans le texte arabe d'an traité et
d'une lettre de Ali et d'un traité de Fâris documents cités plus
haut. p. 2 53, et plus loin. p. 3o3. n. 3 â la fin.
Ainsi. l'épi?raphie et la diplomatique, â défaut de sources mo-
nétaires précises . s'accordent pour faire remonter â YVqûh le titre
a. al-masHmin. 11 est vrai qu'on n'\ trouve aucune mention de ses
frères et prédécesseurs , mais quand elles nomment leur père 'Abd
al-Haqq, c'est toujours sans aucun titre.
1 Non seulement chez Beaumir, mais aossi dans le texte de
Tornbersr, 371 suit.
298 MARS-AVRIL 1907.
suite dune alliance racontée par Ibn Khaldûn,
donnent au Mérinide le titre amir al-mu'minin et
au Nasride, le titre amîr al-îtwslimîn].
Si la théorie que j appliquerai tout à l'heure à
Fàris est exacte, on doit trouver, dans l'histoire de
Sulaimàn, quelque, événement politique permettant
d'interpréter ce titre comme une première tentative
mérinide d'usurper le califat éminent des Hafsides.
Sans pouvoir indiquer aucun fait précis, je voudrais
suggérer quelques rapprochements qui prépareront
le lecteur à comprendre le cas de Fàris. Ainsi , nous
savons qu'à la suite de ses victoires sur les Ziyanides,
Yityuf, le père de Sulaimàn, avait conquis un pres-
tige d'autant plus grand que le califat hafside venait
précisément de se partager en deux moitiés. Dès lors,
en effet, les deux califes de Tunis et de Bougie bri-
guaient son amitié par des ambassades et des cadeaux2.
1 Voir lbn Abî Zar\ %^ î ( 554 ) suiv. ; Ibk Khaldû* , Herhères , IV,
179; Slàwi, II, {7; MutciEn, Histoire de l'Afrique. II, 35a suiv.;
Lavoix, (]. B. N.. II, \\i suiv.; Lark-Poolb, Catalogue...
Cmro, 339. D'autre part, une lettre de Jacques II d'Aragon à
Sulaimàn, datée de i3og et publiée par db Mas-Latrib, Traités,
H, 397, l'appelle miranwmelin, c'est-à-dirt; probablement a. al-mu1-
minin. bien que plus haut, p. 396, n. 3, on ait vu miramomelli =
a. al-muslimin; je ne connais pas d'acte original arabe de Su-
laimàn.
9 Sur la suite de ces événements et sur les ambassades hafrides
et égyptienne» au Maroc, depuis Ya'qub, voir Tidjâni, trad. Root-
seau, dans J. as.. 4* série, XX, 63; Ibn KiiALDÔif, Berbères, II,
399 à ^38; III, 368 suiv.; IV, Sa suiv., 148 sui?.; Yahyâ ibn
Khaldùn, I, 119 (161) suiv.; Zarkacbi, 45 (81) et passé* ; Qaira-
wâni, i45 (357, avec une grosse erreur de chronologie); Maqrîxi,
dans Sultans Mamlouks, Il b, i46, 953; Slâwi, II, i4, 39 suiv.;
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 299
Ainsi devenu, de fait sinon de droit, le premier sou-
verain de l'Afrique mineure, il semble que ^usufeùt
pu prétendre à un titre qu'en politique avisé , sans
doute, il se contenta de préparer à ses successeurs;
en effet , tous les documents connus à ce jour l'ap-
pellent, comme son père Ya'qûb, amir al-muslimin !.
Cette hypothèse paraîtra plus plausible si j'ajoute
qu'en yo5 (i3o6), peu de temps avant sa mort,
Yûsuf reçut l'hommage du gouvernement chérifien
de la Mecque , lequel , on s'en souvient, avait reconnu
le Hafside Muhammad Ier, à l'époque précise où
celui-ci prenait le titre amir al-mu'minîn*. Or, il
semble que cet hommage comportât, de la part des
chérifs plus encore que d'un autre gouvernement , vu
la noblesse indiscutée de leur origine, la recon-
naissance d'une suzeraineté calilienne 3.
Dès lors , il se peut que le titre de Sulaimàn , sur
les monnaies dont j'ai parié , soit la consécration de
droit de la suprématie de fait acquise par Yûsuf à la
suite de ses victoires ; mais il est d'autant moins fa-
cile de le prouver qu'on ne possède encore aucun
document officiel de cÀmir, le fils et successeur de
^ûsui, qui régna deux ans, entre son père et son
frère Sulaimàn.
Peut-être aussi ce titre est-il en rapport avec l'al-
Wkil, Geschichte der Chalifen. IV, 338; Mercier, Histoire de
t Afrique, II, 2a6 suiv. , surtout 2 43.
1 Voir plus haut, p. 396, n. 2.
2 Voir plus haut, p. 386.
3 Voir Ibn Khaldô* , Berbères, IV, i54; SUwi, II, h 1; Win.,
Geschichte der Chalifen, IV, 3i2 , o. s.
-ji
300 MARS AVRIL 1907.
liance conclue entre Sulaimân et le Nasride Muham-
a'
niad 111, a la suite d'une guerre dans laquelle Amir,
le frère et le prédécesseur de Sulaimân, lut, en
somme, le vainqueur. Les monnaies qui commé-
morent cette alliance donnant au Mérinide le titre
amir al-muminîn et au Nasride, le titre amir al-rnasli-
mîn, il se peut que le second ait reconnu la suzerai-
neté du premier l et que celui-ci ait saisi ce prétexte
pour prendre le titre éminent des califes. On sent
bien que cet échec au califat hafside était dès lors le
but de la politique mérinide, et ce moyen détourné
d'y parvenir n'est que trop naturel chez un souve-
rain de ce pays et de ce temps. Mais encore une fois,
aucun fait positif ne m autorise à donner cette expli-
cation pour autre chose qu une hypothèse plausible 2.
H semble que 'Uthmân II n'imita point la tentative
de Sulaimân, puisque les documents officiels, on Ta
vu, l'appellent amir al-iniislimin*. Il est vrai que le
1 On sait que depuis la mort du dernier calife de Bagdad , suze-
rain nominal du premier Nasride, les successeurs de celui-ci s'ap-
puyaient volontiers sur les Mérinides , dans leur lutte inégale contre
les chrétiens d'Espagne.
2 Rappelons à ce propos que d'après Slâwi, II, i4, 1- 20, et
3q, 1. 22, la suzeraineté hafside avait été secouée déjà par le
Mérinide Wqùb, après ses victoires au Maroc, et qu'après la
prise de Tlemcen , son fils Yusuf , recherché par les deux Ilafsides
rivaux, était de fait le premier souverain de l'Afrique : uJLlI JUU
3 Voir plus haut, p. 296, n. 2, et plus loin p. 3o3, n. 3. Ces docu-
ments sont si nombreux et si positifs, puisqu'il s'agit de textes ori-
ginaux arabes, que l'attribution à 'Uthmân 11 d'une monnaie non
datée, au nom d'Abù Sa'îd UUimân n. nl-nm'minin parait douteuse;
TITRES CALIF1ENS D'OCCIDENT. 301
début de son règne fut troublé par des rivalités de
famille et des querelles intestines. Mais un événe-
ment allait lui fournir l'occasion de préparer une
nouvelle tentative califienne. En y3o (i33o), le
Hafside de Tunis , Abu Bakr II , vaincu par les Ziya-
nides , dépouillé par eux de sa capitale et réfugié à
Bougie, implora l'assistance du Mérinide, qui s'em-
pressa de conclure avec lui un traité sur la base d'une
alliance contre Tleincen. Voilà ce que le Mérinide
donnait au Hafside; voici maintenant ce qu'il en
tirait pour lui-même. Les envoyés hafsides qui rap-
portèrent le traité à leur maître étaient accompagnés
par deux agents mérinides chargés de négocier un
mariage entre Abu 1-Hasan 'Ali, le fils du Méri-
nide. et une fille d'Abû Bakr. La princesse hafside
fut reçue au Maroc avec une magnificence inouïe,
sous laquelle on devine . du côté mérinide , une joie
à peine dissimulée de ce beau succès diplomatique.
La fiancée n'était pas arrivée à Fes que 'Uthmân II
succombait; son fils 'Ali fut immédiatement pro-
clamé , puis marié \.
Ainsi , son alliance avec la fille d'un amir al-mami-
voir Sobkt, Lettre à Bartholomae , i858, II, 10. Si la lecture de
Soret est exacte, sa monnaie appartient peut-être à Ttbmân III.
En effet, MM. W. Marrais et Bel m'écrivent que les deux manu-
scrits Alger, n* 1737', et Tlemcen, n* sa, de la Raada , dédiée
à Tthmân III, l'appellent a. al-miïminin dans la dédicace, rédigée
peut-être, sous ce rapport, avec plus de soin que le reste de l'ou-
vrage; cf. plus haut, p. 2 02 , n. 1, et 295 v n. 1.
1 Voir Ib* Khaldûx , Berbères, II, 472 suiv.;IU, 407 suiv. ; IV ,
209 suiv.; Zarka^hi, 55 '100' suiv.; Slàwi, H, 56 suiv.; Matera,
Histoire de t Afrique, II, 277.
IX. 20
ni»
302 MARS-AVRIL 1007,
nîn valait au nouveau Mérinide un prestige qu'allait
rehausser le succès de ses armes *. De son beau-père ,
il accueille dès lors non des ordres , mais des prières 2.
Il envoie des ambassades au sultan d'Egypte et des
cadeaux aux villes saintes 3. En 7 k 7 ( 1 3 46 ) s un nou-
veau mariage avec une autre fille d'Abû Bakr ' allait
resserrer ces liens de parenté , quand la mort de celui-
ci vint donner enfin au Mérinide l'occasion de recueil-
lir les fruits de sa politique6»
Si l'on voulait encore une preuve de la suprématie
qu'il avait acquise, on la trouverait dans un auteur
à coup sûr impartial entre Hufsides et Mérinides.
Dans le livre que j'ai déjà cité , Ghihâb ad-dîn cUmari ,
secrétaire à la chancellerie du Caire, parle ainsi de
ces derniers, vers Tannée 7/ii6 : «Le Mérinide,
maître du Maroc 7, est le sultan Abu 1-Hasan cAlî ,
1 Défaite de son frère rival, prise de Gibraltar et de Tlemced;
voir Ibn Khaldun , Berbères , III , 409 suiv. ; IV, 212 suiv» \ Yahyâ ibn
Khaldûn,i3g (187) suiv.; Tanasi, trad. Barges, 52 suiv.; Zar-
kachi, 59 (108) suiv.; Slâwi, II, hj suiv.; BaRges, Complément de
l'histoire des Beni-Zeiyan , 7 1 suiv. ; Merc(£R , Histoire de l'Afrique ,
II « a 77 suiv.
2 Par exemple, Ibn Khaldun, Berbères, IV, 219, 238.
3 Voir Ibn Khaldun, Berbères, IV, 2^9 suiv.; Slâwi, II, 61
à 68 suiv.; Mkrgibr, Histoire de l'Afrique, II, 387 suiv.
4 A la suite de la mort de la première, tuée par les chrétiens à
Tarifa; voir Ibn Khaldun, Berbères» IV, 1 33; Zarkachi, 6) (n3);
Slâwi, II, 66; Mbrgikk, Histoire de l'Afrique, II, 286.
4 Voir Ibn Khaldun, Berbères, IV, a45; Zarkachi, 64 (116)
suiv.; Slàwi, II, 76; MkRcïeA, Histoire de l'Afrique, II, 189 suiv.
0 Sur cette date, voir plus loin, p. 3 10 suiv. et notes.
7 Le texte porte sâhib barr al-'idwa; sur la vocalisation de ce
dernier mot , voir Dozy , Supplément , s, t«.
TITRES CAL1F1ENS D'OCCIDENT. 303
fils de '(Jthmân, des Banû cAbd al-Haqq, qui sont
des Banû Marin , qui sont des Berbères. Ces Banû
Marin sont devenus rois après les Almohades ... Le
roi de l'Andalousie lui a promis obéissance et le mi
de Tunisie lui a fait sa soumission et lui a offert sa fdle
en mariage ... Ce Mérinide est aujourd'hui le ivi des
mis de l'Occident1. »
Ainsi, 'Umari proclame qu'à la suite de son mariage
cAli est devenu le premier souverain de l'Afrique et
de l'Espagne musulmane. Mais, pour consacrer en
droit public cette situation de fait , il eût fallu que le
Mérinide arrachât à son beau-père le titre éminent
des califes , que ce dernier portait en vertu des tradi-
tions hafsides et almohades2. Oi\ tous les documents
s'accordent à donner à cAlî le titre héréditaire des
Mérinides , amîr al-muslimîn. A défaut de monnaies
attribuées, nous avons de lui une série d'inscriptions
et de diplômes qui sont unanimes sur ce point3. Si
1 Voir Ta'rtf, 32 ; cf. plus loin, p. 3 10.
5 Avec le titre de calife, les surnoms imamiens et le titre généa-
logique, comme tous les Hafsides. Pour ses monnaies, voir Lavoix,
C.B.N. , II, 4 to suiv. ; Lahb-Poolb , C. B. M», X, 1 a; pour ses diplômes ,
de Mas-Latrie, Traités, II, 3 18 suiv. (mirabnomeni) ; cf. Zar-
kacht, 54* 65 (99* 119); Qairawàni, 1 35 (339).
3 Voici , dans Tordre chronologique , la liste de ses inscriptions
connues à ce jour. — Mosquée de Sidi Boa Medine près Tlemcen : Inscrip-
tions sur le bandeau au-dessus de Tare du portail, datée 7^9, et
sur le cavet de cet arc , sans date , toutes les deux sans titre caii-
fien ; voir Barges, Tlemcen» 397; Brosselard, dans Revue africaine,
1 859* 4o3*t Marçais, Monuments de Tlemcen, 240 suiv. et pi. XVII. —
inscriptions du vestibule derrière le portail, du mi^rab dans le
sanctuaire, et acte de fondation sur un pilier de celui-ci, donnant
toutes les trois le titre a. al-muslimin à 'Ait , à son père 'Uthmân II et à
20.
304 MARS-AVRIL 1907.
l'on veut bien en parcourir la liste, on verra que le
document authentique le plus récent au nom de cAlî ,
son grand-père Ya'qûb; le début de la dernière, qui nomme encore
'Abd al-Haqq , sans aucun titre, est reproduit à la planche ci-jointe,
d'après un cliché de ma collection. Bien qu'elles ne soient pas
datées, on peut les rapporter à l'année 739, comme la première;
voir Barges , Tlemcen , 3oo ; Brosselard , dans Revue africaine , 1869,
4o5 suiv. ; Marçais, Monuments, 245, n. 2 et 3, 25i (lire Abu
Sacîd , au lieu de Abu Ya'qûb). — Palais de Mansoura près Tlemcen :
Les chapiteaux provenant de cet édifice et conservés dans le vesti-
bule du mausolée de Sidi Bou Medine et au musée de Tlemcen ,
datés de 745 , donnent à *Alî et à son père 'Uthmân II le titre
a. al-muslimin et nomment Ya'qûb et cAbd al-Haqq sans titre; voir
Brosselard, dans Revue africaine, 1859, 337; Marçais, Monu-
ments, 208, 2 35, n. i; Musée de Tlemcen, n° 8 et pi. VI, 3.
— Medersa de Sidi Bou Medine près Tlemcen : L'inscription sous la
coupole, datée de 747, donne à 'Alî le titre a. al-muslimin, avec
celui d'imam (style libre), et nomme son père uthmân II sans titre;
voir Brosselard , dans Revue africaine, 1859, ^°^ suiv.; Marçais,
Monuments , 277. J'ai contrôlé sur place toutes ces inscriptions, sauf"
la dernière. — Cimetière de Chella, près Rbât, Maroc : L'épitaphe de
'Alî, datée de 762 , lui donne, entre autres titres, ceux de calife,
imam et a. al-muslimin, ainsi qu'à son père 'Uthmân II et à son
grand-père Ya'qûb, et nomme 'Abd al-Haqq sans titre; leite de
Saavedra, dans Boletin de laR. Academiade la historia, 1888, XII,
5o4 suiv.; traduction de Tissot, dans Bulletin de la Société de
géographie de Paris, 1876, II, 271 suiv. — L'épitaphe de sa
femme, datée de 750, l'appelle a. al-muslimin ibn al-khulafa al-
a'imma al-uzama al-aîyân ; texte de Saavedra , loc. cit. , et de Ri eu ,
Supplément to the Catalogue of the Arabie mss. in the British Mu-
séum , n° 6o5 ; traduction de Tissot , loc. cit. — Musée de Tlemcen :
Inscription non datée au nom d'Abu 1-Hasan , a. al-muslimin ; voir
Marçais, Musée de Tlemcen, n° 218, pi. XII, 3. — Medersa del-
Qsar el-Kebir : L'inscription deFâris, citée plus haut, p. 2 55, donne
le titre a. al-muslimin h 'AH, à 'Uthmân II et à Ya'qûb, et nomme
cAbd al-Haqq sans titre.
Voici d'autre part la liste des documents de chancellerie : Un
traité de i339, entre (A1I et Jacques II de Majorque, donne, dans
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 305
son épitaphe, datée de rabîc in 7 5 2 (mai 1 35 1) ,
l'appelle amîr al-maslimîn , tandis que le document
authentique ie plus ancien au nom de son fils Fâris,
Tépitaphe de sa mère, datée de radjab *]5o (sep-
tembre 1 34g), c est-à-dire de vingt mois auparavant,
appelle Fàris amîr al-muminin. Que s'est-il passé qui
puisse expliquer cette apparente anomalie d'un titre
califîen éminent pris parle fds, dès avant la mort de
son père , qui porte , jusqu'au dernier jour, un titre
sub-califien ? Pour expliquer ce fait , il suffit de rappe-
ler les derniers événements du règne d'Abu 1-Hasan.
VI
Depuis longtemps, dit Ibn Khaldûn, 'Alî avait
des vues sur la Tunisie et , sans les égards qu'il devait
à son beau-père, il aurait déjà tenté la conquête de
ce pays. A la mort d'Abû Bakr, les querelles de sue-
le texte arabe, le titre a. al-muslinUn à 'Alî, à 'Uthmân II et à
Ya'qûb, et nomme rAbd allia qq sans titre; voir Champollion et
Reinaud, Documents historiques, I, 1 12 ; de Mas-Latrie, Traités,
II, 193. Ce même titre est donné à 'Ali, en traduction espagnole
(rey de los creyentes) et en transcription (almiramuzlemin) , dans
deux documents de i344; voir de Mas- Latrie, Traités, supplé-
ment, G4, 65. Dans une lettre au sultan d'Egypte Isma'îl, datée du
26 safar 745 (9 juillet i344) et rédigée à la chancellerie mérinide,
le protocole de CA1Î est tout à fait conforme, en ce qui concerne
les titres califiens, à tous les documents arabes cités jusqu'ici , c'est-
à-dire qu'il donne le titre a. al-muslimin à 'Alî, à 'Uthmân II et à
Ya'qûb, et nomme 'Abd al-Haqq sans titre; voir Slàwi, II, 68.
Dans un traité de i358, entre Fàris et la ville de Pise, 'Alî, son
père et son grand-père sont appelés aussi a. al-muslimin; voir A mari,
Dijiiomi, appendice, 1 ; cf. plus haut, p. 2 53, n. 1, et 296, n. 2, fin.
300 MARS-AVRIL 1907.
cession soulevées par ses fils lui fournirent le prétexte
qu'il attendait pour intervenir en Tunisie. Ce pré-
texte, c'était de punir TJmar, un fils d'Abû Bakr, qui
s'était emparé du trône en faisant périr son frère
Ahmad, désigné par leur père comme son héritier,
avec l'approbation et la signature du Mérinide *A/iJ.
Ainsi, détail bien significatif, le Hafside, suzerain de
droit, consultait le Mérinide , suzerain de fait, sur
lacté le plus important de sa politique intérieure , le
choix d'un successeur.
En mars 1 3^7 , cAlî quitte le Maroc à la tôte de
son armée et confie la régence de Tlemcen à son
fils Abu Inân Fâris. Après avoir pris Bougie et Con-
stantine et reçu la tête du prétendant cUmar, qui lui
av ait fourni son casus belli , cAli fait son entrée à Tunis ,
en septembre 1 3^7 , et le 18, il reçoit l'hommage
officiel de sa nouvelle capitale. Dès lors, il est le sou-
verain du royaume hafside et ne songe plus qu'à
consolider sa conquête, quand des tribus arabes,
mécontentes du nouveau régime, s'avisent de lui op-
poser, comme prétendant au califat, un obscur reje-
ton de la famille mouminide8; cet incident marque
1 Sur ce prétexte et la campagne de Tunisie, voir Ibn Khaldûn,
Berbères, III, a6 suiv.; IV, a«6 suiv. , surtout 268, où l'on voit bien
que 'Ali voulait prendre la Tunisie pour lui-même, et non pour la
rendre au prétendant hafside de son choix; Prolégomènes, I, xxvii
suiv.; Yahyà ibn Khaldûn, 1, i/M (192) suiv.; Ibn Qunfudb, dans
J. as., V série, XX, 225 suiv. ; Zarkachi , 67 (ia3) suiv., i53
(276); Qairawàni, i36 (241) suiv.; Slàwi, H, 75 suiv.; Mbrcikr,
Histoire de f Afrique, II, 290 suiv.
' Ibn kuALDÛN, Berbères, III, 33 suiv., dit qu'on lui remit les
emblèmes de la souveraineté, parmi lesquels figurait sans doute le
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 307
le début des désastres du Mérinicle. Vaincu par les
rebelles à Kuirouan, en avril 1 348, CAJÎ se fortifie à
Tunis et parvient à les contenir ; mais la réaction haf-
side lui enlève Constantine, Bône et Bougie, et des
événements autrement graves allaient le rappeler
précipitamment en Occident.
L'émir Fâris , gouverneur du Magreb central en
1 absence de son père, vit arriver à Tlemcen des
échappés du désastre de Kairouan , qui lui racontèrent
que celui-ci avait perdu la vie dans le combat. Il crut
ou feignit de croire à des récits qui servaient si bien
son ambition ] et se fit proclamer à Tlemcen , en
juin 1 348 9, puis marcha en toute hâte sur Fes, que
lui disputait un rival ; bientôt Fàris fut maître de tout
l'empire mérinide. C'est alors que son père, enfermé
dans Tunis avec quelques partisans fidèles, dépouillé
tout à la fois du Maroo par son fils, de Tlemcen
par les Ziyanides restaurés et de la Tunisie par de
nouveaux prétendants hafsides, résolut de tenter
titre a. al-mu'minin. Zarkachi, 70 (128), l'appelle le dernier calife
mouminide, et Qairawàni, i3g, 1, 1 (246), dit qu'il fut élevé au
califat; cf. Slàwi, II, 77 suiv.
1 Abu 'Inân, dit Ibn Khaldun, était rempli d'ambitioq; Berbères,
IV, 327.
5 Voir Ijw Kh^pûh , Berbèr§st III, 38 iuiv., 44 m IV, »7^ iuiv, \
Yabyà ibn Khaldùn, i46 (194); Ion Qcnfudh, tom. cit., 226»
Zarkachi, 71 (i3o); Qairawàni, 139 (247); Slàwi, II, 80 ;
Mbrgikr, Histoire de l'Afrique . II, 296. Le premier de ces chroni-
queurs semble préoccupé d«* décharger Fàris, en montrant qu'il
croyait de bonne foi à la mort de son père; mais on connaît par
son autobiographie les rapports personnels qu'il avait eus avec ce
prince, dont il a peut-être voulu ménager la mémoire.
308 MAKS-AVRIL 1907.
un dernier coup la fortune. Il s'embarque en dé-
cembre 1 3^9 , fait naufrage et débarque à Alger,
presque seul, dépouillé de tout, sans autre ressource
qu'une indomptable énergie. H rassemble à la hâte
une armée. Vaincu près d'Alger par les troupes de
Fâris, il voit mourir à ses côtés le dernier fils resté
fidèle à sa cause; il se sauve à travers la Mitidja , puis
dans l'Atlas, et pâment à grand'peineà Sidjilmâsa.
Poursuivi par son fils , il réussit à rentrer à Marrakech ,
puis battu près de cette ville, en mai i35o, il s'en-
fuit dans la montagne , où Fâris le harcèle , l'atteint
et l'oblige à abdiquer en sa faveur1. C'est là qu'il mou-
rut, en mai 1 35 12; Fâris fit transporter son corps à
Marrakech, puis à Chella, dans la nécropole royale,
où se lit encore son épitaphe.
Le récit dramatique et fidèle d'ibn Khaidûn , qui
se trouvait alors à Tunis , fait bien comprendre ce
qui s'est passé. Maître de la Tunisie, héritier des
Hafsides, cAlî allait prendre ce titre amîr al-mu'minîn
qui était l'apanage des successeurs de *Abd al-Mu'min.
L'a-t-il réellement porté? Dans tous les documents,
postérieurs à la conquête de la Tunisie , dans lesquels
cAlî porte un titre califien , c'est-à-dire dans son épi-
taphe à Chella et dans les inscriptions et traités de
Fâris, ce titre, on l'a déjà dit, est invariablement
1 Voir Ibw Khàldûn , Berbères, M , 434 ; IV. 29 1 suiv. ; Yahyâ ibn
Khaidûn, i55 (ao5) suiv.; Zarkachi, 74 (i36) suiv., Slàwi, II,
83 suiv.; Mercier, Histoire de l'Afrique, II, 3oo suiv.
* D'après son épitaphe, citée plus haut; voir la discussion de
celte date dans Saavkdra , loc. cit.
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 309
amîr al-muslimin. Il est vrai que ces témoignages ne
sont pas absolument sûrs, puisqu'ils procèdent tous
de la chancellerie de Fâris, qui pouvait avoir intérêt
à ne pas laisser donner à son père , même rétrospec-
tivement , le titre amîr al-muminîn. H y a encore un
témoignage concordant qu'on pourrait considérer, à
première vue , comme définitif, puisque c'est celui
d un témoin oculaire. Ibn Batûta raconte qu'étant au
Caire en safar y5o (avril-mai 1 3 4 9 ) , il apprit la nou-
velle de l'usurpation de Fâris. Il lui donne ici,
comme ailleurs , les titres califiens , avec celui d'amîr al-
muminîn, et emploie, pour désigner son acte, des
euphémismes qui s'expliquent assez sous la plume de
ce courtisan de Fâris. Cet événement le décide à ren-
trer à Fes. Il s'embarque aussitôt et, de cabotage en
cabotage , il arrive à Tunis après beaucoup d'ennuis ,
dit-il , car cette ville était alors assiégée par les Arabes
et gouvernée par Abu 1-Hasan cAlî. Il arrivait donc au
seul moment où ce prince, assiégé dans Tunis après
le désastre de Kairouan, pouvait porter le titre émi-
nent des Hafsides, qu'il venait de renverser. Or, Ibn
Batûta lui donne, au milieu d'un long protocole, le
titre amîr al-muslimîn, qu'il donne aussi à ses ascen-
dants cUthmân II et Ya'qûb , et nomme enfin cAbd
al-Haqq, sans aucun titre1. Mais ce protocole est à la
fois si correct et si conforme à celui des inscriptions
et des traités de Fâris2, qu'il ne semble pas douteux
qu'Ibn Batûta, en bon courtisan de Fâris, ne l'ait
1 Voir Ibn Batûta, IV, 326 suiv.f 375.
2 Voir plus haut, p. 296, n. 2, et 3o3, n. 3.
310 MÀRS-AVHIL 1907.
emprunté à sa chancellerie; Si curieux qu soit, le
témoignage du voyageur, absolument conforme au
point de vue de Fâris, n'est donc, au point de vue
de cAlî , pas plus sûr que les documents officiels de
Fàris , car il est évident que si son père a pris à Tunis
le titre amîr al-mu'minîn , Ibn Batûta , dont le livre est
dédié à Fâris, devait bien se garder de le dire.
Le seul document où je trouve *Alî appelé amîr
aUmviminîn , c'est le protocole des Mérinides h. la chan-
cellerie du Caire, que Chihâb ad-dîn cUmari donne
a la suite de son morceau sur les Mérinides1. Dans
la longue série des titres de ce protocole, je relève,
après suljân et plusieurs épithètes et titres composés ,
ceux d'amîr aLmu'minîn et qâ'id aUmawatihidîn , c'est-
à-dire deux titres almohades par excellence, enfin
baqiyyat as-salaf alrkarîm, qui fait allusion aux pré-
tentions généalogiques des Mérinides. Ces titres, qui
s adressent à 'Ali lui-même, nommé expressément par
cUmari comme souverain régnant, sont d autant plus
frappants qu'un peu plus loin, l'auteur ajoute : « On
fait suivre son nom de ceux de ses ancêtres jusqu'à
*Abd al-Haqq, en donnant à chacun d'eux le titre
(tmir aUmuslimîn ». A moins dune faute de copiste, il
semble bien que le diplomate oppose intentionnelle-
ment oe titre des premiers Mérinides au titre supérieur
qu'il attribue au Mérinide régnant.
Le Tarif passe pour avoir été écrit en 7 4 1 2 ; peut-
1 Voir Tarif, a3; cf. plus haut, p. 3oa.
2 Voir liROCKELMANif , Geschichtê der arabisohen Litteratur, II, 1 4 1 ,
qui ne donne pas la source de cette information.
TITRES CALIFÏENS D'OCCIDENT. 311
être est-il de -](\<x , mais il n'est guère possible d'en
avancer encore la date1. Dès lors, on peut suggérer
deux hypothèses :
Ou bien cAlî recevait de l'Egypte, dès Tannée 7 k 1
ou *jl\i , sans doute à la suite de ses relations diplo-
matiques avec le sultan Muhammad 2, un titre qu'il
n'osait pas encore prendre officiellement dans ses
États, par égard pour son beau-père;
Ou bien le passage cité du Tarif* été retouché
plus tard, après la conquête de la Tunisie par 'AH,
hypothèse peu vraisemblable , puisque celui-ci put h
peine exercer ses droits de souveraineté hafside et
1 L'auteur donne, 83 suiv. , le protocole anonyme d'un sultan
d'Egypte désigné comme le fils du sultan décédé Muhammad. Celui-ci
étant mort un des dern iers jours de Tannée 7 4 1 , ce protocole a été rédigé
sans doute en 74*, année durant laquelle trois fils de Muhammad
occupèrent successivement le trône d'Egypte; voir Wkil, Geschichte
der Chalifen , IV, 409 suiv. D'autre part, 47 1 parlant du souverain
de Sarày, l'auteur dit que sous le règne du sultan Néfir ( Muhammad ) ,
ce prince était Uzbek-khàn et il ajoute t « Aujourd'hui , la royauté
appartient à l'un de ses enfants, Tini-bek ou Djâni-bek, plutôt au
premier, à ce que je pense.» Or Utbek, mort en 741, a eu pour
successeur Tini-bek , lequel fut remplacé la même année par Djâni-
bek; voir Hammer, Geschichte der goldenen Horde, 3o4 suiv.;
Praehn, Mùnzen... der yoldenen Horde, 6 suiv.; La ne- Pools,
C.B. M., VI, 118 suiv., et les autres sources numismatique*;
IIoworth, History of the Mongols, II a, 171 suiv,, et les sources
citées; Lane-Poole, Mohammadan dynasties , a3o. Le gouvernement
égyptien, resté en excellents termes avec celui d'Lzbek, à la suite
du mariage de Muhammad avec une princesse mongole, TImari
l'atteste lui-même dans ce passage, ne peut avoir ignoré au delà
de l'année 743 la mort de Tini-bek et l'avènement définitif de
Djâni-bek.
* Voir les sources citées plus haut, p. 3oi, n. 3.
312 MARS-AVRIL 1907.
qu'il n'eut guère le temps, occupé qu'il était de tous
côtés, de correspondre à ce sujet avec la chancellerie
du Caire.
Je me rallierais donc à la première alternative, si
elle n'était en pleine contradiction avec un autre
document fort curieux, publié par Slâwi. Bien que
cet auteur n'en donne pas la source, la correction du
style de cette pièce lui donne un air d'authenticité
qu'aucun autre indice n'autorise à révoquer en doute.
Il s'agit de la réponse du sultan d'Egypte Ismacîl à une
lettre que le sultan cAlî lui avait envoyée par une
ambassade. Datée de ramadan ylib (janvier 1 345)
et rédigée à la chancellerie du Caire, cette lettre
débute par le protocole d'Isma^l, dont les termes
parfaitement corrects, quand on les compare aux
documents égyptiens , me paraissent un sûr garant de
l'authenticité de ce qui suit , c'est-à-dire du protocole
attribué à cAlî par la chancellerie du Caire; or, ce
protocole ne renferme que des titres royaux et n'ac-
corde même pas à cAli le titre amir al-muslimîn , qu'il
donne à son père cUthmân II et à son grand-père
Yacqûb l. Cette omission ne saurait être fortuite et dès
lors il semble bien qu'il faut admettre une erreur
dans le texte de cUmari et que cAlî n'était pas reconnu
en Egypte comme amîr al~muyminin2.
1 Voir Slâwi, II, 72 suiv. La lettre de cAlî à Isma'il, publiée
par le même auteur, a été citée plus haut, p. 3o3, n. 3 à la fin.
3 On a vu plus haut, p. 293, que le gouvernement égyptien ne
pouvait sans cloute reconnaître d'autre a. al-muminin que le calife
ahhasside du Caire, pivot de sa politique.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 313
Ce titre , que la conquête de Tunis allait lui per-
mettre enfin de prendre dans toute l'Afrique, son fils
le lui arrache avec l'empire mérinide. Fàris le prit-il
du jour où il se fit proclamer à Tlemcen, au début
de Tannée 7 48? On peut le croire, puisqu'il figure
déjà dans i'épitaphe de sa mère, morte en ra-
djah 700 '. Ne l'usurpa-t-il qu'en arrachant à son père
mourant, l'année suivante, les droits de succession
au trône? C'est encore possible, car I'épitaphe de sa
mère peut avoir été rédigée plus tard, en même
temps que celle de son père, en 7 5 2. Je pencherais
vers la première hypothèse , en me demandant si le
motif secret qui poussa Fàris a faillir à ses devoirs
les plus sacrés, en trahissant son père à Tlemcen,
ne fut pas précisément la tentation de s'emparer du
titre éminent des Hafsides. Fàris était un ambitieux
sans scrupule , mais un politique avisé. Pour le pous-
ser à un acte aussi grave, politiquement pariant, il
semble bien qu'il ait fallu quelque chose de plus que
les récits des fuyards de Kairouan ; ce quelque chose,
ne fut-ce point le titre amir al-miiminin? Toujours
est-il que Fàris le portera désormais dans tous ses
actes, concurremment avec les Hafsides restaurés,
qui le reprennent à partir d'Ahmad Ier, dans leurs
1 Voir plus haut, p. 9 54. C'est sans doute par hasard que dans
son llistoria de Marruecat , 32 5, le P. Castellanos dit qu'Abù" 'Inàn se
fit proclamer a. al-mnminin à Fes , car cet historien peu précis n'a
certainement pas vu le problème qui s'attache à ce titre , puisque
plus haut, 266, il l'attribue à l'Almoravide Yûsuf ibn Tàchfîn et
à ses successeurs , propageant ainsi une erreur que j'ai déjà relevée,
plusieurs fois.
314 MAHS-AVIUL 1907.
documents officiels1. C'est ulors, et comme pour
maintenir ses prétentions au califat éminent, qu'il
entreprend à son tour cette longue campagne de
Tunisie qui devait aboutir, en 758, à un échec
devant Tunis2.
On comprendra mieux, maintenant, ce curieux
passage des Prolégomènes d'Ibn Khaldûn : « Les pre-
miers souverains mérinides ayant conservé les mœurs
de la vie nomade , suivirent l'exemple des Almora-
vides et se contentèrent du titre amir al-muslimîn. Ils
agissaient ainsi par égard pour la dignité du califat
dont ils reconnaissaient la suprématie, c'est-à-dire des
Mouminides d'abord, et ensuite, des Hafsides. Puis,
ceux qui régnèrent dans les derniers temps s'attribuèrent
le titre amîr al-mu'minîn et y prétendent encore aujour-
d'hui5» »
Dans son autobiographie, Ibn Khaldûn raconte
1 Numismatique : Lare-PoolB, C.B. M.. V, 55 suiv.; Layoi\,
C. B. N., H, 4*5 •uiv. — Diplomatique : AilARi, Diplomi, 98, 112,
u5, ia3, i5i, 169, 3o3; Dt Mas-Latrie, Traité*, 11, 55, 71,
i45, 23a, 237, 244 ♦ 25o, 345, 355 , 36 1, etc.; cf. Ibn khaldûn,
Zarkachi et Qairawâni, passim.
9 Voir Ibs KhaldO*, Berbères, III, 47 à 58, 437; IV, 295 à
3i4; Zarkachi, 79 À 84 (1 45 à 1 55); Qairawâni, 140(949) suiv.t
Siâwi, II, 90, 99 suiv.; Mercier, Histoire de l'Afrique, II, 3 10
suiv. U fut même proclamé et reconnu à Tunis dorant les deux
mois que son armée s'y maintint, sans cloute à titre de calife, bien
que la traduction française de Qairawâni, qui emploie ce ternie,
rende un peu trop précisément l'arabe bai a du texte.
3 Voir lin Khaldûk, Prolégomènes, I, 468. Dans le texte de
Boulaq, I, 192, on lit deux fois a. al-muminin, ce qui oie tout
sens à ce passage important; cf. Berbères, III, 364 suit»
TITRES C.AL1F1ENS D'OCCIDENT. 315
qu'il écrivit les Prolégomènes et Y Histoire (les Berbères
entre les années i3y5 et 13801. Ce passage a donc
été rédigé , probablement, sous le règne du Mérinide
AJiniad Ier» lequel porte de nouveau le titre amir al-
maslimîn, comme d'autres successeurs de Farts, autant
qu on peut en juger par les monnaies de ces princes.
En effet, leur attribution laisse encore à désirer, car
il règne une grande confusion de noms et de sur-
noms dans les listes monétaires des derniers Méri-
nides. Toutefois, l'attribution, à Ahmad Ier, d'une
série de pièces non datées , au nom du « serviteur
d'Allah al-Mustansir biliah Ahmad , amir al-musUmin »,
frappées à Aiemmour, Fes et Marrakech , cette attri-
bution ne saurait être douteuse, puisqu' Ahmad Ier est
le seul Mérinide de ce nom2. Il y a donc désaccord
entre l'affirmation d'Ibn Khaldûn et le témoignage
des monnaies , et il faut admettre ou que cet auteur
n'est pas tout à fait précis et étend abusivement à
tous les derniers Mérinides la tentative de Sulaimân
1 Voir Prolégomènes , I, LXVli; III, 455; WcSTesfkld, Geschicht-
sckrriber dtr Aruber, 196 à 199; P0118 BoiGCES, Ensajo bio-biblin-
grajico, 355; BaoCkKUiAiift , Geschichtê der arabise hen Litteratur,
II, a43. I*es Prolégomènes furent rédigés d'un premier jet en 1377
et retouchés plus tard.
* Voir Laxe-Poolb, C. B. M., V, 6a suiv. ; X, 20 suif.; Lifoix,
C.B.X», II, 45 1 suiv.; Demaeght, dans Bulletin de la Société de
géographie et & archéologie dOran, 1K87, a35 suiv. Ibn Kbaldun
se borne à l'appeler sultan, sans doute par prudence diplomatique;
Berbères, III, A76 suiv.; IV, 4o5 suiv.. 444 suiv. A la même
époque régnait à Marrakech un cousin d'Ahmad , l'émir ( titre
d'après Berbères. IV, 4o3 suiv.) rAbd ar-Rahmàn , auquel La voix,
C. B. AT., II, 453, attribue une monnaie non datée, au nom du
sayrid 'Abd ar-Rahmàn ibn 'Ali , sans lieu de frappe ni titre calilien.
316 MARS-AVRIL 1907.
et de Fâris , ou que les successeurs de ce dernier pré-
tendaient au titre amîr al-muminîn, sans oser l'affi-
cher sur leurs monnaies.
A côté de ces deux hypothèses , également plau-
sibles , il y en a une troisième : c'est que ce passage
d'Ibn Khaldûn a été rédigé ou retouché plus tard, à
l'époque où il achevait son grand ouvrage, et cette
supposition paraît appuyée par le fait suivant.
Quelques manuscrits de cet ouvrage renferment une
dédicace au Mérinide régnant, quelle nomme Yainir
al-muminin Abu Fâris cAbdal-cAzîz,fds. . . deïamîr ai-
ma'minîn [sic) Abu 1-Hasan, avec des eulogies indi-
quant qu'il était encore en vie. De Slane a montré
que ce sultan , c'est-à-dire cAbd al-cAzîz Ier, était mort
à l'époque où Ibn Khaldûn composa son ouvrage ; il
en conclut que la dédicace est tronquée dans sa par-
tie généalogique et qu'elle s'adresse , en réalité , à Abu
Fâris cAbd al-'Azîz II, arrière-petit-fils d'Abu 1-Hasan
'Alî1, qui régna de muharram 706 à safar 799
(novembre 1 393 à novembre 1 396) 2. Le savant édi-
teur aurait pu ajouter, à l'appui de son hypothès ,
que l'ouvrage d'Ibn Khaldûn s'arrête précisément au
règne de ce prince, comme on l'a dit au début de
cette étude3.
Or, M. Lane-Poole a publié une monnaie au nom
de *Abd al-'Azîz amîr al-mu'minîn , qu'il attribue à
*Abd al-'Azîz Ier, peut-être simplement parce que
1 Voir Prolégomènes , 1, cvill.
2 J'emprunte ces dates à Slâwi , II , 1 \ 1 suiv.
3 Voir plus haut, p. ?.\8 stfîv.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 317
cAJ)d al-'Azîz II ne lui était connu que par son sur-
nom paternel Abu Fâris1. Plusieurs monnaies attri-
buées a Abu Fàris c\bd al-'Azîz Ier portant le titre
amir al-muslimin2, il est permis de supposer que la
monnaie au titre amir al-muminin appartient à Abu
Fàris 'Abd al-cAzîz II , précisément celui que la dédi-
cace dlbn Khaldûn, d'après la correction de de Slane,
appelle amir al-miiminin.
Bref, à travers le voile qui masque encore la poli-
tique des derniers Mérinides, on devine que les
successeurs de Fâris, s'ils n'ont pas toujours pris
officiellement le titre éminent des califes, ont tenté,
eux aussi, d'en faire un titre dynastique, et que ces
tentatives sont toujours en fonction de leurs rapports
avec les Hafsides3. Pour en faire une étude complète,
1 Voir Laxk-Poole , C. B. M., V, 61, n° 169; Mokammadan
dynasties, 58.
* Voir Laxe-Poole, C. B. >f. , V, 61; La voix, C. B.N., II, A A7 ;
NCtzkl, K. M. B,, II , 220.
3 Au xV siècle, les Mérinides acceptent souvent la suzeraineté
des Hafsides; voir Zarkachi , 110, 1 3 i (îo3, i\6) et patsim. Les
numismates ont publié quelques monnaies mérinides de la fin du
xv* siècle, toutes au titre <i. al-muslimin. Les seules monnaies
mérinides que je connaisse au titre a. al-muminin sont celles de
Sulaimàn et de Fàris et celles que je propose d'attribuer provisoi-
rement à rAbd al-rAziz II et à Tthmân III; cf. plus haut, p. 3oo,
n. 3. Dans sa Lettre à SaiceXieff, 63, Soret a publié un petit
dirham sans date ni lieu de frappe, au nom d'un a. al-muminin
Abu Muhammad 'Abdallah , qu'il propose d'attribuer au Mérinide
de ce nom, dans la première moitié du w* siècle, tout en recon-
naissant qu'il peut être un Hafside. Enfin M. Nîtzel, à'. M. B., II,
219, attribue au Mérinide Abu Bakr une monnaie aux noms et
titres d'Ahû Yahvà Abu Bakr ibn al-umara ar~râchidin al-muta-
rcakkil 'ala allàli al-muavyad bi-nasr allàh amtr al-muminin. Cette
ix. 21
t«MI«r«l> IftVMSàlB.
318 MARS-AVRIL 1907.
il faut attendre de nouveaux documents et les inscrip-
tions mérinides que l'exploration du Maroc ne man-
quera pas de mettre à jour. Achevons cette étude par
un détail qui nous conduit au seuil de la dynastie
des Chérifs.
L'inscription de Fâris à el-Qsar el-Kebîr commé-
more la fondation d un bain en faveur d une medersa.
Sur l'estampage publié par Salmon et sur celui
que je dois à l'obligeance de M. Gsell , les deux mots
babbasahu, « afondé », et lianimâm, « bain », sont un peu
frustes et M. Houdas avait soupçonné une mutilation
intentionnelle de ces deux termes importants. Depuis
lors , M. Houdas a vu l'original à Paris et il m'écri-
vait en date du 17 juin igo5 : a ... La vue du
monument lui-même a confirmé mes prévisions. Il
s'agissait bien d'une mutilation volontaire; restait à
en découvrir le motif . . . Votre lettre me met tout
à fait sur la voie et il est certain pour moi que l'usur-
pation du titre amîr al-muminin, en se plaçant au
point de vue de la dynastie des Chérifs , a provoqué
la réprobation dont Abu cInan a été l'objet ... Et
cette réprobation s*est perpétuée jusqu'à nos jours,
sinon l'on ne comprendrait pas que les musulmans
d'el-Qsar el-Kebîr aient consenti à se dessaisir de la
pièce appartient sans doule au Hafside Abu Bakr II, dont Lavou,
C. B. N.. 11, nu 962 suiv., a publié une série de monnaies portant
des légendes identiques, fin effet, le seul Mértnide de ce nom ne
portait pas même le titre a. id-miulinUn ; voir plus baut, p. 196,
n. 1, et 196, u. s.
TITRES CÀL1F1KNS D'OCCIDENT. 310
plaque de marbre et à la laisser expédier en Europe
sans la moindre difficulté. » Ajoutons que Salmon
a trouvé la plaque déposée dans un coin de la grande
mosquée et que cet abandon pourrait bien provenir
des mêmes sentiments d'hostilité. On sait, en effet,
que les Cher ifs du Maroc ont pris dès l'origine et
portent encore le titre amir al-mu'minîn, non comme
successeurs des Mérinides, mais comme chérifs et
descendants du calife Ali1. A leur point de vue,
Fâris amir al-maminîn , malgré sa généalogie arabe ,
est donc un Berbère et un usurpateur.
Cette interprétation paraîtra peut-être risquée. On
peut se demander, notamment, pourquoi les muti-
lateurs n ont pas martelé les titres de Fâris , en parti-
culier ce titre lYarnîr al-muminin, qui paraît intact
sur l'estampage que j'ai entre les mains; ou encore,
pourquoi les Chérifs n'ont pas fait ou laissé détruire,
tout simplement, les inscriptions de Fâris, qui sont
toutes au titre amir al-mu'minin. Je me borne à
signaler en passant ce petit fait, pour résumer enfin
les conclusions de cette enquête.
i ° Les monnaies mérinides au nom de Fâris, que
leurs éditeurs ont attribuées à divers princes, réels
ou fictifs, de cette dynastie, par suite de lacunes
dans leur nomenclature de ces souverains , ce» mon-
1 Je ne puis citer ici les source» très nombreuses relatives aux
titres califiens des Chérifs du Maroc et je me borne à renvoyer,
pour la bibliographie, au récent ouvrage de M. Cour, L'établis*
sèment des dynasties des Chérifs au Maroc.
31 •
320 MARS-AVRIL 1907.
naies appartiennent à Abu 'Inân Fâris, seul du nom,
c est-à-dire qu'elles ont été frappées entre 7Z19 et
75g (i348et i358).
20 Parmi les faits qui parient en faveur de cette
attribution , le plus important est que toutes ces mon-
naies, sans exception, donnent à Fâris le titre amîr
al-mu'minîn et qu Abu cInân Fâris est le seul Méri-
nide connu qu une série de documents authentiques
désignent unanimement comme amîr almu'minîn, les
cas de ce titre attribué à d'autres Mérinides étant jus-
qu'ici rares et moins concluants.
3° L'étude des titres califiens dans l'Afrique du
Nord et en Espagne montre que le titre amîr al-
mu'minîn fut porté par plusieurs dynasties indépen-
dantes prétendant, à divers titres, au califat éminent.
Puis les Almoravides créent une nouvelle formule,
celle d'un sub-califat défini par le titre amîr al-musli-
mîn , sous la suzeraineté du califat éminent des Abbas-
sides, distingué par le titre amîr al-muminîn. Enfin
les Almohades inaugurent, sur une base nouvelle,
celle d'un Islam berbère , un califat éminent marqué
par le titre amîr al-muminîn. Dès lors, parmi les
dynasties occidentales, les unes, comme celle des
Hafsides, prétendent au califat éminent des Almo-
hades; les autres se contentent d'un sub-califat du
type almoravide, avec le titre amîr al-muslimîn et
sous la suzeraineté des Abbassides d'abord , puis des
Almohades et des Hafsides , quitte à tenter d'arracher
à ces derniers, quand les circonstances le permettront,
leur califat éminent avec leur titre amîr al-mu'minîn.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 321
Tels les Mérinides, dont la principale tentative d'usur-
pation , celle d'Abû cInân Fâris , est illustrée par une
série de documents officiels et s'explique à merveille
par l'histoire des rapports de son père cAlî , puis de
lui-même, avec les Hafsides.
VII
Tels enfin les Ziyanides de Tiemcen , dont je n'ai
pas encore parlé , parce que leur numismatique sou-
lève un problème pareil à celui des monnaies de
Fâris et dont la solution doit être cherchée dans des
circonstances analogues. Si je l'aborde en dernier
lieu , c'est qu'il est plus obscur et qu'il importait de
vérifier d'abord sur Fâris une méthode que je vais
essayer d'appliquer aux deux Abu Tâchlïn.
Dans la même lettre où il signalait le dinar de
Fâris, attribué par Fraehn à Abu cInân, Soret a
publié un dinar non daté , frappé à Tiemcen, au nom
d'un amir al-muminin cAbd ar-Rahmân ibn al-khu-
m
lofa ar-râchidint qu'il attribue avec raison à la
dynastie ziyanide1. Mais à cette époque, les listes
royales ziyanides étaient fort mal établies, et Soret,
qui semble n'avoir connu qu'un seul souverain de ce
1 Voir Soret, Lettre à Fraehn, 55. Soret a lu «a. al-muminin
* Abd ar-Rahmân. . .Abu Tàchfin (?) ». La leçon donnée ici est assurée
par un moulage que je dois h l'obligeance de M. Vollers. Il m'écrit
que le Cabinet dTéna, où se trouve la collection de Soret, possède
deux dinars identiques à ceux de Paris et de Londres, signalés
dans les pages suivantes.
322 MARS-AVRIL 1907.
nom, n'a pas aperçu le problème soulevé par cette
monnaie de sa collection.
C'est M. Lane-Poole qui Ta signalé le premier, si
je ne fais erreur, en publiant les monnaies ziya-
nides du British Muséum, parmi lesquelles il s'en
trouve une non datée , frappée à Tlemcen , au nom
d'un amîr al-muminin cAbd ar-Rahmân ibn al-khulafa
ar-râchidîn1 . Après avoir observé qu'on ne saurait
attribuer à priori aux Ziyanides toutes les monnaies
frappées à Tlemcen , puisque les Mérinides ont pos-
sédé cette ville à plusieurs reprises , il rappelle qu'un
Mérinide a porté le nom de cAbd ar-Rahmân,
ce rival d'Ahmad Ier dont j'ai déjà parlé2; puis il
montre pourquoi l'on ne peut lui attribuer le dinar
en question et conclut qu'il appartient à l'un des deux
Ziyanides de ce nom , soit à Abu Tâchfïn cAbd ar-
Rahmân Ier, qui régna de 718 à 737 (1 3 1 8 à 1 337),
soit à Abu Tâchfïn 'Abd ar-Rahmân II, qui régna de
791 à 795 (1389 à i 393 )3. En dernier ressort, il
l'attribue au second, avec un point d'interrogation.
Enfin Lavoix a publié deux dinars non datés,
frappés à Tlemcen , le premier au nom d'un amîr al-
mu'minîn Abu Tâchfin ibn al-khulafâ3 ar-râchidîn, par
conséquent du même type que ceux d'Iéna et de
Londres , l'autre offrant , avec d'importantes variantes
1 Voir Lane-Poole, C. B* M., V, xxxi, 71, n° 195.
3 Voir plus haut, p. 3i5, n. 2 .
* C'est à Yahyâ ibn Khaldûn et à Tanasi que j'emprunte ces dates
et les suivante», qui ne concordent pas toujours avec celles des
listes publiées dans Lane-Poole et Lavoix.
TITRES CAL1FIKNS D'OCCIDENT. 3*3
dans les formules religieuses, les mots : Vin amr 'abd
allàh al-mutawakkil \ila allâh cAbd ar-Rahmân amir
almuslimin, «par Tordre du serviteur d'Allah, qui
se confie en Allah , cAbd ar-Rahmân, l'émir deg
musulmans1 ». Tout en citant Soret et Lane-Poole,
Lavoix a cru pouvoir attribuer ces deux monnaies à
c\bd ar-Rahman Ier.
La seule raison qu'il donne de son choix , c'est que
ces deux pièces offrent, dans le style de leurs carac-
tères , une grande analogie avec une monnaie publiée
par lui immédiatement auparavant, n° 1010, non
datée et frappée à Tlemcen , « par l'ordre du servi-
teur d'Aliâh Mûsa, l'émir des musulmans, qui se
confie dans le maître des mondes » , monnaie qu'il
attribue à Abu Hammû Mûsa I*, le prédécesseur
immédiat de cAbd ar-Rahmân I*.
•
Mais pourquoi Lavoix attribue-t~il cette monnaie
à Mûsa 1er, qui régna de 707 à 718 (i3o8 à i3i8),
plutôt qua Mûsa II, qui régna de 760 à 791 (i35g
à 1389)? Parce que Demaeght, qu'il cite à ce pro-
pos, a publié un dinar identique, qu'il attribuait à
Mûsa Ier2. Et pourquoi Demaeght attribue-t-il ce
dinar à Mûsa 1er, alors que, dans le même mémoire,
il attribue à Mûsa 11 deux autres dinars , l'un portant
la même légende historique, l'autre, simplement les
mots cAbd allàh Mûsa ? Parce que les caractères du
premier lui font penser qu'il est antérieur au règne
1 Voir Lavoix, G. B. N.. H, i6o suiv., n°* 1011 et ion.
* Voir Demaeght, dans Bulletin de la Société de géographie et
d'archéologie dOran, 1887, 63 tuiv.
324 MARS-AVRIL 1907.
de Mûsa II et parce qu'il porte au droit , à la fin des
des formules religieuses du carré, les mots ma
aqrabafardj allâh, « combien est proche la délivrance
d'Allah ! », mots qui ne figurent pas sur les autres
monnaies. On prétend, en effet, qu'à la suite de
l'assassinat du Mérinide Yûsuf Ier à Mansoura, qui
mit fin , en 706 , au long siège de Tlemcen et délivra
soudain les Ziyanides au moment où, poussés par
leur effroyable misère , ils allaient se rendre à merci ,
ces princes auraient rappelé le souvenir de leur
délivrance en faisant graver ces mots sur leurs mon-
naies1. «Or il est évident, ajoute Demaeght, que
de deux monnaies du même module et de la même
valeur, frappées par deux sultans Moussa , Tune por-
tant cette formule et l'autre ne la portant pas, la
première doit être attribuée à Moussa Ier, dont le
règne commence quelques mois après le siège de
Tlemcen, plutôt qu'à Moussa II, dont le règne ne
commence que l\ 8 ans après cet événement. »
J'avoue que ce raisonnement ne me convainc
guère. L'argument paléographique a bien peu de
poids , car le règne des deux Mûsa n'est séparé que
par un demi-siècle a peine et l'expérience enseigne
qu'il est dangereux de dater, à un demi-siècle près ,
une inscription, à plus forte raison une monnaie,
sur les seuls caractères paléographiques. D'autre
part , les termes du récit dlbn Khaldûn n'autorisent
nullement à conclure que l'eulogie libératrice figure
1 Voir Ibn Khaldûn, Berbères, III, 379.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 325
sur les monnaies de M usa Ier, à l'exclusion de celles de
Musa II. On pourrait, tout aussi bien, en conclure
quelle ne figure que sur les premières monnaies
émises après la levée du siège de Tlemcen , soit par
Abu Ziyân Muhammad avant sa mort, arrivée en
•707, ou au contraire, quelle est devenue, en quel-
que sorte , la devise des Ziyanides , comme le fameux
la gâliba illâ qUâh des Nasrides de Grenade, et que
dès lors, on peut s'attendre à la trouver sur une
monnaie de n'importe quel Ziyanide au xiv* siècle.
Bien plus , cette eulogie figure sur une monnaie du
Mérinide Abu 'Inàn Fâris, frappée à Sidjilmâsa1.
Si 1 on veut une preuve de plus de la fragilité des
arguments qui ont guidé Demaeght, on la trouvera
dans trois dinars du Musée d'Oran, dont je dois
d'excellentes photographies à la grande obligeance
de M. Mouliéras, le directeur de ce musée, toutes
trois non datées et frappées à Tlemcen, aux noms
et titres du « serviteur d'AHâh Musa , l'émir des mu-
sulmans , qui se confie dans le maître des mondes ».
La première de ces monnaies s'éloigne des deux
autres par le type des caractères, du moins en appa-
rence, l'aspect plus grossier qu'ils présentent étant
peut-être l'effet dune plus forte usure. C'est pour
l'épaisseur de ses lettres, sans doute, qu'elle est
attribuée à Musa Pr, tandis que les deux autres, dont
1 Voir L.\kk-Poole , C. B. M. , V, n° 1 88 , où il faut lire ainsi
le groupe aMI -ju yJ L». La leçon que je propose est inscrite à
la plume, de la main de Sauva ire, dans son exemplaire du cata-
logue de Londres, entré depuis dans ma bibliothèque.
326 MARS-AVRIL 1907.
les caractères sont plus élégants et sensiblement les
mêmes , le sont à Musa IL Mais au point de vue des
légendes , les deux premières sont identiques , à part
une variante insignifiante dans les segments du
revers, et pareilles à Demaeght n° 1 et Lavoix
n° 1010, tandis que la troisième est identique à
celle du British Muséum, Lane-Poole n° 194. Les
n08 1 et 2 d'Oran , notamment , ont tous deux l'eulogie
libératrice ma aqraba fardj allâh, que Demaeght
tenait pour la marque de Musa Ier. Ne voit-on pas
qu'ici cet indice est en contradiction directe avec
celui fourni par le style des caractères ?
En résumé, je ne vois aucun motif sérieux
d'attribuer ni la première monnaie de Demaeght à
Mûsa Ier plutôt qu'à Musa II, ni les deux autres
à Mûsa II plutôt qu'à Mûsa Ier1. Dès lors, je n'en
vois aucun , jusqu'ici , d'attribuer à cAbd ar-Rahmân Ier
les deux monnaies publiées par Lavoix. En revanche ,
je distingue, dans les monnaies à ce nom, deux type»
bien différents : le type 1 , représenté par la monnaie
de Lavoix n° 1 0 1 2 , au nom de 'abd allâh al-muta~
wakkil 'ala allâh *Abd ar-Raljmân amîr al-maslimin,
et le type a , auquel appartiennent les monnaies de
Soret, de Lane-Poole n° 195 et de Lavoix n° 101 iv
au nom d'amîr al-mu'minîn *Abd ar-Rahmân ihn al-
1 S'il fallait choisir, j'opinerais plutôt à les attribuer toutes,
provisoirement, à Musa II, dont le règne fut plus long et plus
brillant que celui de Mûsa Ier, Sur le goût du premier pour les
arts et les lettre! , voir Tanasi, trad. Barges, 7 3 suiv. ; IUrgÈs,
Complément, 1 /| 5 »uiv.; Tlemcen . 3.Vj uuiv.; Marçms, Monuments,
3oa suiv.
TITRES CAL1FIËNS DOCCIDKNT. 327
khnlafâ' ar-rdchidin. Par la formule \in amr*abd allâh
et le titre amîr al-muslimîn , le type 1 rappelle plutôt
les monnaies mérinides ou sud-califiennes , tandis
que le type 2 , par les titres amîr al-mu'minîn et ibn
al-khulafâ' ar-râchidîn, se rapproche davantage des
monnaies hafsides ou califiennes éminentes. La
question qui se pose est donc celle-ci : l'histoire
politique des Ziyanides fournit-elle un indice permet-
tant d'attribuer l'un et l'autre de ces types à l'un ou
l'autre des deux Abu Tâchfîn, ou encore au même,
a deux époques différentes de son règne? En d'autres
termes, quelle fut leur situation politique, partant,
leurs prétentions aux titres califiens?
Quand Yagmurâsin assit son royaume dans une
province de l'empire almohade, il se trouvait à peu
près dans la situation des Mérinides et nourrissant
les mêmes ambitions , à ce détail près qu'au lieu de
combattre les Almohades, il commença par s'appuyer
sur eux, à l'instar des Hafsides, en reconnaissant
leur suzeraineté1. Plus tard, il la rejeta, pour recon-
naître celle du Hafside Yahyâ Ier, qui sut se l'attacher
par un traité , pour qu'il l'aidât dans ses visées sur le
Maroc2. Mais en 698 (1299), par suite de circon-
1 Voir Ibn Khaldûn, Berbères, III, 34 1 iuiv.; Yahyâ ibn
Kbaldûn, 11a (i5o); Tanasi, g suiv.; Barges, Complément, 5;
Dozy, dans J. as., tom. cit., 384; Mirgikr, Histoire de t Afrique,
II, 160.
' Voir Ibn Khaldun, Berbères, II, 327, 399; III, 345 à 367;
IV, 35, i48; Yahyâ ihn Khaldûn, n3 (i5i); Tanasi, i4 suiv.
D après ces deux derniers auteurs, courtisans des Ziyanides, il
328 MARS-AVRIL 1907.
stances trop longues à rappeler, son fils 'Uthmân Ier,
qui avait épousé une princesse hafside et s'était
montré jusqu'alors fidèle à cette dynastie1, cessa
dans ses états le prône hafside2. Dès lors, les
Ziyanides acceptèrent ou secouèrent la suzeraineté
hafside suivant les caprices de leur politique3.
On devine déjà qu'imitant les Mérinides, les
Ziyanides prendront le titre amîr al-muslimîn. De
fait , la plupart des auteurs le leur donnent à partir
de Yagmurâsin, le vrai fondateur de la dynastie4,
semble que Yagmurâsin soit devenu l'allié et l'égal du Hafside.
Mais lbn Khaldûn, plus impartial sur ce point, ajoute, 111, 346 :
■ Pour tenir ses engagements envers Yahyâ, Yagmurâsin fit pro-
noncer la prière au nom de ce prince dans tous ses Etats », et lbn
al-Ahmar, fort hostile aux Ziyanides , il est vrai , dit apud Dozy, tom.
cit. , 385 , que le Hafside le rétablit à Tlemcen à condition qu'il
y serait son lieutenant-, cf. Barges, Complément, 5; Mercier,
Histoire de l Afrique, II, 162, 220 et passim.
1 Voir Ibn Khaldûn, Berbères, III, 367 à 369; Yahyâ ibn
Khaldûn, 119 (161); Barges, Complément, 29; Mercier, Histoire
de l'Afrique , II , 2 3 1 .
* Voir Ibn Khaldûn, Berbères, III, 368.
s Voir Ibn Khaldûn, Berbères, 111, 383; IV, i52 et passim, et
les autres auteurs, passim.
4 lbn Batûta, courtisan mérinide, ne les appelle que sultan;
voir I, i4> Ibn Khaldûn est, ici comme ailleurs, très sobre de
titres califiens. Son frère Yahyâ, dans son Histoire des Ziyanides,
leur donne le titre a. al-muslimin, depuis Yagmurâsin. Mais je
rappelle que plusieurs manuscrits de cet ouvrage confondant les
deux titres, M. Bel a rétabli ,• dans maints passages, le titre a. al-
muslimin ; voir son introduction , xii , n. 3 , et xvm. Cette circonstance
ôte à Yahyâ une grande partie de sa valeur sur ce point spécial;
voir, par exemple, 16, 49, 59, 70, 72, 108 suiv., i45 et passim
du texte» cf. plus loin, p. 33 1, n. 1. Dans le fragment traduit par
Dozy et cité souvent plus haut , Ibn al-Ahmar ne donne aux Ziyanides
que le titre d'émir et prétend que les Almohades ne reconnaissaient
TITRES CALIFIENS D'OCCIDENT. 329
et forgent à celui-ci une généalogie alide1. Nous
n'avons malheureusement ni monnaie, ni in-
scription de ce prince, ni de ses premiers succes-
seurs. Yagmurâsin figure comme ascendant dans
une série d'inscriptions de ses successeurs, mais
toujours sans ce titre , sauf dans un acte de fonda-
tion, au nom de Musa II, daté de 763, provenant
de la madrasa Ya'qûbiyya et conservé au musée de
Tlemcen2. Bien que ce titre, ici rétrospectif, n'ait
pas, au point de vue diplomatique, la valeur d'un
document contemporain du titulaire, il est permis
d'y voir une preuve que Yagmurâsin a bien porté
le titre amir al-muslimîn.
Après cela, il faut descendre jusqu'à Abu Tàchfîn
'Abd ar-Rahmân ltr, qu'une précieuse inscription du
minaret d'Alger appelle à deux reprises amîr al-mus-
limîn, en 723 (i323)3. Abu Hammû Musa II est
à Yagmurâsin que le titre de cbaikh. Mais cet historiographe des
Mérinides, systématiquement hostile aux Ziyanides, veut sans doute
opposer ces titres à ceux de sultan et a. al-muslimin , qu'il donne à
ses protecteurs. Tanasi , historiographe des Ziyanides , leur donne
régulièrement le titre a. al-muslimin, dans la traduction Barges, 5
suiv., et dans Barges, Complément , passim.
1 Voir Ibn Khaldun, Berbères, III, 3 28; Yahyâ ibn Khaldûn,
101 (i33, 1/18 , n. 1); Tanasi, 6; Barges, Complément, 1 suiv.;
Dodtté, Marabouts, 56. Cette généalogie explique le titre généa-
logique porlé par les Ziyanides , à l'instar des Hafsides ; voir plus
haut, p. 279, n. 2 à la fin, et 288, et plus loin, p. 33o, n. 1.
2 Voir Brosselard, dans Revue africaine, i85(), i7o;Marçais,
Musée de Tlemcen, n° 4. et pi. I, 1, où ce titre est bien lisible à la
3e ligne conservée; cf. Marc aïs, Monuments, 186, 3o3.
3 Voir Barges dans Revue de l'Orient, 1857, 261 suiv.; Complé-
ment, 74 suiv.; Devoulx, Édifices religieux de l'ancien Alger, 94 ;
330 MARS-AVRIL 1907.
appelé ainsi dans l'acte de la Yacqûbiyya, cité plus
haut , dans son épitaphe , datée probablement de 79 1 ,
et dans plusieurs épitaphes de ses descendants, où
il figure à titre d'ascendant1. Enfin, parmi ses suc-
cesseurs auxquels est attribué ce même titre, il faut
signaler Abu Tâchfîn cAbd ar-Rahmân II, s'il est
vrai qu'un fragment d'épitaphe commençant par la
fin de ce titre , suivi des mots « fils d'Abû Hammû »,
soit bien l'épitaphe d'Abû Tâchfîn II, ainsi que
Brosselard a tenté de le prouver 2.
Colin, Corpus des inscriptions arabes et turques de l Algérie , Dépar-
tement d Alger , 6, n° 4 ; Marçais, Monuments, ai; van Berchcm
dans Revue africaine, 1906, 167, et la gravure publiée dans L'Algé-
rie par ses monuments , au chapitre de l'Algérie arabe, de M. Basset,
d'après une belle photographie que j'ai entre les mains et sur la-
quelle ce titre est très lisible, aux lignes 2 et 7. La célèbre medersa
Tàchf îniyya de Tlemcen , dont les derniers vestiges ont disparu lors
de l'alignement de la place d'Alger, n'a pas laissé d'inscription de
son fondateur, non plus que les autres monuments d'Abû Tâchfîn ,
sur lesquels voir Yahyâ ibn Khaldùn, i33 (179) suiv.; Tanasi , 46
suiv. ; Barges , Tlemcen , 33 1 suiv. ; Complément , 69 suiv* ; Marçais ,
Monuments, 21, etc. — D'autre part, une lettre de Jacques 11
d'Aragon à Abu Tâchfin 1er, datée de i3i9, la seule pièce diplo-
matique que je connaisse de ce prince , ne lui donne pas de titre
caliiien; voir de Mas-Latrie, Traités, II, 3ia suiv.; cf. Barges,
Complément, 67, qui dit par erreur que la lettre est adressée à
Abu Hammû.
1 Sur l'acte de la Ya'qùbiyya, voir p. 329, n. 2; sur son épi-
taphe , Brosselard , Mémoire épigraphique sur les tombeaux des émirs
Beiii-Zeyan, n° 9; Marçais, Musée de Tlemcen, n° 1 1 et pi. III, u
sur d'autres épitaphes, Brosselard, op. cit., nos 1, 3, 4, 5, 11.
Une inscription datée dû 760, à la bibliothèque de la grande
mosqule, ne lui donne que le titre généalogique; voir Barges,
Tlemcen, 43 1; Brosselard, dans Revue africaine, i858, 90; Mar-
çais, Monuments, 1 43 v n. 2.
* Voir Brosselard, Mémoire épigraphique, n° 11; Marçais,
TITRES CALIF1ENS D'OCCIDENT. 331
Ainsi, dans toutes les inscriptions connues des
Ziyanides où figure un titre califien, ce titre est
amîr al-muslimin. En ce qui concerne les deux Abu
Tâchfin, tout ce que nous apprend l'épigraphie , la
seule source d'information précise que nous possé-
dions k ce jour, c est qu Abu Tâchfîn Ier le portait
en 723 et qu'Abû Tâchfin II le portait à sa mort,
si l'attribution de Brosselard est exacte. Dès lors , il
n'y a aucun motif d'attribuer les monnaies du type 1
à l'un de ces deux souverains et celles du type a à
l'autre. Reste à supposer que l'un des deux Abu
Tâchfîn a changé de titre au milieu de son règne et
à chercher la cause de ce changement.
Il faut avouer que le règne d'Abû Tâchfin II,
pour autant qu'il est connu , ne fournit aucun indice,
de nature à expliquer un acte pareil. D'abord, il est
évident que son père Mûsa II fut toute sa vie amîr al-
muslimîn, depuis 763 , date de l'acte de la Ya'qûbiy-
ya, jusqu'à sa mort en 791, date de son épitaphe !.
Musée de Tlemcen , n° 12. Pour les derniers Ziyanides, voir aussi
Brosselard, op. cit., n°* 1, 5, 11, 17, 18, 22, et dans Revue
africaine, 1859, k 10 suiv.; Barges, Tlemcen, 3oi; Mabçais, Matée
de Tlemcen, n°* i3, 20; Monuments, 2^5, n. 3. Ajoutons que les
auteurs donnent aussi aux Ziyanides les titres khallfa et imam,
qu'ils prirent certainement, puisque c'est à l'appui de leurs préten-
tions califiennes qu'on leur fabriqua une généalogie alide; mais
ces deux titres semblent inusités dans le protocole épigraphique ,
qui prodigue, en revanche, les titres sultan et malik.
1 Dans la dédicace de son livre à Mùsa II , p. 3 du texte , Yâhyâ
ibn Khaldûn l'appelle a. al-mu'minin, titre que M. Bel a traduit
avec raison par « commandeur des musulmans » ; sur la confusion
des deux titres chez Yahyâ, voir plus haut, p. 328 , n. 4. La preuve
qu'il s'agit dune faute de copiste, c'est que dans le manuscrit que
332 MARS-AVRIL 1907.
On ne peut donc admettre que son fils ait hérité du
titre amir al-muminîn, et je ne vois rien, dans sa
biographie, qui justifie la prise de ce titre. Durant
son règne court et terne, de 791 à 795 (1389 ^
1393), il ne cessa de reconnaître la suzeraineté
des Mérinides et de leur payer un tribut annuel1. Or,
le Mérinide régnant alors était Ahmad Ier, que ses
monnaies, on Ta vu plus haut, appellent amîr al-
muslimîn, et il est inadmissible que le protégé d'un
souverain portant ce titre ait prétendu lui-même à
un titre supérieur.
En revanche, le règne long et prospère d'Abû
Tâchfîn Ier, ses succès politiques et son goût éclairé
pour les lettres et les arts2 marquent l'apogée de la
dynastie ziyanide, c est-à-dire cette époque, appelée
première restauration , comprise entre les deux sièges
de Tlemcen par les Mérinides Yûsuf et cAlî , durant
laquelle les Ziyanides osèrent lutter pour l'empire
de l'Afrique du Nord. A peine sur le trône, Abu
Tâchfin Ier porte ses armes vers l'Est et menace
Bougie et Constantine. En 723, il s'attaque au sou-
verain de Tunis, Abu Bakr II, qui lui inflige une
cruelle défaite. Dès lors, aucune année ne se passe
sans une nouvelle campagne dans l'Est. En 7 2 1\, c'est
l'attaque de Bougie; en 725, le siège de Constan-
Bargès a utilisé , le titre même de lfouvrage appelle Musa II a. at-
muslimin ; voir son Complément, 212.
1 Voir Ibn KhaldCn, Berbères, III, 488 suiv. Dans son panégy-
rique outré de ce prince , Tanasi se garde bien de signaler ce fait.
2 Sur ses monuments, voir plus haut, p. 329, n. '6.
TITRES CAL1FIENS D'OCCIDENT. 333
tine et l'occupation temporaire de Tunis ; en 726,
1 attaque de Constantine, le siège de Bougie et ia
construction du fort de Temzezdekt, aux portes de
cette ville; en 727, la défaite des troupes de Tunis
près de Temzezdekt; en 728, une nouvelle attaque
de Constantine1; en 729 enfin, Abu Tâchfîn bat
Abu Bakr et entre à Tunis. On remarquera que le
prétexte de cette dernière campagne était de donner
le trône de Tunis à un prétendant hafside 2. Ainsi à
cette époque, Abu Tâchfîn prétendait choisir lui-
même le souverain hafside et pouvait écraser le calife
régnant Abu Bakr, réduit dès lors à implorer le se-
cours du Mérinide'UthmânlI, puis de son filscAlî3.
A celui-ci, enfin, qui invitait Abu Tâchfîn à cesser
les hostilités , le Ziyanide osait répondre insolemment
et provoquer la campagne des alliés qui devait
aboutir à la chute de Tlemcen et à la mort d'Abû
Tâchfîn \
Puisqu'il faut attribuer les monnaies du type 2 à
l'un des Abu Tâchfîn, s'il existe un moment, dans
la vie de ces deux princes , où ie titre amîr al-mvfminin
1 Voir Ibn Kualdûn, Berbères, II, 454 , 46o suiv.; III, 4o3 suiv.;
IV, 208 suiv. -, Yahyâ ibn Khaldûn, i35 (181) suiv.; Tanasi, 5osuiv. ;
Barges, Complément, 70; Mercier Histoire de l'Afrique, II, 268,
273 suiv.
* Voir Ibn Khaldûn, Berbères, II, /171 suiv.; III, 407; IV, 208
suiv. ; Yahyâ ibn Khaldûn, i3o, (186) suiv.; Tanasi, 5i; Zarkachi,
55 (100); Slâwi, II, 56; Mercier, Histoire de l'Afrique, II, 276.
s Sur ces événements, voir plus haut, p. 3oi suiv.
* Voir Ibn Kualdûn, Berbères, H, 472 suiv.; III, 407 suiv.; IV,
209, 21g suiv.; Yahyâ ibn Khaldûn, 139 (187) suiv.; Tanasi, 52;
Zarkachi, 59 (108) suiv.; Slâwi, II, 60; Barges, Complément, 71.
ix. 22
334 MARS-AVRIL 1907.
se justifie par l'histoire politique, c'est cette époque,
autour de Tannée jio, où Abu Tâchfîn 1er menaçait
à la fois le califat hafside et 1' empire grandissant des
Mérinides. Puisque le seul document olliciel qui
donne à Abu Tâchfîn Ier le titre amîr al-muslimin,
finscription du minaret d'Alger, est daté de 723,
il n'infirme en aucune façon l'hypothèse qu'Abû
Tâchfîn aurait usurpé le titre amîr al-muminui à la
suite de ses victoires ultérieures, disons après la prise
de Tunis et la fuite d'Abû Bakr, Y amîr al-miiminîn.
En deu* mots , la monnaie du type 1 , au titre amir
al-muslimînf serait antérieure à ces événements *,
comme l'inscription d'Alger, tandis que les mon-
naies du type 2 , au titre amîr al-miïminîn, en seraient
comme la consécration officielle 2.
Dès lors , qui sait si l'alliance du Hafside Abu Bakr
avec le Mérinide cAlî et leur lutte acharnée contre
Abu Tâchfîn n'eut pas aussi pour but de lui re-
prendre un titre qu'il avait usurpé !J Et qui sait si
celte usurpation d'Abû Tâchfîn ne tourna pas la tète
au Mérinide cAlî et ne lui donna pas l'idée , quand il
eut envahi , lui aussi , la Tunisie , d'usurper ce titre ,
objet de tant de convoitises qu'il devait causer sa
1 11 semble plus naturel d'attribuer cette monnaie aux premières
années du règne d'Abû Tâcbfîn Ier qu'au règne si court et si effacé
d'Abù Tàchf în II , en pleine décadence de la dynastie ziyanide.
3 Dans ses Chronicles of the Pathàn Kinys ofDeldi, 73 et passim,
Thomas a montré l'intérêt politique qui poussait les souverains à
répandre leurs titres, avec des allusions à leurs victoires, par la
voie des monnaies, qui étaient alors le moyen d'information le plus
sûr et le plus rapide.
TITRES CAL1FIËNS D'OCCIDENT. 335
propre ruine, en provoquant l'usurpation de son fils
Fàris, pris à son tour du vertige califien?
Si cette solution d'un problème jusqu'ici négligé
n'est qu'une hypothèse , elle a du moins l'avantage ,
en reliant l'usurpation supposée d'Abii Tâchfin Ier
à l'usurpation certaine de Fàris, de projeter un rayon
de lumière sur les rouages secrets de cette éternelle
politique africaine , à propos de laquelle on pourrait
dire, en lui ajustant un mot célèbre du premier
Empire, qu'en Afrique mineure, tout marabout
porte en sa besace un bâton de calife1.
1 La comparaison est vraie à la lettre. Sur l'insigne <la bâton
chez les musulmans, voir Bkcrkr, Die Kanzel im Kultus des alleu
Islanis, dans Orientalische Studien, tir. à part, 2, 6 suiv.
22.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 337
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SEANCE DU 8 MARS 1907.
La séance est ouverte à 4 heures et demie sous la prési-
dence de M. Barbier de Meynard.
Etaient présents :
MM. Senart, vice-président; Aymonier, Allotte de la
FuifE, BONIFACY, BOURDAIS, BoUVAT, CaBATON, CARRA DE
Vaux, de Charencey, Decourdemanche, Dussaud, Rubens
Duval, Farjenel, Fevret, Finot, Gaudefroy-Demombynes ,
Halkvy, Leroux, Sylvain Lévi, Isidore Lévy, Meillet,
Schwab, Vinson, membres; Chavannes, secrétaire.
Le procès-verbal de la séance du 8 février est lu et adopté.
M. le Président a le regret d'informer la Société que
trois de ses membres lui ont été enlevés par la mort dans le
courant du mois dernier. Ce sont : MM. Levé , Motilinsky
et Perruchon. Ces deux derniers faisaient partie du Conseil ;
MM. Dussaud et Thureau-Dasgin sont proposés pour les
remplacer; leur nomination sera soumise à la ratification de
l'assemblée générale.
Est élu membre de la Société :
M. Desparmet, professeur au lycée d'Alger, présenté par
par MM. Barbier de Meynard et Basset.
Lecture est donnée d'une lettre par laquelle M. Guimet
demande une subvention pour la publication d'un ouvrage
du capitaine Weill sur la deuxième et la troisième dy-
nasties égyptiennes; cette lettre est renvoyée à la Commis-
sion des fonds. La Commission du Journal sera d'autre part
338 MARS-AVRIL 1907.
appelée à statuer sur une demande de la Société orientale
des Etats-Unis qui réclame un certain nombre de numéros
du Journal asiatique,
M. de Charengey présente à la Société une brochure inti-
tulée : Sur les idiomes de la famille Chichimèque.
M. Sylvain Lévi continue sa communication sur les sources
du Divyâvadâna. Il signale d'abord les résultats obtenus pa-
rallèlement par M. Huber, et qui ne font que corroborer les
faits désormais établis. 11 étudie ensuite les contes du cycle
d'Açoka, qu'il rattache au couvent du Natabhata-Vihàra de
Mathurâ , et dont il a retrouvé , outre les versions chinoises
déjà connues , une autre version incorporée dans le Samyaktâ-
gama. Il passe ensuite au Çârdïdakarnàvadâna , dont il existe
deux versions datées du me siècle, et qui se trouve ainsi
fournir un document précieux pour l'histoire de la langue
sanscrite et aussi de la science brahmanique , dont cet ava-
dâna présente un résumé.
M. db Charengby signale des affinités entre l'ancien géor-
gien et l'ancien susien.
Le Secrétaire donne lecture du rapport de la Commis-
sion de la Bibliothèque. Conformément au vœu exprimé dans
ce rapport, il est décidé qu'une Commission permanente
sera constituée pour l'achat des livres ; elle se composera de
cinq membres et des membres du Bureau.
M. le Président annonce que le Journal sera dorénavant
tiré à 700 exemplaires, au lieu de 600.
M. HalêVy demande la parole pour une communication
dont voici le résumé :
«L'idéogramme de Tannée en «sumérien» s'écrit MV;
son correspondant assyrien est sattu pour èantu, mot sémi-
tique général. L'absence de conformité phonétique entre les
deux expressions, qui pendant longtemps m'a causé beau-
coup d'embarras, ne m'est devenue explicable que depuis
NOUVELLES ET MELANGES. 339
quelques jours. J'ai appris f par les textes , qu'en Babylonie
chaque année avait un nom particulier qui était fixé d'avance
par un ordre du gouvernement central. C'est à cet usage
qu'est dû l'idéogramme précité , car MV signifie « nom , ap
pellation». Le même usage se constate aussi chez les Juifs,
où le commencement de Tannée était officiellement annoncé
avant le mois de Nisan, aux approches de l'équinoxe du
printemps. A l'époque biblique , les fêtes annuelles sont déjà
désignées par l'expression miqrâ (N*îpD) et plus complète-
ment miqrâ qôdes « appellation sacrée » ; elle répond aux
idéogrammes MV AN qui ont la même signification. Anté-
rieurement à l'unification de la Babylonie sous Sargon ïtf,
l'emploi de l'idéogramme MV ne se constate point dans les
tablettes datées, n
La séance est levée à 6 heures moins dix.
COMMISSION DE LA BIBLIOTHÈQUE.
(Procès-verbal de la séance, du a 5 février 1907.)
La Commission s'est réunie à 5 heures sous la présidence
de M. Barbier de M eynard.
Etaient présents : MM. Senart , Finot, Cabaton , Schwab ,
Macler , Bouvat, Fevret, Ciiavannes.
M. Fevret lit le projet de réorganisation de la Bibliothèque
tel qu'il a été rédigé par lui de concert avec MM. Bouvat et
Cabaton. Ce projet est adopté avec les modifications sui-
vantes :
Deux catalogues seront dressés, l'un par ordre alphabé-
tique de noms d'auteurs sur fiches de grand format , l'autre
par ordre de matières sur fiches de plus petit format. Des
casiers à tringles, analogues à ceux qui sont en usage à l'Ecole
des Langues orientales seront installés dans la salle des
séances près d'une des fenêtres, et le catalogue par noms
340 MARS-AVKIL 1907.
d'auteurs y sera rangé de manière à pouvoir être aisément
consulté par les membres de la Société.
A propos des périodiques et collections, M. Finot de-
mande qu'on en fasse le récolement complet; quand les
résultats de ce récolement auront été consignés par écrit ,
on s'occupera de combler les lacunes qui auront été ainsi
révélées , et de rétablir les services qui , pour une raison ou
pour une autre , ont été interrompus.
Les sectionnements actuellement en usage pour le classe-
ment des volumes sont supprimés. Il n'y aura plus dorénavant
que deux sections : i° ouvrages non périodiques; 2° pério-
diques et collections en cours. Les volumes seront rangés en
séries d'après leurs dimensions en hauteur : in-folio , in-4° i
in-8°. Dans chaque série, les volumes recevront une nu-
mérotation continue. Ceux qui font déjà partie de la
bibliothèque garderont leur ordre actuel; ceux qui entre-
ront ensuite seront rangés et numérotés dans l'ordre de leur
arrivée.
Sur la proposition de M. Schwab, il est décidé que la
cote de chaque volume sera inscrite à l'intérieur du livre,
en même temps que sur l'étiquette collée au dos.
Pour les brochures , la Commission se prononce en faveur
du rangement dans des boites en carton , tel qu'il est pra-
tiqué à l'Ecole des Langues orientales.
Sur la proposition de M. Ch a van nés, il est décidé que le
registre des prêts sera complété par un répertoire alphabé-
tique des noms des emprunteurs avec renvoi au folio du
registre où sont inscrits leurs emprunts. M. Finot demande
qu'il y ait également un répertoire alphabétique des volumes
empruntés, afin qu'on puisse trouver immédiatement le
détenteur d'un volume manquant. 11 serait bon que ces
deux répertoires fussent établis sur fiches.
Sur la proposition de M. Finot, la Commission invite
le Bibliothécaire à faire chaque année l'appel de tous les
NOUVELLES ET MÉLANGES. 341
volantes prêtés; à la réquisition do Bibliothécaire, les em-
prunteurs devront rapporter les livres qu'ils détiennent , et ,
s'ils désirent les conserver encore, ils devront les faire in-
scrire à nouveau sur le registre des prêts.
Sur la proposition de M. Chavannes, il est décidé qu'on
demandera au Conseil la nomination d'une commission
permanente de la Bibliothèque; cette commission, qui
comprendra un représentant de chacune des branches de
l'orientalisme, aura pour mission de désigner les livres
qu'il faut acheter et les abonnements qu'il faut contracter;
la Société allouera chaque année une certaine somme pour
les achats de livres et abonnements.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE.
Pak les Auteurs :
Eilhard Wiedemaxx. Zur Physik bei den Arabern. —Halle,
s. d. ; in- 12.
— Uber arabische Auszàge aus der Schrift des Archimedes
ûber die schwimmenden Kôrper. — Erlangen , 1 906 ; in-8*.
— Zu der Astronomie bei den Arabern. — Erlangen, 1906;
in-8*.
— Ibn al Haitham , ein arabischer Gelehrter. — Leipzig ,
1906; in-8* (Extraits).
Comte H. de Chakencey. Sur les idiomes de la famille Chi-
chimèque. — S. 1. n.d; in-8° (Extrait,.
Arnold van G en. ne p. Un système nègre de classification,
sa portée linguistique. — Paris, s. d.; in 8* (Extrait).
Par les Editeurs :
Le Muséon , VII , 4- — Louvain, 1906; in-8*.
Revue critique, 49' année, n** 6-9. — Paris, 1906; in-8*.
Polybiblion , février 1907. — Paris, 1907; in-8*.
342 MARS-AVHII, 1907.
Zeitschrifi fur liebrâische Bibliographie, X, 6. — Frank-
furt a. M., 1906; in-8°.
The Korea Review, VI, 12. — Séoul, 1906; in-8°.
Pierre Arminjon. L'Enseignement, la doctrine et la vie dam
les Universités musulmanes d'Egypte. — Paris , 1 907 ; in-8°.
Raoul de la Grasserie. Particularités linguistiques des
noms subjectifs. — Paris , 1 906 ; in-8°.
Général L. de Beylié. L'Architecture hindoue en Extrême-
Orient. — Paris, 1907; in-4°.
Otto Weber. Die Literatur der Babylonier und Assyrer, —
Leipzig, 1907; in-8°.
Hermann Môller. Semitisch und Indogermanisch. I,
Konsonanten. — Kopenhagen , 1 907 ; in-8°.
J. W. Redhouse. El-Khazrejïs History of the Resnli Dy-
nasty ofYemen (Translation, I). — Leyden, 1906; in-8°.
H.V. Hilpreght. The Babylonian Expédition . . . Séries A :
Cuneiform Texts , XX, 1. — Philadelphia , 1906; in-4°.
Anthropos, II, 1. — Sakburg, 1907; in-8°.
The Indian Antiquary , 446-447- — Bombay, 1906; in-4°.
Revue archéologique, nov.-déc. 1906. — Paris, 1906;
in-4°.
Par la Société :
Journal asiatique , nov.-déc. 1906. — Paris, 1906; in-8°.
Rendiconti délia R. Accademia dei Lincei, XV, 5- 10 ; III , 7-8.
— Roma, 1906; in-4°.
Mémoires présentés à l'Institut égyptien , V, 1 . — Le Caire ,
1906; in-4°.
Bulletin de littérature ecclésiastique , janvier-février 1907.
— Paris , 1 907 ; in-8°.
American Journal of Philology, XXVII, 4. - Proceedings ,
vol. XXXVI. — Baltimore, 1906; in-8°.
Journal ofthe Straits Branch of the Royal Asiatic Society,
n° 46. — Singapore, 1906; in-8°.
O Oriente Portuguez, III, io-ia. — Nova Goa, 1906;
in-8°.
NOUVELLES ET MELANGES. 343
The Geograplii cal Journal, F ehruary-March 1907. — Lon-
don, 1907; in-8°.
Comité de conservation des monuments de l'art arabe, fasc.
22. — Le Caire, 1906; in-8°.
Ateneo, enero 1907. — Madrid, 1907; in-8°.
Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et
Belles-lettres , novembre 1906. — Paris, 1906; in-8°.
American Journal of Archœology, X, 4. - Norwood,
Mass., 1906; in-8".
Bulletin de la Société de linguistique , n° 54. — Paris, 1906;
in-8°.
S. BrGfiE og Magnus Olsex. Runerne paa en Soloring fra
Senjen. — Kristiania, 1906; in-4°.
La Géographie, XV, 1. —Paris, 1907; in-8°.
Giornale délia Società asiatica italiana, XIX, 1. — Firenze,
1 906 ; in-8°.
Transactions of the Asiatic Society pf Japan, XXXJV, 2.
— Tokyo , 1 906 ; in-8°.
Par le Ministère de l'Instruction publique
et des Beaux-arts :
Archives marocaines , t. VIII. — Paris, 1906; in-8*.
Journal des savants , février 1907. — Paris, 1907; in-4°.
Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale, V, 1.
— Le Caire , 1 906 ; in-4*.
A. Gu^rinot. Essai ds bibliographie jaina. — Paris, 1906;
in-8°.
Revue de l'histoire des religions , 161-162. — Paris , 1 906 ;
in-8°.
Bulletin de correspondance hellénique, XXX, 9-1 1 ; XXXI,
i-3. — Paris, 1906; in-8°.
Par le British Mdseum :
J. F. Bi.umhardt. Catalogue of the Marathi, Gnjarati,
344 MAKS-ÀVR1L 1907.
Bengali .... Manuscrits in the Library of the British Muséum.
— London, igo5;in-4°.
Par la « Biblioteca nazionale centrale » de Florence :
Bollettino délie pubblicazioni iialiane ricevute per diritto di
stampa, num. 74. — Firenze, 1907; in-8°.
Par l'Université Saint- Joseph , À Beyrouth :
Al-Machriq , X, 3-4- — Beyrouth, 1907; in-8°.
Annexe au procès-verbal.
(Séance du 8 mars 1907.)
M. Jules Perruchon est mort à Paris le 20 février dernier,
à l'âge de 53 ans. La Société asiatique perd en lui un de ses
collègues les plus actifs et les plus sympathiques. Au milieu
de ses occupations absorbantes comme receveur des Postes
et Télégraphes, Jules Perruchon cultivait avec un zèle inlas-
sable les études éthiopiennes , qui ont si peu de représen-
tants dans notre pays. Son édition des Chroniques de Zarëa
Ydèqob et de Ba'èda-Mâryâm , dans l'original guëez , accom-
pagné d'une traduction française , lui a valu , outre le titre
d'élève diplômé de l'Ecole pratique des Hautes Etudes , une
place honorable parmi les éthiopisants de l'Europe. Quelque
temps après, il a publié dans le Journal asiatique, la Vie de
Lalibala, curieux récit légendaire qui a donné lieu à une
profonde discussion sur la dynastie des Zaguë et sur la va-
leur générale des listes des rois d'Axum. Pendant plusieurs
années, il publia dans la Revue sémitique une longue série
de précieuses contributions à l'histoire et au folklore de
i'Abyssinie. Sa carrière fut couronnée par l'édition de l'ou-
vrage allégorique considérable intitulé Les Mystères du ciel
NOUVELLES ET MÉLANGES. 345
et de la terre, publié dans la collection de M?r Graffin.
Malheureusement, les dernières feuilles de cette publication
n'ont pu être corrigées par lui-même , par suite de l'affaiblisse-
ment de sa vue. Mais il n'avait jamais perdu l'espoir de re-
prendre ses études de prédilection après cette interruption,
qu'il croyait passagère. Le sort en a décidé autrement. Par
la disparition de Jules Perruchon , les études éthiopiennes en
France sont douloureusement frappées , mais sa mémoire res-
tera vivante comme celle d'un des pionniers les plus désin-
téressés de la science.
J. Halévy.
SEANCE DU 12 AVRIL 1907.
La séance est ouverte à 4 heures et demie , sous la prési-
dence de M. Barbier de Meynard.
Etaient présents :
MM. Senart, vice -président; Allotte de la Fuyb,
Basmadjian, Bourdais, Bouvat, Cabatonv de Charengey,
Dussaud, R. Duval, Faïtlovitch, Fevret, Fossey, Gaude-
froy-Demombyxes , Graffin, Halkvy, C. Huart, Ismaël
Hamet, Sylvain Lévi, Lunet de Lajonquière, Macler,
Mayer- Lambert, Meillet, Mondon-Vidailhet, Schwab,
Thureau-Dangik, membres; Finot, faisant fonction de secré-
taire en l'absence de M. Chavannes.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Est élu membre de la Société :
M. Hans von Mzik, de la Bibliothèque impériale de
Vienne, présenté par MM. Chavannes et Senart.
M. le Président annonce que le scrutin pour l'élection
de la Commission permanente de la Bibliothèque aura lieu
à la prochaine séance.
M. Meillet examine l'étymologie du nom de dieu , sanskrit
346 MARS-AVUIL 1U07.
Mitra, iranien MiOra. Ce nom est identique an thème indo-
iranien du nom commun skr. mitra, zd. midra, qui signifie
«contrat». Le dieu Mitra n'est donc autre que le Contrat
divinisé, tout comme skr. Dyauh et gr. Zeds sont le Ciel divi-
nisé. Ce dieu, ayant pour rôle de veiller à l'observation des
contrats, voit tout; or le soleil est un œil qui voit tout : de
là les rapports entre le soleil et le Midra iranien. Le Véda et
l'Avesta ne présentent pas de traita qui obligent à chercher
dans Mitra un phénomène naturel quelconque.
MM. Halbvy, Allotte de l\ Fuye et Huart présentent
quelques observations.
M. de Charencey signale les analogies que présentent le
géorgien et l'ancienne langue susienne dans la manière
d'exprimer le pronom de la première personne du singulier.
Ces deux idiomes emploient tantôt la voyelle a (susien) ou
la semi-voyelle w ( géorgien ) , tantôt la labiale m: me, * moi »
(géorgien), mi, « mien» (susien). Ce rapprochement tire une
certaine importance du fait qu'il n'est pas isolé et s'ajoute à
bon nombre d'autres.
M. IIalévy explique une amulette éthiopienne d'où il
résulte que le nom de saint Susenios, en grec Sisinnios,
préserve les nouveau-nés des attaques mortelles du démon
femelle WerzeHa. Chez les Manichéens, Sisinnios est l'adver-
saire de Melintia ou Smintia. Les Juifs ont aussi leur part
dans ce travail de syncrétisme légendaire : chez eux l'amulette
porte les noms de trois anges ; Smi, Sinsini et Samangloph ;
les deux premiers sont tirés de Sisinnios; dans le troisième,
l'élément Saman est abrégé de Smintia; la syllabe gloph,qm
est un verbe signifiant «grave, inscris!», est une addition
due à Terreur d'un scribe ignorant. A cette occasion,
M. Halévy retrace l'histoire de la Lamia babylonienne
Labartu et de la Litit babyio no-hébraïque , qui répond à la
Ghoule des Arabes.
Dans une seconde communication, M. Halbvy explique
NOUVELLES ET MÉLANGES. 347
par quelle évolution sémantique l'idéogramme MU = naha-
tirnu < boulanger • est arrivé à ce sens en partant de la signi-
fication primitive de « nom*. Dans le temple de Jérusalem,
le fournisseur des provisions de bouche délivrait aux ayants
droit des cachets portant le nom des diverses denrées , qui
leur étaient remises par un autre fonctionnaire en échange
de leurs bons. (Cf. Talmud de Jérusalem, traité SêqàUm,
v.1,3.;
Le même usage existait certainement dans les temples
babyloniens : d'où le titre de EN-MU ■ maître du nom • ,
que portait le distributeur principal des provisions. Plus
tard, l'idéogramme MU fut appliqué aux fournisseurs pro-
fanes et spécialement aux boulangers.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIÉTÉ.
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350 MARS-AVRIL 1907.
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ÇrïRuhminïparinayain , Yajnapati Vidyâv inodopâdh ihen a çrïmadA sta-
durgâdhïçvarena çrlViçvanâthadevavarmmanà viraciUtm prahdçitan
ca, çrïmadAsladurgâdhïçvaryyà çrïRàdhâpriyàinahâdevyà viracitayâ
Râdliâpriyâsamâlihyayâ vyâkhyayâ samudbhàsitam. — Calcutta,
imprimé par Manmathanàtha Ghosha, igo5.
Bon an, mal an, il s'écrit et s'imprime encore beaucoup
de vers sanscrits dans l'Inde. Les pièces de circonstance , les
compliments de la critique simplement élogieuse, accusés
de réception et teslimonia, prennent volontiers cette forme.
De même il est peu d'éditions indigènes d'ouvrages anciens,
où , soit au commencement , soit plus souvent à la fin , l'édi-
teur contemporain, s'il est vraiment un pandit, ne présente
au public , dans des stances plus ou moins nombreuses , son
œuvre et sa personne. Les productions originales de plus
longue haleine ne sont pas rares non plus : presque chaque
année voit éclore quelque poème ou drame taillés plus ou
moins fidèlement sur les anciens patrons. Ce qui est plus
rare, c'est de voir, comme ici, un membre de la grande
aristocratie terrienne cultiver cette poésie et sa femme par-
tager ses études et s'associer à ses travaux. L'auteur de ce
Rukminlparinaya , Viçvanâtha Devavarman, est en efTet le
raja actuellement régnant d'Athgarh, un des Etats tributaires
d'Orissa comptant une population d'environ 3o,ooo âmes,
et c'est sa femme, la rânï Ràdhàpriyà, qui en a écrit le
commentaire , auquel elle a donné son propre nom.
Ce commentaire suit le texte mot par mot, donnant pour
chaque expression un équivalent, expliquant les composés,
notant les termes peu usités, avec référence, s'il y a lieu,
à Pânini, aux lexiques et aux traités de rhétorique et de
métrique. Bien que purement verbal, le travail est soigné
et fait honneur a la princesse. Quant au poème lui-même,
NOUVELLES ET MELANGES 351
il célèbre à travers onze chants et en mètres variés, un thème
bien connu de la légende épique, l'enlèvement de Rukminï
par Krisna. Ce thème , l'auteur ne pouvait guère le renouve-
ler ; mais il a su du moins nous épargner la peine de repasser
par quelques-uns des lieux communs qui sont comme de
style dans cette poésie : levers et couchers de soleil , descrip-
tions de forêts, de montagnes, de fleuves, des saisons, etc.
11 s'est appliqué de préférence aux côtés oratoires de son su-
jet, conseils de famille, pourparlers des rois, des chefs et
des ministres, projets d'alliance et de guerre; il s'est complu
surtout à exprimer la fervente et absolue dévotion de Ruk-
minï pour son divin ravisseur, à qui elle se sent prédestinée.
Dans sa préface , l'auteur souhaite que ses lecteurs trouvent
à lire son œuvre autant de plaisir qu'il en a eu à l'écrire. 11
entend sans doute par là , outre le plaisir qu'il a eu à satis-
faire ses goûts d'écrivain et de sanscritiste , celui que, en
fervent vishnouite qu'il est , il a éprouvé à glorifier son Dieu.
Pour nous, qui ne pouvons être sensibles ici qu'à la virtuo-
sité, nous reconnaîtrons volontiers que la sienne n'est pas
médiocre. Le souffle poétique est faible; mais la langue est
correcte, suffisamment riche, et, en général, maniée avec
aisance. On trouve bien par ci, parla des expressions forcées,
comme par exemple v, 18, où, pour dire qu'un homme est
un océan de compassion , il se sert du composé bizarre karunâ-
varunâlaya , parce que Varanàlaya , « la demeure de Varuna »,
est un synonyme d'océan. Mais ces taches, généralement
amenées par la recherche de l'assonance, sont relativement
rares; dans l'ensemble, la diction n'est pas trop artificielle.
Et , à vrai dire , ces qualités de facture sont à peu près tout
ce qu'on peut demander à cette poésie, qui n'aura jamais
que les mérites du pastiche. Etre l'auteur d'un mahâkâvya
pose là-bas un homme auprès du public, même et surtout
auprès du public qui ne le lira pas. Mais il est bien évident
que ce n'est pas de ce côté qu'est l'avenir de la bttérature ou
des littératures de l'Inde; que celles-ci au contraire seront
d'autant plus vivantes qu'elles s'affranchiront davantage des
23.
352 MARS-AVRIL 1907.
vieilles formes et des vieilles formules inséparables de la
vieille langue , plus tyranniques là-bas qu'ailleurs et qui im-
posent comme un poids mort à la pensée.
Au Rnkminïparinaya sont adjoints plusieurs autres petits
poèmes en l'honneur de Caitanya, de Krisna, de Krisna et
Râdhâ; deux autres sont de courtes descriptions du pays
d'Orissa et d'Athgarh, la patrie et la résidence de l'auteur.
Toul à la fin vient une pièce plus longue, en i64 stances
trislubh, où un ami de l'auteur, Kavicandracarman , a re-
tracé la généalogie des rajas d'Athgarh1. Et c'est dans ce
morceau, pourtant l'œuvre d'un homme habile, qu'on voit
peut-être le mieux ce que le genre a d'incurablement artifi-
ciel. Cette généalogie, qui remonte jusqu'aux premières
années du xiii* siècle, serait un document très intéressant,
si seulement l'auteur nous disait d'où elle vient et ce qu'elle
vaut. Mais, de cela, il ne s'inquiète pas, parce que ses mo-
dèles ne s'inquiètent de rien de semblable. Ces modèles sont
les vamças et les praçastis des inscriptions, qui de leur part,
copiaient la phraséologie de la poésie courtoise et des vieilles
épopées. Et il lui est interdit de sortir de là. Jusqu'au bout,
chez lui, les chefs de ce petit Etat ont des allures de cakravar-
tin. S'il nous donne des dates 2 et parfois le chiffre (mais non
1 Athgarh , « les huit forts » , est rendu en sanscrit par Astadurga ;
mais, par une de ces méchancetés dont cette poésie moderne est
particulièrement coutumière et qui consiste à abuser de la syno-
nymie jusque dans les noms propres, ce nom est souvent remplacé
ici par Vasudurga, simplement parce que les dieux Vasu sont au
nombre de huit, et que, dans les expressions numériques, vasu
représente le chiffre huit.
* Ces dates, à l'exception d'une seule qui est de l'ère çaka, sont
en années Vilâyatï, qui commencent en 592 ap. J.-C. L'auteur les
appelle années des Dillïpati, «des maîtres de Delhi», parce que
les années de cette ère usitée en Orissa correspondent pratique-
ment aux années Fasali, modification du calendrier musulman
instituée probablement par Akbar et qui s'est répandue sous ses
successeurs dans plusieurs régions de l'Inde.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 353
l'évaluation) de certaines largesses royales, c'est parce que
ses modèles déjà s'ingéniaient, à l'aide de synonymes, à
construire des padas de vers avec des expressions numériques.
11 ne sort du lieu commun , mais pour y retomber aussitôt
dans le détail, que quand il arrive à la biographie du raja
actuellement régnant, qui remplit à elle seule les cent der-
nières stances. 11 énumère alors ses fondations pieuses, ses
visites et sa participation, signalées par de généreuses lar-
gesses, aux assemblées des pandits, d'où il a rapporté son
surnom de Vidyâvinoda ; ses nombreux pèlerinages surtout ,
faits en compagnie de la rânï Râdhâpriyâ, mais le tout en
des termes qui s'appliqueraient presque aussi bien à Yudhi-
sthira ou à Arjuna. Le râja a même fait célébrer, entre autres
sacrifices , un Agnistoma , qui lui valut son autre surnom de
Yajnapati , et nous aimerions bien apprendre à cette occa-
sion comment ces choses se passent à présent. Mais il faut
nous contenter de savoir que le ciel fut vide ce jour-là , tous
les dieux l'ayant déserté pour assister à la solennité. La
fabrication de quelques composés nouveaux pour désigner
un feu d'artifice ou un train de chemin de fer ne suffit pas a
mettre les choses au point.
Ces observations, je tiens à le répéter, visent le genre
plutôt que l'œuvre. Celle-ci, comme exercice de langue et de
versification sanscrite et comme témoignage de piété vish-
nouite , est loin d'être banale ; comme preuve que la culture
de la vieille langue a toujours encore là-bas des patrons, elle
est la bien venue.
A. Barth.
Chromque de Michel le Syrien, patriarche jacobite d'Antioche
(i 166-1 1 99 ) , éditée pour la première fois et traduite en français
par J.-B. Chabot, t. III, fasc. 11. — Paris, Ernest Leroux, 1906,
in-4°, texte, p. 545-64o; traduction, p. n3-a8o.
L'édition de l'importante Chronique de Michel touche à sa
lin ; il ne reste plus à paraître que le dernier fascicule qui ,
354 MAKS-AVK1L 1907.
selon toute probabilité, verra le jour dans le courant de
cette année.
Le second fascicule du tome 111 que nous venons de rece-
voir, comprend les livres XIII et suivants jusqu'au cha-
pitre vu du livre XV11. Il embrasse une période de trois
siècles , de 85o à 1 1 5o. La partie de cette période la plus
développée est celle qui relate les luttes des Turcs , d'une
part , et des Croisés , d'autre part , qui cherchaient à établir
leur domination en Syrie et en Mésopotamie, au détriment
de l'empire des Arabes et de l'empire des Grecs. Ce ne sont
que conflits et combats sur lesquels nous possédons de nom-
breux documents tant orientaux qu'occidentaux; on ne trou-
vera donc ici rien de bien nouveau , d'autant plus que Bar-
hébraeus a résumé dans ses deux Chroniques la compilation
historique de Michel, et en a extrait littéralement des pas-
sages. La difficulté pour l'éditeur consistait à rétablir les
dates exactes des événements et les formes défigurées des
noms turcs et des noms francs. M. Chabot a rempli cette
tache ardue avec un grand soin, et les nombreuses notes,
au-dessous de la traduction , quoique empruntées à des ou-
vrages de seconde main, fournissent au lecteur toutes les
informations propres à l'éclairer.
A la fin du chapitre xi du livre XV (p. 20i-2o3 delà
traduction), on lit un récit intitulé Histoire des Frères francs.
Nul doute que ce nom désigne ici les Templiers , comme le
remarque M. Chabot1. On ne doit donc pas ajouter foi au
Thésaurus syriacus de Payne Smith qui, sous le mot JLtift*
cite un passage de la Chronique syriaque de Barhébraeus
ainsi conçu : JL?j&»a4»J JLo? JLi?d m « les Frères consacrés à
Dieu, les Hospitaliers», et conclut : «unde patet Hospitala-
rios esse, non, ut alii volunt, Templarios». L'expression
1 P. 201, col. i, lire : «Le roi leur donna \e Temple de Salomon
(et non la }faison de Salomon).* C'est de ce don que leur vint le
nom de Templiers.
NOUVKLLES ET MÉLANGES. 355
jLo?, ar. iÇjl*>, a toujours signifié les Templiers et jamais les
Hospitaliers. Le passage cité est donc erroné.
A cette époque , l'Eglise monophysite de la Syrie et de la
Mésopotamie fut soustraite au joug des Grecs qui la tyran-
nisaient pour des questions de dogmes, et elle recouvra sa
pleine indépendance. Michel remarque que les Francs ne se
souciaient pas de ces questions; ils respectaient tous ceux qui
adoraient la Croix , et leur clergé vivait en bonne intelli-
gence avec le clergé jacobite. IVun autre coté, les Turcs mu-
sulmans n'étaient pas animés d'un zèle religieux très ardent;
les Syriens , sous leur domination , n'étaient pas inquiétés
pour leur loi. Dans cette Eglise, les dissensions trouvaient le
champ libre pour se produire sans entrave de la part du
pouvoir civil, et le patriarche d'Antioche n'était pas toujours
obéi de ses évèques '.
Les récits consignés dans la seconde colonne de Michel
sont souvent insignifiants; ils relatent des phénomènes ter-
restres : tremblements de terre, incendies, monstres; ou des
phénomènes célestes : comètes, manque de pluie, etc. \
11 y a peu à glaner pour la littérature syriaque. Michel
reproduit dans ce fascicule : la préface de la Chronique
1 On blâma le patriarche d'avoir déposé de son siège Lévêque
Jean bar Andréas, parce que celui-ci ne Taxait pas reçu quand le
palria chc parcourait son diocèse. «Chacun «lisait que ce n'était pas
là une raison suffisante pour la déposition de celui qui avait com-
mis cette faute, mais qu'il méritait un châtiment quelconque et
une correction par le mépris et non par le bàlon (trad. p. 2 36). t
Les mots traduits «par le mépris et non par le bâton t sont singu-
liers; ils ne se trouvent pas dans le passage correspondant de la
Chrnn.cccl. de Barhéhraeus, I, 483. Je pense qu'il faut entendre :
«il méritait une correction pour son mépris, mais non pas dans
son bâton pastoral ». Sur le sens de )A~j»aio «bàlon pastoral», voir
Thésaurus syr. de Pavne Smith, col. 2200.
i Le mot f ^^ pour « petite vérole», laissé en blanc dans la tra-
duction, p. 25 1, col. 1, semble être du même genre que JUoitod
Jujoo ou iepà vùaos qui désigne la lèpre dans la Vie de Sh<ere, éd.
Kugener, p. 83, 1. 5 (dans la Patrologia orientalis).
356 MARS-AVRIL 1907.
d'Ignatius de Mélitène qu il avait utilisée précédemment a
partir de Constantin et dont il continue à se servir; la Chro-
nique de Lazare, neveu de Rabban David, relative au cou-
vent de Sergisyeh et au couvent de Gâgai; les préfaces des
Chroniques de Jean de Kaisoum et de Denys bar Salibi; la
réfutation que Denys bar Salibi avait écrite contre Jean de
M ardin qui prétendait , à propos de la prise d'Édesse , que
les malheurs arrivaient indépendamment de la volonté de
Dieu; les Paroles d'exhortation du même Denys à propos
de la ruine d'Edesse. Le fascicule se termine par un chapitre
sur V Histoire d'Edesse, écrite par Basilius, évêque métropo-
litain de cette ville.
Nous adressons toutes nos félicitations à M. Chabot pour
ce fascicule qui est digne de ses aines. La traduction est lit-
térale, comme il convient pour un livre historique qui doit
être à la portée de ceux qui ne peuvent le lire dans le texte
original l.
R. D.
Sepher ha-Zohar (le Livre de la Splendeur), doctrine ésotérique
des Israélites , traduit pour la première fois sur le texte chal-
daïque et accompagné de notes, par Jean de Pauly. Œuvre,
posthume entièrement revue, corrigée et complétée; publiée
par les soins de Emile Làfuma-Giraud , I. — Paris, Leroux,
1906 , a.-f. et 359 pages in-8°, avec deux planches.
Le siècle est aux grandes entreprises , et , dans le domaine
de la philologie , la France a souvent pris de généreuses ini-
1 Elle est parfois trop littérale et dépourvue de la précision fran-
çaise, par exemple, p. 229 : «après avoir rempli les yeux de tous
ceux qui l'entouraient par des présents», c'est-à-dire : «après avoir
satisfait par des présents l'avidité de ceux qui l'entouraient».
P. 180, col. 2 : «qui possédait la richesse méprisable des savants»,
lire : «possédant la richesse qui rend sots les sages». Abbeloos et
Lamy ont bien rendu le passage correspondant de la Chronique
eccl. de Rarhéhraeus, I, 407 : possidens divitias quae injatuant sa-
pientes.
NOUVELLES ET MELANGES. 357
tiatives. Voici qu'un curieux de mysticisme s'est attelé à la
grosse besogne de traduire tout le Zohar. N'est-ce pas témé-
raire? Saluons la tentative de M. Lafuma, et souhaitons-lui
d'aller jusqu'au bout, de mener son œuvre à bonne fin.
L'éditeur littéraire ne dissimule pas les difficultés de
forme et de fond que comporte ce travail , pas plus qu'il ne
conteste la modernité relative du texte. Dans la courte pré-
face qui précède la traduction, il mentionne les critiques de
l'oratorien Jean Morin contre l'attribution du Zohar à un
rabbin du h" siècle , de même qu'un autre livre cabbalistique
plus récent, le Séfer Raziel, est ingénument attribué à Adam.
Pourtant, M. Lafuma semble voir à regret cette légende
s'effondrer, et il laisse en suspens son avis sur la date de
composition de ce commentaire du Pentateuque.
Il aurait pu déclarer nettement que le Zohar est né en Es-
pagne. Comme le rappellent MM. Isaac Bloch et Emile Lévy,
dans leur Histoire de la littérature juive (p. 376-379), l'au-
teur est Moïse ben Schemtob , de Léon , qui vécut à Guada-
laxara , dans la deuxième moitié du xm" siècle. On en attribua
longtemps aussi la paternité à Abraham Aboulafia, et, bien
qu'il s'agit alors d'un nom fort postérieur au célèbre Tannaïte
Simon ben Yohaï , on entoura ce livre de la plus profonde
vénération.
C'est seulement au xviir* siècle qu'on éleva des doutes sur
son ancienneté, et, de nos jours, on a démontré victorieuse-
ment qu'un ouvrage qui connaît les écrits de Gabirol et
mêle des mots espagnols au texte araméen \ ne peut pas
remonter à l'époque des Tannai tes. On a prétendu, il est
vrai , que ce livre a recueilli et utilisé un grand nombre de
documents et de Midraschim très anciens. C'est possible;
1 II joue sur le double sens de «synagogue» exprimé par g?K
Dà2 *fcu brillant», littéralement Esuoga, mot corrompu de syna-
goga, que les Juifs du rite portugais-espagnol emploient encore en
ce sens. Voir S. Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe,
p. 27/4-28/1 et 490-49/4.
:ï58 MARS-AVRIL 1907.
mais il serait étrange que, pendant plus de mille ans, ces
documents aient passé inaperçus, ou du moins n'aient pas
été mentionnés par les savants des diverses périodes. Déjà,
du vivant de Moïse de Léon, cette antique origine fut con-
testée, et faillit tourner au désavantage de l'auteur. A ce su-
jet , voici le récit de Graitï :
«L'oeuvre avait produit une profonde sensation parmi les
cabbaiistes; chacun d'eux voulait en avoir une copie. Moïse
de Léon eut de la peine « satisfaire à toutes les demandes.
Pour expliquer l'apparition subite de cette œuvre soi-disant
rédigée par un ancien docteur, et dont cependant aucun
écrit ne fait mention, on racontait que Nabmani l'avait
découverte en Palestine et envoyée en Catalogne, d'où un
vent violent l'avait portée en Aragon et l'ait tomber entre
les mains de Moïse de Léon. Cens même qui hésitaient à en
attribuer la paternité à Simon hen Yobaï, le considéraient
comme un document de très grande valeur pour la connais-
sance de la doctrine secrète.
■ Quand, après les massacres qui eurent lieu lors de la
prise de sa ville natale, un rabbin, Isaac, vint de Saint-Jean-
d'Acre en Espagne et y apprit tout ce qu'on racontait au su-
jet du Zohar, il fut étonné, lui Palestinien, de n'en avoir
jamais entendu parler. Il lit pari de ses doutes à Moïse do
Léon. Celui-ci lui affirma par serment qu'il possédait dans sa
demeure, à Avila, un ancien exemplaire de cet ouvrage écrit
de la main de Simon ben Yoliai, et qu'il le lui montrerait;
mais il mourut avant d'avoir pu réaliser sa promesse. Deux
personnages respectables apprirent pourtant la vérité de la
Iwuehe de la femme et de la Illle de Moïse de Léon. Klles
leur déclarèrent que Moïse de Léon lui-même était l'auteur
du Zoliar et en avait fait de nombreuses copies pour gagner
de l'argent. Malgré cette déclaration, le Zohar conserva son
prestige et son autorité '. ■
Donc, il n'y a plus de doute sur la date de cette compi-
' liiil. <fa Juif,, trad. Bloch , U IV, p. J 33-1 38 .
NOUVELLES ET MELÀxNGES. 359
lation , et s'il est vrai (jue l'auteur du présent volume a dit
un mot de l'opinion formulée par Jean M or in sur la rédac-
tion du Zohar, il ne nous parle pas des deux œuvres fran-
çaises parues de nos jours sur ce sujet : i° La Kabbale, ou
philosophie religieuse des Hébreux, par Adolphe Franck,
dont la seconde édition (1889) a été revue et corrigée par
Tsr. Lévi ; a° Etude sur les origines et la nature du Zohar, par
S. Karppe (1901). Faisons crédit à notre traducteur jusqu'à
la publication probable d'une introduction à son œuvre,
pour le voir émettre son avis à ce sujet.
Or, la traduction a été faite avec conscience et grand soin
par Jean de Pauly : on en a la preuve matérielle, visible,
dans le souci qu'il a pris — pour être à la fois clair et Laté-
ral — d'écrire en italique les mots jugés nécessaires pour
suppléer à la trop grande concision de la langue originelle,
et faciliter l'intelligence du texte. De plus, cette traduction
a été révisée et amendée par M. B. . . (dont nous ne vou-
lons pas dévoiler l'anonymat), héhraïsant très compétent.
Toutefois, des questions préliminaires de détails, suscep-
tibles plus ou moins de modifier le plan conçu, restent en
suspens; le traducteur futur a-t-il, d'ores et déjà, fixé son
choix lorsqu'il se trouvera en présence de deux rédactions
parallèles ? Nous ne pouvons pas le savoir par l'état actuel de
la publication, car le tome 1", seul paru, s'arrête au folio 96
du texte , juste avant la section biblique wayéra , qui est la
quatrième section de la Genèse. A cet endroit , l'édition de
Mantoue publie le Zohar en deux colonnes , dont la deuxième
est intitulée Midrasch ha-nèélam (commentaire secret).
Lequel des deux textes aura la priorité ? Ou bien les tra-
duira-t-on tous, ainsi que les additions Ra'ia mehemna (ber-
ger fidèle) ? En ce cas, l'œuvre n'est pas près d'être achevée;
il faut songer que la susdite édition du Zohar comporte, au
tome l" ou Genèse, a5i folios in-4°; au tome II, Exode,
269 folios; au tome 111, Lévi tique , Nombres , Deutéronome ,
3oo folios, total : 820 folios, et comme il a fallu un volume
pour 96 folios , il faudra bien pour l'ensemble neuf volumes.
360 MARS-AVRIL 1007.
La longueur de la tâche n'effraie pas celui qui Ta assu-
mée ; il faut l'en Féliciter ; grâce à lui , on pourra pénétrer
dans ce bois touffu d'ombre et de mystère. Le lemps est
déjà loin où un liturgiste juif conseillait la lecture du Zohar
« même à ceux qui ne le comprennent pas ». Aujourd'hui , ce
n'est plus admissible. Cependant, la version actuelle ne sera
pas de sitôt populaire, en raison des conditions coûteuses
d'impression, de son luxe surabondant, jusque dans le fili-
grane du papier ainsi disposé /\ « vérité l » , tel que
M. Lafuma s'est plu à le fabriquer.
Puisse-t-il avoir le même courage pour publier la suite,
et puisse-t-il être secondé aussi largement que son œuvre le
mérite !
Moïse Schwab.
Mahmoud kbné Yoûsouf Mbftâii ol-Molk, MèftAh , or-Homovz,
Téhéran, i3ao, impr. Aga Sèyyid Mortèzà. — Kitâb NAsikh
or-Komoûz \yè 11ÈMZÊ Mahmoud!, a* éd., Téhéran, i3iq. —
KkciiF ol-Asrâr-è NÀçiat . Téhéran, i3i3, impr. de Mîrzâ
Habîh-oullàh , avec portrait lithographie, à la (in. — 7Y/7.V
ol-AtfAl, Téhéran, i3a4. — Mi  ri F, journal lithographie
bi-mensuel, i3i6-i3i8, 72 numéros.
Mina Mahmoud est un homme vraiment habile; aussi est-
ce à bon droit que le gouvernement de son pays lui a décerné
le titre de Meftdh ol-Molk (clef de l'Empire), par allusion à
ses talents cryptographiques. Les archives du palais impérial
de Téhéran contenaient un certain nombre de pièces de cor-
respondance en écriture secrète qui avaient été saisis chez
Mirzâ Abou'l-Qâsim Qàïm-Mèqâm lors de son arrestation,
mais qui n'avaient pu être déchiffrées faute de clefs. Feu
Nâcir-oddin Chah fit remettre ce dossier à Mirzâ Mahmoud,
1 Symbole cabbalistiqne du cachet de la Divinité.
NOUVELLES ET MELANGES. 361
qui devina el reconstitua les clefs de transposition, d'où le
titre qui lui fut donné. Ce succès décida notre auteur à
écrire les trois premiers ouvrages indiqués ci-dessus , et qui
traitent de la cryptographie; parmi ceux-ci, les deux der-
niers ne nous arrêteront pas longtemps, ce sont des codes
destinés à faciliter la correspondance chiffrée entre particu-
liers ou pour le service de l'Etat; le premier seul mérite
une mention un peu plus détaillée.
Le Mèftâh or-Romoâz (la clef des chiffres) , avant d'indi-
quer les méthodes usuelles dont on se sert pour arriver à
lire les pièces de correspondance secrète , contient rénumé-
ration, accompagnée de figures, de treize écritures conven-
tionnelles usitées surtout dans les sciences occultes, la
géomancie, l'alchimie, et qu'il est utile de comparer avec
les modèles donnés dans l'ouvrage turc connu sous le nom
de Ghalatat et qui porte le titre d'ed-Donrèr el-mountakhèbè ,
dû à la plume de Mohammed Haftd et imprimé à Constan-
linople en 1221 hég. , ainsi qu'avec ceux de l'ouvrage attri-
bué à Ibn-Wahchiya et publié par Hammer sous le titre
tYAncient Alphabets (en y joignant la Notice que lui a con-
sacrée Silvestre de Sacy).
Voici la liste de ces alphabets :
i° Hindi (indien) ; valeur numérique des lettres notée en
chiffres indiens, dits arabes (Ghalatat, p. 357);
20 Hindi (les chiffres indiens placés au-dessus dune ligne
tracée horizontalement, ou à cheval sur cette ligne, ou mu-
nis d'une queue);
3° Mochèdjdjèr (en forme d'arbre), appelé aussi sèrvèk
(petit cyprès); il est légèrement différent des deux qui sont
donnés par le Ghalatat , p. 35g ; c'est cet alphabet que notre
confrère M. Decourdemanche a comparé très heureusement
avec l'alphabet ogamique (Joarn. as., IX* sér. , t. XIV,
p. 262 et suiv.);
4° Bornâwi (Ghal., p. 338 : berbâwi, btrqâwt)\ berbâwt
est la bonne leçon, c'est censément récriture des berbâ ou
362 MARS-AVRIL 1907.
temples de l'ancienne Egypte (cf. Fihrist, p. 358, 1. 37;
S. de Sacy, Notice, p. 6);
5° Yodndnî (grec ancien) et 6° 'ibrdni (hébreu) n'ont au-
cun rapport avec ceux du Ghalatdt, p. 34.4, lesquels sont
effectivement grec et hébreu, avec des fioritures pour le
second :
70 Tîrqàl (Ghal , p. 35 2 : tir mal);
8° El-ahdjâr (des pierres); c'est la première espèce du
Ghalatdt, p. 35 1, utilisée dans les livres de la science occulte
dite simivd (livx Khyldoîn, Prolég., éd. Boulaq, p. .430;
trad. de Slane, t. III, p. 188; « fantasmagorie », Malla* c7-
'olorim, Oude 1870, t. I, p. 3i6; Haminer, apud S. de
Sacy, Abdallatif, p. /191);
()• Chdndq (Ghal., p. 35a : chdbdq) et ritah , servant au
même usage;
io° Filaqtir (^uÀaxr^piov) bdbili (de Babylone) , corres-
pond comme nom à malaqtir [Ghal., p. 353), mais en est
différent comme forme; c'est ce mot, écrit qalaflirios dans
Ancient Alphal>et$, que Silvestre de Sacy avait cru cacher le
nom de Cléopàtre (Notice, p. 36 h
1 1° Ramali (de la géomancie) moqatta' (en signes isolés);
ia° Gdhi (lisez kdhini et cf. G/ta/. , p. 346):
i3° Ilamunf.
m
\ ient ensuite l'énumération de 3i alphabets non accompa-
gnés de figures, « parce que ce sont d'anciens alphabets deve-
nus obsolètes par suite de la difficulté de leur transcription,
et parce que l'auteur n'a pas sous les yeux leur véritable fi-
gure » ; ceux qui correspondent à quelque chose de réel sont
le syriaque, l'européen, le pehlevi, le grec, l'himyarite,
le latin; les autres relèvent de l'occultisme : tarzadjî% le petit
filaqtir-è kdhim (Ghal., p. 353), çinî «chinois» (Ghal. ,
p. 34o), l'alphabet de Djàbir ben llayyàn, dans lequel est
écrit le livre du Rdhat (il faut lire rahmat «miséricorde», et
comparer Bertiielot-Hoidas, La chimie au moyen âge, 1. 111,
p. i()3, ou rdïliat , Fihrist 356, 13), armunewî (a rapprocher
NOUVELLES ET MÉLANGES. 363
d'Arminès, disciple d'Hennés, Fihrist 353, 1. îa), tahlil «de
l'analyse chimique» (cf. les alphabets de sublimation de l'ar-
senic et du soufre, GhaLt p. 354), mochèdjdjèr de Dioscoride,
grand et petit alphabet de la sîmîyâ (GhaL, p. 356), el-oqoul
« des raisons » ( Ghal. , ibid. ) , çâbi ■ çabien » ( GhaL , p. 343 ) ,
ddoddi « de David » ( GhaL , p. 345 ; employé dans l'Inde , An-
vient Alphabets , texte, p. 3g), isma'ili «d'Ismaël» (GhaL,
p. 34 1), djdfari «de Dja'far» (GhaL, p. 356), el-a$râr «des
mystères» (GhaL, p. 357), çoulbànî (GhaL, p. 338), tabii
«naturel» (GhaL, p. 34a), nabati «nabatéen», alphabet du
livre de M à là lis et des talismans, de la sublimation de l'ar-
senic, etc. , du livre des naœdmis d'Hermès (de Platon , GhaL,
p. 35 4 h du livre du Sirr aLasrâr (GhaL, p. 355), rodhdni
« cabbalistique » (rouhd'nYvdt , GhaL, p. 355), nirendjât «des
incantations».
11 est visible que si l'auteur n'a pas eu le Ghalatdt sous les
yeux (car alors certains dessins ne lui auraient j>as manqué),
il a puisé aux mêmes sources.
Le Ta'lini ol-Atfdl «l'instruction des enfants» est, comme
l'indique son titre, un livre élémentaire d'instruction pri-
maire. 11 se divise en deux parties. La première , calligraphiée
en nèskh par Mohammed Çàdiq de Towéïsergàn, renferme
un abécédaire , une liste de noms d'animaux , les jours de la
semaine, un formulaire élémentaire de prières; la seconde,
calligraphiée en na<ta%lùj par Hàdji Mohammed Rizài,
soltdn ol-Kottdb , levhkèv-nuwis de Mahallàti , contient quelques
historiettes morales , une pièce de vers composée à l'occasion
de l'avènement de MozhafTèr-oddin Chah, des leçons de
choses élémentaires et enfin l'indication d'un jeu inventé
par l'auteur et qui s'appelle le «jeu des rois» lab ol-molouk y
représentant le jeu de la guerre sur terre et sur mer: c'est
une sorte de halma. Décidément Mirai Mahmoud est doué
d'un esprit bien ingénieux.
Le Mê'drifti été l'organe de VEndjumêri-e Mè'ârif ■ conseil
de l'instruction publique » chargé , sous l'inspiration de feu
36'4 MARS-AVRIL 1907.
MozhaiTèr oddin Chah , de créer en Perse des écoles donnant
une instruction un peu moins élémentaire que celle des
écoles de mosquées. Il est seulement à regretter que dans
une sorte de feuilleton consacré à la biographie de person-
nages célèbres antérieurs à l'islamisme, on ait cru devoir
débuter par celle du sage Âmoùn (Ammon), nom qui est
proprement le surnom de Thilokhès (&eo\6yo$), un des
élèves d'Idris , qui s'est manifesté en Tan 1 6g4 après qu'Adam
fut chassé du paradis terrestre, et continuer par celles de
Çàbi, fils d'Idrîs, et d'Asqilinos (kaxXrrinéàYjs; cf. Ancient
Alphabets, texte, p. 16); cette série, qui aurait pu continuer
longtemps sans profit pour personne , s'arrête heureusement
avec le quatrième numéro; elle est avantageusement rem-
placée par quelques leçons de choses accompagnées de fi-
gures.
CL Huart.
Le gérant :
RUBENS DUVAL.
JOURNAL ASIATIQUE
MAI-JUIN 1907.
SURNOMS ET SOBRIQUETS
DANS
LA LITTÉRATURE ARABE,
PAR
H. A.-C. BARBIER DE HEYNARD.
(suite1.)
9
l»U> « le sabre tranchant ». Ce mot employé
dans un beït du poète Hassan b. Thâbit serait resté
attaché à son nom ; telle est du moins l'opinion de
certains biographes arabes. Cf. Agh., t. III, p. 8a;
t. IV, !2 et suiv.; Miz., p. 222; Ibn Kot. , p. 170.
Voici Je vers en question tiré d'une ode en l'honneur
du Prophète :
« Son sabre tranchant vous répondra bientôt de sa part , et
vous dictera ses préceptes au gré de sa volonté. »
a,w> Hasan , « lebeau ». D'après les traditions
chiites, ce nom si répandu chez les Musulmans n'était
1 Voir le numéro de mars-avril 1907, p. 173-3. H.
ix. ) \
1-jraiuiair iitimu*.
366 MAI-JUIN 1907.
porté que par les élus, avant la venue de l'islam. Le
Prophète l'aurait donné pour la première fois à son
petit-fils Hasan, né d'AK et de Fatmah. On trouve la
même explication pour le nom Hûseïn qui n'est que
le diminutif du précédent, Tar. el-Khol. , p. 72. Sans
accepter littéralement cette assertion, oh peut ce-
pendant alléguer en sa faveur que le nom propre
ylZjL Hassan se rencontre seul et assez rarement
dans la période anté-islamique et que les lexico-
graphes le considèrent comme une forme Jlb ou
iJSkxi du rad. J**>, dans le sens de «tueur, meur-
trier». Voir Lis. ar., t. XVI, p. '27$; Ibn Doreïd,
p. 266.
Juyw»^» , diminutif de Jul^ « petit lézard d'Afrique
ou nom du lézard lorsqu'il sort de l'œuf» [Lis. ar.,
s. v.). On lit dans le Khiz. , t. IV, p. 7^ , sur le témoi-
gnage d'El-Akhfach, que ce surnom désignait un
poète de la Djâhelyeh '. Hdscïl b. Ourfoutah Xki^ ^1.
Mais ce personnage est peu connu et son nom même
a été contesté. Un autre auteur prétend que c'est
simplement un tas'hif, une fausse leçon, et qu'il faut
lire (j »«*■-> Hdseïn au lieu de HûsëiL D'ailleurs tous
ces renseignements sont suspects et on n'en trouve
pas trace dans les principaux dictionnaires indigènes.
A a a nr* Hotevah. Surnom bien connu d'un des
meilleurs poètes des premières années de l'hégire ,
Djerwâl b. Aws el-Hoteyah, ainsi nommé parce qu'il
était petit et trapu; il excellait dans tous les genres
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 307
de poésie, mais enclin au dénigrement et à l'envie, il
se rendit odieux par lu violence de ses satires. On doit
une judicieuse appréciation de son Udent et de son
rang parmi les anciens poètes arabes , à M. Goldaiher
qui a recueilli tout ce qui reste du diwân d'fil-Hote-
yahi voir les tomes 46 et 47 de la Z.D.M.G; con-
sulter aussi Agh. , t. II, p» 43; Ibn Koti, p. 180-187;
Nawawi * p. 766. La seconde étyniologie du nom, pro-
posée par YAghi et qiil repose sur un sens particulier
du vefbe lia* , est obscène et ridicule ; celle du Kkiz.f
1. 1, p. dotj , qui rapproche le nom Hùlêytih de >lifll
c^ayJ' parce que le poète était pied bot, ne parait
guère plus acceptable.
{jj3Ur «les Hainmâd ■. Trois littérateurs por*
tant le nom de Hatnmûd vivaient h Koufah au iië siècle
de l'hégire et étaient liés d'une étroite amitié. IflH
KôT. nous les fait connaître : Hamnlâd 'Adjred syà,
(ils d'Omar, poète et mâderris etftlrtlé; Hatlitnâd le
rhapsode et Hammàd b. Zibrikân le grammairien.
ToUs les trois aussi étaient libres pëfiseurs et sUspeCts
(bien à tort) de manichéisme. C'étaient probable-
ment trois membres de la docte association des frères
de la pureté, Ikhwân eç-Çafa, dont M. Dieterici
nous a fait connaître les travaux encyclopédiques.
j\T «laiie». Un des surnoms de MerWan II, le
dernier des khalifes Omeyyades. On donne deux
explications de ce surnom. La première et la plus
368 MAI-JUIN 1907.
répandue est qu'on caractérise ainsi la persévé-
rance et la vigueur dont il fit preuve dans ses expé-
ditions contre les Kharidjites. Il ne faut pas oublier
d'ailleurs que, dans la littérature sémitique, l'âne,
sans être l'animal pulcher et fortissimus qu'on célébrait
au moyen âge chrétien dans la Messe des fous, a tou-
jours été considéré en Orient comme un type de
courageuse opiniâtreté et de force, témoin le pro-
verbe répandu Meïdani, vjj^ <i ^ Wj**^ (*• ^
p. 35g et 365). Dans ce cas, le sobriquet sous lequel
Merwàn est connu serait presque un titre honori-
fique. La seconde explication mérite à peine d'être
signalée : dans l'ancienne phraséologie des Arabes
le mot j^Z désignait le commencement d'un siècle
ou, pour mieux dire, une ère nouvelle : ce qui
d'ailleurs ne serait exact pour Merwân qu'à la chute
de la dynastie Omeyyade, c'est-à-dire en l'année
i32 II. ( 749 de J.-C). Voir Tar. el-Khol., p. 99;
cf. ci-dessus : ^«X*4^ .
(jvj^> « le gémisseur ». Surnom de Kaïs el-Djou-
hani qu'il doit au vers suivant :
«Je gémis sur le départ des (Benou) cAdi, comme, je le
jure, je déplore le départ de ma propre famille.»
Miz.y p. 222, qui cite ce béity ne donne aucun
autre renseignement sur le poète El-Hannân.
^iiife^, litt. «frappé dans le dos». Ainsi fut
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 3G9
surnommé El-Hârith b. Cherik de la tribu de Bekr
b. Wâïl. Ce Bédouin, qui s'était distingué à la jour-
née de Dzou-Kâr (6 1 i de J.-C), en se battant contre
les Persans et les tribus arabes qui soutenaient
leur cause, fut frappé par derrière , jàa. , d'un coup
de lance à la bataille de Djodoud : il mourut de cette
blessure, mais plusieurs années après. Voir Agh.,
t. XII, i5t2 vtpassim; C. de P., Essai, t. II, 182 et
5g5 ; Kechf, fol. i3 v°. Le surnom de ce personnage
est rappelé dans un bèit dont l'auteur est Djerîr :
« (Test nous qui avons frappé Haafazân d'un coup de lance
(jui (il jaillir de son corps un flux de sang mêlé d'écume. »
Voir C. de P., Essai, t. II, p. 5g5; Biog. Dict.,
t. Il, p. 334; Meïd. , Proverbes, p. 33/|, section des
Journées des Arabes.
— « -*
5j4>wAJ^ «le lionceau». Un des surnoms d'Ali,
fils d'AbouTalib. Sa mère Fatimah, petite-fille iVEl-
Ased, lui donna ce surnom en le mettant au monde.
cAli était fier d'être appelé Haïdarah et se servait de
son surnom comme d'un cri de ralliement [Kechf,
fol. 1 3 v°). Il n'est pas inutile de rappeler à ce propos
que les Persans, encore de nos jours, appellent CAH
« le lion de Dieu » chir-ékhodâ. — D'après le Tadj,
s. v. , un traditionniste, Is'hak b. Ibrahim b. Nomeïr,
portait aussi le surnom de Haïdarah.
370 MM'JUIN 1^07.
^**U* a Je perdant ». Le poète Abou cAwr S&Jm
el-Khâsir avait reçu ce sobriquet parce qu'il fit un
marché de dupe en échangeant une belle copie du
Korân contre le Diwàn d'Imrou'1-Kaïs ou d'El-'Acha,
mais plus vraisemblablement parce qu'il dissipa
l'héritage paternel en folles prodigalités [Tadj, s. v. ;
Ibn Khall., t. I, p. 12 du texte arabe).
ijIïLl Khdkân, « souverain, empereur, chez les
Persans et les Turcs ». Surnom d'Abou Sehl Yahya
b. cAbd AJlah el-Merwazi qui fournit plusieurs tra-
ditions àBoukhari (Kechft fol. \k r°).
^JJl)J "^ Khoubzarouzzi. Aboul-Kasim Nasr,
ainsi surnommé, était artisan et poète populaire à
Basrah, à peu près comme notre Reboul en Pro-
vence. Doué dune facilité surprenante de versifica-
teur, il composait des ghazels et des kaçideh qui fai-
saient f admiration de ses contemporains, tout en
continuant son métier de pâtissier-boulanger. Sa
boutique était le rendez-vous de tous les beaux
esprits de Basrah. Il vivait dans la première moitié
du ive siècle de l'hégire. Quant au mot hhoubtarrmz ,
qui désigne une sorte de gâteau de riz , il est formé
de l'arabe khoubz « pain » et du persan oroz « riz ».
Tàlebi a donné une notice de ce poète dans la Ycti-
met y éd. de Damas, t. II, p. i'S*i; voir aussi Ibn
Khall., t. III, p. 53o.
*^ ^
« le gendre ». Abou cAbd AHah Moham-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 371
me<J br el-Hasan, docteur chaféyite, mort en 386
de l'hégire (996 de J.-C), auteur d'un commentaire
estimé sur le Talkhîs d'Ibn el-Kâss; il est générale-
ment connu sous le surnom de Khatan, parce qu'il
était le gendre d'AbouBekr eU&m'aïli, l'un des prin-
cipaux jurisconsultes du rite de Chafey (mort en
3*71 H. «=981-982 de J.-C).
JU^tXa» «le dameret». Sa'ïd b. cAbd el-'AiU,
arrière-petit-fils d'Abou'l "Assi b. Omeyyah, avait
été envoyé par Maslemah, fils d'Abd el-Melik, dans
lo khorassân en qualité de gouverneur. Mais il se
rendit si méprisable par ses allures efféminées et ses
débauches qu'il fut bientôt surnommé khodaïnah,
litt. « la petite dame ». Ce mot n'est qu'une forme
du diminutif arabe appliquée au turc-oriental khâ-
toun adouci en (:ytXk khadîn (turo osm. kadeun).
Ion Am, t. V., p. 77, nous apprend que centriste
fonctionnaire fut révoqué au bout d'un an, on
1 o3 II. (73 1-733 de J.-C.-). On Ut, il est vrai, dans
Belad., Liber expugn., p. 427, Ai**)** hoddifah, au
lieu de khodaïnah, mais dans les gloses qui accom-
pagnent sa belle édition de cet historien, M. de
(joeje a rétabli la vraie leçon, d'après l'indication
donnée par l'auteur du Lataïf, p. 3o.
Jj£ plji*. Au rapport de Tâlebi (Lalmf,
p. 38), il y avait a Bagdad un choïkh de l'illustre
famille hachimite auquel on donnait le sobriquet
de chieur de palmier. L'auteur n'explique pas l'ori-
372 MAI-JUIN 1907.
gine de cette bizarre appellation , mais il cite les yers
suivants où elle se trouve mentionnée :
o' *
« Certes il était distrait le cheikh qui t'a nommé kharrd
nakhl. — Car l'ordure est salutaire au palmier et on mange
le fruit de cet arbre. — tandis que toi , tu n'es , à mon avis ,
qu'un mélange de sanie et de coloquinte. »
L'auteur de cette grossière invective est le poète
Ibn er-Roumi, qui vivait au nie siècle de l'hégire. (Voir
o .90
cuwij (du persan ajuio^, litt. « dos d'âne »,
mais ce mot a plusieurs sens différents en persan).
(l'est le sobriquet d'Abou Abd er-Rahmân Moham-
med b. Yousouf et-Teïmi, chef de ia police a Kou-
fah; il était lépreux et contrefait (Kechf.,-(o\. î (\ r°,
sans autre explication).
X^liâ^. Les traditions arabes sont unanimes à
dire que les branches principales de la grande tribu
de Azd se séparèrent probablement au début du
inc siècle de notre ère ; les unes s'établirent définiti-
vement à la Mecque, les autres, en plus grand
nombre , se dirigèrent sur la Syrie. Telle serait l'ori-
gine de leur nom khozaah qui signifie « séparation »
(C.deP. , Essai, t. I, p. 2 i 5 ; Nawawi, p. 779)^
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 373
$Ja^ Khatafa. Surnom d'El-'Awf (ou de Ho-
daïfah), aïeul du poète Djerir : il serait appelé ainsi
a cause de ces vers du mètre redjez :
* y
ULÎ; UJl^ y^ &**
«Lorsque la nuit étend ses voiles, les chamelles, dressant
leurs cous semblables à ceux des djinns et leurs têtes qui se
balancent fièrement, trottent d'un pas précipité.»
Voir AnthoL ar.y de Sacy, p. 45g. Ibn Doreïd,
p. 1 4 î , donne une leçon qui est peut-être meilleure :
làkxik. J5U3\ «X» Uuxj « et malgré leur lassitude, elles
courent rapides comme l'éclair ». Même leçon dans
le Çahah de Djawhari ; cf. Lis. ar. , s. v. Uia± ; Agh. ,
t. Vif, p. 38; Ibn Kot., p. 283.
Dans une pièce vers citée de par Ibn Kot. , p. 3 1 5 ,
on trouve cet hémistiche : i^ '(jp$\ *4 J^B J$
« la poésie de Khatafa me paraît l'emporter sur celle
de Farazdak»; mais ce sont là querelles de poètes
rivaux qui n'ont guère d'importance pour la critique
littéraire. — On trouvera les vers ci-dessus avec de
notables variantes dans le Kitâb el-NakaUdh, publié
par M. Bevan, t. I, impartie (Leyde, 1905).
« celui qui prononce la Khotbah , le
prédicateur». i° Yahva b. 'Ali et-Tebrizi, littéra-
374 MAI-JUIN 1007.
teur et jurisconsulte, profeweur à la mosquée Ni-
auîmyoh de Bagdad, mort en 5o3 H. (i 109 deJ.-C.).
Outre des traités sur la grammaire et la prosodie,
il a laissé des commentaires sur les Moallakat, le
Hamasa, etc. 20 Abou Bekr b. 'Ali b. Thâbit el-
Khatib el-Bagdadi, mort en 4o3 H. (107 1 de J.-C),
traditionniste et historien , est surtout connu par sa
Chronique de Bagdad en 1 1\ volumes.
0 o
Khouldj. Surnom dune fraction de la tribu
des^Raïs'Aïlân, ainsi désignée parce qu'elle se sépara
(gJj&J) des B. cAdwân pour se rattacher à la tribu
de» B. Hârith b. Fihr, sous le règne du khalife cOth-
mân. D'après certains auteurs, ce surnom fut donné
h cette fraction des Kaïs cAïlan parce qu'ils se fixèrent
près de Médina sur le territoire appelé « les Canaux »
(el-khoaloudj , plur. de 4ftA*»)> Un poète contemporain
des premiers Abbassides , Ibrahim , plus connu sous
le surnom patronymique de Ibn flannah JUj*^,
appartenait à la tribu de Khouldj, Voir sa notice
dans Agh. , t. IV, p. 102-11 A; Ibn £ot., p, 4y3;
Kechf, fol. 14 V*. — On donne le surnQm de Khildji
a fAbd Allah b. fAmr El-Djocfi à cause de ce béit
dont il est l'auteur :
«*»> ^ >*? ^u ç+j Qk&\ i& &
« On dirait que les cordes s'entrecroisant dans leurs puits
sont comme les averses que répandent les nuages, du matin. »
(MtZ.. p, 221.)
Dans le Tadj, t. Il , p. 35 , ce vers et le surnom qui
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 375
s'y rattachent sont attribués h 'Abd Allah b. el-Hàrith
fi
de la famille des B. A'yi ^|, branche de la tribu de
Djerin.
*ijlfr* , Ce mot , difficile à traduire exactement ,
indique a la fois le libertinage de l'esprit et celui des
mœurs. Un poète du me siècle de l'hégire , El-Hûseïn
ibn ed-Dahhak, mérita le surnom de hhaW par la
licence de sa vie : il fut néanmoins recherché par
Emîn et les khalifes Abbassides qui se succédèrent
jusqu'à Mostacïn. La notice détaillée que donne Agh. ,
t. VI, p. 1 70-3 1 9 , du poète en question fournit de
curieux renseignement* sur la vie intime de la Cour
et la société de Bagdad; elle mériterait d'être publiée.
Cf. Jun Khaj«l., 1. 1, p. 447. —- On trouve aussi chez
les historiens arabes l'expression j ijljy <^j aJL^ « le
libertin de la famille de Merwân», qui désigne le
khalife Welid II, onzième souverain Omeyyade pro-
clamé khalife en 1 a 5 H. (743 de J.C.)et assassiné au
mois de djoumada II de Tannée suivante (mars 746
deJ.-C). Ceprinee, dont la vie fut une orgie perpé-
tuelle, était passionné pour la musique. Il fut le pre-
mier qui s'entoura de virtuoses et de chanteuses , la
plupart esclaves, Maçoudi, Prairies, t. VI, p. 4 et
suiv. , raconte que le surnom de khalî fut donné à
Welid lo jour où, ivre de vin et de fureur impie, il
s'amusa à percer de flèches un exemplaire du Korân
en déclamant des vers à faire frémir tout bon mu-
sulman, La version principale de ce récit se trouve
370 MAI-JUIN 1007.
dans Agh.t t. VI, p. is5; elle a été reproduite par
la plupart des chroniqueurs.
0<XÀ^. l^c verbe khandafa désigne une allure
vive et fière. Khindif est le surnom de Leïla, femme
d'Elyâs, et cVst par là qu'on explique le nom des
B. Khindif qui s'étendit à toute la descendance de
Modar par Elyâs. (C. de P., Essai, t. I, p. 192 et
passitn; Khiz., t. IH,p. 1 63.) Voir *^«x*.
^aV^ « l'ami ». Abraham , que les Musulmans
vénèrent comme un des plus grands prophètes, le
représentant le plus ancien du monothéisme, le type
du vrai croyant, <JLo^, avant la venue de Maho-
met, est appelé par eux « l'ami du miséricordieux »
khalil er-Rahmân (d'où le nom de la ville d'Hébron),
et ce titre est attesté par divers passages duKorân,
entre autres le verset 124 du ive chapitre qui est
consacré en grande partie au patriarche hébreu.
Voir aussi chap. xvm, 82 et suiv. ; La Beaume, IjC
koran analysé , p. 112 à 125; Biogr. Dict., p. 127.
0^
pl<w^ , féminin de u*Àà*\ , c'est-à-dire « la ca-
marde », surnom d'une femme arabe que ses élégies
en l'honneur de ses deux frères Mo'awyah et Çakhr
ont rendue à bon droit célèbre : son vrai nom était
Tomadir « la blanche ». Elle embrassa la religion de
Mahomet avec la tribu des B. Soleïm à laquelle elle
appartenait [Khiz. , t. I, p. 2o5; Agh., t. XIII,
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 377
p. i35-i5o; C. de P., Essai, t. III, p. 21 7). Le
diwân d'El-Rhansà a été publié par le P. de Cop-
pier, Beyrouth, 1896, in- 12. Voir aussi Nôldeke,
Beitrâge, p. i5â et suiv.
^J^u nA^fc . Les Arabes appellent ainsi ces fila-
ments ténus comme des fils d'araignée qui voltigent
dans l'air, aux heures chaudes du jour. Merwân b.
el-Hakem , quatrième khalife Omey yade , qui régna de
64 à 65 de l'hégire, avait reçu ce sobriquet à cause
de sa maigreur extrême. C'est à quoi il est fait allu-
sion dans le vers suivant qui, au dire de Maçoloi,
Prairies, t. V, p. 199, a pour auteur Wbd er-Rah-
mân b. el-Hakem, oncle du khalife :
« Dieu maudisse les gens qui ont porté au pouvoir le fil
d'araignée, le laissant maître de donner et de refuser, à son
gré !»
Ce n'est pas le seul sobriquet injurieux qui fut in-
fligé à ce khalife d'un jour : il fut surnommé aussi
« fils du proscrit » *X^UI (^1 , parce que son père avait
été chassé de Médine par le Prophète , et « fils de la
femme au drapeau bleu » , en souvenir de son aïeule
qui tenait cabaret et maison de passe à Tayyef , sous
l'enseigne d'un drapeau bleu destiné à attirer les
passants. Cf. Meïd. , Proverbes, t. I, p. 690; Kechf,
fol. 1 5 r°.
378 MAI-JUIN 1907.
ïjiô* Saliin ben Dârah, poète anté-islamique
apparente» à Zeïd el-Khaïl. Sa mère, dont le vrai nom
était Saïkà, UU**, avait été surnommée Dârah, à
cause de la beauté et de l'éclat de son visage « plein
et brillant comme la lune au quatorzième jour du
mois» (Khiz, t. I, p. 291). La notice du poète se
lit dans Agh.f t. XXI, p. 73 j Ibn Kot., p. 2 36*
mj\ô , du verbe *ja « qui marche à petits pas bous
la charge d'un pesant fardeau ». Bekr b. Malik, un
des ancêtres de Farazdak , fut appelé Dârim , en rai-
son d'une aventure racontée eh détail par Agit.,
t. XIX, p. 2, mais d'ailleurs sans Intérêt et peut-
être inventée après coup.
<Xj^*>. Abou Bekr Mohammed ben el-Hasan,
bien connu en Europe par son surnom patrony-
mique A' Ibn Doreïdy philologue, ethnographe et
même poète a ses heures. Sa kaçideh intitulée El-
Makçoura est aussi appréciée en Orient crue peut
l'être son livre d*onomastique arabe , Ylchtiffak, parmi
les orientalistes. Né en 2 23 a Basrah, mort à Bagdad
en 32i H. (837-933 de J.-C). Au dire de quelques
grammairiens, I)oreïd n'est pas un diminutif mais
un tarkhim, c'est-à-dire Une abréviation , Un raccour-
cissement autorisé surtout pour les noms propres*
Si cette opinion , d'ailleurs peu vraisemblable, était
acceptée , Doreid serait le tarkhim de la forme éla-
tive *)*\ ad rad « édenté ».Cf. Ibn Kiiall. ,t. III, p. 4*.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 379
J^S*»>. Ibn cAli h. Raaîn de la tribu de Kho«aca,
un des plus fameux poètes de la première période
abbasside, né en i48, mort en 2^6 H. (765-861
de J.-C). Par la crudité et la verve de ses vers,
comme par le dévergondage de sa vie, ce poète con-
temporain de Haroun et d'Ëmin n'est pas sans offrir
quelques traits de ressemblance avec le vieux poète
français Villon. La longue notice que YAjjh. lui a
consacrée (t. XVIII, p. 1 9-61) n'explique pas mieux
que celle d'IflN Khaix. (t. I, p. 507) l'origine et le
sens du sobriquet Dibil. Les dictionnaire* arabes
disent seulement que ce mot signifie « chameau vieux
et décrépit ». DiT>il lui-même avouait qu'il ne savait
rien de son notn , si ce n est qu'il avait le privilège
d'effrayer ceux qui l'entendaient prononcer. L'émo-
tion que ce nom inspirait était telle qu'Un épileptique
en pleine crise se releva subitement guéri* Il est
possible qu'il n'y ait là qu'une invention plaisante du
poète faisant allusion à la crainte que ses satires
inspiraient à ses contemporains. Cf» Ibn Kot. ,
p. 539-042.
r.9
^yir^ « noirâtre ». Sobriquet du père d'Abou 1-
Wssy Fadhl b. Dokeïn. D'après le Kechf, fol. 1 5 >°,
c'était le nom d'un grand chien noir habitant dans
le voisinage qu'il effrayait par ses hurlements. La
nourrice d'AbouVAssy menaçait d'appeler le terrible
animal, toutes les fois que l'enfant commettait
quelque incartade. — Un renseignement plus sérieux
380 MAI-JUIN 1907.
est donné par Ibn Kot. , p. 387, où ce nom se trouve
sous la forme du diminutif Dokeïn; il était porté par
Dokeïn b. Radjâ de la tribu des B. Fokaïm, poète
contemporain et panégyf iste d'Omar b. cAbd el-Aziz.
Il était connu aussi sous le nom de Radjiz, parce
que ses poésies, comme celles de 'Otbah et d'El-
'Addjadj , étaient du mètre dit redjez.
9 9 VM^
v_>JixJi jj/d « le courtier en librairie ». Surnom
professionnel d'Abou'l-Mé'ali Sacad El-Haziri, co-
piste et libraire fort érudit qui vivait à Bagdad
au xnie siècle de notre ère [Lis. ar., s. v.).
yl^J Ed-Dehhân, «le marchand d'huile ou de
beurre ». Musicien célèbre au xive siècle de notre ère,
mort en 721 H. ( 1 3 *j 1 de J.-C). Son industrie ne
paraît pas avoir nui a son talent de poète et de mu-
sicien. Il possédait surtout une remarquable virtuo-
sité sur l'instrument a cordes appelé kânonn. « C'est
une harpe couchée sur une table d'harmonie , un peu
plus grande que la zither des Autrichiens et plus
petite que le cymbalum des Hongrois » (Cl. Huart,
Littérature arabe , p. 332).
-» 0 -
J<1} •> . D'après le Sihah , Dawbal est le nom qu'on
donne aux petits de l'âne et du porc [Lis. ar.t s. v.
Jjà ; Agit. , t. VII , p. 1 69- 1 7 1 ). Le poète chrétien El-
Akhtal fut affublé de ce sobriquet injurieux par son
rival Djerîr :
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 381
« Dawbal répand des larmes , Dieu veuille qu'elles ne ta-
rissent jamais! car Dawbal ne peut que pleurer sa honte. »
Soyouti, Miz., t. II, p. 217, emploie l'accusatif
3\£d et donne de ce surnom une explication puérile.
*rUo«> « brocard, soie à ramages ». Un arrière-pe-
tit fils du khalife cOthmân , Mohammed b. 'Abd Allah ,
avait été surnommé Dibâdj, à cause de la beauté et de
l'éclat de son visage ( Kcchf, 1 6 r° ; Kit. al-Oyonn, 2 3 6 ).
^ysl* viL)*>. Abou Mohammed b. cAbd es-Selàm
b. Raghbîn, poète syrien de la secte des Chooubites,
né en 161, mort en 2 35 H. (777-850 de J.-C);
il était contemporain d'Abou Nowâs avec lequel il
eut des démêlés. S'il faut en croire l'auteur du Mirât
ez-Zemdn, il devait le singulier sobriquet de Coq des
Djinns à sa laideur et à ses yeux verdâtres (Ibn Khall.,
t. II, p. 1 36). h'Agh. , dans la notice qu'il lui con-
sacre , assure que ce poète n'était connu que par son
sobriquet , mais il n'en donne pas l'explication (t. XII ,
p. 1^2-149; cf. Kechf, fol. 16 r°; Huart, Litt. ar.t
p. 90). On trouve dans le Kit. el-Mehasin, p. 3i4,
éd. Schwally, une pièce de vers de ce poète, qui ont
trait à des sujets de morale.
^Lo^. Un des fils de Yahya b. Khâlid avait été
surnommé Denier d'or à cause de sa beauté par-
IX. 30
turai>«aiB aiTioaiu.
382 MAI-JUIN 1907.
faite, aJIïTj ****i (Kit-el-Mehasin, p. 1 83). H faut
remarquer que ce mot d'origine étrangère se trouve
comme nom propre dès Je icr siècle de l'hégire. Cf. Ibn
Doreïd , p. i 44 ; Agh.t t. XX , p. 17; Hamasa, p. 64o.
il*i- Oii nia femme au voile». Surnom de
Uoneïdah fille de Zibrikân (Agh., t. II, p. 53). Elle
était la tante paternelle du poète Farazdak. Un jour
que les proches parents devant lesquels elle pouvait
se montrer sans voile lui reprochaient l'extrême
simplicité de sa mise , elle leur répondit : « Je sens
l'orgueil m'envahir , quand je vous vois » (ibid. , 54).
— Le même surnom parait avoir été donné aussi a
Fatimah, femme du khalife 'Omar b. cAbd el 'Azîz,
laquelle, par ses relations de famille, se vantait de
pouvoir paraître sans voile devant treize khalifes
tous ses proches parents (Morassd, p. 92).
i>*jLa£vl Oii «la femme aux deux outres».
On appelle {J^ nihyoun, une outre de petite dimen-
sion dans laquelle on bat le beurre. On explique de
la façon suivante ce surnom : Avant l'islamisme, une
femme nommée Selma, fille de Yahya b. Khozaï-
mah , s'était rendue au marché d*Okaz pour y vendre
son beurre qu'elle avait mis dans deux outres. Elle
était jeune et belle. Un certain Khawas b. Djobeïr
(cf. Ibn Dor. , p. 262 ) la rencontra et lui demanda la
permission de goûter au beurre pour s'assurer s'il
n'était pas mélangé d'eau, v>"»"* ^e y consentit et
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 383
ouvrit ses deux outres. Le drôle le proclama excel-
lent, puis , profitant de ce quelle avait les mains
embarrassées, il se jeta sur elle et lui fit violence. Il
ne trouva pas d'ailleurs grande résistance; la belle,
de peur de répandre la nourriture de sa famille , se
resigna à l'aventure. Tel est le récit de YAgh., t. XII ,
p. 77, reproduit avec quelques variantes par Kechf,
fol. 1 6 r°. De là le dicton : (^uytfUt cyb ^ Jjbfcl
« plus embarrassé que la femme aux deux outres » ,
proverbe qui se trouve dans Meïdani, éd. Freytag,
t. I, n° 1 1 5 , p. 687. Quant au suborneur, la légende
ajoute qu'il racheta son crime en se faisant musul-
man, devint un des Ançar (auxiliaires) du Prophète
et fut tué à la bataille de Bedr.
jVÔUaÂJ) Oii « la femme aux deux ceintures ».
Surnom d'Asmâ , fille du khalife Abou Bekr. Le jour
où le Prophète s'enfuit de la Mecque accompagné
d'Abou Bekr, elle déchira sa ceinture , mit dans une
moitié des provisions de route pour les deux fugitifs
et se servit de l'autre moitié comme ceinture. Cette
Asmà fut la mère du fameux cAbd Allah b. Zobeïr
(Morassa, p. 2 2(1; Kechf, fol. 16 r°). D'après une
autre version, elle fit avec la seconde moitié de
ce vêtement une anse pour la cruche d'eau.
Telle est aussi l'explication du surnom de « fils de
la femme aux deux ceintures » que les ennemis d'Ibn
Zobeïr lui adressaient, paraît-il, comme une injure
[Morassa, p. 2 2 A ; Sprenger , Vie de Mohammed, 1. 1,
p. 4o8; Ibn Ath., t. II, p. 81; Kechf, fol. 16 r°).
25 .
38'l MAI-JUIN 1907.
4>o)à. Surnom d'un poète de la Djâhclyeh, lin-
rou'1-Kaïs b. el-Hârith (ou Bekr) b. Mo'awyah el-
Kindi, à cause de ce bèit :
\*\jL ^yà *$&. àlô làLâ && £jpu\ ^i>l
«Je repousse loin de moi les vers (satiriques), comme un
jeune voyageur égaré dans le désert repousse les sauterelles.
(C'est-à-dire : je sais me défendre contre les satires du poète
dune tribu ennemie, etc.). » ( Tadj , t. II, p. 348.)
Miz. , p. Î220, donne a tort j^ilt, au lieu de «ilyUI.
Les surnoms de dl£& et sÇà du même radical, et
ayant le sens de « défenseur, protecteur », sont don-
nés à plusieurs personnages dont la mention se trouve
dans le Tadj (ibid.).
^S^i « l'immolé ». C'est ainsi que les musulmans
désignent Ismaël, fils d'Abraham, qu'ils substituent
à fsaac dans le sacrifice raconté par la Bible. On
n'ignore pas que Mahomet n'avait que des données
très incertaines sur les récits bibliques (Koran,
s. xxxvii, v. 99 à 107; La Beaume, Kor. analysé ,
p. 12 3). D'après les légendes arabes , Ismaël , père de
la race ismaélite, vécut 180 ans et mourut à Jérusa-
lem ; il fut enterré à côté d'Abraham son père (C. de P.,
Essai f t. I, p. 16 !\ et suiv.; Tabari persan, t. I.
p. 178-183).
L-ju&à. Dzahliâb est Torthographe indiquée par
le Tadj, t. f,p. 259. Tbn Kelbi, d'après le Djemharat
SIRNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 385
el-Ansab, attribue ce surnom à *Amr b. Djandal;
même renseignement dans le Miz. p. 219. Mais au
lieu de *Amrt il faut lire Mâlik, d après le Tadj.
Quant au vers qui serait l'origine du surnom en
question , il est fort obscur : le poète décrit probable-
ment l'allure des chamelles de la caravane qui, après
avoir gravi les hauteurs de Korakor et de Dzou
Yemem, se dirigent vers Ed-Dzohâb :
v*
tlpàjM y* « riiomme des terreurs». Un roi hi-
niyarite, fils d'Abrahah ou de Eïmen, fut, d'après
une version, surnommé ainsi parce qu'au retour
d'une de ses expéditions, il ramena des nesnâs, singes
monstrueux dont la vue effraya les habitants du
Yémen. Cependant, d'après une autre version rap-
portée par Ibn Khaldoun , ce roi fut surnommé ainsi
à cause de l'effroi que# ses actes de cruauté répan-
daient dans l'Arabie du Sud (C. de P., Essai, t. I,
p. 71). Caussin de Perceval, ibid., p. 73, propose
d'identifier Dzoul-Adzar avec un roi de Marsyaba
(ou Mariaba) qui aurait régné vers l'an 24 avant J.-C,
et que Strabon nomme Ilasar. Cf. Tab. , I, p. t\l\ 1.
c\Js^oy\ ^ji. Hourthân b. el-Hârith el-cAdwâni,
de la grande tribu yéménite de Djadilah, poète et
vaillant guerrier , surnommé Dzonl-Içbâ\ parce que,
avant été mordu aux doigts par un serpent , il eut le
courage de faire lui-même l'amputation de sa main.
386 MAI-JUIN 1907.
Voir la notice de Agh., t. VIII, p. 2-1 1; cf. Tàb.,
série II , p. 8 1 5 ; Ibn Kot. , p. 445; Morassa, p. 28 ;
Kâmil, p. 317; Kechf, fol. 17 v°. D'après \e Khiz. ,
t. II, p. 4o8, il devait son surnom à une de ses
mains qui avait six doigts.
^\jk0i^!> Dzou Açbah, prince himyarite qui
régna dans l'Yémen. On lui attribue l'invention des
fouets nommés, à cause de cette origine, les fouets
acbahyyah ( Tadj , t. V. p. 117)- Mais ce nom désigne
aussi une famille yéménite a laquelle se rattachait le
célèbre traditionniste et jurisconsulte Anas b. Mâlik ,
fondateur du rite dit malikite (Morassa, p. 28;
Tab., série III, p. 2019).
sjyJayS ^ji « l'homme aux épaules». Surnom
du roi Sassanide Sapor II. Pour châtier les tribus
arabes qui avaient envahi l'Iran, il conduisit son
armée dans le Hadjr et le Bahreïn. x\près avoir sou-
mis les révoltés , il leur infligea de terribles supplices ,
et ordonna , entre autres cruautés , de leur percer les
épaules et d'y passer des cordes pour les conduire
en captivité (vers l'an 2 5o de notre ère). Cf. Prairies,
t. II, p. 175-, Morassa', p. 25; Tabari persan, t. II,
p. 99; Kechf, fol. 18 v°; G. de P., Essai, t. II,
p. ^9. Voir aussi l'explication donnée par Nôldeke,
Tabari, p. 82 , note 1 .
*> u-
+)&>*& y ) j'd . Ce surnom est susceptible de deux
significations. Pour les uns, c'est le pluriel de *<X4
SURNOMS ET SQBRIQUETS ARABES. 387
ou -iXA et il faudrait traduire alors par « l'homme
aux guenilles » [Morassa, p. 3o). Mais si l'on adopte
la lecture -«X* au singulier, dont le sens est « meurtre
non vengé », cette épithète serait plus injurieuse que
la première. Quoi qu'il en soit, Je surnom Dzoul-
Ahdâm (ou Ahdzâm) est donné à plusieurs person-
nages, parmi lesquels on cite Motewekkil b. eIyad,
b. Kilâb et Naféc b. Sewadah ed-Dibâhi. Ce dernier,
poète peu connu , avait fait des vers contre Farazdak ;
il fut à son tour l'objet dune satire cruelle où se
trouvait ce kèit :
s J
« On m'informe que Dzou 1-Ahdàm aboie (contre nous) , à
l'abri des champs cultivés et des châteaux de Syrie qui nous
séparent. »
«>l3jjM ^i « l'homme aux pieux ». C'est l'épithète
qui est infligée par le Koran , xxxvin , 1 1 , et lxxxix , 9 ,
au Pharaon de Moïse , en souvenir des pieux auxquels
il attachait les coupables pour leur infliger des sup-
plices barbares. Cf. Morassa, p. 3o.
iy*ô\j&J) £Ù « l'homme aux deux pagnes ». Sur-
nom d'Abd Allah b. cAbd Nohm el-Mouzeni , un des
Açhab ou Compagnons du Prophète. Il périt dans
l'expédition de Tebouk et fut enseveli par Mahomet
388 MAI-JUIN 1907.
lui-même. Voici comment le Kechf, fol. 1 6 v°, ex-
plique ce surnom : « Cet Arabe , avant sa conversion à
l'islam, était nommé cAbd el-Ozza. Lorsqu'il eut adopté
la foi nouvelle, ses oncles furieux de cette résolution
le dépouillèrent de tout ce qu'il possédait , jusqu'à
ses vêtements. H se réfugia chez sa mère qui, le
voyant en si piteux état , coupa en deux l'étoffe rayée ,
àL*? , qui lui servait de robe et lui fit deux vêtements,
l'un de dessous, izâr, et l'autre comme manteau,
rida. Le lendemain, le Prophète sortant de la mos-
quée et passant la revue de ses prosélytes encore peu
nombreux , s'arrêta devant ce personnage si étrange-
ment vêtu et lui demanda son nom : « cAbd el-Ozza,
«répondit celui-ci. — Non, répliqua Mahomet,
« tu seras désormais cAbd Allah Dzou'l-Bidjâdeïn ,
« l'homme aux deux pagnes»; d'où le surnom qui
lui resta. » Le Kechf ajoute que le Prophète le prit
ensuite comme guide dans ses expéditions à travers
l'Arabie. Dozy, Vêtements , p. 55, décrit brièvement
le bidjâd : il faut lire dans ce passage : « cAbd Allah
guide du Prophète » , au lieu de : « père du Prophète ».
jjjj^àjM ^à «l'homme aux deux oreilles ». C'est
le surnom que Mahomet donnait sous forme de
plaisanterie à l'un des Compagnons qui fut plus tard
un des pères de la tradition islamique [Kechf, fol.
î y r°; Morassa , p. 27).
^9
ijJ*j\ jà «l'homme à l'anneau». Un Arabe de
la tribu de Taghleb b. Reby'ah fut surnommé ainsi
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 389
parce que les poils longs et drus qui entouraient
ses narines avaient la forme de l'anneau, bourah,
que Ton passe en travers du nez du chameau en
guise de frein. C'est aussi le nom dune sorte de
khalkhal ou anneau que les femmes attachent à
leurs chevilles. D'après Ibn Ath., Morassa, p. 48,
ce personnage s'appelait Ka'b b. Zohaïr, et c'est à
lui que s'applique le vers suivant de eAmr b. Kol-
thoum :
y J
« Et Dzon'l-bourah dont tu as entendu parler : grâce à lui
nous sommes protégés et nous protégeons ceux qui se réfu-
gient auprès de nous. »
0<~ QS
^Jô^j\yù. D'après Ibn fx-Athir, Morassa,
p. 4 7, Amir b. Ohaïniir b. Behdeleh *î*>v<p yt j*p**\
devait le surnom de Dzoiïl-Bordeïn à deux tuniques
de soie rayée que lui donna le roi Moundir, fris de
Ma es-Semâ en le proclamant chef de la tribu arabe
la plus noble et la plus puissante. Mais Ibn Kotaïbah
cité par le Kechf, fol. 16 v°, donne une version dont
le caractère paraît plus authentique. cAmir ne reçut
pas les deux tuniques de la main du roi de Hirah ,
mais s'en empara en sa présence, les revêtit pour
affirmer ainsi la supériorité de la famille de Behde-
leh , puis posa hardiment ses pieds sur le sol et s'écria :
« Cent chameaux à celui qui me fera bouger de
cette place! » Personne n'éleva la voix, et il partit
emportant le vêtement royal. Cf. Anthologie arabe
390 MAI-JUIN 1907.
de Beyrouth , t. VII, p. 447» Sur la tunique appelée
bordah, voir Dozy, Vêtements, p. 69.
jjrUJl^à «l'homme à la tiare ». Surnom d'un
cheïkh de la tribu des B. Hanifah qui exerçait un
pouvoir souverain dans le Yemamah. Son nom était
Hawdah , fils d'Ali. La protection qu'il accordait aux
caravanes persanes de passage sur son territoire lui
valut un accueil honorable à la cour du Chosroès ;
il reçut, entre autres présents, de riches vêtements,
une coupe d'or et une tiare ornée de bijoux d une
valeur considérable. Ce même personnage qui, au
dire des chroniques arabes, professait la religion
chrétienne , refusa d'embrasser l'islam si le Prophète
ne consentait pas à le désigner comme son succes-
seur. Cette exigence ayant été repoussée avec mépris,
le cheïkh s'éloigna, mais il mourut dans le courant
de cette même année, an 8 H. (629 de J.-C), ce
qui fat considéré comme un châtiment du ciel (C. de
P., Essai, t. II, p. 4o4 ; Ibn Ath., t. II, p. 1 65 ; Ibn
Doreïd , p. 209 ; Kechf, fol. 1 6 v°). — Hilâl b. Djebe-
lah b. Çakhr, chef des B. Solaïm , portait le surnom
de Dzoul-Tâdj (Kechf, ibid.). — On donnait aussi ce
surnom à Harethah b. fAmr b. Abi Rebycah Cheïbâni
qui combattit à la tête de la tribu de Bekr, contre le
roi Moundir, fils de Ma es-Semâ. Voir Essai, t. II,
p. 7 A , et une leçon différente dans Morassa, 53.
A^4>sxJ! jù « l'homme à la mamelle de femme ».
Cette appellation est expliquée avec une certaine
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 391
confusion par les chroniques. La donnée la plus
probable est qu'il s'agit d'un chef Kharidjite tué à la
célèbre bataille de Nehrewân , et dont la mort , d'après
une ancienne légende, devait être le signal de la vic-
toire pour l'armée d'Ali. Cette prédiction, attribuée à
Mahomet, se réalisa sur le champ de bataille. Après
de longues recherches, on trouva le cadavre de cet
homme surnommé Mokhdedj g«x£» ÇOurkoas, Kechf,
fol. 16 v°); ce nom signifie «celui qui, au lieu de
main, n'a qu'un moignon semblable à un sein
de femme et couvert de poils». Cf. Prairies, t. IV,
p. 4i5; Tab. , Iw série, p. 3383; Ibn Ath., t. III,
p. 291. S'il faut en croire le Morassa, p. 57, ce
personnage était abyssin et se nommait Nafi\ Voir
aussi Kit el-Mehasîn, éd. Schwally, p. 5o et suivantes.
•
OvÀ-àJUï^à. Plusieurs dévots musulmans por-.
taient ce surnom : l'assiduité à la mosquée, les
longues prières accompagnées de génuflexions sans
nombre finissaient par durcir leurs genoux et les
couvrir de callosités (ihafinât). Telle est l'origine de
ce surnom. Le plus connu parmi ceux qui en furent
gratifiés est cAli b. Hûseïn b. \Ali, c'est-à-dire le petit
fils du khalife cAli, et qui est particulièrement vénéré
en Perse sous le vocable honorifique de Zeïn el-Abidîn
« la parure des adorateurs de Dieu » ; il avait reçu
aussi, et pour le même motif, le surnom de Seddjâd
àti* « qui se prosterne souvent b. — Il convient de
signaler encore dans la liste des dévots « aux genoux
392 MAI-JUIN 1907.
durcis» cAbd Allah b. Wehb Er-Rasibi, chef des
Kharidjites, qui joua un rôle important dans la lutte
de ces révoltés contre les Omeyyades. Voir Ibn Ath. ,
t. III, p. 280; Morassa, p. 5y; Moberred, p. 36o;
Ibn Khall. , t. II, p. 2 1 6 ; Kechf, fol. 1 7 r°.
j>$<>oi yô « l'homme aux deux bonnes chances ».
Les traditions qui se rapportent au personnage
connu par ce surnom sont assez obscures. Kaïs b.
Mas'oud qui, après avoir lutté longtemps contre
l'armée persane , fut vaincu et mis à mort par Per-
viz II, vers Tan 610 de J.-C, aurait reçu son sur-
nom , soit a cause de la double rançon qu'il avait tirée
d'un noble Persan fait prisonnier par lui, soit d'un
double prix qu'il gagna dans une course de chevaux.
Voir Morassa, p. 70; Agit. , t. II, p. 3o, et t. XX ;
p. i32; C. de P., Essai, t. II, p. 172, et Chrest.
ar.„ t. Vil, p. i 220; Nôldeke, Tab.,p. 33o, 34^.
uJi^ji «l'homme aux deux ailes». Abou
cAbd Allah Dja'far b. Abi Talib, frère du khalife
cAli, fut un des plus fidèles Compagnons (Açhab) de
Mahomet. H fit partie de l'émigration des néo-mu-
sulmans en Abyssinie où il convertit, dit-on, le né-
gous à l'islam ; il rejoignit ensuite le Prophète après
sa fuite à Médine , et plus tard , dans la huitième année
de l'hégire, il se signala par sa valeur à la bataille
de Mouta (bourgade du Balka' inférieur). Accablé
par le nombre, il tomba criblé de blessures et périt
-martyr de la foi. Le Prophète, lorsqu'il apprit sa
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 393
mort, monta en chaire et dit : « Ne répandez pas de
larmes sur mon cherDja'far. Je vous le dis en vérité,
au lieu des deux mains qu'il a perdues, il vient de
recevoir de Dieu deux ailes avec lesquelles il prend
son vol dans le Paradis, en compagnie des anges. »
Voir C. de P. , Essai, t. III , p. 2 1 5 ; Morassa, p. 7 1 ;
Biogr. Die t., p. soi; Kechf, fol. 17 r°. — D'après
Maçoudi, Prairies, t. IV, p. a3i, le général persan
qui combattait les troupes du Chosroès à la bataille
de Néhavend , portait aussi le nom de Dzoul-Djenâ-
heïn , mais il faut lire Dzoul-Hadjibéin , « l'homme
aux deux bandeaux». Ce personnage, dont le nom
était Bahmân Djadaweïh, aurait reçu ce surnom parce
que , parvenu à un âge avancé , il était obligé de se ser-
vir de deux bandelettes pour soutenir ses paupières.
0-1
Ù*»*jÂ*^à- Chammir Chorahbil de la tribu
de Dhibàb était surnommé Dzoul-Djauchen , parce
qu'il avait la poitrine large et saillante. Mais cette
explication donnée par Lis. ar., s. v. , et par Kechf,
fol. 17 r°, prouve qu'ils ignorent le sens du mot
persan (^yt* « cuirasse ». Ibn el-Athîr, dans le
Morassa, p. 71, connaît le vrai sens de ce mot; il
cite Aws b. el-cAwar de la tribu des B. Mo'awyah
comme avant reçu du Chosroès une cuirasse dont
il avait propagé l'usage parmi les Arabes. Cet Aws,
auteur de quelques poésies, est mis au nombre des
Compagnons; il est le père de Chamir b. Aws, dont
le nom est exécré en Perse, parce qu'il est celui de
l'assassin qui fit périr Hûseïn , à la bataille de Kerbelâ.
394 MAI-JUIN 1907.
^ii^ji. Surnom du cheikh cAmir b. Zarib el-
cAdwâni qui fut un des sages de la Djdhelyeh, dont le
nom est resté dans le souvenir des Arabes. H passe
pour avoir vécu 3oo ans, et c'est à son sujet que le
proverbe La*Jl o^j « frapper le bâton », dans le sens
d'avertir, aurait été créé. Une légende rapportée
par Meïdani, Piw.f t. I, p. 3a, veut que ce véné-
rable santon , parvenu à l'extrême vieillesse , ait re-
mis un bâton entre les mains de son esclave favorite,
avec ordre d'en frapper un coup sur son bouclier,
toutes les fois qu'il perdrait la mémoire et donnerait
des signes d'affaiblissement intellectuel. C'est à quoi
fait allusion le vers suivant, attribué à Molelammis:
»j . ..... '' y
« Avant ce jour, on avait déjà besoin de frapper le bâton
(pour avertir Dzou'l-Hilm), car les avertissements ne sont
donnés a l'homme que pour l'instruire. »
Agh., t. III, p. 3, et Kechf, fol. 17 r", qui citent
ce \ers, lisent *&£ ^ÔJ au lieu de iJL <£<x), ce qui
ne change pas le sens général du bcit. Voir l'édition
du Diwân de Motelammis, p. 64.
J^ki^ji « ITiomme du dénuement». C'est un
des nombreux surnoms du khalife Abou Bekr.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 395
Lorsque le Koran établit la règle obligatoire de l'au-
mône , Abou Bekr donna tout son bien aux pauvres ,
et le Prophète lui ayant demandé ce qu'il laisserait
à sa famille , il répondit : « Dieu et son apôtre ».
(Tadj, s. v. J^, t. VII, p. 307).
>4>sJ)^à «l'homme des larmes*. D après le
Morassa, p. 1 00 , un descendant d'Ali , Hûseïn b. Zeïd
b. cAli,fut surnomme» ainsi parce que les persécu-
tions dont il fut victime avec les autres membres de
sa famille étaient pour lui une source intarissable
de tristesse et de larmes.
i^\ \jj] ^ji « l'homme de sens », El-'Abbas b. Abd
el-Mottalib, oncle paternel du Prophète. Sa pru-
dence et ses sages conseils ont passé en proverbe.
H mourut Tan 3 2 H. ( Tar. el-Khol. , p. 6 ; Àgh. , t. IV,
p. 32).
ryXiijùjJ] yô «deux fois fou». Abou'l-Hasan
cAli b. 'Aldelwahid , jurisconsulte et littérateur, origi-
naire de Bagdad , avait pris , probablement dans une
de ses odes d'amour, car il était poète par intermit-
tence, cette dénomination bizarre. Mais selon Ibn
Khall., t. II, p. 320, il était plus généralement
nommé #S«>J! g^o « la victime des coquetteries » ,
ou bien encore <^!>*M J+& « tué par les catastrophes
soudaines ». Il mourut prosaïquement d'une angine
en k 1 2 H. (102 1-1 022 de J.-C). Cf. Kechf, fol. i8v°.
3% MAI-JUIN 1907.
^jj«**J)^jà «l'homme aux deux lances». Ho-
daïfah b. el-Moghîrah b. cAmr b. Makhzoum fut
surnommé ainsi, selon les uns, à cause de la lon-
gueur de ses jambes, ce qui faisait croire qu'il mar-
chait sur deux lances ; ou , selon une autre version
plus acceptable, parce que, lorsqu'il faisait cam-
pagne, et principalement à la journée de'Okaz, il
combattait avec deux lances. Cf. Agh.9 1. 1, p. 3o;
Kechf, fol. 1 7 r°; Ibn Khall., t. II, p. 3yZi ; Modjem,
t. III, p. 70/i.
c.9
£/*jJ)^jà. Abou'l-Hârith Ghaïlàn, fils d'Okbah,
plus connu sous le sobriquet de Dzoiï l-Rommah ,
l'un des plus célèbres poètes de la fin du Ier siècle de
l'hégire (mort vers l'an 117 H. = y36 de J.-C).
Habile à célébrer les charmes des belles filles du dé-
sert, moins bien inspiré dans le panégyrique, il
passe néanmoins pour le dernier poète de l'âge clas-
sique. Quelques critiques arabes lui reprochent
même ses tendances par trop archaïques , ses descrip-
tions trop minutieuses du douar abandonné, en un
mot tout ce qui forme le début des kaçidek anté-
islamiques. — « Que pensez-vous des poésies de
Dzou'l-Rommah? demandait-on un jour à Djerîr. —
Crottins de gazelle et traces de belette » , répondit-il
avec dédain (au dire des Arabes, le crottin du faon
de gazelle répand une odeur de musc qui s'évanouit
presque aussitôt). La notice de Dzou'l-Rommah est
donnée par Ayh., t. XVI, p. 1 10-1 35. Cf. Ibn Khall.,
t. II, p. 44y, et la monographie du poète par
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 397
U. Smend, De Dsurrumma poeta arabica, Bonn,
1 874. — Quant au vers, origine prétendue du sur-
nom, voici comment il se Ht dans Ibn Kot. :
' ' ' ' t '
' y „
« Il ne restera plus (au campement abandonné) à jamais que
les trois pierres (du foyer) immobiles et noires — et qu'un
pieu à tète écrasée , échevelée , d'où pend un bout de corde
(rommah) enroulée. » [Kit. ech-Chi'r., p. 334; variantes dans
Lis. ar., t. XV, p. i43.)
Enfin, d'après une autre version tout empreint!»
de couleur locale, le poète aurait reçu son surnom
dune jolie Bédouine, Meyyah, dont l'éloge revient
souvent dans ses kaçideh. Voir pour les détails Khi:. ,
1. 1, p. 53; Ibn Khall. , t. Il, p. 45 1.
^jJL*lj%J'^l> «l'homme aux deux comman-
dements ». Titre honorifique sous lequel est connu
le vizir El-Hasan b. Sehl , qui réunissait l'autorité
civile au pouvoir militaire sous le règne de Mamoun.
Voir sa notice chez Ibn Khall., t. II, p. 472; El-
Fakhri, p. 3o4; Morassa, p. a3o.
^y*ULk,*éj] y& «l'homme aux deux sabres».
C'est ainsi que le khalife Mouctadid (279-289)
avait surnommé un officier de la milice turque
on lui faisant don de deux sabres comme insignes
d'honneur. Ce renseignement est donné par Mo-
ix. 26
l«»ki«iair sifitmifc.
398 MAI-JUIN 1907.
rassa , p. i 2 5, qui nomme ce personnage Ahmed b.
Kûndadjik.
^VjOJUCyyJ) j'd « l'homme aux deux règnes».
Surnom de Abou Ghalib el-Hasan Mansour, parce
qu'il exerça les fonctions de vizir sous les deux
princes Bouheïdes rivaux, Moucherrif ed-Dauleh et
Sultan ed-Dauleh. H fut assassiné en Susiane par des
soldats deïlemites , en4i2 H. (1021-1022 de J.-C).
Cf. Ibn Ath., t. IX, p. 228; Keclif, fol. 17 r°,
£4 Lu * à « l'homme à l'éphélide noire». Sobri-
quet de Hûseïn b. Zikriweïh, chef des Karmathes,
qui tint longtemps en échec 1 armée du khalifat
et périt en 29 4 H. (906-907 de J.-C.) dans une
bataille qu'il livra contre Mohammed b. Djerrah.
Cf. Tab. , IIIe série, années 291 a 294. (VoirJUU»^).)
^jjy UwJl^i« l'homme aux deux mains gauches ».
Voici ce que dit sur ce personnage Tabari , III* série,
p. 2 544 : «On lui donne aussi le sobriquet de jâ
(£}*\jJt « l'homme aux deux mains », parce qu'il était
aussi adroit de l'une que de l'autre, maïs son vrai
nom était 'Omaïr b. *Abd cAmrb. Nadhlah; il des-
cendait de la tribu de Khozaca. Il se fit musulman
et reçut le martyre à la bataille de Bedr. Cf. Kêçhf,
fol. 1 7 r°; Ibn Saad, Biographien, éd. Sachau, t. III,
Theil 1, p. 118. — Un autre Arabe contempo-
rain de celui-ci et surnommé aussi * l'homme aux
deux gauches », No'niàn b. Kaïs, aurait reçu ce sur*
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 399
nom à la suite d'une négligence qu'il commit dans
la pratique de la prière. Il est classé parmi les Açhab,
ou Compagnons de Mahomet. Voir Miz*9 t. J,
p. a53; Ibn Hadjak, Inbâ el-Ghomr, t. 1, p. 869»
jj\mKMé ^ji « l'homme aux boucles d'oreille». Ce
surnom pris ici dans un sens injurieux, désigne
Lakhnîa Tanouf, roi yéménite (tobba) que ses goûts
dépravés et son accoutrement féminin avaient rendu
méprisable aux yeux de ses sujets. D'après C. de P, ,
Essai, t. I, p, 119, il régna de 478 à 490 de l'ère
chrétienne et fut assassiné par Dxou Nowâs. Cf. Prai-
re, t, III, p. 1 55 et suivantes.
-»^ -
^yXidy^iàm)) ^ù «l'homme aux deux témoi-
gnages », c'est-à-dire dont le témoignage vaut le
double de celui des autres. G est ainsi que le Pro-
phète avait surnommé un de seaAnçar (auxiliaires),
Khozaïmah b. Thâbit b. Mâlik b. ei-Aws, dont il
appréciait le caractère loyal et la parole véridique.
Jl lui conféra ce titre honorable à la suite d une con-
testation dans laquelle Khozaïmah se prononça en fa-
veur d'un Arabe du désert contre le Prophète. Kho-
zaïmah prit part à la prise de la Mecque (an 8 de
l'hégire) , se déclara plus tard en faveur d'Ali et pé-
rit à la bataille de SifFîn en 37 H. (Biogr. Dict.f
p. 228; Kechf, fol. 1 7 v°; Kitâb el-Mehasîn, éd.
Schwally, p. 4o).
~Imj\ j'd «l'homme à l'ivoire». Sobriquet de
26.
400 MAI-JUIN 1907.
Kethir b. cAbd Allah es-Sûlâmi, réputé pour la
blancheur et la beauté de ses dents. Voir Morassa,
p. 1 48. On trouve dans Ibn Ath., t. V, p. 1 1 k et
227, des détails sur les démêlés de ce personnage
avec le parti des Kharidjites pendant le règne du der-
nier des Omeyyades, Merwân II.
I^ji « l'homme aux deux petites
tresses» (duel de **a*A&), ainsi nommé à cause de
deux nattes de cheveux qu'il laissait pendre der-
rière sa tête. Dhimâm b. Ta'labah, cheïkh des B.
Sa'ad , touché par la prédication de la religion nou-
velle, conduisit à Mahomet une députation des gens
de sa tribu. Voici le discours que les biographes
mettent dans sa bouche : « Je crois, dit-il en s adres-
sant au Prophète , en le message que tu apportes et
en Celui qui t'a envoyé avec la vérité. Je n'ajouterai
ni ne retrancherai rien à ces paroles. Quant à moi ,
je suis l'envoyé de ma tribu que j'ai laissée derrière
moi; mon nom est Dhimâm, fils de Ta*labah, je
suis l'un des Benou Sacad ibn Bekr. » Le Prophète
dit alors i « Si cet homme a dit la vérité , certes il
entrera dans le Paradis. » (Tab. , série I, p. 1723;
Ibn Ath., t. II, p. 221; Morassa, p. 162; Lis. ar.,
s. v.; Tadj, t. IV, p. /108.)
ijjJuUl^jà. Katadah b. Norman, un des Compa-
gnons de Mahomet, se signala à la journée d'Ohod
(26 janvier 625 de J.-C), et défendit héroïquement
la personne du Prophète». Atteint par une flèche,
SURNOMS ET SOBRIOlETS ARABES. 'KM
un de ses yeux pendait sur sa joue; la main du Pro-
phète accomplit alors un miracle : au contact de ses
doigts, l'œil rentra dans son orbite et fut doué dé-
sormais d'une vue plus perçante : aaJUc (jj**aJ c*ilû
1$*\aJj (Tab., série I, p. \tiok; Ibn Ath. , t. II,
p. i 20; Agh., t. XIV, p. 19; C. de P., Essai, t. III,
p. 89 et suiv. Dans \eMostatraf, t. II, p. 2 3, et Kechf,
fol. 18 r°, on lit ^yus.^.11 ^). — Un Arabe de la Dja-
helyeh, renommé pour sa vaillance, et qui fut aussi
un poète célèbre dans sa tribu, portait le même
surnom.
~ 9
ïjJu)^'d. Un des Açhab ou Compagnons du
Prophète avait une taie blanche sur le visage; d'où
son surnom (Kechf, fol. 18 r°). Le sens ordinaire
de ghowrah est« étoile blanche qui se voit sur le front
du cheval » (Lis. av., s. v.).
Àj*iàJ)^'ù. El-Hoçaïn, cheikh des Benoul-Hâ-
rith, était ainsi appelé parce qu'il parlait avec diffi-
culté, par suite d'une constriction du larynx (Ibx
Doreïd, p. 2 4o).
^jvjlJU) jd . Ni les commentaires du Koràn , ni
les chroniques ne s'accordent sur le personnage qui ,
dans le livre saint, est appelé Dzoiï l - Karneïn
« l'homme aux deux cornes » (voirKorân, chap. xvm,
\. 82 et suiv.; La Béai me, p. !\). Les uns l'identi-
fient avec Alexandre le Grand, les autres avec le
tnbba Ksscab, roi légendaire du pays d'Himyar.
402 MAI-JUIN 1907.
Quelques-uns croient qu'il s agit d un roi lakhmite ,
cAmr, fils de Moundir. Cf. C. de P., Essai, t. I,
p. 65 et suiv ; Morassd, p. 1 83. La version persane
de Tabari donne sur le légendaire Dzou 1-Karneïn
les détails les plus circonstanciés, t. I, p. 5i 8 et
suiv. Enfin on trouve dans le Kechf, fol. 18 r°,
jusqu'à dix versions différentes sur l'origine et l'attri-
bution de ce nom.
9
^jjJUi^ji «l'homme aux ulcères». Rien n'est
plus connu , ni plus invraisemblable, que la légende de
la tunique empoisonnée, envoyée par l'empereur
de Byzance, Justinien, au célèbre poète anté-islamique
Imrou'1-Kaïs. « L'imagination des Arabes , dit judi-
cieusement C. de Perceval , a cherché une cause ex-
traordinaire à une maladie cruelle et inconnue dont
Imrou'1-Kaïs fut attaqué à cette époque et qui lui a
fait donner le nom de Dhoiïl-Corouh « l'homme aux
« ulcères » (Essai, t. II, p. 3s q). Le Morassa rappelle
au sujet de ce surnom un bèit qu'il attribue à Im-
rou'1-Kaïs lui-même :
te&> CsJu U*ià L-^yi c*J«Xid
L#\ ^ ^ ^ JJ L*
«Mon corps, autrefois plein de santé , s'est couvert d'ul-
cères sanglants : triste chose que l'infortune quand elle suc-
cède au bonheur ! » Nessnn maggior dolore.
Cf. Diwân d'Imroul-Kaïs, éd. du Caire, p. 137;
Ahlwabdt, p. 1 35.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 403
i\ju^jju\ yô « l'homme aux deux cœurs », Abou
Marner Djemîl b. Manier b. cAbd Allah el-Fihri
[on El-Djomahi). L'intelligence et la mémoire sur-
prenantes de cet Arabe lui avaient valu chez ses con-
tribuas le surnom de Dzoul-Kalbeïn , ce dont il se
faisait gloire. « J'ai deux cœurs, disait-il à tout ve-
nant, je suis plus intelligent que Mohammed. » Ce-
pendant, au dire des choniques arabes, cette qua-
lité lui fit défaut h la bataille de Bedr. Poursuivi,
l'épée dans les reins, avec les Koreïchit es vaincus, il
avait perdu tellement la tête qu'il courait avec une
sandale au pied et l'autre dans la main. Cette cir-
constance lui fit le plus grand tort dans l'estime des
siens, qui d'ailleurs se convertirent bientôt à l'islam.
Mais, vraie ou fausse, la réputation de perspicacité
et de sagesse attribuée à ce personnage a peut-^tre
trouvé un écho dans le passage du Korân , xxxm , l\ ,
où il est dit : « Dieu n'a pas mis deux cœurs dans la
poitrine de l'homme. » La glose de Tabari, t. XXI,
p. 67, prouve que ce verset a embarrassé les exé-
gètes ; cet auteur estime qu'il faut se borner à voir dans
ces paroles un démenti donné par le Prophète aux
Arabes ignorants qui se disaient doués de deux
cœurs. — Au rapport d'Ibn Hicham, le biographe
de Mahomet, ce même Djemll b. Ma'mer était un
orateur habile et sans doute aussi un grand bavard;
voir une anecdote à ce sujet dans Essai, 1. 1, p. 399.
Cf. Morassa, p. 18 !\\ Kechf, fol. 18 r°.
«^ÀWi^jà. Il règne une grande incertitude chez
404 MAI-JUIN 1907.
les exégètes du Koran sur le verset xxi, 85 , où il est
dit : «Isma'ïl, Idris et Dzou'1-Kifl furent tous des
gens patients. » Dzoul-Kijl est identifié soit avec
Bichr, fils de Job, soit avec Elie et Zacharie. D'autres
donnent ce surnom au prophète Ezéchiel qu'on
nomme aussi Ibn el-Adjouz « fils de la vieille », et on
lui attribue le don de ressusciter les morts ( Tabari
persan, t. [, p. 266 et £07). Enfin fauteur du
Kechf, fol. 17 v°, opte pour un sage juif qu'il nomme
Abou Salih, lequel se serait porté garant, JA&, de
prier, de jeûner et de rendre la justice au peuple
après la mort d'un prophète dont le nom n'est pas
cité dans le manuscrit.
ïjaSJè^d «l'homme à la ceinture de soie».
Souvenir d'une prétendue ambassade conduite au-
près de Mahomet par le vice-roi qui gouvernait l'Ara-
bie méridionale au nom du Chosroès Perviz. Au
nombre des cadeaux, tous plus précieux les uns que
autres , figurait une ceinture de soie moirée et cha-
toyante comme on en fabriquait dans l'\ émen. Voir
Morassa, p. 212; Lis. ar. , s. v. jJk.
^ji>«le possesseur de l'union». Surnom
mystique donné par les Druzes à Hamzah, fils d'Ali.
Voir de Sacy, Chrest. ar., t. II, p. 276 , et Exposé de
la religion des Druzes, t. JI, p. 59 et 1 72.
^UJt) ^jà « l'homme au phare ». Ibn Khaldoun,
Hamza Jsfahâni et d'autres auteurs désignent ainsi
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 405
un tobba du Yémen , Àbrahah , parce que , au cours de
ses expéditions militaires, il élevait des phares, afin
de reconnaître sa route au retour. Cf. C. de P. , Essai,
1. 1 , p. 6 7 ; Morassa, p. 1 1 3 ; Prairies , t. III , p. î 5 i ;
Pogoc&e, Spec. hist. ai*. , p. 09.
ryjj^^JJ) j'ù « l'homme des deux lignées ». Le
[lafiz cOmar h. Hasan b. Dihya, jurisconsulte estimé
(né en 544 , mort au Caire en 633 H.= 1 1 5o-i235
de J.-C), devait ce surnom à la double illustration
de sa naissance. Du côté paternel, il descendait de
Dihya el-Kelbi, un des Compagnons qui fut envoyé
par Mahomet à la cour d'Héraclius; du côté mater-
nel, il se rattachait à la sainte postérité d'Ali, fils
d'Abou Talib. Voir Ibn Khaldoun, Prolég., t. II,
p. 384.
iVA-XxaÂJi^ji «l'homme aux deux pointes de
lance » , cOtaïbah, fils de Hârith, fils de Chihâb, chef
de la tribu de Yarbou\ branche des B. Temîm : il se
signala par sa vaillance à la journée d'El-Haïr (vers
(Joô de J.-C). Il se servait habituellement d'une lance
terminée par une double pointe. On le nommait
aussi, à cause de la terreur qu'il inspirait, «le tra-
queur des cavaliers» ^L^iJI s\Z*o (.C. de P., Essai,
t. Il, p. 572 et 5q4 ; Kechf, fol. 18 v°).
AXs&J) ^ù «l'homme au palmier». Surnom de
Jésus, (ils de Marie, qui selon les légendes arabes,
naquit sous un arbre de cette espèce. « Les douleurs
406 MAI-JUIN 1907.
de 1 enfantement la surprirent sous un tronc de pal-
mier. » (Korân, chap. xix, v. 2 3.) Cf. Tab. persan,
p. 54 1; Tadjy t. XVIII, p. 1 3 1 .
^j^jJU) ^ji> « Thomme aux deux lumières ». On
donne ce titre honorifique à cOthmân b. cAffan parce
qu'il épousa successivement deux filles du Prophète :
d abord Rokeyyah qui mourut pendant 1 expédition
de Bedr (an a H.), puis Oumm Kolthoum, morte
fan 9 H. (Biogr. Dict., p. 409; Morassa, p. 2 23;
Kechf, fol. 18 v°). — Voir d autres explications du
surnom dans Tar.elrKhol, p. 58, etMostatraf, t. II,
p. 22.
(jl*JJi ^ù « f homme au poisson », Jonas, fils de
Mataï, cité dans le Korân, chap. xxi, vers. 87 (La
Beaume, Kor. anal., p. i3s). Les exégètes racontent
que, chassé de Ninive qui! menaçait des châtiments
du ciel , il se réfugia sur un bateau , fut avalé par un
poisson monstrueux et resta quarante jours dans le
ventre de 1 animal. Les principales légendes musul-
manes, qui ont conservé avec plus ou moins de fidé-
lité ce souvenir biblique, se trouvent dans le Tabari
persan, trad. Zotenberg, t. II, p. i3a. — Le même
surnom de Dzou U-Noun appartient a Abou 'i-Feyyâdh
el-Misri qui a laissé en Egypte un grand renom de
sainteté; il passait pour opérer des miracles; il mou-
rut à Djlzeh en 2 45 H. (859 de J.-C). Cf. Anthol.
ar. de Beyrouth, t. VII, p. 5a 4- — Un sabre fameux
dans les souvenirs du paganisme arabe était sur-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 407
nommé aussi Dioa'l-Noan, sans doute à cause de sa
forme; il avait appartenu à Mâlik, fils de Zoheïr, tué
traîtreusement par Hodhaïfah en byo de J.-C. (C. de
P., Essai, t. II, p. 436).
lyAJj&J] ^'d « l'homme des deux émigrations ».
Dja'far b. Abi Talib fut ainsi nommé parce qu il émi-
gra d'abord en Abyssinie, et plus tard, au moment
de l'hégire, il s'enfuit de la Mecque pour aller re-
joindre le Prophète à Médine. (Voir ci-dessus : ^i
0\Xi>^J)^5*> «l'homme au collier de coquil-
lages ». Un Arabe de la tribu de Kaïs, qui est resté le
type de la sottise dans le monde musulman, un cer-
tain Habannakah , de son vrai nom Yezid b. Merwân ,
portait au cou un collier de coquillages, d'os et de
verroteries , « pour se reconnaître , disait-il , et éviter
de se prendre pour un autre ». Lès recueils iYAna
sont pleins d'anecdotes bouffonnes dont il est le héros ;
on trouvera les plus populaires dans Meïd. , Proverbes,
t. 1 , p. î 92 ; Morassa, p. a3o , lit Yézîd b. Tawrân.
O^JJJ^ £* " l'homme aux deux vizirats ». Sur-
nom de Hasan b. Sehl, ministre du khalife El-
Mamoun ; il avait succédé à son frère Fadhl b. Sehl
« l'homme des deux pouvoirs » (voir ci-dessus : yb
(sjaX*é#I^JI), qui fut mis à mort par ordre du khalife
en 202 H. (8 1 7-8 1 8 de J.-C). Hasan occupa le poste
/lOS MAI-JUIN 1907.
de premier ministre pendant 3o ans et mourut en
263 H. (876-877 de J.-C), sous le règne de Mote-
wekkii (FAKHRi,p. 3o6; Ibn Khall. , 1. 1, p. 4o8). En
Espagne, sous la domination des Omeyyades, le chef
des deux vizirats, c'est-à-dire de l'autorité militaire
et civile, était un véritable vice-roi. Ce titre devenu
plus tard simplement honorifique « se donnait ordi-
nairement au personnage le plus distingué par ses
talents littéraires et à défaut (sic), par sa connais-
sance de l'administration du royaume ». Ce sont les
propres paroles de Makkari, Nef h et-Thîb, éd. de
Boulak, t. I, p. 102.
*^<>vjyl *à «l'homme aux deux mains». El-
Khirbâk o'M^» ^s de 'Amr, qui figure parmi les
Compagnons du Prophète, était nommé Dzoul-
Yedeïn parce que « chacune de ses mains était d'une
longueur double d'une main ordinaire ». (Kechf,
fol. 1 8 v°). « C'est à tort , dit le même auteur, que cer-
tains biographes l'ont identifié avec cOmaïr b. Wbd
cAmr (voir ^U&JJ^à). » Cf. cependant Ibn Saad,
éd. Sachau, t. III, 1, p. 1 18.
u *»
ï^ji . Taher b. el-Huseïn, le fondateur
de la dynastie des Tahérides, le vaillant émir qui
défit l'armée d'El-Emîn et, en s'emparant de Bagdad,
assura la couronne à El-Mamoun (né en 109, mort
en ?07 II. = 775-822 de J.-C), avait été surnommé
« l'homme aux deux mains droites», et cette appel-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 400
lation est expliquée de diverses manières. La version
la plus répandue veut qu'il doive son surnom à une-
prouesse guerrière : il aurait fendu en deux, d'un seul
coup d'épée asséné de la main droite, cAli b. cIsa b.
Mahân, le chef des troupes d'El-Enrin. Ce même
surnom inspira le vers suivant à un poète qui avait
eu à se plaindre du peu de générosité de Taher à
son égard (cet émir était borgne) :
« Homme aux deux mains droites et à un seul œil; tu as un
œil de moins et une main droite de trop. » (Ïbn Khall., t. 1 ,
p. 65a.)
Ce qui rend l'allusion plus malveillante, c'est que
la loi musulmane condamne le voleur à avoir la
main droite coupée.
c-fiXXj —H . On lit dans le Kitâb el-Maarif d'ins
Kotaïbah : « On n'aurait eu aucun reproche à adres-
ser à Mohalleb b. Abi Çofrah , s'il ne s'était fait une
habitude de mentir; c'est ce qui lui a valu dans le
peuple le sobriquet de raha yakdzib « il s'en va men-
tir. » H est vrai que le même auteur, après avoir cité
cette opinion courante,. s'empresse de l'atténuer en
ajoutant que le vaillant émir avait l'àme trop noble
pour s'abaisser jusqu'au mensonge ; « mais il se peut,
dit-il, que les stratagèmes et les ruses de guerre qu'il
fut obligé d'employer dans ses longues campagnes
contre les Kharidjites soient la cause de la mauvaise
réputation qui lui fut faite à cet égard et du surnom
410 MAI-JUIN 1907.
de kezzâb « menteur » qui lui fut infligé. Cf. 1b xN Khall. ,
t. III, p. 509. Un reproche, peut-être plus fondé,
c'est qu'il forgeait des hâdits pour raffermir le cou-
rage de ses soldats dans les situations périlleuses. Il
n'est pas inutile de rappeler ici qu'on trouve dans le
Kâmil de Moberred, surtout de p. 6 3 a à 70a, les
détails les plus intéressants sur la secte et l'insurrec-
tion des Kharidjites. En ce qui concerne la politique
tortueuse de certains hommes d'état, principalement
sous les Omeyyades, voir Goldziukr, Moham. Stu-
dien, t. II, p. 46.
çgij . Un poète arabe du désert , 'Obeïd b. Hoçaïn,
fut nommé Er-Rayi « le berger » , parce qu'il excellait
dans la peinture de la vie pastorale, dans la descrip-
tion du chameau et d'autres sujets favoris des poètes
nomades. Contemporain de Farazdak et de Djerîr,
il eut l'imprudence de prendre parti pour le premier,
ce qui lui valut de violentes attaques dans les kaçideh
de Djerîr. Sa notice se trouve dans Agh., t. XX,
p. 168 à 17/i; cf. Ibn Kot. , p. 2^6; Khiz., t. I,
p. 3o4 ; Miz., t. II, p. 2 1 7 ; voir aussi Brockelmànn ,
Orient Studien, t. I, p. 21 4.
<X**^M <*-*f'J «celui qui chevauche le lion».
C'est un des sobriquets donnés àun poète du itT siècle
de l'hégire, et dont on trouverait peut-être l'on»
gine dans ses poésies , si elles avaient été conservée*.
H est plus connu sous le nom de Baîth (voir 4*6^)*
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 411
**(y&\j . Au dire cTIbn Khall. , 1. 1 , p. i 8 i , le mot
persan rahvyèh, prononcé par les Arabes rahawçïhi,
est un sobriquet donné à Abou '1-Hasan Ibrahim,
père du docte jurisconsulte Abou Ya'koub Ishak Ibn
Rahawëihi, le célèbre auteur du Mosned. Le sens du
mot est expliqué par « trouvé sur la route », ce qui
ressemble fort à « enfant trouvé ». Abou 1-Hasan était
fort irrité quand on lui adressait ce sobriquet; son
fils eut le bon goût d'accepter avec résignation celui
de Ibn Rahawëihi. Voir Kechf, fol. 1 9 r°; Ibn Khall. ,
t. I, p. 180.
A^jM , le râwyah, c'est-à-dire le rhapsode, le ré-
citateur par excellence. C'est le surnom du merveil-
leux conteur Hammâd, fils de Sabour, dont la mé-
moire infatigable avait recueilli destaûlliers de vers
appartenant à la période anté-islamique. On lui attri-
bue aussi une recension des sept MoallahâL Voir sa
notice dans Agh. , t. V, p. 1 64- 1 70. On place sa mort
aux environs de l'année 109 H. (770 de J.-C).
^y . Kaïs, (ils de Zohaïr, chef des B. eAbs au
vic siècle de notre ère, était connu sous le nom de
Kaïs er-Rayi, à cause de sa réputation de sagesse et
des ressources de son esprit. Sur son rdle dans la
guerre de Dàhis et sa rivalité avec Rebic b. Zyâd El-
Kâmil (voir J*&), on peut consulter C. de P,, Essait
t. II , p. 4 s 4 , et les lettres de Freenel dans le Journal
asiat.y avril 1837, p. 337 et suiv.
412 MAI-JUIN 1907.
•(jfcjj)^. Le plus ancien tobba du Yémen, qui
appartient plus à la légende qu'à l'histoire, était
nommé Hârith er-Râich, parce qu'il faisait vivre ses
sujets avec le butin qu'il rapportait de ses conquêtes
dans Tlnde et la Transoxiane. Le radical jùlj a le sens
de «approvisionner, nourrir». Cf. C. de P., Essai,
t. I, p. 64.
(*iàj - Zeïd el-Fawàris, « le champion par excel-
lence » , fils de Hoçaïn , chef de la tribu de Dhebbah ,
s'acquit une gloire durable par les prouesses qu'il
accomplit au temps du paganisme, dans plusieurs
journées célèbres et principalement celle de Kourna-
taïn (Modjem, t. IV, p. 70), où il combattit héroï-
quement avec ses dix-huit fils contre les B. Wmir
b. Sassa'a. Il était poète et c'est probablement dans
une de ses kaçideh qu'il faudrait chercher l'explication
de son surnom de Redîm. Cependant d'après Khiz. ,
t. I, p. 01 7, il le devait h l'habileté avec laquelle il
savait se créer des positions inexpugnables en temps
de guerre; en effet le radical *^ peut se traduire par
« obstruer, boucher » [Lis. ar. , s. v. ; Ibn Dor. , p. 1 20).
uy"*) K son propre envoyé ». Un tradi-
tionniste, Ahmed b. el-Hasan b. el-Kasim, originaire
de Koufah, avait été surnommé ainsi, au dire de
Kechfy fol. 19 r°, qui ne donne pas d'autre explica-
tion.
SURNOMS ET SOBRIOUETS ARABES. 413
J^ F'J (( 't% suintement dé la pierre», un des
nombreux sobriquets du khalife eAbd el-Melik b.
Merwân ; celui-ci fait allusion a son avarice (Mostalraf,
t. II, p. 2 5).
vib*M , Abou'l Azhar Yezîd Ed-Dâric El-Basri ,
ainsi nommé à cause de la longueur de sa barbe. Ce
mot, qui n'est pas d'origine arabe et devrait se pro-
noncer richèk, est probablement le diminutif du per-
san jà^ «barbe» (Kechf, fol. 19 r°). Ibn el-Djauzi
ajoute que ce personnage avait une barbe si longue
et si touffue qu un scorpion s'y logea pendant trois
jours sans être aperçu (51c). 11 faut remarquer aussi
qu'un mot roachk du£; , appartenant a certain dialecte
arabe et signifiant « scorpion » , aura pu donner nais-
sance à cette singulière explication.
y 1 *jbj . Modjachi' b. Dàrim et-Temimi , qui fut un
des ancêtres de Farazdak , était surnommé Raghwdn ,
parce qu'il avait bavait en parlant (Kechf, fol. 1 9 r°).
En effet, le radical j£, dont le sens ordinaire est
« mugir, beugler » , a aussi celui de « mousser, se cou-
vrir d'écume » (Lis. av., s. v).
ollï; . cObeïd Allah b. Kaïs b. Chocaïb b. Mâlik
b. Rebycah, surnommé Er-Rokayyât. Ce poète avait
suivi le parti d'Abd Allah b. Zobeïr, et combattit sous
les ordres de Moçcab, frère d'Ibn Zobeïr. Après le
meurtre de son chef, le poète mena une vie errante.
j\. 27
luraiMrai* iatioialk.
414 MAI-JUIN 1907.
Il se réfugia d abord à Koufah , où une femme riche
et dévouée à sa famille le cacha pendant longtemps.
Traqué par le khalife cAbd el-Méhk, il se rendit à
Médine et implora la protection d'Abd Allah b. Dja*-
far b. Abi Talib; ce fut cet émir qui intervint en
faveur du poète et obtint sa grâce. Tous ces faits
sont racontés par7l<//i. dans la notice qui! a consa-
crée à Er-Rokayyât, t. IV, p. 1 55 à 1 68 ; cf. Khiz.,
t. III, p. 267, qui donne un bon résume de la notice
de YAgh.; Kechf, fol. 19 v°. Quant à l'origine du
surnom Rokayyât, il y a, comme toujours, certaines
divergences chez les biographes. On croit générale-
ment que ce surnom fut donné au poète parce qu'il
était épris de trois femmes , qui portaient toutes les
trois le nom de Rokayyah iuï; . C'est l'opinion dTSl-
Asma'i reproduite dans le Sahah de Djawhari (Kechf y
fol. 19 v°). D'autres disent que trois aïeules du poète
avaient eu ce nom. Voir d'ailleurs, sur cette question
et en général sur les œuvres du poète , la préface que
M. Rhodokanakis a placée en tête de son édition, Der
Diwan des 'Ubaid Allah lbn Kaïs ar-Riikayydt, p. 7.
AJOj. Rokanah, fil» d'Abd Yézid, un des Com-
pagnons de Mahomet , embrassa l'islam le jour de la
prise de la Mecque (an 8 H.= 63o de J.-C). Une
tradition dont l'authenticité n'est pas, il est vrai, des
plus solides, raconte que ce personnage, doué d'une
vigueur peu commune, eut l'honneur de lutter avec
le Prophète et que, malgré sa force, il fut terrasse.
C'est là qu'il faudrait peut-être chercher l'explication
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 415
de son surnom (^Sj « être ferme, solide»»). On ren-
contre le même nom sous la forme du diminutif Rokàin.
— Le personnage dont il est parlé iei mourut à Mé-
dine souslekhalifat d'Othman ou de •Ylo'awyah [Biocjv. *
Dicl., p. a 5 4).
**£) ' Al>€^ii*l-Ojaliliàl" Roubah , (ils de 'Addjadj,
fut, comme son père et même avec un talent supé-
rieur à celui de son père, le modèle des poètes qui
ont composé exclusivement sur le mètre dit rcdjez. Il
fut un de ceux qu'on nomme les Moukhctdramin , c est-
a-dire qui ont vécu sous les derniers Omeyyades et
les premiers Abbassides. Le nom de Roubah , qu'on
lécrive avec ou sans hamza, est susceptible de cinq
ou six interprétations différentes, et le poète lui-
même avouait qui! n'en connaissait pas le sens ( ly/i. ,
t. XXI, p. 85, et Ibn Doreïd, p. i5o,). Il mourut en
1^5 IL = 762 de J.-C. M. Ahhvardt a publié les
diwàns d'El-Wddjàdj et de Roubah, avec Une traduc-
tion métrique des kaçideh du second de ces poètes,
Berlin, ioo3-igo4, dans la collection intitulée
Sammlnngen d. Arab. Dichter, voir préface, t. Il,
p. xiv, et la notice de Roubah dans Ibn Kot. , p. 3*6-
38i.
^jûajÊj . Se dit du voyageur qui a les pieds meur-
tris par les aspérités de la route. On donnait le sur-
nom d'El-ased er-rahiç « le lion aux pieds meurtris » à
un Arabe de la tribu de Tayi , Wizr [ou Wazar) b. Djahir
el-Nehbâni, qui surprit \ntarah au cours d'une razzia
*7-
416 MAI-JUIN 1907.
contre les B. Nebhân et le tua d'un coup de flèche
(Agh., t. Vil, p. j 5^ ; C. de P., Essai, t. Il, p. 1 5g).
yutb (j*-^> «plume froissée, fausse plume».
Surnom d'un frère du poète-maraudeur T'ahata Gher-
ran , auteur de ce vers où il se défend contre certaine
raillerie dont il avait été l'objet :
« Je ne suis pas le champignon qui pousse au tond d'une
fosse; je ne suis pas la plume (de la flèche) froissée et in-
utile ». ( Miz. , p. 22 2.)
Tadj, I, 4y3 , cite ce vers comme étant de T'abata
Cherran.
yJlJl à\j « provision du cavalier ». Surnom
louangeur qu'on donnait à Abou cOmeyyah Sehl b.
el-Moghîrah, pour reconnaître la générosité avec
laquelle il accueillait sous la tente les voyageurs éga-
rés. (Voir aly.)
è\j , Ased b. cAbd Allah el-Kasri, qui gouvernait
le Khorassân au nom de son frère Khâled. Il avait
l'habitude de se coiffer d'un turban de soie rouge et
d'en ramener les bouts sur son visage , en forme de
lithâm; c'est ce qui lui valut le sobriquet de Zâgh
« la corneille », oiseau dont le bec et les pieds sont
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 417
rouges. Ased prit fort mal la chose et, un jour qui!
(Hait en chaire à la mosquée, il fit entendre cette
menace : « Je jure que je troublerai ((^*?)I ) le cœur de
ceux qui me donnent le nom de Zâgh ! » Mais le
sobriquet lui resta. On voit par cette citation qu'il
jouait sur le mot Zâgh qui est persan : quant au verbe
arabe *lj, il prend, à la IVe forme, le sens d'« égarer,
confondre»; voir Korân, lxi, 5. — Ibn El-Athîr
(Kâmil, t. V, p. 98) nous apprend que El- Ased fut
nommé une première fois gouverneur du Khorassân
en 1 06 H. ( 7 2 k de J.-C.) ; après avoir fait la guerre au
Khakân dans le Khotel et le Ghour pendant les deux
années suivantes , il fut rappelé par ordre du khalife.
Sous le règne de Hichâm, en 1 17 H. (735 de J.-C),
il fut investi, pour la seconde fois, de l'autorité dans
le Khorassân et soutint une lutte acharnée contre
El-Hârith b. Soreïdj; il en sortit victorieux, mais il
ternit ses succès militaires par de sanglantes repré-
sailles. Deux ans plus tard, il entreprit une seconde
campagne non moins heureuse contre le Khakân,
et mourut en l'année 1 19 H. (737 de J.-C).
ylioj . Hoçaïn b. Bedr, chef de la tribu des
B. Sa'ad, branche de la grande tribu de Temîm, et
poète éminent, est surnommé Zibrikân, mais on n'est
pas d'accord sur le sens de ce sobriquet. Il le devait
soit h sa beauté , soit à la couleur jaune de son turban ,
le verbe £y} se disant aussi bien de la couleur on
question que de la pleine lune, qui est pour lesOiien-
418 MAI-JUIN 1907.
taux un emblème de beauté. En outre, étant donnée
l'extrême variété des sens d un même mot en arabe ,
le mot zibrikân se dit aussi de la barbe , lorsqu'elle est
courte et clairsemée. Voir Khiz., t. I, p. 53 1; Agh. ,
II, p. 43 et passim; Kechf, fol. 19 v°. Ce poète
occupe un rang distingué parmi ceux de la fin du
paganisme arabe. On sait qu avant d'embrasser l'isla-
misme, il soutint contre Hassan b. Thâbit, le poète
de la religion naissante , plus d'une joute poétique.
Devenu musulman, il fut chargé par le Prophète, et
ensuite par Abou Bekr, de recueillir la dîme aumo-
nière dans la tribu des B. Tenrîni , mission toujours
difficile, surtout aux premiers âges de l'islam. Cf.
Biogr. Dict., p. 25o; C. de P., Essai, t. III, p. 270.
rr^l) • Abou Is'hak Ibrahim b. Mohammed , phi-
lologue distingué , auteur de plusieurs traités relatifs
à la grammaire et à la lexicographie, exerçait en
même temps la profession de vitrier; d'où son sur-
nom. La date de sa mort n'est pas donnée avec pré-
cision. Ibn Khall. , t. I, p. 29, la place entre 3io
et 3 16 II. (922-928 de J.-C).
Js*4^*J) ijj « outre de miel ». Surnom honori-
fique du traditionniste et jurisconsulte El-Haddjadj
b. cAbi Zyâd el-Aswed, qu'il reçut de son maître
Eyas b. Mo'awyah, probablement à cause de son
éloquence et de l'utilité de son enseignement (Kechf,
fol. 20 r°).
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 419
JijJ) . Surnom de Mançour, célèbre joueur de
luth, page ou écuyer, -SU, de Ysa b. Dja'far, fils du
khalife Abbasside El-Mançour. Très en faveur au-
près de Haroun er-Rechid, il acquit une fortune
considérable et fit construire entre Bagdad et Kerkh
un grand réservoir d'eau connu sous le nom de
liirket Zelzel. Il est question de cet édifice destiné h
l'usage public dans une ode du poète Niftavveïh :
JyJj ÏSj-t *_>, Je U *LiU
« Si Zoheïr et Imroul-K aïs avaient pu contempler la beauté
du liirket Zelzel, ils n'auraient pas célébré Sel ma et Oumm
Djondob, ni cité si souvent Dakhoul et Hawmel.»
Pour le nom de ces deux dernières localités, voir
la Moallaka d'Imrou 1-Kaïs , Arnold, Septem Mo'all. ,
p. 2; Mcfdjem, t. II, p. 592. Cf. Aglu , t.V, p. 22 et
suiv. , kechf, fol. 20 v°.
ry*\ . \bou Mousa Mohammed el-cAnzi, tradi-
tionniste du 111e siècle de l'hégire, était connu sous
le nom d'Ez-Zemin «le perclus», parce qu'il était
atteint d'une maladie chronique dont il se guérit
tardivement (Kechf, fol. 20 v°).
MAI-JUIN 1907.
dii\ ( \-}\) <( l'homme au briquet », t'imâm Abou
cAbd er-Rahmân cAhd Allah b. Zakwân, juriscon-
sulte et philologue originaire de Médine, mort dans
cette ville en i3o H. (7^7-7^8 de J.-C), à l'âge de
66 ans. Nawawi cite ce sobriquet sans en donner
l'explication , il ajoute seulement que le savant
imam était de fort méchante humeur quand on
l'appelait ainsi. Il est vrai que dans le monde des
lettres il avait reçu le titre honorifique de Prince
des Croyants (Emir el-Mouminîn) dans la science des
hadîts. (Voir^jUjllj^l.)
ff\ . L'imam Abou Khâlid Moslim b. Khâlid ,
jurisconsulte et mufti de la Mecque, mort en 179
ou i8oH. (79^-796 de J.-C), était surnommé
Zendji « le nègre » , soit à cause de son teint , soit ,
d'après une version moins acceptable, parce qu'il
avait un goût prononcé pour les dattes qui sont la
principale nourriture des nègres (Biogr. Dict.,
p. 552). H ne faut pas confondre ce personnage avec
l'imâm Moslim , fds d'El-Haddjadj, mort à Neïsabour
en 261 H. (874-875 de J.-C), auteur du célèbre
recueil de traditions intitulé Çahîh « Le livre véri-
dique». Le Kechf, fol. 20 v°, dit que, selon plu-
sieurs contemporains, l'imâm Abou Khâlid avait le
teint blanc et qu'il ne faut voir par conséquent dans
son surnom de Zendji, qu'une antinomie, de même
qu'on emploie le lakab « Abou'l - djaun » pour dési-
gner un nègre, etc. Le même ouvrage, citant aussi la
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 'i21
troisième explication , lui donne l'origine que voici :
Moslim était grand amateur de dattes. Un jour, sa
servante, peut-être une serva padrona, lui dit en
riant : « Quand on aime tant les dattes , on ne peut
être qu'un nègre. » Et le surnom lui resta (5| oJt U
^JUUt \ck& xJLft Jxi^évJt J&J ^j)- Voir aussi Ibn
Khall. , t. II, p. 57/1 , et Ibn Ath. , t. VI, p. 100. On
cite enfin un autre traditionniste , Abou Mohammed
cAbd er-Rahmân ech-Chaciri , qui était connu aussi
sous le sobriquet de Zendji. Cf. Kechf, fol. 20 v°.
c^*JKJ) ùijj . Voici l'explication fournie par
YAghâny (t. VIII, p. 48) de cette expression qu'on
peut traduire par « les pourvoyeurs du voyageur ».
Parlant de Mosafir b. Abi'Amrb. Omeyyah, l'auteur
ajoute : « C'était un chef d'un caractère généreux
parmi ceux qu'on nomme Zouwâd er-rakib, parce
qu'ils ne laissaient jamais passer un étranger, un
voyageur ou un nécessiteux sans lui donner l'hospi-
talité et pourvoir à ses besoins jusqu'au moment de
son départ. » Les autres Koreïchites qui partageaient
avec Mosafir cet honorable surnom étaient Abou
Omeyyah Sehl, fils de Moghîrah, Zamc fils d'El-
Vswad, et cOmarah, fils de Walid. Cf. C. de P.,
Essai , t. I, p. 336. (Voir ci-dessus : o^LJt al).)
y^â '«X^J, Zeïd el-Khail, fils de Mohalhil el-
Nebhâni , une des gloires de la tribu de Tayî , où sa
bravoure et son talent de poète l'avaient rendu aussi
422 MAI-JUIN 1907.
célèbre que l'était son contribule Hâtim par sa géné-
rosité. H devait ce surnom à son goût pour les che-
vaux de race ; il en possédait un grand nombre et
les a chantés dans ses kaçideh. Lorsque, en Tan 9 de
l'hégire (63o-63 1 de J.-C.) , la tribu de Tayi vint faire
sa soumission au Prophète sous la conduite de Zeïd,
Mahomet frappé de la noble attitude de ce chef, lui
demanda son nom et, l'ayant appris, il ajouta : « Tu
t'appelleras désormais Zeïd el-Khaïr « Zeïd du bien. »
Le néo-converti mourut quelques jours après son en-
trevue avec le Prophète, en laissant deux fils dont
l'un nommé Orwah, se distingua comme son père
par sa vaillance et son talent poétique; il se déclara
pour cAli b. Ali Talib et se distingua dans les rangs
de son armée à la bataille de Kadesyah et à celle de
Siffîn. L'intéressante notice de YAgh. (t. XVI, p. l\*]-
61) sur Zeïd el-Khaïl a été résumée par C. de P.,
Essai, t. II, p. 63s et suiv. Ibn Kot. cite ainsi les
paroles adressées par le Prophète à Zeïd : « Tous ceux
dont on m'a vanté les mérites au temps du paga-
nisme m'ont paru , une fois musulmans , inférieurs h
leur renommée , excepté toi : du»»? JUuaJl ^a aj^ » ,
et Ibn Kot. ajoute : éj** «N^>; sur cette expression
très rare, voir Wright, Gram. arabe, 3e édition,
t. II, p. 343.
^UJItX^). Zeïd b. Mousa b. Djacfar, descen-
dant d'Ali par Hûseïn , se révolta contre le khalife
Mamoun; il fut pris et décapité a Basrah en 200 H.
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 423
(8 1 5-8i 6 de J.-C). On \e nommait Zeïd en-Nâr
parce qu'il avait dévasté et incendié Basrah dont il
s'était rendu maître. Cf. Ibn Mashkoweih, éd. de
Goeje, p. l\i!\.
{jèàJh OmIam (phir. de <jJIW), «les Seïd im-
berbes ». On désigne par cette épithète quatre per-
sonnages célèbres dans l'islam, à savoir : le cadi
Choreïh, cAbd Allah b. Zobeïr, Kaïs ibn Sacad,
gouverneur de l'Egypte au Ier siècle de l'hégire, et
Ahnef b. Kaïs. (Voir vJU».l.)
^^•L^. Sâmoun serait, d'après les lexicographes ,
une variante du nom propre Ismaïl JuutoJ. lia per-
mutation fréquente du lam en noun, par exemple
dans ^j^ax^wI pour J***wt , viendrait à l'appui de cette
opinion ( Lis, ar. , s. v. J**«). Ibn Khall. , t. III , p. 1 1 ,
cite parmi les orateurs les plus connus au v* siècle
de l'hégire par l'élégance de leur khotbah et le mé-
rite de leurs poésies en général improvisées, un
Mohammed ibn Ahmed b. Ismaïl, qui était ordi-
nairement nommé Ibn Sâmoun.
U-a* . « Sabâ, fds de Yachdjob, fut nommé Sabâ
parce que, le premier, il fit des prisonniers de guerre
et les réduisit en esclavage (du rad. L*). » (Kechf,
fol. 21 r°.) L'auteur ne fait ici que reproduire l'opi-
nion des généalogistes arabes qui, dans leur igno-
rance de l'ethnographie de leur propre pays, se
contentent d'un rapprochement de mots. « Le sur-
424 MAI-JUIN 1907.
nom de Saba, dit M.C de Perceval, Essai, t. I,
p. 4 1 , donné a ' Abd Chems , fils de Yachdjob , doit
être considéré comme exprimant la personnification
de la famille sabéenne dans l'homme qui en était le
chef à une certaine époque. C'est là un indice qui
rapporte YaVob aïeul d'Abd Chems h la souche de
Saba fils de Yactan. » Voir aussi, sur la distinction
entre les Sabéens vactanides et les Sabéens couchites,
Essai, ibid.y p. !\i et suiv.
»>l^S\ Le traditionniste Mohammed b. Talhah b.
c(Jbeïd Allah fut nommé Seddjâd, à cause de sa
piété et de ses longues prières (du rad. «X^£ « se
prosterner »). Peu de jours après sa naissance, il fut
présenté au Prophète qui bénit l'enfant en posant
les mains sur son front et lui donna le nom de
Mohammed et d'Abou'l-kâsim. Partisan déclaré de
f Vïchah, Seddjâd prit part a la bataille du Chameau
et y perdit la vie (36 H. =656-65y de J.-C), mal-
gré Tordre qu'Ali avait donné de l'épargner (Biogr.
Dict. , p. 109).
^x». Le nom de Sahnoun, le seul sous lequel
on connaisse aujourd'hui le célèbre jurisconsulte de
Kaïrouân, désigne en Jfrikiya, un oiseau de proie
doué d'une vue extrêmement. perçante. Ce surnom qui
faisait allusion à l'extraordinaire sagacité qu'avait
montrée, dès son jeune âge, le futur docteur malé-
kite, a fait oublier son véritable nom, Abou Sacid
Abdesselâm 1). Saîd et-Tonoukhi. Ce juris-
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 125
consulte de grand renom dans l'Afrique du Nord, né
en 160, mort en 2/40 H. (777-854 de J.-C .), est
un de ceux qui ont le plus contribué à établir dans
cette partie du monde musulman la doctrine d'Ibn
Mâlik et l'intégrité du dogme. Voir l'intéressante
notice que M. Houdas lui a consacrée dans le Cen-
tenaire de l'École des Langues orientales vivantes , 1 8g 5 ,
p. 2g5-3o4;cf. Ibn Khall. , t. II, p. 1 3 1 .
Aâjc&jw . Sobriquet d'un des Compagnons (Açhab)
auquel on doit quelques traditions. Selon les uns ,
son nom était Ahmar (le rouge) ; selon d'autres il
était persan d'origine et se nommait Mihrân. Tombé
en esclavage après la conquête de la Perse, il passa
environ dix ans au service de Mahomet qui ensuite
l'affranchit. D'après une ancienne tradition, comme
il était doué dune vigueur peu commune, le Prophète
lui faisait porter ses armes et son bagage, et lui
disait en plaisantant : « Mihrân , tu es mon sefîneh ».
Or ce mot, qui signifie ordinairement «bateau»,
peut aussi avoir le sens de « véhicule ». Comme la
légende merveilleuse ne perd jamais ses droits, on
assure qu'après cette parole du Prophète, Mihrân
sentit ses forces décupler et que désormais il ne
voulut plus avoir d'autre nom que celui qu'il devait
à la bonne humeur de son maître (Biogr. Dict.,x
p. 290 etsuiv. ; Kechf, fol. 1 1 v°). Une version assez
différente, mais qui confirme cependant le sens
particulier de sefineh, se lit dans Lis. ar. , t. XVII ,
p. 73. Ce n'est pas au service de Mahomet, mais à
426 MAI-JUIN 1907.
celui d'Ali que se trouvait l'esclave persan; il y rem-
plissait d'ailleurs les mêmes fonctions et portait
souvent les deux petits-fils du Prophète, Hasan et
Ilûseïn, avec leurs bagage». (Voir ausdi <Xft**)
^jLf*. Abou Çâlih, mort à Médine en 101 H.
(719-720 de J.-C.), fut un des traditionnistes les
plus accrédités au i*r siècle de l'hégire. Il était plus
connu par le surnom de Scmmân, parce qu'il faisait
a Koufah le commerce du beurre fondu et de
l'huile (Biogr. Dict., p. y3 1 ; Abou'l-Mehasin , t. I,
p. 274 ; Kechf, fol. *i5 v°).
A*** . Le poète Abou Novvâs avait donné le sur-
nom de semidj « laid , lùdcux » u un de ses esclaves
que sa rare beauté exposait aux maléfices du mau-
vais œil (Tadj, s. v.).
i)*q+h . Sehlb. Sacad Es-Sacïdi, fut un des plus
jeunes et des derniers survivants parmi les Com-
pagnons; il mourut à Médine en 88 ou 91 H* (706
ou 709 de J.-C). Il n'avait pas quinze ans à la
mort du Prophète, ce qui ne l'empêcha pas de re-
cueillir une centaine de traditions. Son vrai nom
était Hazn , qui signifie « sol dur, montée rocail-
leuse». Mahomet, qui aimait quelquefois à plai-
santer avec ses disciples , ou peut-être dans le désir
de détourner les mauvais présages tirés du nom de
Hazn , le changea en celui de Sehl « sol doux et
uni». Ce surnom lui resta {Biogr. Dict., p. 3o6;
SURNOMS ET SOBRIQUETS ARABES. 427
Lis. ar.f s. v. yV^-). D'après un témoignage cité par
Goldzjhkb, Z. D. M. G. y i 89*7, p. 257, ce change-
ment de nom ne se fit pas sans difficulté et le néo-
musulman refusa d'abord d'abandonner celui qu'il
tenait de son père.
iMJ) isjééyéêé . Abou Selamah Zyàd b. Younis,
originaire du Hadramaut et traditionniste formé à
l'école de Mâlik b. Anas, fut surnommé «le ver de
la science » , à cause de son assiduité au travail , a
peu près comme nous disons « un rat de biblio-
thèque» [Kechf, fol. ^3 r°).
0— -
A.u*Ajy* (iranien seboï «la petite pomme»; cf.
Justi, Iranisches Namenbuchy p. 298), (Amr, fils
d'Othmân, fils de Kanbar, le plus célèbre des gram-
mairiens arabes , mort dans les dernières années du
11e siècle de l'hégire; auteur du Kitâb, la grammaire
par excellence aux yeux des Arabes, qui a été publiée
par M. H. Derenbourg et traduite en allemand par
Jahn. Le nom , ou plus exactement le sobriquet de
Sibouweïhi y d'origine persane et prononcé dans cette
langue Sîboayehy paraît avoir embarrassé les lexico-
graphes arabes, ils le traduisent ordinairement par
« odeur de pomme ». Sur la terminaison iranienne
x>j, voir J. Darmesteter, Études iraniennes , p. 280;
de Sacy, AnthoL ar. , p. do et 1 02 ; Ibn Kiiall. , II,
p. 3o8; Kechf, fol. 20 r°. Soyouti, dans le Mizhart
t. II, p. 216 et 228, après avoir reproduit les opi-
428 MAI-JUIN 1907.
nions toutes conjecturales clos auteurs arabes sur ce
nom, cite encore trois autres savants qui le por-
tèrent, a savoir Mohammed b. Mousa el-Misri, Mo-
hammed b. cAbd el-cAziz d'Isfahân , et Aboul Hasan
c\li el-Koumi, originaire du Maghrib.
àib) ywft^uw «le glaive de Dieu». C'est le Pro-
phète lui-même qui donna ce surnom à Khâlid, fils
de Walid el-Makhzoumi, lorsque ce vaillant guerrier
se convertit a l'islam, l'an 8 H. (6^3 de J.-C).
Cf. C. de P., Essai, t. III, p. 21 î; Tab., ln série,
t. II, p. i 6 10.
(La suite au prochain cahier.)
LE PAPY UUS MOKAL DE LEIDE. 420
LE
PAPYRUS MORAL DE LEIDE,
PAR
M. E. REVILLOUT.
(suite1.)
CHAPITRE XVII.
colonne 1 9 (suite).
{«•) iP^wâ-
n m
m i
I.
i-7-^JC;î«ll— ^
CHAPITRE XVII.
colonne 19 (suite).
(6.) Dix-septième enseignement. (La patience et les
fins dernières.)
1. (Titre.) Ne pas tenir compte (faire la pesée2)
des soucis 3, de peur d'être en état de luttes % conti-
nuelles.
1 Voir le numéro de juillet-août 1906, p. 83-i48. — i % ^"*|
^, voir à xvii, 1. — 3 POOY^, voira xvi, 18. — 4 JSU «X\
X<^ /~~a, 9 V jj V— 1, Br. io34 et no5; Konfi, vm. i3; xî,
3; xïï, ai, afi ; Rei\ , îv, 7.4 et 86.
ix. 28
tvraivrair itTioiii.t.
430 MAI-JUIN 1907.
(9* rv0 X1JXT^*0~Y*Î~
( 7i h.) Est-ce que le cœur ne donne pas de soucis
à son maître1, lorsqu'il2 enfante3 pour lui la fin*?
(8, m.) Est-ce que, quand un souci existe, le
cœur ne désire5 pas la mort6 de son âme7?
(9,1V.) Dieu8 donne l'agrandissement9 du cœur
de f homme sage10 dans la demeure11 de rétribution 12.
1 Nim "^^ ^^, voir à xviii, i3. — * UJXN, \oir sur ce mot
llrv. Êtf., \i, p. 218 et suiv.; xu, p. 220 et suiv. — - 3 M1C6 rn 11
/3), voir à xii, 8, et wii, 9. — 4 oycD, vu, 11, 12, i4, 16;
xix , 7 ; xxii ,11; xxiv, 2 , 3 ; xxxii ,12; voir pour ce mot la disser-
tation spéciale que j'ai publiée dans ma Revue , t. XI, p. 2o4 et suîv.
— 5 1* J jfl' "' *5 X[' 8î X1If '*' 10ï 17' 20î XVI1' *^' l^?
xxvii, 7; voir ma dissertation spéciale dans la Hev. Eg., xi, p. 198
et suiv. — * nMOY <kj ^» voir à xvi, 17. — 7 W, voira u,
12-1 3, et à x, 10 ; cf. Rosrttb, Chrest.. 187. — f8-*2) 8 j È
NOyiC «Dieu». Ce mot est trop fréquent dam notre document
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 1l31
♦ ^ ç
( i o , \ . ) L'impie l qui oublie 2 Dieu , meurt 3 dans
le désespoir (dans l'action de cacher4 son cœur5).
pour que nous en citions les exemples. Qu'il me suffise de dire que
dans Rhind (n° 180-181), / f* a pour équivalent | et ■? ('2^4
= I I |. Il en est de même dans Pamont, pcusim, qui transcrit
le premier groupe J 1 . Dans Rosette, Chrest., 5 et 4 , il est tra-
duit 8EO£, tandis que (ibid., 2 , 3 et passim), le pluriel est
traduit OEOI. Voir aussi Canope (Chrest., ia6, 127, is8f 199 ).
Comme transcription, nous avons : dans le bilingue de Londres
vvn-2i) 2— /7£f /////' > £lj =CXP,NT6I*; dans le til.
de Berlin et celui du Louvre *9 _ { £0 9 1/ #? = ^6NG-
riOYTHpiC; I Ç 1 ^ est transcrit au contraire ^eNOy-
01 oc, car le r final se conservait mieux au pluriel dans la pro-
nonciation de nouteru. Voir aussi le nom d'Amourasonter, etc. En
copte, beaucoup de mots n'ont conservé le r final qu'au pluriel :
A20, A2U>a>p; 2TO, 2T<DCi>p, etc. — * Al Al, au, est s>no-
n>me de ai; voir à xvn, '9. — ,0 ^i ft I, voir à xi, 10, et xvi,
18. — " I ^L, iix, 9, 11, ia; xx, 19; xxt, a, 5; xxx, u;
\\\i\, 6, i3. — u TCDCDB6, voir à xyi, 18.
1 P J \ ^' v0,r à xv' 1^' — * cdkcd, n, 9; m, 18; r?, 9;
vin, i4; xix, 10; xx, 11; xxviii, 22; xxxiii, 10. — 8 Moy»
1||> *\, V jfc^Vvoiràxvî, 17. — (*-5) * îcun *ÏÏr V " , voira
\vi, 16. Ici le verbe est au palpe!. Ce palpel se retrouve d'ailleurs
28.
432 MAI-JUIN 1907.
("' Vï) ^îâ)~>-m®'*~ *rraJira«X
(ia, vu.) \^T"k"kn*^X^lJ>»
(ii, vï.) Que fasse jour1 petit (ou mauvais2)
dans ia demeure de rétribution la barque 3 du cœur
du petit de cœur.
(1 2 , vu.) Le support4 de l'homme de Dieu dans
la demeure de rétribution , c'est Dieu , c'est Dieu.
avec le même sens que dans notre document dans Canope (Ckr., 1 33 ;
Poème, i33; Groff., p. 8) , soit sous la forme H **£ JJ, CV^ ?»
soit sous la forme / £ 0 X 9 ' Pour indiquer \\ affliction»,
et elle est traduite par 1+2 3 ^ _ dans la version hiéroglyphique.
5 *HT — ' f-*^, voir à xvi, 3.
1 ^"q» "■ ©> 200y, voir à xvi, 4. — * ^— a le double
sens. — 3 2), voir à xvm, 4. — * *C~ & V— 1 Ml •portert (cf.
mt a4; xxiv, 22; xxv, î, 3; xxxi, 2). / £//// /^l est tra-
duit par <D0P0T2IN dans Canope (Chrest., p. 139); tf/ y
(^ [ O I *- paF *ANBWM)P0S (ibid " ia5)* \k~? H l M
aÇ (eiqi2x) par BA2TAZÛ dans le bil. Leide, vin, 25-29.
Dans Casope (Chrest., p. i5o), ty V / ., //£_ est rendu *«•«
par MH METATieESBAI; voir aussi Rhind, n° 109; Poème,
LK PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 433
(.3, vin.) J.~ j*\-~ ^^d^nm
(14, «.) X ^ m -=- m v-i ja c-2 1 1 2i •
(1 3 , vin.) L'homme sans vergogne1 ne l'invoque2
pas dans ses épreuves 3 à cause de son impiété.
(î 4 , ix.) Celui qui est patient4 avec courage5, sa
destinée viendra6 conformément à ce courage (mot
à mot : à cause de lui).
vers 27, 4o, 63, 67, et p. i3i; Koufi, xn, 10; Rev., iv, 83, elo.
• y y 2^ Z^ 9 es* un substantif dérivé de ce verbe et signi-
fiant «ce qui porte ou supporte».
1 x\<y xxxi, voir à x, 4. — 8 ^^^i <uuj. x, ai; xi, 3;
xnt 12; xvi, 6, 7, 8; xix, i3; xxxn, 18; xxxv, 5; etc. Le mot
i s est traduit par "î*~~ ' "H et par AI A 2 AOE 126 AI dans Canope
(Chrest., 170); cf. Poème, vers 16, 59, 66, 83, p. 160, 160,
168, 2o5, 219, 221, 243; Moschion Rev., II, 11, pi. 68 et 72;
Koufi, vu, 23, 3i; xii, 4, 24; Rev., IV, 82, 86\ Corpus, t. Il,
j)l. 3, 5; .Rev. . II, 11, pi. 5; Setna, p. 1 5 ; Rosette, Chrest., 26
ot 181, etc. — 3 21 T6 8 fl\ çV-i confringere , comminuerc,
(Utritio . xix , i3; xx, 20; xxx, 5. — (*-°) 4 20puj (N2HT), ix,3;
\i\, 1 4 ; xxi, 3; xxiii, 16; xxxiv. à. Dans le sens de • lourd», qui
est un des sens de 20puj, le pap. bil. Rhind donne à £ /\/Q
le correspondant I H 1 ; cf. Poème, vers 28, 65, p. ig3, 1 9^.
434 MAI-JUIN 1907.
(i5, x.) Que la destinée1 et Dieu amènent2 Je
bien3 (ou Je bonheur) après le soir4 (de la vie).
— 5 Pour iâl^ = i"^"âl = c9xxesss<7i7 (PaP- de
Dublin ) , soit dans le sens de « chose » , soit dans le sens de « parole »
et de «parler ou converser avec». Pour la lecture de ce signe, voir
une des notes de mon Petibast. L'assimilation avec MoyTe
■ crier, appeler » , est impossible. I , signe de la langue , est poiy-
phone. Il s'emploie aussi dans Set me (iv, 10, 11, i3 et passim)
sous la forme -\" comme doublon de *i = *™^ , ce qui confirme
la lecture de j^ t'e «dire» à côté de celle de set'et pour I
^£\ = c) ^ = cyx.X6 «chose, parole ou conversation». Voir,
dans le sens de «parole», iv, 4, 16; x, 20; xxiv, i3; xxv, 7; xxvï,
2; xxix, 20; et dans le sens de la préformante abstrarlive XI N,
tirée de l'ancienne lecture t'et-n. M NT s'écrit d'une façon toute
différente, voir 11, 8, 9, 22, 23; x, 9, 1 5 1 xix, 20; xx, i3,xxi,
1; xxiv, 16, 17; xxv, 6; xxvï, 7; xxxi, 3. Pour les divers sens de
ce mot, voir Koufi, xu, 24, *5; xv, 17; xvm, «7; Setna, 82,
95, 98, n3, 127; Poème, vers i\ , 20, 5i, 62, 63, 64, 68, 71,
p. i65, 164, i65 , 191, 229, 238, 239, 243, 244; Corpus, t. II,
pi. I, 1. 4» 5, 1 3 ; pi. III, 1. i3, 16; pi. VII, I. i4; Rosette,
Chrest., p. 18; Chrest., p. 78; etc. Le mot qui s'y joint ici est
rixqjTG •v— », voir à xu, 2; ajoutez xu, is; xx, i3;
xxviii, 4 , aux exemples cités. — fl Nxei , voir à xi, 21.
1 BÛI\l \ \ jj. voir à xi, 2. — (2-1) * X GIN6, voir ma note
LE PAPYRUS MORAL DE LE1DE. 435
(16, xi.) ^DiVàY^îaynvM©^
(16, xi.) 11 n'y a point à avoir trouble ] de cœur2
dans ton bourg3 après un état misérable* (qui est)
tien 5.
sur vi, 3; cf. x, 11; xi, 16; xii, 4î xix, 5; xxm, 4 et i4; xxiv,
7; xxvï, 16; xxxn, 11 et passim. *) est la ligature de ^^
= ^^ devenu Jy dans les papyrus démotiques archaïques , où
il est employé comme synonyme graphique de 7[ = K que
bientôt il remplace absolument. Dans notre document, on y ajoute
le déterminatif des jambes, U- A , qu'on ne trouve pas pour ce
verbe aux époques un peu plus anciennes; voir aussi sur ce mot
ma note relative à xii, 4. — • 3 XlNNOMpô; pour la préformante
abstractive, voir à xix, i4, et pour 1^^ NOUpe, voir à xVI, 9.
— * poyse JJ]HT, ^CTI^nr;Koufi,xrv, 8-, Bev.Ég.,
H, 11; Âmatorium Rev., iw année, n° IV, pi. 9, 1. 5.
1 TCD2, voir à xv, i4. — * 2HT — ~ f-^, voir à xvi, 3. —
* ^».QI(g) -f*Me tbourg»,xtx, 16, 17; xxv, 16; xxvm, 6, 7,
9, 10, 24î xxix, 1, 7; xxxn, 21; xxxni, i3; xxxiv, 8. Dans le
sens de «compatriote», voir xvi, 5. — * <?886 Q I «w . , voir à
xvi, 3. — 5 ntak est le génitif du pronom personnel de la
2e pers. sing. masc. dont le nominatif absolu est NTOK, comme
nta<j est le génitif du pronom personnel de la 3* pers. masc.
sing. dont le nominatif absolu est NTOM (voir à vi, 3). En démo-
436 MAI-JUIN 1907.
X T 1 *=* w *"■* t *~- *■
arniJini-^ — ^A--
( i y, xn.) Celui qui est misérable dans son bourg
se dominera1 soi-même encore2.
(18, xm.) Ne point aimer3 la mort4 (le péché)
plus que5 la vie (l'honnêteté). Dans la demeure6 de
rétribution 7 est la récompense.
tique, les voyelles diacritiques ne sont pas écrites; NTXK s'écrit
comme NTOK, et NTxq comme NTOM.
1 XCDCDpe XPO l*""**! * , voir à xi, 20. — * ^^ ON
s'écrit ordinairement par le simple détenu inatif des jambes re-
tournées, comme le verbe t~~* «retourner, faire revenir ou
rendre». Ces deux sens se retrouvent également dans notre docu-
ment; voir mes notes relatives à xm, 3 et à vi, 24. La forme
y^_ que j'ai citée à propos de xin, 3, est tirée d'un contrat
démo tique d'Artaxercès. — 3 ^^ ^fc M6, voir à xv, i5. —
4 rmoY. voir à xvi, 17. — - 6 cdnî 4 'T*, voir à xvn, 4.
— 6 ir^i' voir * XIX» 9- — ? TCDCDB6 X J^N., voir à
\vi, 18
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 437
U'
^ e
(19, xiv.) Que Dieu écarte1 le repos2 de celui
qui est mort (du méchant); il ne3 1 écartera pas du
petit4 d'oeil5 (de l'homme simple et modeste).
Txcee, xix, 19; xx, 8, 2 1 ; x.xi , i7;xxvin, i4ï xxix,
\ ; xxx, 6; voir Poème, vers 37, et p. i3o, 1 58; Rev., II, n, pi. 3;
Corpus, t. II, pi. III, 1. 9, et pi. VII; Setna, 126, i3a; Pamont,
p. 2 2-23 de mon édition, qui lui donne la traduction "Jy"; dans
Rosette, Chrest. p. 2 3 et 180, le syllabique 4C1 {*et) se re-
trouve avec la signification de C6T redimere. Il est traduit par
~^~ V— * et par TA AIA<DOPA. Enfin notons que dans tous les
contrats, alors qu'il est question de l'amende imposée aux parties
si elles s'écartent des conventions, le verbe *ct=TXCG6 se re-
trouve également; voir mes Chrestomathies. — ' 2u)Tn, voir
ma note sur xi, 11. — l3-5) 3 Pour la négation I |-«>-, j'ai fait
remarquer dans mon édition du Poème satyrique , p. 169, 1/10,
167, 220, etc., la différence capitale qui sépare ^r Cp jl L.
«il ne sait pas» de fa yj V — «il ne peut pas». En effet, le
verbe ^ ss ^ ^«_ a le double sens de « savoir » et de « pou-
voir». Mais, quand il est précédé de la négation buar, celle-ci
prend les affixes personnels du sujet quand il s'agit de «pouvoir»,
et ne les prend pas quand il s'agit de «savoir». Dans ce dernier
438 MAI-JUIN 1907.
( 20 , xv.) Qu'il (lui) fasse être le bien et la destinée
d'arriver1 au terme2.
cas , c'est (s* = ^ 1 qui prend les afïixes , ainsi que le prouvent
pour celui-ci les vers 28 1 48, 5i, 54 , 86, 88. Dans les vers 62,
63, où il s'agit de ^ = euj «pouvoir», c'est I | *<«>- qui prend
les affûtes, comme d'ailleurs avec tous les autres verbes sans excep-
tion (vers 9, 74, 86, 91). La même règle est appliquée dans
notre document. Dans iv, 8; xi, 29; xrv, a3, c'est ^ • savoir •
qui , précédé de 1 1 •«»■> , prend les afïixes. Avec tous les autres
verbes, c'est 1 1 -«*- qui prend le» affîxes (iv, 20; v, îs , i3; ni,
11, ao, 22; ix, 1, 8; xi, 22; xu, i4, 18, 19, »o, 11; xni, 5,
9î xiv, 3, 7; xvn, 16, 22; xvin, 2, 18, ii; xix, 19; etc.). Bien
entendu, quand un substantif servait de sujet au lieu de l'affixe
personnel, ce substantif se plaçait entre 1 1 *«>. et le verbe (vu,
17; vin, 24; ix\ 2, 9; xiii, 5; xiv, nj xv, 17; xvu, i4, etc.).
Notons, de plus, que, dans notre document, quand ^ est em-
ployé deux fois de suite dans le sans de «pouvoir» et dans le sens
de « savoir » , le premier ^ prend l'affixe. — 4 ^--* m V* ;
sur ce signe, qui s'est lu CBOK ^^^*" et Q)HM, voir ce que
j'ai dit à propos de xvii, 19. — 6 , voir à xvm, ai.
1 lieue Jft, voir à xvi, i4. — * I 9* *** xfHX, voir à
XVIII, 2.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 439
(■21, xvi.) an^H«*-^«V7;£~«
(23, xvii.) XTITIC'-^^JM*-
(^3, xviii.) ^mVW^ÎÀ-— >«.!,
(21, xvi.) L'homme misérable1 sans2 faute3, sa
nourriture4 n'est pas dure5 pour lui.
(22, xvii. ) Pour celui qui est bon ° pour l'homme ,
il n'y a point à se tourmenter 7 si la destinée est dure.
(23, xvin.) Il n'y a point à avoir de trouble de
cœur8 à cause des revenus9. Est-ce que10 je ne te les
donnerai pas11 ? (dit le Seigneur).
1 <?iiB6 Q Jv~» voir * X?I» 3* — * 6MN ^%i
1 1 1
m
voir à xviii, 19. — s V~» voir à xvi, 10. — * J)P6
c^>, voir à xv, ai. — 6 jjp5 V— • NAUJT6, voir à xn, a. — -
6 Voir à xvi, 9. — 7 /j /fi 1^3 = KCDCDB6 = J J ^
« vexer » ; ne pas le confondre avec /-) * #, S/*-* «a <?bb6 =
JJ 1k I ^ «être faible et misérable»; cf. pour KCDCDB6 t m,
s» o , a 3 ; xix , a a ; xxïi ,16; xxvif , 7 , 1 3 , 1 5 ; xxxiii , 8 » 9 ; xxxv,
3; KCDCDB6 secritaussi /- j <s2j£-' ^ey" ^* n» P** a^- —
8 rcu2 N2HT, voir à xv, i4, et à xvi, 3. — ° J£ 4l. voir à xi,
ai, ot \ii, i5. — l0 \^ A.N interrogatifj Poème, vers 1, 3i, 34 ,
440 MAI-JUIN 1907.
COLONNE 20.
COLONNE 20.
(i , xix.) Que la destruction * (vienne au juste) au
temps- de destruction, à cause du salut3 de son
âme4.
48, 71, 84» p. 35, i3o, 168. La post-négation s'écrit de même
dans le Poème et dans la plupart des documents; voir Poème,
p. 107. Dans celui-ci, d'ordinaire la post-négation s'écrit yK
= \ et la particule interrogative 1,1 </ . ' . "V 1, voir à
xvi, 4. H faut noter que cette forme de la particule interrogative
s'emploie dans Setme (y, 10), concurremment avec la forme plus
simple (m, 2 , 1 4 ; iv, 1 3) , employée aussi pour la négation (ni, 11
otpassim). — ll Mot à mot : «Je ne les donnerai pas sur toi ou sur ta
tète», GXCDK (xo)X à V | V # jjff %.).' Le verbe *\
^= A (ou ** ?) = "\- se trouve sans cesse dans les documents. 11 est
traduit par AIIOAIAOMI dans les bilingues et particulièrement dans
Caxope, Chrest., p. i3o-i3i, et textes parallèles. Pour les mots
XCDX 4 1k 4 "W HJjg ^, XCD et les particules dérivées
6XCD et 21 XCD, voir Koufi, xi, 27-28; Rev., iv, 80 ; Rhind,
n° 293, qui traduit notre groupe démotique par #; le bil. de
Berlin, qui transcrit / U f*-~" y)\ C_L 0 "y* *0 par <}>U>-
kxi'HC; Setna, p. 172; Poème, vers 68 et 87; Rosette,
Chrest., 47, 190-191, qui traduit /i^v) < < fJ = 2IXU> et
^J) ^ £ y = 6XCD par f # et par EDI.
î1-') ' "W A^- < ijà*^ ^KCD. A propos de S^j jy 2-7
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 441
*A«jnMXa»MUfc-i«»'i«
( 2 , xx.) En sorte qu un vent favorable l ne porte 2
pas l'homme sensuel3 avec lequel la destinée parais-
sait d'accord4.
= tako, factitif de AKO, qui se trouve x, 10 et 22, j'ai déjà
donné les renvois relatifs à S -J | *f ■? ^ * m» 1^» IX» 10> XIÏ»
i3; xiii, 23; xiv, 20; xvn, 22; xx, 1 et 5; xxiv, 16 ; xxix, 22,
2 3. J'ai tenu ici à distinguer les deux genres de renvois. — a [I
n^ coycoY, chy, voir à xvi, 21. — 3 oyxxi 4*"*"- \
i jL lî pour le sens de «salut», cf. x, 2; xn, 2 5. D'une façon
générale, pour les diverses acceptions de ut'a, voir à xvn, 1. —
4 ^^« Pour l'esprit divin ^w* qui anime les statues, voir Ro-
sette, Chrest., 187; voir, pour la forme démotique du mot dans
notre document, ce que j'en ai dit à propos de x, 10.
1 ^— ' 1^; cf. xxrv, 24 ; voir ce que j'ai dit à propos de xvii,
22 , sur les diverses sortes de mots désignant le vent, le souffle ou
l'esprit. — * qi ^^4)1 voir à xix, 12. — s XHN, XNXxy,
XXNH, voir à x, 18. — 4 MA-j~, -J-MA'j- convenire [animo) ,
concordare, ]|^k-. Pour les autres sens de \ ili y ^y
M x -j-, cf. xvi, i4; xviii, 4; xxiv, 6. Sur la valeur / )L^ "■ '""^
| | j^ MA-j-, cf. Poème, p. 208, 209, 210; cf. la formule
mule dont la 2* partie est traduite ADHYA0KH2A2 dans le bi-
lingue Berger, p. 39, et HYAOK.HSE dans ma Chrest., p. 68.
M2 MAI-JUIN 1007.
(3, «i.) Ji~XP?kMw«^!rô*n
XIMI«*T— -a-p
(3, xxi.) Car l'impie1 ne mourra2 pas dans la
fortune3 qu'il aime.
H M 3^^/ est tra(,nit AIÛPeOXASeAI dans Canope
(Chrest., i56); ^ C II S 3 J \ °11 '^ par TO HP02HK0N
dans Rosette [Chrest., 20). Dans le bil. Moschion Rev., II, 11, pi. 6g ,
70,72, J//lJ3 signifie «être d'accord»; }j /(/(j J ? \/i
signifie «il convient! dans Koufi, xn, 6; Rev. , rv, 82; Poème,
p. 160. Le même verbe signifie «être satisfait, se complaire •
(comme dans les contrats), dans Pamont* préface, p. i; Koufi,
xn, 6 et i5; Rev., iv, 82; Poème, vers 71 et vers 85. Dans Setna,
p. i33, peut matif signifie «a» qui convient». Le mot W /% S^
= ^ j j jW\ «corriger, rendre juste» se trouve dans notre
document , vin , 21, 2 2 ; ix , 12, 1 5 , 16, 18.
1 M I I *\, voir à xi, 16; xv, 19. — 2 Moy %t yl» vo*r *.
xvi, 17. — 3 P • /) U).\U)Nl «ce qui advient, la fortune», 11,
20; v, 9, i4; vin, 17; xi, 21; xix, 5; xx, 3, 16; xxi, 6, 7;
xxii, 6; vxiii, 19; xxvi, 21; xxix, 11; xxx, 16; xxxi, 18; xxxii,
5, 22; xxxui, 6; xxxiv, 18. Dans Rosette, Chrest., p. 38 et i85,
\? J-l (I l C2^\ yj\[ est traduit par ArAOHI TTXHI et par -J-»
(ïj I; ibidem, p. 34-i8i, I *! #. CS\ } ? «les (dépenses) sur-
venues», par TA TEAI2K0MENA et par (ï) «. Dans Canope
(Chrest., i33 et 100), ^ff/^ / est t™*""* Par 2TNEBH el
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 443
(4, xxn.) ^LTI^l^y^t^^'^LTl
■ 1 i » 2i - 1 !!!!!! T ~- X 1 J
(4, xxn.) Ne trouble pas ton cœur1 en prison2.
Grande3 est la manière4 de faire de Dieu.
par ETMBAINH. Notre texte comparé au verset précédent nous
fait bion saisir la différence qui existe entre se%en, ce qui advient
à Thomme, et sai, le fatum, la destinée qui règle tout (toujours
associés dans le refrain de tous nos chapitres); voir ce que j'ai dît
du sai à propos de xv, 21. Dans la vignette du chapitre ia5 du
Livre des morts, iai et sc/en sont remplacés par deux divinités,
masculine et féminine, dont la première est également appelée JiTij
I I 1 et la seconde »-«* ^ J, et qui l'une et l'autre sont figurées
au-dessus de la tête de Thot écrivant l'arrêt de l'âme, et en face
d'Osiris, le grand juge des morts, fjiïfl I I J est évidemment iden-
tique à m -^i \^, ou uj ^ \]^, ou m\ \ \
w , qui, dans le papyrus Harris n* 5oo et dans le papyrus de
Boulaq n* 111, désigne un sort, une destinée funeste, et à — •— YtTfT
I I ^S, Br. Mon., iv, «faire un destin». On en a conclu que iai
et renen sont les génies de destinée et de fortune, exactement les
sens de iai et seyen dans notre document. Mais la déesse **■•* ^
fp personnifie généralement l'abondance et la richesse (la féli-
cité), tandis que se%en indique tout ce qui arrive, bon ou mauvais.
Le nom de renen (copte fOoyNG virginitas) signifie proprement
la jeune fille ou la vierge. U existe aussi un verbe renen avec le
déterminatif de la femme allaitant et qui signifie «allaiter, nourrir,
élever, dorloter un enfant». De là le sens de «fortune favorable,
richesse», etc.
1 tu>2 N2HT, voir à X?, 1 \ , et à XVI, 3. — (^4) ' ^"\l \
444 MAI-JUIN 190".
(5, xxin.) Que soit l'homme de Dieu en prison
pour l'action de faire le salut1 de son âme2.
n TXT*° tnyj 5 ^ *• 3 ou //aP^J?- CMUi
dernière forait.1 se trouve dans le pap. 38a de Leide, pi. CCX1V,
1. 1 1; dans mon Corpus papyrorum , t. 11, pi. 111, Hev., 1. 7, et L II,
pi. II, 1. i5; dans le décret de Rosette [Chrest. . p. i4), qui tra-
duit yp*. 5 h \/ 1 k 2 par T0T2 EN TAIS *taa-
KAI£; dans Pamont, vvn, qui traduit le même mot par ■? 1k
( ■? \ , *| 1k ). - - * Cet adjectif prend dans notre
document quatre formes principale* : 1" ^ ^ =r (xxm, 8,
4t passim); a" L/r") (xx* '• : xvv* 10 e* pauimr);
3° /, 117 £ ) = Xl.vi vx\i, 1, i ; xaiii, il»; xxx, 11 et /xu-
jiwi); 4° (y { r}1 dont les exemples sont les plus nombreux
et sur laquelle il faut voir ce que j'ai dit à propos de xvn, 9. —
4 mi Ne. Ce mot est traduit par TON TPOIION dans Rosette,
Chrest., p. 4a; cf. Setna, p. 91, u4, i43, 176; KouG, xn, 7;
lier., iv, 8a; voir aussi les exemples tirés de notre document que
j'ai cites à propos de xvtj, a 3.
1 oyxxi , voir col. xx, 1. — ' Voir ibidem.
a a cl
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 445
(7, xxv.) !IVH3)ô«ûûi
*1P\M«-1 — XWIrô
(6, xxiv.) Que ta mort1 dure2 soit pour lui un
préjudice3 obtenu par prière4.
(7, xxv.) Ne point porter5 souci0 en ton cœur7
pour l'infortune8 de celui qui meurt9.
1 Moy, voir à xvi, 17. — * naujt, voir à xn, 2. — 3 __
V- Ce mot au palpel se trouve dans vu, 2; \, 5; xn,
21; xiii, 12; xx, 6; xxvii, i3; voir aussi clans le Corpus, t. II,
pi. 7, 1. 2 1, et n° 7, 24 , le même mot / 5 ' toujours avec le
même sens de «tort, préjudice». / L-^ 4^ ? D jk ^
a un sens voisin et est traduit par ^.\ l<=>^W dans
Pamont, xvi et 10 ; cf. Kouû, x, 29, et dans notre document, ix,
21; xii, 19; -voir mes notes sur ces passages. — * ujaha, voir
à xii, 19 et xvi, 17. — 5 x & Ml, voir à xix, 12. — 6 po-
OYMP, voir à x, 19. — 7 îht yv^*" vo*r * XVI' 3. ~~
(s-y) » M • v— « CAO) «frapper»; voir ce que j'ai dit sur xi,
18, tant à propos des sens de «frapper» et de «lutter», qu'à
propos de «dominer» (qu'a surtout ^ . A [ S)- Tous les
exemples tirés de notre document et cités dans cette note renlrent,
ix. 29
ttttinfrftir. «ATieiULR.
446 MAI-JUIN 1907.
•î«À-XkH*>-r$-t
(8, xxvi.) En ce qui touche la mort (physique)
il n y a point pour lui de retour l à la vie * par le
moyen3 dun autre que lui.
à l'exception des deux premiers, dans cette dernière acception.
Mais, sous la forme / fy £ */ ' <C C ^ iàéi *7y avec *e ^éter-
minatif des membres, la même racine a toujours le sens de t coup,
blessure , frappement » , et par là « infortune • ; cf. vi , 1 3 ( mal tra-
duit d'abord par moi); xx, 7; xxix, 16; xxxi, 6. — • MO Y»
voir à xvi, 17.
1 "J*" txcgo, voir à xix, 19; ajouter le renvoi xxvi, a 3, et
xx, 8, à ma note. — * 4 *JJp CDN2, voir à xvn, 4. — s V 9 ,
voir papyrus moral hiératique de Boulaq, et Lévi au mot W . Voir
aussi le papyrus d'Orbiney , portant : ^ ^ i 1k I I _ _ _
dans les décrets trilingues, w^ .. traduit V^-O /^
(EIIEIAH). Dans le décret de Canope, (^ f^ 3J (== V JE )
équivaut aussi à Y' ( V *— 1); ttae des venions porte « % | L?
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 447
riverait transfert de la part des levers de l'étoile d'Isis à autre
jour par l\ ans » , ce que. les hiéroglyphe» transcrivent : I M I V
M^0ifîBv{0!J ctle orec EAN AE KAI ïTMBAINHI
THN EniTOAHN TOT A2TP0T METABAINEIN EI2 ETEPAN
HMEPAN AIA TE22APGN ETÛN. Dans une plirase parallèle du
même décret, les deux versions démotiques portent l'une et l'autre
V W* « qu'il n'arrive pas qu'on faite en été les fêtes de l'hiver » :
V) iy)^- \/y *-. \°/) \f~/ i *Par transfert des levers un jour
tous les k ans t. Dans la chronique démotique de Paris publiée
dans ma Heo. %., i, iv, pi i, 00 Ut V i\ **] \0 LJ k?
y *• ' I I y ( fV « ceci fut écrit de la part de Tliot par k main
de son prêtre» ; ibidem, pi. IV, on lit aussi ; Jry i [ J Y) /* U
VJ 0 S ^^ « les 3 autres qui furent parmi les nations , il y eut
joie de la part des dieux de leur faire (rie) chef». Ailleurs encore
( #«>., H, f , pi. I) c «point le faire «hef [xic) de la part de son fils
29.
448 MAI-JUIN 1907.
(9. *x™) kiT^XT** — M «À
(10, xxvm.) XHkl**"!28*®1!
(9 , xxvii.) Il ny a point encore celui qui écoute *
en ce qui concerne la prière2, jusqu'au ciel3 ^appar-
tenant (/no£ à mot : tien).
(10, xxvm. ) Celui qui meurt — dans ce moment 4
Dieu en prend connaissance.
après lui» VY') 1/,^/"% ^ VjvJ b"*~D; dans
Pamont on trouve aussi : tles paroles qui ont été dites par l'Osiris
1 ccdtm vi V 1; xxn* 12» *3» *£; xxvi, d; xxvn, 4, 11,
xwui, 21; xxxv, 10; Rhind, n° 239, traduit le mot démotique
vJ % v Pamonl (/tassim) également; cf. Setna, p. n4 et 120;
Poème, vers 17, 22, 24, 83, 84, p. 2o5; Corpus, t. II, pi. I, 1. 6;
Koufi, xi, 25;Rev., iv, 79, etc., etc. — * UJXHX, voir à xn, 19.
— (3-4)3 xne , xxvm, 4; xxxi, 20; xxxn, 5; Setna, p. 69;
Poème, p. 200, 236, 24o; Koufi, \i, ià; xn, 29; Pamont, p. 36-
Pamont
LE PAPYRUS MORAL DE I^EIDE. 449
37, qui donne l'équivalence ^_^ et ailleurs GT1 jL I I ; Ca-
nope, Chrest., i52 et 157, etc. — * £>• Ce mot a le double
sens de «lumière, splendeur» et de «heure, temps» (selon Brugsch,
voir Lévi). Brugsch, Gramm. dém., p. 3o, le compare à Xn et
lui reconnaît en démotique la forme ^/r***)/ . 11 faut
noter en effet que £J(/' y/ iv1^ ^ans *e PaP* 8n** n» & e*-
9, se lit aussi oup op et répond à \^/» ainsi que je l'ai démontré
le premier pour ce syllabique à propos de Pamont, xvi, 2,
4 , G, 7, 8, 9, etc., et de divers contrats : Nouv. Chrest.,
p. 81; Rev., I, i-ii , pi. 1, etc.) est traduit par £^
oyNOY «moment» dans le papyrus bilingue de Pamont,
retrouvé la même forme / C-+ >>C/ 3.^ pour 3SK & , avec le
sens «éclat», dans le Poème, vers 25, 33, 46, 47» 49, 70, 71,
72 , et p. 2 32. J'ai aussi signalé la forme fyU^iJ = 3SK @ Xen
«à l'instant» dans la préface de Pamont, p. Y; et dans Koufi,
xviii, 26 (fable) : 3 ^1 <t£ kJ @ Jl^ O J^
le moment du soir». Ici le syllabique \, = -AX& est fait identi-
quement comme dans le même document quand il s'agit de >Vftk
"^ ajœn «prendre»; voir xm, 18; xv, 17 ['l *> y ^ = 2SS
■ j^ ]; etc. Notons que le groupe / K^V de la ligne 10
ressemble étrangement au groupe /» \4jL = ? « I © de la
ligne i5. Aussi je l'avais d'abord transcrit ^». 8 0 en y voyant
un èL-na£ Xeydftevov tiré de 1 © et ayant l'article du féminin
*^ = "V au lieu (^e l'article du masculin KJ ^JmL •
« arriva
450 MAI-JUIN 1907.
(u, xux.) ji-xnjk^\-i~x
(12, xxx.) £H~MAGlM'-*X®--
(i3, xxxi.) £4«1 J4A~Mlâ)~v-lî~14
T-J!XlJ~tP
(11, xxix.) Dieu n oublie J pas le jugement2 dans
toute honte3.
(12, xxx.) Celle qui vient4 troubler5 le jour8
(qui trouble ta conscience pendant tes jours), qu'on
en fasse purification7 devant8 toi.
(i3, xxxi.) Celle qui vient en chose9 dure10, tu
places11 la venue12 de Dieu en elle.
1 cdbO), voir xix, io. — * 2Xn, El H "Y» voir à xiv, 12.
— s BtDTe ]*\X^» Voir à M. 10. — * C1NI tel |-7\,
voir à xm, «o. — » tcdi, voir à xy, i4. — a li£ © |. Dans les
contrats démotiques, t) J \o<j £— • depuis le jour ci-dessus •
est d'un emploi continuel et est traduit dans les bilingues AIIQ TO
XHMEPON | O \J te f o/) <J « nîOOY, VCl*, V
CI©. — 7 "H^|C(DM,Ç,-*"V ScOTq, 7/ y. J;
pap. gn. Londres, ni, io; pap. gn. Leide, xviï, ia. — (8~12) ' Voir
LE PAPYRUS MORAL DE LE1DE. 451
('4, xxxii.) >^)aLÎI® — >klAX!
(1 4, xxxii.) S'en va1 (passe) le jour2; s'en va son
compagnon3 dans ce dont le cœur4 se préoccupe5.
à xvii, n. — 9 I j^ cijxxe, dans le sens de «parole»
et dans le sens de «chose»; voir à xtx, i4. — - m NXC^T, voir à
xn, 2. — u xcd ^ ^k , voir à xv, 12, et xvm, 17. — M il
A ei , comme plus haut dans le même verset; voir v, 1 1; vn, 1 9 ;
vin, 19; ix, 20; xi, 21; xiii, 10; xiv, 1; xv, 6; xx vin, i4; xxix,
3,4; xxx, 5 et passim. Rhind (n° 59) donne & <^ / V l'équi-
valence 4 I a ; Pâmont (passim) en fait autant; Routtb (Ckrest.,
i3) traduit ^ \ ^ J/{ par STNANTHSANTB2 et en hier.
par 1 (cf. Poème, vers 29, p. 219, 243). Dans le bilingue Berger
(p. 4o), ^ P / l)? W//7 (J est traduit par EAN AE
TIS SOI EnEAOH. Dans le pap. bii. de Londres (7e col.),
1(\ {(0 il/ il / C\^~ ' est tr«nscrit ClCi/>oyT.
(1-5) 1 oY^^'f' 6 BOX desceder». J'avais d'abord pensé à
oy6T alius. Mais le déterminatif des jambes précise le sens. Le
mot £ A j^) se retrouve avec la même signification dans Setna ,
p. 1 38 ; voir exemples, Rev.t v, 199; cf. Poème, vers 71 et 74,
p. 245 à 247. Dans la tessère 12612, Rev., IV, rv, pi. 11;
dans la tessère 6895, ibid., pi. i3, et dans une multitude d'autres
reçus d'impôts, C Y . » y y J % signifie «verser à la caisse».
I tô S ^3 ' (*ans ^oufi, VI» 2^' 25, et dans Rev., II, n,
452 MAI-JUIN 1907.
(i 5, xxxiii.) >kl^^**i©->kl*
-Y
(i 6, xxxiv.; %* 'PZ^^i^iT
(i5, xxxm.) S'en va l'heure1, s'en va sa com-
pagne dans la vie2 sans3 faute4.
(i 6, xxxiv.) Cela est dans la destinée5 depuis le
commencement0, alors que les dieux étaient sur
la terre7.
pi. IV, répond à ^ V— i et signifie « transporter i. — * EH
* Cl © 200y, voir à xvn, l\. — » I *^T* *| epHy» voir à
xii, 18. — * «ht — ^ "f-^, voir à xvi, 3. Pour la traduction
l/£ r 1\ = KAPA1A , voir Rev., i, 172, et pap. gn. Londres,
471 et suiv. — 6 POOY^» voir à xn, 19.
1 oyNOY jfc» 0; Pamont, p. 22-23, donne cette traduc-
tion au mot démotique; cf. Setna, p. 83, i48, 162; Koufi, xn,
2 G, 27; Rev., iv; 86, notes 17 et 18; Rev., II, 11. — ' Xî6 1
^ , voir à xvn, 11. — 3 6MN, voir à xvm, 19. — 4 ^— .
voir à xvi, 10. — 5 fl * G\ cyxcyNl, voir à xx, 10. —
ft-7) « -peu — . Ce mot démotique est traduit par APXH et par
— (lansCANOPE (Chrest., i3i, i38-i64); cf. Setna, 170; Koufi,
xn, 2, 19; /ter., iv, 83. Le même mot (sans le t ou avec le t) veut
LE PAPYRUS MOHAL DE LEIDE. 453
,7, xxxv.)n^!!^lK?^vPV
VOSnfeM^IrV-fcï^a
(îy, xxxv.) Misérable1 est le soleil2 devant les
impies 3 ; ils sont misérables devant lui aussi 4.
dire «devant», voir xx, 17, 18; Poème, vers 25, 59, 88; Corpus,
t. II, pi. M, 1. 2 et 16; Koufi, xii, 1 (Revue, îv, 81); Koufi, xvm,
23; Setna, 37; dans le pap. bii. de Londres, 2' col., \. 4; Bev,
Égyi>t*> XI, p. 1 83, f j est transcrit N^6T. — 7 OO
' * • voir à xv, 19, et XYm, i5.
1 ïï\^ J^L <?BB€, voir à xvi, 3. — * npH J^ © J
( * : = HA 102 (Rosette, Chrest,. 3, 4 et 25 ; Canopb, Chrest,,
11). I //S^7 — est lranscr^ KOMpH (Leide gn., v, 10). Dans
Je bii. de Londres, vu, ai, l //* "77 ^"f*"" est transcrit
RXNiipe. Ailleurs le même bilingue porte [ Z X h ( \^
-pxM3oyet 9^/ j^ ri S) <J =nxpo/^o V;
cf. Poème, p. i65 et 206. — 3 R I I jj, voir à xv, 19. — * f V
1, w, 17, 18; wvn, 7.
454 MAI-JUIN 11)07.
(19, xxxvn.) ^fe^)«^«-«%-. fcr ra
(18, xxxvi.) Alors qu'ils le font obscur1 en pré-
sence'de sa plus grande ardeur5, il est le maître5
du monde encore.
(19, xxxvn.) Alors que lame4 grandit6 d'œil
(s'enorgueillit) — dans la demeure6 de rétribution?
où il doit parvenir8, il le met (mot à mot : il fait
lui).
1 KXKC .* TT, xi, i5; xxxi, 24 ; cf. Poème, p. a43;
pap. gn. Loide, 11, 13; Setna, p. 109; Koufi.xi, 3a; ïlev., 1?, 81.
— * A lk> * — 1 XO«i , xui , 1 6 ; xv, 8 ; xx , 1 8 ; cf. Koufi , yiii ,
ii; xi, 3o; l\ev., iv, 80. — 3 f _^^i, vo*r * x* l2' —
* 4=r*, voir à n, 1), et à |, 10. — • Pour le grandissement
d'œil , cf. xviii ,91. Pour an « grandir » , voir à xvm , 9 , et pour le
mot «œil», voir aussi à xvm, ai. X£* 1 . — 7 est traduit
y o 0 /
0PÀEI2 dans Canope, Chrest. , i63, et dans Pamont, 36.
— * i JL, voir à xu, 9. — 7 TU>u>B6, voir à xvi, 18. —
8 ncD2 J£> y\, voir à xvii, i&.
C3
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 455
(20, xxxvm.) ^î3ï$[Jl^Hâ!Î — **
;ai, xxxix.) ^T2|TTX1 J- fc««
( 20 , xxxviii.) Qu'il y ait un bon 1 gouvernement2
(de lame) dans les épreuves3 ou après4 les obscu-
rités 5.
(21, xxxix.) Que Dieu écarte0 la levée du mal7
dans l'angoisse8 (de l'agonie) alors que la mort9
vient10.
1 NOHpe I* J, voir à xvi, 9. — * S6MI, 2MM6 **V
î"v , XX, 10; xxl, 10, 16; xxx, i3, 20; cf. Chronique démotiqiu,
Bev.t II, 1, pi. 3; ibid., pi. 1 et 3. — 3 2IT6, voir à xix, i3. —
4 V ^ NCX, MNNCX. — *■ 2HIBI. Ce mot se trouve écrit de
même dans xi, aa et xx, 10. La première fois, 2HIBI a le sens
de «faire ombre» 00 t protéger» (qu'a également i ||l«_,)ï !•
seconde fois, son sens propre d't ombre, obscurité»; ne pas con-
fondre avec fjdll^f (*MBi),IIENeOi: de Cahopi( CArett
i58). — 8 Txceo "^", voir à xix, 19. — 7 tcdoynîcuoy,
mot composé dont j*ai parlé et cité les exemples à propos de xi,
ai. — 8 CCDOy Cî jl £1 J\ arctari. Ce mot se retrouve xxvi,
6, avec le déterminatif de l'argent (pour les affaires de créance),
sous la forme ^ / il V ( A ' ^ans Petib*8*» n°* 9»
• »
450 MAI-JUIN 1907.
(22, xl.) Qui) sauve1 mon être pensant2 (ma
faculté de connaître) que la torture5 d'âme est en
train de poursuivre4.
10 et passim, on l'a sous la forme y f A>e , . — 9 MOYi
voir à xvi, 17. — 10 J A , voir à xvi, 6.
1 V V— 1 NOSM, voir à x, 21. — * COOYN, voir à xii,
1 A . Je reviens sur cette question d'une façon plus complète encore
dans une des notes de mon Setme [Rev. Egypt,, XII, 1-11).
- * T ^ ! 1 w- T k \ 2s, V-- ~ i A- "• 4-
et xx , 22, désigne le lieu du sacrifice , de l'exécution ou des sup-
plices, ou le sacrifice et le supplice lui-même. Il est tantôt déter-
miné par le billot de décapitation, tantôt, en démotique, par le
feu, un des supplices réservés surtout à l'époque romaine aux
sorciers et parfois aux chrétiens. Le feu était toujours aussi em-
ployé pour les holocaustes et autres sacrifices. — * 1 _ j\
KCDT6 a ici le déterminatif de l'argent, comme dans xxvi, 18, et
généralement quand il s'agit des poursuites exercées par un créan-
cier. Le mot 1 . . K se retrouve sous la forme C-* WZ.i dans
Setine, 11, 29; m, i3, 25, et v, 11. Dans les trois premiers
exemples, il signifie «tenir serré» ou «cacher», de KTO convoi-
vere , c ingère , constringere , circumdare ; dans le quatrième , « sceller » ,
à rapprocher de ^ h\ «graver» (Poème, i58 et bil. de
Berlin). Dans ces divers cas, le déterminatif de l'argent est
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 457
23, xli.) v*>«!-1 — XaiJi
COLONNE 2 1 .
(23, xli.) G est la levée du mal1 pour l'homme
de Dieu celle qui vient2 à son arrivée3.
colonne 2 1 .
(1, xlii.) Un malheur (une chose4 dure5) sans6
faute7 n'est point à craindre8.
abusif, tandis que dans notre document il est très à sa place.
Voir pour ce mot et ce syllabique xvi, 7, et surtout la disser-
tation spéciale que j'ai consacrée à ce sujet dans le numéro iv de
la 11e année de ma Revue êijyptologique , p. 198 et suiv.
1 TO)OYN, 2CDOy» voira xi, 21, ce mot composé employé
déjà plus haut (xx, 21) dans la même acception spéciale. —
2 Voir à xi, ai. — 3 11^ 61, voir à xx, i3. — 4 I jfr
ujxxe, voir à xix, i4 , et xx, i3. — 5 nxujt, voir à xn, 2, et
xx, i3. — fl 6MN, voir à xvm, 19. — 7 ^— , voir à xvi,
10. — 8 CNXT HA~~*2)' P ^*» n» 2^î VIIT» ll? IX» 8;
xxi, 1; xxxm, 23; xxiv, 1, 12; xxv, 7, 8, io; xxvi, 19; xxxiii,
458 MAI-JUIN 1907.
(3, xliv.) ^XTra—aa^MÀ
( 2 , xliii. ) Le temps * ( d arriver) dan» la demeure 2
de rétribution3 ne tardera4 pas pour l'homme de
Dieu.
(3, xliv.) H y a celui qui est patient6 en ce qui
touche6 le lendemain7 auquel sa main8 n'est pas
parvenue9.
ii; xxxiv, î, n, 2a; cf. Poème, p. 220; Roufi, vu, 20; ix, 5;
xii, 12; xvii, 10; Rev., iv, 84, note 3; Quelques textes traduits à
mon cours, p. xxix.
1 CoycOY fin^ CHy, voira xvi, 21. — * Érn» vo*r *
xix, 9. — 3 TCDCDB6 X I J, voir à XVI, 18. — * OICK I û
j{ A, xxi, s% 19; xxxiii, 19; cf. Koufi, vi, 17; xi. 17; un,
32; xv, 34; Met). Eg., II, 11, pi. 10; iv, 78; Poème, p. 17a ; pap.
gn. de Londres, vin, 1; u, 11. Dana k pap. g*, de Leido, xxh,
16, ce mot est écrit S / / >^ J ; cf. Rev., IV, MX, pi. 73 ,
note 7. — 5 zopuj N2HT, voira xix, /1. — (6-9) « ex B6. Cette
particule, qui intervient sans cesse dans notre document, est
écrite tantôt ^^ 1/ X .w^, comme le verbe TCD1DB6 (c'était
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 459
4, XLV.) ^XTMJ'^^T^^V
(4, xlv.) Il y a celui qui ne prend pas souci1 et
dont la destinée 2 prend souci.
(5, xl vi.) H ne sera pas dans la demeure de pu-
nition5 l'homme4 sage5 qui a pris6 son cœur7 pour
compagnon8.
la vieille règle), tantôt \' / J \. ***£• Oaos le Koufi (voir
Rev., V, i, 98, note), elle s'écrit iy . . C/» avec *=>,== 6» au
lieu de I <$ = 6 . Elle est traduite par £111 dans GàMOM {CkresU,
i33). La particule composée 6TB6 JCe « retrouve une fois
dans P amont, ou elle est traduite par ^ ... Mais générale-
ment, dans Paraont même {xix et 29), elle est remplacée par
/o IX/ *2^) avec la même traduction ^ . . . H oa est de
même daas le bikague d'Àbydos (Rev., VI, h, pi. 3); cf. Koafi,
xin, 3i, etc. — 7 fACT€, Y*, 6; voir k xv, 16*. — 8 TOOT,
voira xvu, 11. — 9 fia>2 J£} a, voir àxvn, i4.
1 rooyuj, voir àx,}^ — * LTiT 1 1 JL voir à xv, ai, et a
xx, a et 3. — (*-*) * I J2. A, ] 4, déterminé par jt; voir, pour
ces <feux mots , xxi , « , oè IL 14, bien qa'ayant ce 4éterminatif
460 MAI-JUIN 1907.
(6, XLVir.) XM«MJ^-XPJH«
<=> nn 1 1 1 i
i nn i 1 1 1
CHAPITRE XVIII.
(7-) U^wSh-
1 1 1 1
1 1 1 1
( 6 , xl vu. ) La destinée l et la fortune 2 qui viennent ,
c'est Dieu qui les fait venir.
Vers 48 3.
CHAPITRE XVIII.
(y.) Enseignement11 dix-huitième5. (La connais-
sance de soi-même et la voix de la conscience.)
funeste, est pris dans le sens favorable, comme X **m fp, xxiy,
a; voir aussi àxix, 9,etxvi, 18. — 4 pu)M6, voir à xiv, 17. —
5 • 1» v0*r * M' 10, et xvi, 18. — fl XI 5f V— •, voir a xvii,
23. — 7 «HT -^ «f-^, voir à xvi, 3. — 8 I ^ *| epHy.
voir à xii, 3.
1 LLI I i yli voira xv, 21.— • fl • Q qjxqjNl, voir à xx,
3. — 3 L'addition est inexacte. Peut-être, comme dans le cha-
pitre xviii, les mots t enseignement dix-septième» formaienl-ils ,
dans le texte primitif, une ligne à part, qui a été comptée. —
4 CBCD fl^ ] V— 1, voir à xv, 18. — 6 MA2Ï2T. La préfor-
mante des nombres ordinaux MX? = 00^ intervient en tête de tous
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 461
8' M SA22)T->~<we#Y«-î~IlIiI
(9, n.) f^« y «-T^^TPi!!»rr;
(10, m.) ie^)« -f *-T!e^fm^V"k
8, i. (Titre.) Moyen1 de grandir2 ton cœur3 jus-
qu'à 4 ce que tu te connaisses 5, pour ne pas être en péril G.
(g, ii.) Le grandissement du cœur de l'homme7
sage8 consiste à tenir conseil9 avec10 Dieu11 [ou à
prendre conseil de Dieu):
(io, m.) C'est un grandissement du cœur12 sans
faute13, en sorte qu'arrive un bon gouvernement14
(de l'âme);
nos chapitres, comme dans le numérotage des tablettes prophé-
tiques de la Chronique démotique et dans les décrets trilingues,
quand il s'agit des temples de premier, de second et de troisième
ordre.
1 S ç *^* mcdit, voir à xi, 22. — * xixi, voir à
xvii, 9. — 3 — ^ «f-^ 2HT, voir à xvi, 3. — 4 cyxre (voir
à xix, 2). — 5 COOyN, voir à xi, 6. — 6 2U>qj, voir à x, 9. —
7 pu>M6, voir à xrv, 17. — («-14)» I , voiràxi, 10, et xvi, 18.
ix. 3o
mrmiBr.Bii aiTioiÂtK.
402 MAI-JUIN 1007.
(11, v.) \t3)*AJ«>"1— £\***k
(1 1 , iv.) En sorte que l'impie1, homme sensuel2,
connaisse3 ce queThot a placé4 en son Cœiîf 5;
(12, v.) En sorte que parvienne6 la honte7 au
méchant8, parce qu'il9 n'a pas pris conseil10.
— 9 COffNI, voir à xn, 1 8. — w xy«>, voir kev., XÎ, iv,
p. 191 et stiiv. — " T J MoyT€, voira xtx, 12. — » bmm,
voir a xvm, 19. — M ^^ "V-* voir à xvi, 10. — !l *6Ml ÎHM6
wVK, voir à xx, 20.
1 P J!^' V°îr ^ XV' 19# — * XHN> XAM6, XNXXY»
voir a x, 18. — * COOyN, voir à xvit, 18. — * XtD ^ "V
"^\ voir à xv, i/i. — b Nîhtm , voir à xvi, 3. — * nQ)2 J|>
A, voir à XVII, i4» — 7 «o»T6 I V^S-' T0*p * **• ID* —
(S-W) • bokong J fr^V*. ï-e mot fc/u H J^Z
» méchant* s'écrit Avec le d&erminatif des jambes appartenant à
/ ilj^y = J -A « arriver» (voir à xn, 6, et xvi, 6); le dêler-
mmatif ftmeste de rhomme se frappant , appartenant au sens ra-
dical de «cdcdng, 8u>n J f çVi c'est-à-dire * l'idea de
méchanceté, et If défcrminatif de l'homme debout, servait à
mariner le nom d'agent du «méchant» (voir x, 18; xi, 9; xn, 6,
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 463
(■a', V..) xr^HI-f<-XT
(i3, vi.) Celui qui écoute1 ce qui vient2 en son
cœur, celui-là se détourne3 de la peine4;
12 , i3; xiii, 3; xvm, 10; xxi, 12, 19, 20, 21, 22; xxn, i; xxui,
H); WVI, 4> 9» i3;xxi\, 16; XXXII, 2^; XXXIV, 12). / p / /-»
est traduit J 1(5 V- dans Rliind (4-6); /o L^ 7 S P*1*
J V V" dans Rhind {2-1) et dans Pamont (10-11). Ailleurs,
dans Pamont, on trouve la traduction **-* V*- (ïlUOYJî
/ 0 L *f " est rendu par ç V- dans Pamont (i4-i5),
et / Q /^ par V*- (ibid., p. £9); voir p. 62, etc.; voir
aussi Setna, p. 96 ; Poème, vers i5, 2 3 , 4i, 72, p. 159. etc.;
Corptu, L U, pi. 5. Dans notre document (xui, u, et *vi, 23),
le mal abstrait est écrit y^sj ( ^ =* J <j> V*- ^ • C'est
l'équivalent de So^fy' ~ * 6TB6 dans le sens d'eTM
X6; voir à xxj, 3. — 10 CO6NI, voir à xiv, 7.
1 CCDTM^jV J, voir à xx, 9. — * il v\ 61, voir à xx,
i3. — (3-4) » ^"T* A K<JIT€ et ^"^T".^ NKOT sout pa-
rallèles en hiéroglyphes et en démoùque, et paHow on écrit le
premier mot avec l'orthographe spéciale du second. C'est ici le cas.
Le verbe -p *w J i£ = 1 _ Œ*. t dormir » est employé avec
ce sens, 1, 2,; vi, i3, 23; xm, 1 3. Il représente le "V/J^IX-
= (1 * 1^-î de Rhind, 4i5; de Setna, 16^-1^0; n'a Poème,
p. 36, 1. 17; p, i3i et p. 221. Dans notre document, H s'écrit
3o.
464 MAI-JUIN 1907.
XTO— •«-^X^iiM
1
(i/i, vu.) Celui qui garde1 son cœur2 et sa
langue3, celui-là se détourne4 de son ennemi5.
parfois 2— . ) ~\J I J?\ » avec un 1 final surajouté , et cela soit
dans le sens de «dormir» 1 _ .^sz- NKOT, soit dans le sens
de 1 IT 7\ K(DT6 «tourner» ou «détourner»; cf. x, 4,7; xu,
i3, 1/1. H sert alors de doublon graphique à J^|([ *j; voir pour
cette forme ce que j'ai dit à propos de xvi, 7. Pour le syllabique
*5 = 1» V0H* ma Rev' ty*, t. XI, p. 198 à 204. La forme "7 #
( d'où est venue A/ ) , me semble devoir être comparée à 2-f-
de fpi ilS), qui, dans Rosette (Chrest., 10 et 19), représente
V j , «mi., c'est-à-dire signe à signe V 1 """ *" -m- 4 , avec une
ligature analogue à j / = 1 /"\. — 4 jl Gl V*- ' • ^^ "
xm, 8.
1 —— *J Jk V V— • « garder » ; dans le pap. bil. Rhind , ce verbe
sert à former le nom de l'archon *A jk V ^ ^^ « il garde», et
n démotique il est écrit L V r [ J , c'est-à-dire avec les
mêmes éléments que L / / ('e notre texte. — * — ^J S %, 2 HT,
voir à xvi, 3. — (3-5) 3 *""1%, XXC, m, 6; xxi, i4, 16; xxu,
io; xxv, ai; xxvi, 2a;\xix, 16; xxx, 19, ao; xxxi, 5, 1 1; xxxni,
e
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 465
( 1 5 , vin. ) Celui qui révèle l une parole 2 cachée *\
c'est comme s'il faisait sa maison4 brûler5.
i4. Entre *~^ et xxc s'intercale h ty f±-> > y/ (Poème,
vers 84), indiquant pour le syllabique <-^ nés la nouvelle lecture
xxc. Dans le pap. gnostique de Leide (n, 3 et passim), on a la
leçon V ^jj Y — xxc, qui est devenue, de son côté,
y / // ^? dans notre document. — 4 K(DT6, voir à xxi,
i3. — 5 XXXI ||^» voir à x, 19.
1 <y(D\n, xxt, i5; xxn, i3, 18; xxm, 1; voir Poème, p. 2.43;
pap. gn. de Londres, 11, 29; pap. gn. de Leide, x, 36; xin, i;
Moschion , vers 1 2 ; hev. Eg, , II , 11 , pi. 69. Dans tous ces exemples,
on a —*<=>> <|j ou — -**!--<- ^ y^ tS/~-
Dans la Chronique démo tique : I y y / / / '2—, fT ^/ ) )
éj a\^~i "M se manifestera, faisant resplendir la basi-
lique d'or». Dans Pamont, ©OXii «révéler, mettre à nu» est em-
ployé pour «nu» : ^^ y/j_ J \J - ê Ml I £ *?** <lonné
des vêtements au nu» = 8 I II *2« 1 **—* 'w' \k \ Y V—* ^j^« —
2 !"**"2i c9xxe' voir a xix* i/i- — 3 2cDn ilr 1k. " ' voir
à xvi, 16. — 4 C^ Hl, voir à xv, i3. — 5 JL m, [1 T JL
fl CX'i'G, xiii, i5; xxi, i5, 20; xxiv, 12; xxix, 21; xxxi, 21.
4ftft MAI-JUIN 1907.
^ _^\ g1 ^ m ai *""'* ^ *" *- * —
(>7- *•) X:t;-)ïn^^\,
iixrM^-T\»-i,:,-x
ij
(16, ix.) Celui qui la répète1 au petit de cœur,
celui-là dit : « Gouverne2 » à sa barque3.
(17, x.) Celui qui s'écarte4 de ses coups5 (des
coups de langue), celui-là éloigne6 les coups de
Dieu.
1 îV j. Dans le décret do Rosette (Glirest., 4i» 186), le verbe
/ =1 se trouve déjà ; voir aussi Rhind , n° 164, 1— ) Z = | lk
J; comme particule composée avec V , cf. xx, 17, 18. Le mot
NOMTG t force», qui, dans le Koufi (xvii, 3o; cf. /ter., IV,
j>. 88) s'écrit . \ 1 1^^\\\ o 3» rt (*ans Setna (p. 110)
r\/ . | il S \i prend dans notre document (xxiv, 8) la forme
I S \ f , ce qui établit la vieille prononciation de 1 V 1 ,
qu'on a voulu lire oyu>2M. — ' lOMi ^ Vî\» voir à x\, 90.
— * xxc \^, voiràxxi, 1/1. — * "^" TACOO, voir à xix,
19. -- (S-0) r' (UXXp, III, 2/1 ; IV, \ ; X, ao; XIV, i3; XXI, 17; XXII,
LE PAPYRUS MORAL DR LEIDE. 467
(.s, X..) ^\-irîvf<-
(19, XII.) fÇ^'f t^J^^A^
*:âk*u*~ixi®'~t
(18, xi.) L'homme sans vergogne l dont le cœur2
est petit3 — petit est Dieu4 à son égard.
(19, xii.) Elévation (on grandissement8) du
cœur ° du méchant 7 — que le temps 8 tarde 9 en
elle.
1 2 ; xxiv, 7 ; xxxiv, i. Voir aussi les autres documents cités à. propos
de x, ao. — « OY©1 \ I *^î pour U forme^-*.* ( , cf. xxi
17; xxvi, 9; xxviii, ih. Pour la forme Y '&~f ( » v0»r ce que
i'ai dit à propos de x\i, 6, 7.
1 xx<y, voir à x, 4. — * îht yw**-« vo*r a XVI« 3.
— 3 Pour l'expression c petit de cœur», cf. xix, 11; x.u, 16,
18, 33 ; xxn ,11. Pour ^J = "îfc— , voir à xvii ,19. — * j \
\\oyvo.x voir à xi\, 12. — 5 ai Ai, voir à xvii, 9. —
6 2HT, voir à xvi, 3, — 7 BUICDN6 J * V-» voir à vu,
1*. -'TH1®, voir à xvn„ i4. — * COCK I P 4 J A, voir
a xxi, 2.
468 MAI-JUIN 1907.
(20, XIII.) JÉLWQj^A^^t^^JL^ A^
(20, xni.) Est élévation1 du cœur2 du méchant3
comme4 la flamme5 brillant6 pour s'éteindre7.
1 xi XI, voira xvii, 9. — 2 2 ht, voir à xvi, 3. — s BCDCDNG,
voir à xxi, 12. — * V j ^ 1 = KAOAÏÏEP, voir à xi, 9? voir
r
aussi dans le numéro iv de la onzième année de la Revue Egypt.,
p. 198 à 20/1. — 5 CXTG p m\, x I, "^ fê, voira xxi,
i5. — 6 Dans notre document, comme dans le bilingue Rhind,
le mot C*3 jk neipe prend le déterminatif du «bassin», sur
lequel il faut consulter une des notes de mon Petibast, et qui vise
ici la sortie de l'inondation. Comme dans Rbind également, le
déterminatif -A prend la forme Ç^ . Il est ici surajouté au
déterminatif j/L^f = *** cf. xxx, 6; Pamont, p. 22 de mon
édition, à propos de la sortie de l'eau; Pamont, p. 3a; Poème,
vers 84, p. i34, 147, 149, 218; Koufi, iv, i4;v, a5, 26; xii,
24; Rev., iv, 88. Le mot 0/ / \ signifie aussi «blé», j--j. Ro-
^*—- • • •
sette, CkresU, 11, 16, 182. Pour 4^-\ / 1 u //)» c^* P*?* gn*
de Londres, 11, 2, 12, 17, 2/4 ; îx, 1, 3, 9, i3, i5; x, 29;
pap. gn. de Leide, m, 4,5; xiv, 12, 29; xvi, 2. — 7 ci) ci} M,
Pamont, 22-23, porte £_( / *K 5=^ j=.x*~~\ «éteindre».
Le même mot se retrouve de Londres, v, 12 , et vu, 3.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 469
(21, xiv.) ^we^/^y^^l^À^
(21, xiv.) Est élévation du cœur du méchant1
à cause2 de 1 eau3 dévorante4, afin que son tombeau5
(sa mort) passe6 (s'éloigne).
1 Voir le verset précédent. — 2 6TB6, voir à xxi, 3. —
3 Mooy t~~~+ =mmz; cf. xxn, i5; xxiii, i5; xxix, 21; xxxi, 6 et
21; Koufi, xi, 7, 11; Bev., îv, 75, 76; Canope, ChresU, 1/19,
<f 2. è es^ traduit par jj ■ ■». V— . Hapi est rendu dans
le grec par nOTAMOS. Dans Pamont, p. 22, t»~~\ répond à
"£ 3. ^ms *om> 2.3— es* ren^u Par f"~* (NOYN)« — 4 Le
mot /O ^ / I I répond à I <g *— ^ j^ . Le verbe
oy^JLïM c manger» correspond : i° à J /*i = -**— * \k 3^ =
~— ' 5k 5k ï • Koufi • xn ' 3iî^" iv»88î 2° a "^Ic^t^
j^, Pamont, 35, 44; Koufi, xi, 32; xvm, i4; Poème, vers 55,
63; p. 56, i3o, i3i, 186; Hhind, xvi, 4; pap. gn. de Londres,
verso , ix , 3 , 4 ; de Leide , vi , 1 2 ; xm , 2 ; 3° "/ _ J^ %
ratique q^i , Pamont, 16 et 35 (il est traduit par 1 \k lk T
j^ ) ; Koufi , x , 3o ; xvm , 5 , 32. H faut dire que , dans le pap.
gn. de Leide, xiv, 4o, cité dans le Poème, p. 186, on trouve
V (%>Zt *^— Il 4 z£r^ etque Récrit
presque hiéroglyphiquement a le sens de t boire», et J^i celui de
470 MAI-JUIN 1907.
(aa, xv.) £,wej$"-*y«.7'-*,aU«*^
A A
(22, xv.) H y a élévation du cœur pour le mé-
chant afin que son seigneur l le mande * et que celui
qui le mande aille9 à sa suite.
(23, xvi.) Elévation4 du cœur5 et amoindrisse-
ment6 (petitesse) de cœur7 produisent la destinée8
de leur maître 9.
t manger» (cf. vi, 12; xi, 3i; etc.). Dans Koufi, vu, 4 et 5),
Z I \ 0< "" répond à OM6 « morceau » Rappliquant à
un morceau de rayon de miel. Le mot oyAMe^ est écrit
^ ( w G/*"* C (P*P- g11* ^e Lelde, xm, 1 1) à l'aide du môme
syllabique. — 5 OCDMC, voir à xvi,s3. — • CINI s , .. a,
voira xm, 20.
1 ^-=»i— «i^t, voir à x, 12. — s Cl J A 2,0YI» vo,p ■
xii, i4. — 3 Voir à xi, ai, et xx, i3. — * aixi, voir à xvn, 9.
— 6 2HT, voir à xvi, 3. — fl V*-, voir à xvn, 19. — 7 2HT,
voir a xvi, 3. — 8 JflU 1 1 *\, voir à xv, 21, et xx, 1. — • NHI
^^ gt, voir à xviii, i3.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. V71
COLONNE 2 2.
(a, xvm.) ^-X^!»J<*T"XPiU
(3, xix.) jj«x*TT|M,Mrr;ax
A "^*l *~~\ 1111 I jÉT A— V
COLONNE 2 2.
(î, xvn.) Leur temps1 à tous2 deux constitue
une expérience3 dans la main4 de l'homme sage5.
(2, xvni.) Leur venue6 est dans le conseil7 (le
dessein, la providence) que fait se lever8 (se mani-
fester) Dieu.
(3, xix.) Ce n'est pas l'homme sage9 et instruit10
qui connaît n la vraie science.
1 PP© coYcoY»CHY> voir à xvi, ai. — * THpOY-=» 9
1 , xvm , 3 ; xxii , 1 ; xxx , 1 5 ; xxxn ,6, 10; Poème , vers 3 1 , p. 168,
5/17; Koufi, x, 3s ; xi, 1; xvm, 3 3. Pour les diverses formes de
THp, dans le Koufi, Rev.. iv, 85, note 10. — 3 XONT, voir à
xii, i5. — * ntoot, voir à xvm, 11. — 5 Voir à xi, 16, et
xvi, 18. -- • il A 61, voir a xx, i3. — (7-n) 7 COffNi, voir
i72 MAI-JUIN 1907.
(6, xx.) Ce n'est pas non plus1 l'homme sans2
vergogne et le méchant3 dont l'aventure4 est le péril
ou la peine5.
à xu, îS. — * rwoyw
. voir à si, si, — * Voir à 11, 10, et
m, 18. — " cooyri, 1
«ira xi, 6. — " cooyh, voir à ivii,
voir à x, A. — * «eut
(^-si'^Q con,*ùvi,xi
m. 3, et m, 17. — ' AXff, xxxi,
m. 7; voir Lévi, iv, p. 3, 553; cf. xxu.
4;suu,7j xïxii. 14. El
■ Ur' £3 iS,{-r3-2-J
£-7* £* / < l- 1
1 )U- il?- .nnint holl* J« („.,(
l'aventure île. celui qu'on n'a pas au rendre solide ■ (ou qu'on n'a
pas repris), lier., 1, p. 161. Dans Camope, i36 : /j ■—?•*
TÛN ArETHS MEnïTON ïnOMNHMA. •£"" — """"Cl *"
aussi de préformonle à des noms abstraits ou à des noms de
métiers, comme l'a dit Lcvi (ko cifeto) : \E/ ?^ > , -j- t^
ip. un. <le Leide. revers, il, pi. C;
-£ «chaulFer», lir^ de Stppet, pap. gn. de
Leide, xx, î5. On a aussi: _ , 1-li- ■ fabricant i!h unes
7. fl 2_
■v=
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 473
5, XX,.) i«H,(i,Mrr;ai,,M«-H"i
Y *- 7 jH *-* X "1 1
(6, xx„.) ^-XaaMi^-XPZM
-^-i^-»->«a^rF:
(5, xxi.) La connaissance1, le jugement2 et l'élé-
vation3 du cœur4 viennent5 de Dieu6.
(6, xxii.) I^a destinée7 et la fortune8 viendront9
[sic) quand10 il les fait se produire11.
lit;s»; Uj '/£/ £-3_ / € marchand de légumes » ; J* £_ X -2-
i fabricant de vaisselle » ; Ar / C ^- y,\ Yt a boulanger de pain de
Syrie» ; ? ^ lll 0 T^~ - tisseur^ elc- Q = t^Z C Kn a ici
le même emploi que CX;cf. Cxn^XX more ebriorum; cf. r\
<w . « acte mauvais » , /~\ /*~~\ ^k Q1 ^^ ^ _ • erreur » , etc. —
5 2CDU), 2cdoy<^» voira x, 9.
1 cooy'I, voiràxi, i. — * I " , \#/J cdfi, voira xyi, 18.
— 3 xixi, voir à xvii, 9. — * 2HT, voir à xvi, 3. — * I
I a 61, voir à xxt i3. — • NOYT6 \È* vo*r a XM* **•
— 7 Ull^ \1* voir àxr, 11. — 8 PJJJ^O cpxcpNl, voir à
x*,3. — 9 rlx ei.voirà xx, i3. — (io-H) ,# eu>ci>n (<=>^).
Cette particule _^ / = 6U)CDii « quand • est employée dans
le décret de Cajopb (Chrest., i33); voir aussi Moschion /ter., II, 11,
474 MAI-JUIN 1907.
CHAPITRE XIX.
(7-) iPfcwa-551
(s, h.) jn«a^«lw5k(K-T*ii
1-^-ATî
Ç
CHAPITRE XIX.
LA DOUCEUR ET LA MODERATION DANS LES PAROLES.
( 7 . ) Enseignement 1 dix-neuvième.
i. (Titre.) Moyen2 pour faire être (pour acquérir)
ta tranquillité*.
(8, il.) Être doux4 en toutes ses fibres intimes5,
c est la louange 6 de f homme sage 7 ;
pi. 65 , etc. Distinguer w) / e%ep t quand » , de ^2 y ( /
€JX€P «si», traduit par SAN, pap. gn. de Lcide, viu, 27, 3o;
cf. Poème, p. 164, m, *t$» Corpus, t. H, pi. 1, L 18; pi. 3,
i. 8 et 12; pi. 5; etc. Ces deux particules se sont confondues dans
eupcDiï, qui en copte signifie tsi» et «quand». — u TCDOYN,
voir à xi, 2.
1 CEO», voir à xm, 8. — * 9 <g *** MOMV, voir
à \i, 2». — ^7) « c^fxsr |1 G f-*^» x,3;ïui,8;Min, 7,
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 475
(9, m.) Hk~~~\--^*I«~P\Ï
^kT**W'K§ri=*
<io, iy.) ^^^j'âi^^Jni'âi
(9, m.) (Tandis que) la puissance1 de l'homme
sans vergogne *, dans son pouvoir tyrannique3, s'en
va'1 derrière la mort5 qui approche6.
(10, iv.) Ne point rendre dure7 ta parole8 : ne
point dire les gros mots* de ta langue10.
8,9,10,12,15, 16, 18; XXIV, 21. • ?^ / =fl Q I**-*
-^AXOAAELA dans le décret de Rosette [Chrett., p. 23). —
4 «NON. v, 1; xxu, 8; xxxiii, i3; xxvu, 16; xxxui, 12. — 8 I
VIL voir à xfiu, 22. — • | f jl J) 2CDC* *•"■ * tt* *3. —
7 Voir à xi, 10, et à xvi, 18.
1 [)# V«-h(J ) u>XOM,voiràiv, 2, et* xiv, ii,— * XA«,
voir à x, 4. — s H*, voira xi, 18. — 4 Voir à xi, 21, «t xx, i3.
. Le mot l. / ~" _ s® trouve dans notre document , xxn ,
9 ; xxv, 5 , xxxnr, 1 9 ; dans mon deuxième mémoire sur les Rfem-
myes, pi. 2, 1. 4 et 5; dans l'inscription de Néron (ibid.); dans
Pamont : U *\ X~ |// 3^/— O ^ /f~ ■ -- CL
Koufi, xxi, 11. — 7 nxcijt, voir à xii, 2. — (*-••) • ijf&OY,
476 MAI-JUIN 1907.
(11, v.) MTivîliw^^^V^
(1a, vi.) ï:>-y«-ê^r— =~\»~~^
( 1 1 , v.) Les gros mots *, qu'il en soit fait punition2
dans les membres comme3 du blasphème ou du
parjure (réponse mauvaise4).
( î 2 , vi. ) Ne point être petit 5 de cœur 6 : tu prends
la parole7 : tu perds l'occasion (tu te fermes8 le
temps9) d'entendre10.
1 Ç MÏ» x» l^î XXI1' IO» 1!* 91» xxin» 2î XXL» ^ï xxviii, à;
xxxiv, 18; 7~S =1 V 2| dans Rliind, n° 36o; cf. Poème,
vers 7,10,22,35,71,72, pages 80 , et 2o5 à 2 10 ; Moschion Ret: ,
11, 11, pi. 70; Koufi, \n, 24, 25; Rev,, iv, 86; Rev., v, i8i, i85;
Pamont, p. 60 et 66. — 9 Ou c grande parole» soit dans ie sens
d'injure, soit dans le sons d'orgueil. — l0 XXC, *~~* \<C, voir
à x\i, ià-
1 Ou • grande parole». — 2 OCG, voira m. 5, — s V jil,
\oir à xi, 9, et Rcv. Ey., xi, p. 200. — 4 Voir Rvv. Ey.t xi, p. ïo4
à 218. — b ^fc— » voir à xvii, 19. — 6 2HT, voir à xvi, 3. —
7 f* = oyo), voir Rev. Ég., xi, p. 204, 218. — 8 qjcop,
obturait: Le mot qjxxp t frapper» s'écrit de même en démotique,
voir à x\i, 17. — 9 TU, il ©, voira xvii, ih. — 10 CCDTM,
*J \^ \ ♦ voir « XX , 9.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 477
(«3, vu.) ^°."3jTTI"3jw^TA
^^■^^^^ k k ^ ^k ^^^^^^^^^ j^^^/^^^^b ^^^^^^^^^k
: ^ B B ^_ ■ BV /^^»^\ -»-»-» r*"^
■ 11^1 A I I I "V** /^**a =
-. Q
(i3, vu.) Ne point révéler1 les choses cachées2
de l'homme sage3 parce que tu les as entendues4;
(i/i, vin.) Mais que grandisse5 sa louange0 de
cœlir7 et d'acte8 à cause de ce que tu as entendu9;
( î 5 , îx. ) En sorte que vienne l'eau 10 dans le vin H
sans12 eau13 (mettre de l'eau dans son vin sous ce
rapport).
1 ffoxn, voir à xxit i5. — a 2HI1, *W*\l x* voir à xvi,
îO. — 3 Voir à xvi, 18. — 4 Mot à mot : propter auditionem. —
5 Al Al , voir à xx, d. — 6 8 f \\ j^, 2CDC, voir à xix, 28. —
7 2 HT, voir à xvi, 3. — 8 , voir à xiv, 17. — 9 Propter
auditionem. — 10 nMOOy » /"■»* =^=t voir à xxi, 21. — u Hf n ,
I A^ , xvii ,12; xxii , 1 5 ; xxix , a3 ; xxxtt ,12; Poème , p. 253.
— 12 6MN voir à xvin, 19. — 13 MOOY-
i\. 3i
lUrtlurBiP. ItTI.IMlr..
478 MAI-JUIN 1907.
(.0, x.)r^jn*-i-xw^JH
•
(18, XH.) ri'âîTt'f^ —
(î 6 , x.) Ne point vexer1 qui te vexe jusqu'à2 ce
que son jour3 arrive*;
(17, xi.) Celui qui navigue5 avec6 le navire7,
celui-là est rejeté8 (débarqué) au temps9 où il doit
être rejeté (débarqué)10.
(18, xii.) Ne point révéler11 les choses qui sont
en ton cœur12 à (on sur) ton seigneur 15 , en fait de
pensée1'1 (ou jugement).
1 ^ I \ ^ KtDCDse, voir à xix, 22. — * ci)XT6, voir
à xix, 2. - » iigm 200V 1X1^,01©, voir à xvn, 4. —
4 no>2 Jfo , voir à xvn, i£. — 6 • ^»_* rf)X-f-, pao>T, voir
]a même forme dans Poème, p. 168; Setna, p. 82, 87; Rev., 11,
u, pi. 3 et pi. 67; Corpus, t. H, pi. 2, 1. 5. 11, 17; t. II, pi. 7,
1. 8. — 6 \y<D l\t voir Rev. Ég., xi, p. 192 et suiv. —
(7-11) 7 ^ ^ «l'on caréna navis, voir xxiv, i5. Le déteF-
minatit'de l'argent a vlû emprunté, dans les deux cm, à 0} tca-
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 479
ao.xiv.) r^HWM~â>
Pl!!*rTi3i!«JL3iSr
€
(19, xiii. ) Le conseil 1 qui arrive 2 à l'homme sans
vergogne3, qu'il soit léger4 comme5 le vent6.
( 2 o , xiv. ) Ne point multiplier 7 les jugements 8 de
ta langue9, pour conseiller10 sans qu'on t'interroge11.
pital» (en argent). — 8 2CDOyi, voir à xvin, i4. — 9 TH 11
©, voira xvn, i'i. — 10 Mot à mol: «du rejet». — u 6*u>xn,
voir à xxi, i5. — 12 2HT , voir à xvi, 3. — ls ▼ ,— -*^^, voir
à x, îa. — 14 o>n \ _ , voir à xvi, 18.
1 coffNi, voir à xii, 18. — * ncD2 Jfc , voir à xvn, 14. —
.T. v ij
3 xx<y, voir à x, 4. — 4 xcixi. Bien distinguer f/j <^/|. f_
(^ — ±$) xcixi* être léger»:,* de ^/^ ^ ff f
( ^ néJFi jn OC 6 «peine ou châtiment! qui dans notre do-
cument s'écrit toujours avec *— j (voir à xn, 5) et dans ies docu-
ments ptolémaïques avec jk (toujours avec le détermi natif de
l'argent); 20 de C^.fJI ^T = IHC «se hâter» (xxn, 21) <jui
s'écrit .ussi £ £ 7/ ^r ^"*"<8^"*"A^=S=^
fl -4r- OU Tkfl^-4^A=IHC (Vil, 18; XXVIII, 23). —
5 Voir à xi, 9. — («-H) 6 NIMB THy, voir à xvi, aa. —
3i.
480 MAI-JUIN 1907.
7 A ci) Al, voir à xvi, 5. — 8 \/^fj.Lemot J 9 .^ y ^<
ou l2jyf\\ y i ^ se trouve xxii, 20, 23; xxvii, 11; xjli,
i5, 18. Il signifie «juger, juge et jugement • : ^ f ffj 2
\/)ilt'i-+K*)) «les dieux qui jugent» (Pamonl, 2); ^ if ^ £
irnTrf\\(Pamonl'7); m %±KJ*L- £ ^
*!/> = — ^\\^(Pamont,9)i/// \J"} (1 d^V
- 7 1 c^- U> — ^^53^ ^ ^ V
I /) Il I 1+ J) « ton nom : il juge les voies en ton nom de juge
salle de ceux qui jugent (ibid.); une transaction est faite (Nouv.
J Q ? ' « ' / xjii «devant les juges qui font justice à Thèbes) ;
une autre transaction indique que ce sont les prêtres d'Amon «qui
font justice à Thèbes » , tous tes actes de vente par écrit pour argent
mentionnent le tribunal île lieu de justice» 2f« ^J -^ /aI^Lj^
[ 2s ({l °ù le serment doit être prononcé. Enfin , dans mon
second mémoire sur les Blemmyes, l'inscription dcTerermen, 1. 1
et 18, mentionne : //\ u *b //) - <£* «^ H ^27 2 V «le
grand juge de THermeion». — ° a<— v \ ^c xxc, voir à xxi,
\h. — 10 cogni, voir à xii, 18. — " oyo>, voir Hev. Ég., jjt
p. 204 à 217.
j.*\ ■? *■ *-••_-
LE PAPYRUS MORAL) DE LEIDE. 481
(21, w.) X T J^> *-* l ■ 3i "-- ! e ^- 1 1Ê
22, xvi.) J'— |j— iTJ^.Tâii'-'X
:^«V-v«-î*"PfcilM;7;a
(21, xv.) Celui qui hâte1 sa voix2 en pariant3
ment4 dans sa réponse5.
(22, xvi.) On n'écoute6 pas les dires7 du pusilla-
nime8 dans une convocation officielle9 [ou un
rapport public).
' ICDC jL P A J^ P "^~ A » vo'r ce (ïae j'a' dît à propos de
w, 19. — 2 rfjpcDoy I <a ^f\, voir à xn, 10. — 3 eqqjxxe.
Ainsi que je l'ai dit plus haut et dans une note de mon Petihast,
7 l) en démotique répond à tous les sens de U|XX€ : «converser,
parole, chose», etc., et jamais à ceux de MOYT6 : «appeler,
crier», etc.; I signe de la langue est un polyphone, voir à xix, i4.
— 4 .=*— i 1 ^II ^f— 0x1, voir à xiii, 9. — 5 oya>qjB V
=-= J ^fc, voir à xi, 3. — 6 <jf V ^m. ccdtm , voir à xx, 9.
— (7-°) 'J^xœ.m, 2, 3,4,5, 6, 7, 8, 10, 11 jrv, 4; x, 12;
\, 20; xxin, 5, etc. Le verbe ^ est écrit y / < dans le bi-
lingue Casati (édition académique, p. i3i; Ane. Chrest. dém.,
p. 94? Nouv. Chrest. dém., p. 91), où il est traduit par ATAHTHS,
et dans notre document, xxn, 22; xxvi, 24; xxxi, 5; voir Canope
482 MAI-JUIN 1907.
(23, xvii.) j'— :— >^Mmâi-=-y«-
COLONNE a 3.
(i, xviii.) j.~ -Sm^—^— r^!«JLâ)i
(23, xvii.) On ne fait pas revenir1 le jugement2
au cœur5 d'un fou4 par (acte <T)autorité 5.
COLONNE 2 3.
(1 , xviii.) On ne brusque6 pas autrui7 sans le lui
avoir manifesté8 (le jugement) par voie de prière9.
pour £ (Chrest., 1/18 et 168). Dans le pap. bil. de Londres,
col. vi, 1 , /)[ C il est transcrit v à /y^\ Dans le bil. de
Berlin ^j^ = VX L] £ —TecDC.etj / K/p «^ V2" ^
= (jl^/p (y 9 1/ < = t«c£i&* (pap. bil. 24 10 et pai-
#fm); ^=* ^"ï Bil. Rhind n° 294. — 8 nxKe NtHT.Les
mots x<l*p nxK6 N2HT sont traduits par ôhyo^xnatv ; cf. riOK
I j^ dans le sens d'annonce (txmo ), de notification, de rapport
et à CGMi CMM6 convocation en justice, accusation; voir à x, 8.
1 «=», cf. x\ix, 17. — (*-«) ' \/ x j^, voir à xxii, 20. —
LE PAPYRUS MORAL DE LE1DE. 483
(2, XIX.) J'^'^^'^XPk^k*'
(3, xx.) Ji — jLLlwlflllw^âl^^^^m
( 2 , xix. ) On n amène l pas l'impie a dans l'obéis-
sance3 par de gros mots4 (par parole grande).
(3, xx.) On ne vanne5 pas (non plus) la graine6
de son fardeau 7 par un souffle 8 léger.
3 2ht — * •#• ^c, voir à xvi, 3. — 4 co<?, voir à x, 5. — ■ ?
V V— j ujxom , voir à rv, a , et à xiv, i4. — 6 Voir ce que j'ai
dit de ce mot à propos de xi, 17. — 7 K6, voir à xvi, 17. —
8 <ycDxn, voir à xxi, i5. — 9 cijxhx, voir à xn, 19.
1 NX, voira xi, ai; xv, i3; xvm, 10. Le mot £_ 2^ $ ♦
%L 7\ , malgré le déterminatif des jambes , répond plutôt d'or-
dinaire à NX «avoir pitié» qu'à NX «venir ou amener». Dans notre
passage il répond à cette seconde acception , à laquelle se réfère le
déterminatif. — * U 11^» voir à xv, 19. — s C'est un dtiroÇ Xsy6-
(isvov. J'y ai vu le sémitique 129. Le contexte exige quelque chose
d'analogue à «obéissance, culte, religion ou repentir», en dépit
des déterminatifs funestes. — 4 I j^ , voir à xxn, 10 et 11.
~ * ujœcy esox ^ ^^^ ^ . — (o-S) « ^ ^ (Edfou). Le
mot est écrit avec une orthographe se rapportant à [£ « corps » ,
cf. xxxii, 8, 9; et avec une décomposition alphabétique, xvm, 12.
484 MAI-JUIN 1907.
(5, xxn.) ^^«e^y^ <*>-,-* ){|e]
(/i, xxi.) L'homme1 sans vergogne ne prendra2
pas part3 dans les biens4 (célestes) à cause de sa
(seule) venue5.
(5, xxn.) Meilleure6 la part7 de celui qui sait
attendre8, que la part9 de celui qui dit10 gloire11
(qui loue Dieu).
Il y a là un calembour. L'auteur a visé en même temps la graine et
le corps du pécheur, en se servant pour les deux de la métaphore
du van et du souffle. — 7 CDTli "*k ^ &, xxm, 3; x\x, 22.
1 AA<y, voir à x, 4. — 2 XI 5? V— 1, voir à xvn, a3. — sTO
<(V3, voir à xin, 5. Ce mot se trouve dans tous les contrats de
partages d'hérédités. — 4 ^^ 41 , voir ce que j'ai dit à propos
de xi, 21 et xii, 1 5. — ° K GIN6, voir à vi, 3; xn, 4; xix, i5.
On peut traduire aussi «à cause de (son) apport». — * NXNOy
(xnai SQ^db^J, voir à xiii, 10, etxvii, ig. — 7 TO, voir
à mii , 5. - — (8-11) 8 (?cd morari, moramfacere , cessare, etc.; Q jk
"Y « empêcher, faire obstacle, cesser, faire attendre», voir in, 7; yt
J3 W JS a-— \ Jt 1^1 3l A " Pei's'siance dans 1* dureté
de paroles»; cf. xxm, 5; xxvii, 6 et i3; xxxm, if\. H faut remar-
LE PAPÏRUS MORAL DE LEIDE. 485
(6, xxm.) v1 :^ »«-■*. p v?; a — rs —
S — •
. JE
6, xxm.) Il vaut mieux1 bénir2 autrui que de
faire honte3 à celui qui te fait affront4.
(~, xxiv.) L'homme sage sans5 paix0, sa perfec-
tion" (d'homme sage) n'est point arrivée8.
quer qu'en général Q, en démotique surtout, répond à G. J'en
pourrais citer des centaines d'exemples. — * TO, voir à xm, 5.
— ,0X.cd "U"V voira xxn, 22. — » eooy I ^L \ *1 ; Setna ,
p. 109; Koufi, xi, 27; xviii, 6; Rev., rv, 80; Quelques textes tra-
duits à mon cours, p. xxvii; pap. gn. de Leide, xiv, 1.
Mxrioy, voira xm. 10, et.wu, 19. — * CMOy ^V
Jï, \oir à xvi, 21. — 3 BO>*re 1 V^lc» voir à xi, 10. —
* ccucy, xxm, 6; xxv, 18, 19; xwi, 2, 3, 11; xxvu, i5, 16;
wvm, 8. A côté de CCDU) nous avons en copte la forme CCDUjM,
en démotique aussi £ e£^ /L ~H~ 1 K.oufi, xi, 32; Rer. . iv,
80; Poème, 2 3o. — * 6MN, voir à xvm, 19. — * CffpxîT
H Q !«»— 1, voir à xxii, 8. — 7 Q» vo*r * **"» 4- —
* no>2 Jfc, voir à xvn, i/i.
48tf MAI-JUIN 1U07.
(8, xxv.) Le disputeur (ou le batailleur)1 alon
qu'il y a paix2, son action3 ne fait pas défaut * (w
manque).
(9, xxvi.) La joie5 (ou la fête) sans0 paix7, soi
maître * n'est vraiment pas satisfait9.
premièrr de ces formes, cf. vu, 3; xv, 1a; xxm, 8; x.\rv, i£; Ro-
skttk, Chrrst., p. 5a. Pour la deuxième, voir Ckron. dém. , Rei\, I,
iv, pi. *>; lievue , p. 160; Setna.p. 3a, i53, i56;Cam>pb, Chrest.,
p. i33, traduisant /• C y^ (Mxxi) P*r IIPOIIO-
AEMEÛ. - * c<ypx2T j) J3J**-i, voir à xxn, 8. — * "•*.
voir à \iv, 17. — 4 oyu>CM. Je n'ai trouvé qu'un autre exemple
de ce verbe dans le papyrus moral d'Edimbourg. — • OypOT
£ V^J * ys//^ t . Setna, p. 3; Poème, vers 95 et 66;
Kouii , \ , 3? ; lier. , iv, 7 4 ; deuxième mémoire sur les Blemmye»,
Insrr. d«* TtTormen , etc., pi. a, pi. \ et passim. — ■ 6MN, voir
à VVIII, 19. - 7 C6TA2T H D S ^-1. — R NHB '^">A* ™*r
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 487
(11, xxvm.) ^—A^Qf — JJem"|J£
(10, xxvii.) Le temple1 sans2 paix3, ses dieux4
l'ont déserté5.
(11, xx vin.) Pour faire une chapelle0 à Dieu à
cause7 de son esprit8 (de l'esprit de paix);
1 l>ne rD (OUI *L /♦ XIV» 2°ï xun» 10> l4» VLrf* *4;
mont, xvi, 16 , 17); / //s /If ^L/ 2=TA IEPA (Rosette,
Ckrest. , 17, 5 1 et 5 7 ; Canopk , Chrest. , 1 3 4 ) = 2«s ( Rosette ,
Chrest., 187, 189, 200 ; Poème, p. 219). — * 6MN, voir à xvni ,
19. — 3 C<yfX2T fl Z3 !-*-*' VOir à XMI» 8' — 4 p°ur
/A — I y NoyTe, voir à m, 12. Pour 1 f £1 7 ou
<2-f'Vof== I I I» c^ Pamont, passirn, et Rhind, n° 181, et
la nouvelle version dém. de Canope (Groff, passirn). L'ancienne
version de Canope et Rosette portent %J YJ (voir ibid. et Chrest.
dém., passirn). — (5-s) 5 BU) Cl) deserere , xxm, 10; cf. ixvn, 2 3. —
488 MAI-JUIN 1907.
6 f / 1S C 7 répond à X r ^, kah £ ! v»-^- qui dans le
décret de Rosette répond à NA02 et à H (Chrest., p. 45- 190,
/16-191-192; cf. Poème, p. 218). Dans le même décret de Rosette
(Chrest., p. 36-i83), le mot jj\ J JJ 4 fj =\ hi|||
répond aussi à NAOE et est cette fois rendu en hier, par *
S^ . C'est le mot qu'on retrouve aussi en démotique sons la forme
= K6N26, stèles du Serapéum, passim, ou
U}.
I n ( 0 2. * inscription de Palona à Dakké , ou f^09 O
Poème, p. 220; Koufi, vu, 20-26 : «chapelles des dieux». Dans
Pamont , p. 4 1 , [S/\ / £ ■ » = 9~ ' \l r— 1 « recoin » , comme
KN2G angulus, latus donius. H faut d'ailleurs bien se garder de con-
fondre //\ 7 ^ signifiant dans Rosette (Chrest., 48) «coin,
angle» (KOOy2 angulus; cf. Poème, 166 ; Moschion Bev., II, iï,
pi. 08; Selna, 206, 209, 210), avec j <• '^ qui dans Rosette
(Chrest., 49) le suit immédiatement, pas plus qu'il ne faudrait le
confondre avec \ / ç") > = _\ e (Koufi, xii »i; Bev.,
îv, 79) ou y j 1 7^ (Pamont, 4i) signifiant «bras» (comme
parfois KN26 en copte). Dans Rosette il y a aussi une autre dis-
tinction à faire entre les deux mots démotiques signalés plus haut
et qui, l'un et l'autre, sont traduits par NA02. f * = Il in-
dique surtout le vrai naos monolithe tel qu'il en existe deux au
Musée du Louvre; /^ P D l L) = ^ r^i inique une cha-
pelle dont on faisait la construction parallèle à celle des temples;
mais cette distinction s'est effacée plus tard. - 7 GTKG, voir à
x\i, 3. — 8 ^^, voir à x, 10.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 489
(12, xxix.) ^-«-Jj7T2l^5=>^ûiiiw^^^^
(■3, xxx.) l«~W-*-1Tir*«X
(12, xxix.) Pour faire louer1 la marche2 de
l'homme sage3 à cause4 de la paix5;
(1 3 , xxx.) Pour faire les épines6 douces7 dans la
vie8 à cause9 de la douceur10.
(1 /1, xxxi.) Celui qui durcit11 son âme (ses qua-
lités intimes12), celui-là s'amènera13 une mort effé-
minée1*,
1 2CDC HP^iî voir à ix, 23. — * JLjliLl a MOOOJG,
voir à xiii, 19. — 3 Voir à xi, 10, et xvi, 18 — 4 6T86, voir à
xxi, 3. — 5 CffpxsT p D il-*-*, voir à xxii, 8. — 6 xpo
xpooye l"7^JM» \~~~ '*• — ' Noql>e î*^» voir a
xvi, 9. — 8 X26 9 @ , voir à xvii, 11. — 9 6TB6, voir à xxi,
3. — 10 tfNON, voira xxn, 8. — ll NXO)T, voir à xii, 2. —
12 I V 1 1, voir à xviii, 22. — 13 NX 6ING, pour NX, voir xi,
ai; pour 6IN6 X, voir à vi, 3, et xn, 4. — ** XHN, voira x,
18.
MO MAI-JUIN 1907.
(.5, xxxu.) *.*!'« MI^H1!.!**
*
(17, xxxiv.) JJ^^V^^fcrcs.^
(i5, xxxii.) L'homme sensuel1 (ou efféminé) qui
est eu paix2 est comme3 un crocodile* dans l'eau5.
(16, xxxni .) Le méchant 6 : — sa paix 7 est comme 8
un plomb 9 lourd 10 !
(17, xxxiv.) Et il n'y en a pas (de paix) pour
f homme sans vergogne11 dans le besoin ,a, pour celui
dont la douleur13 a saisi n les os15.
1 xhn, voir à x, 18. - - * Cffpxrr fl Z3 I'*-4» y0lT *
xii 1, 8. -- 3 V i " J, voir à xi, 9. ~ * MCX2 ^ [1 8 *^, voir
à xiii, i5. — 5 MOOy a^v, voir à ui, fi. — • J •
*!*— KCDCDNG, voir à XXI, 12. — 7 C6*PX2T H Q 8«*-*t
voir à xui, 8. — ' V 1 _ 1, voir à xi, 9. — 9 TX2T,
TXTG2^| ~ . — 10 sopuj, voir àxix,/i.---u XAff XXXI,
voir à x, /t. — ,2 I 8 % "îfc— **<> indiyerc. — u l[J|V. vo>r
à vin, 8. '* XI 5?V— i,voirà wii, a.'i. ■-■■ Ia KXC^Rl,^^..
LE PAP1RUS MORAL DE LE1DE. 491
:.», xxxv.; XUXTfXP.SJ'H*
.;.9,xxxvi.; XûûiMi!^— XPZ^-T
juxiJXTîJi—tr
=> nnn
i ii ii ii
La variante
(18, xxxv.) C'est Dieu1 qui donne2 la paix3; et
la douleur4 est dans ses desseins providentiels5;
(19, xxxvi.) La destinée6 et la fortune7 qui vien-
nent8, c'est Dieu qui les fait venir.
Vers 36.
> 5 £ V // L. A , .
, y -\ t i' <*-r— dexxm, 17, a le même sens
que I If y Z^- ^e XMV» ***, et *xxn» 9- Dans Rosette Chrest.,
3i-i8i; Poème, J19), ^/^J,1^.— K<DC in<*»qoe 'a sépulture
TA 5) TA* A 2; comme ^ L/ \y // ^ — ^ans no*re document
\vi , 1 ; wttt ,11}. Cest à ce mot homophone qu'est emprunté l'avant-
dernier déterminatif de notre mot. Dans Rhind, xxn, 9, J^*.'m
= J *L «os§. Nous avons aussi le* variantes f \ C/ Z. — 2 —
1 *~ , Pamont, 38, 39 et, préf. vi, *£ £ ?^Z 5 Rev., II, 11, pi. 21;
et L^ —ff- ou ** J"~ , passim.
— ! I i NOYTe- voir * XIX» ia- — * ^""* 't~* v0'p * x,x» *3.
— 3 CfffxiT fl Q I «»_&, voir i un, 8. — * Ifjl V-, voir à
xiii, 8. — * «Dans ce que Dien fait se lever» TCDOyN, voir
àxi, «1. — • Ifl|[ H ^ , voir à xv, ai. — 7 PJ^$ cyxcyni,
voir à xx, 10. — s 1
Ia ei, voir à xx, i3.
492 MAI-JUIN 1907.
CHAPITRE XX.
È ^^*^ I II
CHAPITHK XX.
20. Vingtième chemin1. (Le respect (les petites
choses.)
1. (Titre). Ne point rapetisser2 une petite'6 chose11
de peur de transgresser5 par elle.
(21, 11.) Qu'arrive6 la honte7 du meurtre8 à
f homme sans vergogne0 pour rapetisser10 une chose11
grande12 en son cœur13.
1 JW* * iç *** MCDIT, voir à xi, 22. — * XOM, X, 17;
xi, 1 1 ; xxiii, 20, 21,22; xxiv, 2, /i, 6; x\v, 2, 10, i4; xxxiv,
3. — 3 ujhm , m, 21 ; xxiii, 20; x\iv, 2 , 4 , 6, 7, 8 , 9, 10, n,
12, i3, 1/1, 10, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 23, 2^, 25; xxv, 1, 3,
3,/i, T>, 6; xxx, 5. — C'-U) * J"^" jfj c^xxe» voir à xix, i4. —
LE PAI'YRUS MORAL DE LE1DE. 403
*3. iv-) xiJXTfxy^;-*
T^À~PhM
. W, v.) fc^XTîWXPkfeV*-
(22, m.) Qu'on fasse honte1 à l'homme grand
pour avoir rapetissé une chose grande aussi.
(•2 3, iv.) C'est Dieu2 qui donne3 le cœur4 à
l'homme sage5 à cause6 de sa crainte 7.
[il\, v.) C'est lui qui place8 l'impie0 dans la
honte10 a cause11 de la puissance12 de son ventre13
sur lui.
5 m fV 1 A T08 ' vo*r * vv' l'4' — ïtu>2 Jfc , voir à xvii
1.4. — 7 bcjdtg J V^.» voir à xi, 10. — 8 ^cdt6B <Ne° I
>v^ V— i, voir à xiv, 5. — 9 \\6 , voira x, h. — l0 XO\2, voir
à xxiii, 20. — n I ^ft qjxxe, voir à xix, i\. — 12 ^»— 1, xxin,
2,3,22. — 132MT, voir à xvi, 3.
1 BCDTG J \^S.>-' v0»r a XT* 10- — * "1 J NOYT6,
voir à xix, 12. — 3 ■*— ■ »J*, voir à xix, 2 3. — * 2HT, voir à
xvi, 3. — 5 Voir à xvi, 18. — fl 6TB6, voir à xxt, 3. —
7 CMXT, voir à XXI, 1. — («-1») 8 S "V "~~"J XCD KCD,
IX. 32
mrimniR ratioialb.
494 MAI-JUIN 1907.
(^r>, vi.) ri-H-^ia-G-zai»
COLONNE 2 II.
(•2 5, vi.) Ne point rapetisser1 la parole* du roi3,
la parole4 du dieu5 pour l'annihiler0.
colonne là.
(î, vu.) Celui qui le craint7 (Dieu) en présence8
de la honte9, qu'il se tienne en dehors10 de toute11
honte 12.
\oir à \v, ia et xvm, 17. — • u J I *V voir à xni, 8. — l# «CD»
TC, voir ù \i, 10. - n GTBG, voir ù x\i,3. — 1JXPO,XUI-
u>|»g, voir à xi» 20. — w V ^ = ^. Pour ce mot du
féminin et qu'il ne faut pas confondre avec ^ TOOT t majo»
du masculin, voir à \\v, i5.
1 xoxî, voir à xmii, 30. — * I ^fc U)xxe, voir à
xix, 1 \. — s f 1 1, voir les protocoles des contrats, les dé-
crets trilingues, etc. — * I j^ u;\XG, voir à xix, i4. —
5 NoyTe "11, voir à xix, 12. — fl txko ^^Ik A
voir à x, 10. — 7 CNvr, voir a xxï, 1. — t*-*2) 8 #
2 H arite, cwrim . a aussi le sens antea. Dans la première acception.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 495
f2, vin.) SAH-Vfc* — f-N
v:-,;.!^!!
1 1 1
(3, «o xtk-m*-^*-j»-p
(2, vin.) Ne point rapetisser1 une petite termi-
naison 2 (la mort) par des remèdes3 en se droguant.
(3, ix.) Celui sur lequel cette terminaison4 l'em-
voir w, 17, 18; Koufi, xn, 1; xvm, a3; Rev,t nr, 81 ; Setna,
3/i ; Poème, vers 2 5 , 59 , 88. Dans la seconde, voir Canope (Chrest, t
i3); Koufi, xii, 19, etc.; voir ce que j'ai dit à propos de xx, 16.
— 9 BUIT6 J^ \ ^. V-* voir à XI, 10. — 10 NROX, XXIV,
1; \x\ii, 6; x\xi, 8; xxxii, 21. L'orthographe pleine de BOX
4L —/ê î, se trouve Rev., II, 11, pi. 37 ; sa transcription dans
le pap. gn. bil. de Londres, vu, 1; etdern. ^J /n _p 1 / / ^
MxpiBAX. Pour NBOX, voir Poème, p. i4o, et Motekion Rev.,
Il, 11, pi. 66; pour X^ta6BOX, voir dans Canope (Chrest.,
i3o et i3i) ses traductions grecques et hiéroglyphiques; voir aussi
pour riBOX, Poème, p. 2 36; Corpus, t. II, pi. /1 , 1. 11 ; Rosette
(Chrest., p. * , 19, *5, 29). — ll NIB6N NIM ^^, , cf. xxxn,
8 et passim. Cet adjectif a pris l'orthographe de NHB « seigneur ■
(voir à xvm, i3). — lâ bcdtg, voir à xi, 10.
1 XOX2, voir à xxiii, 20. — * Voir dans la Revue, xi, p. ai3,
le long article consacré à *. / = j =a«c = oyci). — 3
voir à xvm, 9. — 4 Voir Revue, xi, 2i3.
32 .
«
496 MAI-JUIN 1907.
<^n ^!*~~ +-%*u ** —
porte1 pour un temps2 — que fort3 (énergique)
soit son départ4.
(fi , x.) Ne point considérer comme de peu d'im-
portance (rapetisser5) un petit0 phylactère7 au
temps8 de passion9 (de désir).
1 oycoTB t m 1 5? . voir à xvn, 18. — * P P © coYc«Y
CM Y» voira xvif ai. — 3 N\a;T , voir à \u, 2. — * fflNpiKG,
pour lu préfonnante abstractive finir^ = A \ jk f CX-ôMN ,
voir àxvn, io; pour piKG écrit ^ OA — Y ^ cf. xiv, i6; xxiv,
3, 19; x\xn, ii, 10; x\xv, 16. Il s'écrit aussi • *~-/ ï Setna,
92; Pamonl, xvm, 20; Moschion liev., II, 11, pi. 64 et 70; iter. ,
II, 11, pi. 24» etc. — 6 XOX2, voir à xxm, 20. — • U)HM, voir
à xxui, 20. — 7 Y = -m-, ix, 4; xxiv, 4,5; Poème, p. 247, i48;
Pamont, pré F. v; Pamont en plusieurs passages et Rhind, n° 211,
donnent à Y l'équivalence / ^ / ^ . Dans Canopb (Ckrest., p. i4o),
le même signe / / indi((iie la tribu sacerdotale <I>TAH. Il en
est de même dans l'attestation notariale d'un grand nombre de
contrats. -- * tu i ©, voir à x\n, 1/1. — 9 4e | j^, voir a
i\, 11 ; cf. Hciuv , \r, p. 198 et suiv.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 497
(6, mi.) £ AH— Vfc* — 1 JJ—
;7, mu.) x/»y^ — :^:j>j\ê3i
A— * Kl 7 " <==> jî I I I
( 5 , xi. ) Un phylactère l qui ne2 contient pas (qui
n'a pas) de mal3 en lui, que se sauve4 son maître5
par lui !
(6 , xn.) Ne point rapetisser6 un petit" dieu 8, de
peur que sa punition 9 (sa rétribution) ne te saisisse 10.
[Par exemple :]
(7, xiii.) Le petit amam (animal mythologique dé-
voreur dames11) en sorte qu'il amène12 ses coups13;
Vi, voir à wiv, \. — 2 6MN, voir à xvm, 19. —
1
* p "!fc— , voir à xvi, 10. — * OYXXI, voir à ix, 2 , et xvn, 1.
— 5 NHR ^^ m^' voir * XVIJI' *^m — * 3e-0 *2» yoir à xxiii, 20.
— 7 qjHM, >oir à xxm, 20. — 8 NOyTe | I, voir à xlx, 12.
— 9 tcdcdbg , voir à xvi, 18. — ,0 MÀT6 possidere ; voir Rosette,
Chrest. , p. 28 ; y ///^^= MXT6 est traduit KATE2XEN;
voir aussi une des notes de mon Petibast. — n Voir la représenta-
tion de l'animal ainsi nommé dans le tableau de la psychostasie du
chapitre 126 du Livre des morts. — '* A e,Ne» voira xn, !\ , et
à xix, i5. — w U)xp, voir à xxi, 17.
498 MAI-JUIN 1907.
(9, xv.)X/w^^Ti>JTwâ^^
(8, xiv.) Le petit1 scarabée2 dans sa force5
cachée 4 ;
(9, xv.) Le petit5 nain6 grand7 par son âme8;
1 cijhm, voir à xxm, 20. — s Le mot f #3 // 1\*2 répond à
1 1 clans Pamont, 48-49. Il répond aussi à .— 1 ] I Sk ou
.»— 1 lllï dans Rhind, pi. m de l'édition Birch, pi. xn de
l'édition Brugsoh. Parfois il équivaut à l/L /•# S ^ ) (=*
II) et est traduit par KÀNBAP02 dans les bilingues démotico-
grecs (voir ce que j'ai dit Bev. Eg.t VI, 1, p. 49; VI, il, p. 67, et
dans la thèse Legrain à propos de ati)\ cf. pap. gn. de Leide,
xiv, 10; Rev.t I, iv, pi. 9 et 169; cf. pap. gn. de Leide, xiy, 35
et pap. gn. de Londres, col. ix; pour 4 1^ y f - //^) *^y
— 7 Q ^^J /A Jy f *i>/y S 3 * scarabée de lapis ■ ,
voir aussi n° 6 du deuxième volume du Corpus, Sait 700, 1. 1 et
la, «plainte contre une séduction, etc.». — (*-*) 5 NOMT6
hom-)'. Le syllabique x [ est celui qu'on trouve aussi dansxx,
17, 18; wvii, 7. Pour le mol NOM'j- en démotique, cf. Setna,
110; Koufî, \vi, i'\ -, xvii, 3o; /fer., Il, 11, pi. 17, et rv, 88; note
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 499
(n, mi.) X/»X*-Hw^E— =^X
(12, xviii.) X/wik*-HMMytâiP
(10, xvi.) Le petit1 serpent* qui a3 du venin4;
(ii, xvii. ) Le petit fleuve6 qui a son génie 5;
(12, xviii.) La petite flamme7 qui se fait craindre8;
pap. gn. de Leide, xiii, 7. — * Sœn W" "V " , voir à XVI, 16.
— 5 U)HM, voir à xxili» îo. — • a—* J V £,cf. / 9 ^ {7
"V T* 3) ; Koufi , xiî, 3a ; f?w. , nr, 88. — » Voir à xx, 4. — -
8 ^p » voir à il, ia et x, 10.
1 nti)HN , voir àxxm, 20. — 2 aoq 8^T"iwL» xm, io;xxiv,
10; xxvii, i4; xxix, i3, i4, i5 ; Koufi, Rev. Eg., Il, 11, pi. i4;
Pamont, 5 1 , qui traduit ainsi £1 jk V V « \%tvi . etpa##im; Setna,
p. 44. Le bilingue de Berlin transcrit A^ f 0 ? = tx<}>GIC.
— s COYNTÀM , cf. Corpus, t. II, pi. 3; ifev., 1. 5 et passim. —
'' ""* [* mxtoy, xxiv, 10; xxvii, i4;xxix, i3, i5. — 5 i*po,
v[. Rosette , Chrest. , 2 3 ,2 5 , 34 , qui traduit IIOTAM02 ; Rev. , Il , 11 ,
p. 18; Poème, p4 236. — 6 Voir à vu, 7, — 7 C\TC U 'T Jl
1 , voir à xxi, i5. — s CNXT, voir à xxr, i.
500 MAI-JUIN 1007.
a*~>infcî-~^
(i3, xix.) lue petit1 écrit2 dont grande8 est la
bonne/1 parole5;
( 1 1\ , xx. ) Le petit terme ° de vie dont le nom 7
est glorieux8 dans le combat9;
1 en h M , voir à xxiit, 20. — a caxi, voir à xvm, 3. — s Voir
à \x, \. -- 4 I NOc4pc, voir à xvi, 9, — 5 I j|, voir
à \i\, i/|. — " I J* *t* XfMX, voir à xvjii, 2. — 7 PAN *=>
J^, wiv, i4; xxix, a , 5. Ce mot est traduit par ONOMX dans
le bilingue de la thèse Hcrger, p. \o; cf. Rosette, Chrest.. 28;
Canopk, Chrest.. 171; Pamont, p. f\ et 5, traduit ce mot démo-
tique par ^^ et ailleurs par x ^3l* " ~ * ^ mot /^ ==s
Jfc , qui signifie nci)2 «parvenir» (voir à xvn, i4)» traduit aussi
«gloire cl honneur»; cf. Rosette, Chrest., p. 35, 37, 38; Canope,
Chrest.. 129; Poème, p. aie». En hiéroglyphes même on trouve
cotte valeur à ■ X Jfo ^T t — 1, JK) t — 1, et ^" * * V— 1 est ira-
cluit NKIWAGAOEOS. - » MX\J), voir à xxm, 8.
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 501
is, xxi.; X/»^^ *HVêâ)~!
17, xxiii.) X/w^*-~ijfc-^ •!'
^aH^m^-v-xr
5 , xxi. ) La petite corde * qui attache2 son navire3;
16. xxn.) La petite vérité* (parole vraie) qui
perd5 son maître0;
; 1 y, xxiii.) Le petit mensonge" qui cause la dou-
leur s de celui qui le fait;
1 |_ X Ç NOY2, Koufi, xi, 27; Ret., IV, 80. — * CCDN2
8 v? , \xiv, îô; wxi, 7; cf. Koufi, xviii, 8, s'i, 3i, 33;
lin . . iv, 78; Poème, p. 1 3 1 . Dans Caxope, Chrest., p. if>Q, on lit
tétant un sceptre de papyrus lié derrière •, TATTH2 AOniDH
2TMMETP0X SKHnTPON nAIITPOElAES. — 3 Ton ""*" ^-* ,
voir à xxn, 17. — '*-*; * Me Va, ^Va,xiv, 16; xxiv, i6;xxvn,
7; xwn, i5. Le même mot / ^J 7. est employé verbalement
pour justifier, x, 8 cf. le formulaire de l'écrit pour argent . Le
mot ( a 1 x = *— ^ \ ^ à plusieurs reprises dans le bilingue
502 MAI-JUIN 1007.
(18, xwv.) X/w^*-~îw — VI>X
(18, xxiv.) La petite nourriture1 (ou le petit ali-
ment) qui fait être le salut2 de son maître5;
(19, xxv. ) Le petit service 4 persistant 5 qui écarte °
la haine 7 ;
de Pamont. Il est aussi traduit , p. 10, 46-47» et par \ ^ ,
68-69; rt /• 7 3 /// / £ «je réalise ta parole» se trouve
aussi à deux reprises; cf. Koufi, vi, 20; Vin, 3; XI, 16; xrv, 19,
39; XVJ, 59; XIX, 27; Uev., IV, I, p. 73. — 5 TXKO = -|-XKCU,
voir à x, 11. — 6 nhb ^^>g*, voir à xvni, i3. — 7 — 1 4
■^-e OXi , voir à xiii, 6. — 8 jk QT?fc— » voir à un, 8,
1 J)pe Q ob, voir à xv, 21. — * o\X.^\^ voir à vu, îa,
et xvii, 1. — s nhb, voir à xvm, i3. — (4-7) 4 S H v^ ujMUje,
x » i,3, \, 9 , 1 1 ; xi , i4 ; xxiv, 1 9 ; voir Rhind , n° 397, ({ni tra-
duit / y / par 1 P A; voir aussi le bilingue Moschio* Revm,
11, ii, pi. 71; Rosette (Chrest., \ 2 et 187), le traduisant par
BEPAIIETEIN, et par ^0 A , p. 52 et 1 95 , traduisant ÏÏAPEXO-
MENOI. La même traduction se trouve dans Canope (Chrest., 17a).
Les bilingues nous donnent aussi la traduction AEITOTPrBIN et
AEITOTPHA; voir bil. Berger, p. 36-38 ; bilingue Grey (Ckmt.M
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 503
(20, xxvi.) /w^"!t-^p^\r — Vçâlê
(21, xxvii.) /w^^-^^r,;,Xê^bP«i.f
(22, xxviii.) X-?*-%\*~- XΫ*~PJj?>
(20, xxvi.) Un peu d'épargne1 qui fait être des
approvisionnements 2 ;
(21, xxvii. ) Un peu de misère 3 dont la paix * tue 5 ;
(22, xxviii. ) Le cœur 6 malgré ( avec) sa petitesse 7,
c'est lui qui porte8 son maître9;
69 ); cf. Setna, p. 120, etc. — ° MHN ^™ J, xxrv, 19; xxxv, 9;
Poème, p. i34; Rev., II, 11, pi. 7; Pamont, passim; Rosette,
Chrcst., p. 16. — fl P1K6, voir à xxiv, 3. — 7 MOCT6 ffifl- *
, voir à x, 12.
1 co.xn, voir à xvii, 1. — * 1 — ', voir à xv, 10. — s V **
penuria s'écrit aussi jjg ; cf. OY6c9» voir à x, 8. —
* c<îpx2T n Q J *^,.voir à xxn, 8. — 5 rf)0>T6B ##c=> J V
>v^, voir à xi\, 5. — fl 2HT t- 'f-^, voir à xvi, 3. —
7 CROK, voir \ xtii, 19. — 8 mi T" & Vt— i, voir à xïx, 12. —
9 nhr «*^t, voir à xviii, i3.
504 MAI-JUIN 1907.
(.23, xxix.) /f\v7-v--y7/«iU
(24, xxx.)7w^^\^^i— xêâiê
(25, xxxi.) /w\* H-V*-yêâ)
( -2 3 , xxix. ) ( Aussi ) un peu de souci l brise 2 les os 3;
[ilx, xxx.) Un peu de vent1 favorable5 (de bon-
heur) fait vivre0 le cœur7;
(^5, xxxi.) Un peu de rosée8 fait vivre9 les
graines10;
1 |»00Y<y, voir à x, 19. — 2 qjopqjp. Dans Pamont, 38-
39, on lit : ^ //\/i y ^ Y/
\) ' / <\ ^-*~~~ «écoute celui qui brise les os» = I ^W\ [I 1^ 1
C'est le passade du cbap. 1 î? 5 ici visé; qjpojp se trouve aussi (Poème,
l /A U/é-
Le môme mot se rencontre souvent dans les contrats à propos dos
maisons en ruines. — s KXC _T_ J^' v0'r ^ xxîit» 17. —
4 ^^ À, voira \\, 2. (S-9) 5 NOMpc f , voira xvi, 9. —
p. 1O6; Setna, 208) sous la forme
LE PAPYRUS MORAL DE LEIDE. 505
COLONNE 2 5.
i, xxxii.) /w^*-_ +^«3i*crMftw
XiW
2, xxxin.) /wV^-^^rrl^BaVp^^A
(3, xxxiv.) /w\^-— «^]«^yêâi^rM
COLONNE 2 5.
(î, xxxn.) Un petit vent1 porte2 le navire3;
(2, xxxin.) Une petite mouche4 donne le miel5;
(3, xxxiv.) Un petit oiseau (neketi) porte6 les
graines 7 ;
, voir à xvii, l\. — ,0 NX<j>pi ïll -* *
6 CDN2 Z "T*, voir à xvn, !\. — 7 2HT — * f-^, voir à xvi,
3. — 8 Giurre I^W- * TÏÏT , Il ^ £^v=«:. - - 9 cdnz 4
■ T , xxiv, 25; x\v, 3: Poème, p. 200.
1 THy, voir àxxvi, 22. — 2 ql V u)> v0*r a Xlx» 12, —
XOI, iv, i5; xxv, 1; Corpus, t. II, pi. m, 1. i5, tessère 9073.
— * xq Si* ^oufi » VI e* vn' et Sl"v»ï Poème, vers 57. —
(5-7) 5 cbicd I \iL\ I f-, Koufi, xi, 11; xii, 1,6, 8, i3, i5,
j\A
• i »
XJ,
il
' -. A » : ■
**\
^\w — W
i::-x^
•J.KXXMl. /w\*-ia-JTJ'— Pl"3l
-7. WWIII.
\^iâ-^-^«MB«âPH
io.==i>
r 'i . \\\\.' I ii petit insecte [sei) rend malade1
l'onagre a;
' r> . \x\\i. Un petit mal3 apporte* la mort5;
f>, wwii.i Un petit bien6 n'est pas caché7 à
Dieu.
i y, wwin.) Nombreuses8 sont les petites choses
ili<*nes" d'être eraintes10.
ni, i i . -i.i. >i"i; lin . . n. -I». ' «n , voir à m, il. — 7 • ,
5
, voir à xn . i o.
^* \ . mir à wii. y iiMOy Jbfr HJ, V a jk, voir
.» \\1. » ; Y.INNOur*.-.. mil à \U, 9. (%i°i T IHI1 ^fr1
LE PAPYRUS MORAL DE LE1DE. 507
i-H-^;- — m?)
(8, xxxix.) Rares1 sont les choses grandes dignes
de provoquer nos cris2 (d'admiration ou de ter-
reur).
(9, xl.) Il y a tel qui craint3 un excès et qui
fait une grande abomination.
(10, xu.) H y a tel qui jette (laisse aller) sa
bouche (contre le prochain) pour une petite chose
(une faiblesse) et qui fait pis.
\ ï, voir à xvi, 16. — 8 eNAU^CDoy «*K, voir à xvi, 5. —
9 Ufoy, vi, 4; vin, i3; i\, 1^; \\v, 7, 8; Poème, vers «,32,
84; pap. gn. de Londres, ix, i5; Tin, 11 , i5, etc. — w CNXT,
voir à xxi, 1,
1 CBOK , XVII, 19. — * XOyXXI "*~J I l l 1 "ML — 3 CNXT,
voir à xxi, 1, _
508 MAI-JUIN 1907.
(.3, x,,v.) x«ttMi^-xp z^^r
nnn
i
nnn
(j î , xlii.) Ce n'est pas l'homme sage qui craint1
(véritablement Dieu) que celui qui ne se garde2 pas.
(12, xijii.) Ce n'est pas non plus l'homme sans
vergogne3 agissant par ruse4 que celui que la honte5
atteint6.
( i 3 , xli v. ) f^i fortune et la destinée qui viennent ,
c'est Dieu qui les fait venir.
Vers l\!\.
1 chat, voir à xxi, i. ---■ - 2XPG2, mi, 12; xxv, 11; x.wi,
i \ ; Hoskttk, Clirest., 27; Setna, 08, 208, 209; Kouii , Mil, 3.
-•:l Wtf, voir à \, !\. — 4 KpOM , \oir à \i, 22. — s Barre,
\oir à xi, 10. — ,; UU>2 , voir à wii, i4.
NOTE SUR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZEBED. &0'J
NOTE
SUR
L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZÉBED,
PAR
M. A. KUGENER.
J /inscription trilingue de Zébed — une localité,
aujourd'hui en ruines, située dans le désert entre
Alep et TEuphrate — fut découverte par M. Sachau
au cours dun voyage qu'il fit, en i 879, en Syrie et
en Mésopotamie1. H la publia, une première fois,
avec un commentaire et un fac-similé , dans les Mo-
natsberichte der kôniglich preussischen Akademie der
fVissenschaften de Berlin, 1881 2; une seconde fois,
1 Zébed est le nom moderne de la localité ; le nom ancien est
inconnu. M. Sachau suppose que le nom de Zébed qui était, au
témoignage de Yakout, celui de deux montagnes du Yémen, a été
apporté en Syrie par une tribu de l'Arabie du Sud ( Monatsberichte
der kôniglich preussischen Akademie der Wïssenschaften de Berlin,
1881, p. 188). Le géographe Etienne de Byzance mentionne une
localité du nom de Za6«5a, qui était un xèpri èv tS> peaoyeiep rvs
evècdyLovoi KpaSlas. Ne serait-ce pas plutôt le nom de cette localité
qui aurait été transplanté en Syrie ?
2 P. 169-190, sous le titre Eine dreisprachige Inschrift ans Zebcd.
Le fac-similé a été fait d'après un estampage plutôt médiocre; cf.
Monatsberichte, etc., p. 17. 4, et Sachau, Reisc in Syrien und Meso-
potamien, i883, p. 126 et suiv.
ix. 33
twrhiwrait batiobalb.
5)0 MAI-JUIN 1907.
avec un commentaire seulement, dans la Zeilschrift
der deutschen Morgenlàndischen Gesellschaft , t. XXXVI
( 1 882 ) l ; enfin , en 1 883 , il reproduisit le texte grec
de l'inscription, d'après la lecture de M. Neubauer et
avec une traduction allemande de ce savant, dans
son ouvrage Reise in Syrien and Mésopotamie*2.
Depuis lors, l'inscription trilingue de Zébed na plus
été l'objet, à notre connaissance, d'aucun travail
d'ensemble; elle a simplement été reproduite, en
1898, par M. Lidzsbarski, dans son Handbuch der
nordsemitischen Epigraphik 3 .
Après avoir été pendant quelque temps la pro-
priété d'un habitant d'Alep, la pierre portant l'in-
scription trilingue de Zébed — un énorme linteau
qui ornait le portail principal d'une hasilique — a
pris, en 1905, le chemin du musée du Cinquan-
tenaire de Bruxelles4. LU examen attentif que nous
eu avons fait nous a suggéré quelques lectures nou-
velles, et quelques remarques au sujet de la signifi-
cation de ses trois inscriptions : grecque, syriaque et
arabe.
1 lx. 315-35a, soi» îe titre Zur Trilinyms Zebedaea.
* P. 126, note 1 .
5 T. I, p. 484 (texte d'après la Zeit. d. deut. Morg. Gesetf.\t et
t. II, planche XLIII (fac-similé d'après les Monatsberiekte de
Berlin ).
4 M. F. Cumont a publié une notice sur F inscription trilîngne
de 7M>ed dans le Bulletin des \tasées royaux de Bruxelles, t. IV,
p. 58-59.
NOTE SLR L'INSCRIPTION TRILWGIE DE ZÉBED. 511
I. L'INSCRIPTION GRECQLE.
L'inscription grecque est gravée en partie à droite
de la rosace {{ui décore le milieu du linteau *, en
partie sur le premier biseau horizontal de la mou-
lure.
Nous lisons la première inscription, que nous ap-
pellerons A :
t Êrovs yxùf jUjfffe) Yo(p)#kv Sx' i$e(te\i60nùf
(jiaprùpiov rot? àryiou ^epy/ov in) tov UtéffyôSsvtôv)
lûjdwov, xcù Atvzo* Bùvxéou (hopMéou)xa) mpyts ?p)s
ëxTiaw THvfieànr Appela | ÉX4x, j AsôvTii f àp%c-
r{éxTove$). Sx.
Et la seconde inscription , que nous appellerons B :
"7 ^aropvTvoSy A&Zps, À£*£o; 'S&pyiov xcù A^os
Mapa&xpxa Si(s).
Nous ne reviendrons pas sur les points acquis.
Nous nous bornerons à signaler les différences entre
notre lecture et celle de MM. Sachau et Neubauer.
xcù Aweos. M. Neubauer a suppléé tov après
Icoxvvov et lu Avttoeau lieu de Àvtew, qui figure sur
la pierre. H obtient donc comme sens : « Sous Jean
le. périodeute appelé aussi Annis, » Rien, à nos yeux,
ne justifie cette lecttfre.
1 Le monogramme du Christ (X et P) est sculpté dsras-ferrosdee,
avec, dans les champs inférieurs, les lettres À et Û, et dam les
champs- supérieurs, un o&jef cfoi nous semble être tm pvîn (cf.
Jean, yi, 35 : èy& eipt o 4pios rr\i Çarifa et suiv.).
33.
512 MAI-JUIN 1907.
JSovxéov. Nous voyons, avec M. Neubauer, dans
la première lettre de ce mot un B. La lecture Pow-
xéov , proposée par M. Noeldeke1, et adoptée, non
sans réserve, par M. Sachau, doit donc être rejetée2.
rpU. M. Sachau a lu Tputy, et considéré ce
groupe de lettres comme une abréviation de Tpi/^(&j-
vos). M. Neubauer a lu les deux derniers mots de la
troisième ligne 2epy*07ro(Xrr)ou , sans tenir compte
de la sigle de xa) qui suit JSovxéov. Les lectures de
MM. Sachau et Neubauer doivent être écartées. La
pierre porte TPIC avec le C placé sous le I. lïépyiç
Tpis signifie : « Sergius , fils de Sergius , fils de Ser-
gius. » Cf. S. Reinach, Manuel d'épigraphie grecque,
Paris, i885, p. 509.
ixTKTVv. La fin de ce mot manque de netteté;
peut-être faut-il considérer lavant-dernière lettre
comme un A mal fait et lire ëxTio-av*. M. Neubauer
a lu ëxTio-ev.
\e6vTt$. M. Sachau a lu par erreur As6fiTi$. La
lettre qui précède le t n'est pas un fi mais un v.
1 Zeit. d. dent Morg. GeselL, t. XXXVI, p. 349*
2 A moins qu'il ne faille admettre que dans le mot Bovxcov le B
n'ait été gravé à la place d'un P. Si le mot Bovxéov présente réel-
lement une faute du lapicide, on pourrait aussi songer à le corri-
ger en Bopxéov (= Bopxo/ov) , nom propre qui se Ht dans Wadding-
ton, Inscriptions grecques et latines de la Syrie, n° 2016 (Le
Bas -Waddingtoi* , Voyage archéologique en Grèce et en Asie-Mi-
neure, t. 111).
s Dans Waddington, op. cit., n° 2693, on trouve £«T«0iy* au
lieu de éxriaev.
NOTE SLR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZÉBED. 513
àpX,iT(éxTovss). La lecture dpx^[évroves) nous pa-
raît à peu près certaine1. Elle donne un sens très
satisfaisant, et la mention des deux architectes du
martyrion de saint Serge est faite selon une formule
assez fréquente dans les inscriptions grecques de la
Syrie. Cette formule est conçue à peu près comme il
suit : le nom de l'architecte dun édifice figure , avec
ou sans l'indication de la filiation et du domicile, à
la fin de l'inscription, suivi tout simplement de l'un
des trois mots âpxiTéxrojv 2, reyphys* ou oIxo$6(âo$,
ce dernier étant de beaucoup le plus fréquent4.
Lorsque , comme c'est le cas pour notre inscription ,
deux architectes ont collaboré à la construction d'un
1 Cf. l'abréviation latine APCHIT = architectes dans R. Cagnat,
Cours d'épigraphie latine, a* éd., Paris, 1898, p. 379, et l'abrévia-
tion grecque ÀPXITEK dans Letronne, Recueil des inscriptions
grecques et latines oTEgypte, t. I, p. 4a6, inscription XL (= C.
/. G., 4 7 1 3d ) datant de la fin du règne de Trajan.
2 Waddington, n° 2^71 : kXén PovÇov è*ohn<rep èavrr) Mai Kctv-
Sièù) dvèpï êx TÔâv iiicov fiv^fins évexa. ÙpaxXetàys dp^néxjtùv.
1 Waddington, n° 2682 : Efc Oeos xal Xpurfot. Avàvvéov &x
tov çxu' éiovs. Idfias if/yiir\i, et Waddington, n° 2 683 : Oeov xai
Xpialov Svvap.it dvtiytpev privas Xd>ov tov &ov' érovs. àôuvoç teyvi-
ti/s. Cf. également l'inscription syriaque de Dehhes, publiée par
M. de Vogué dans le Journal asiatique, 1896, p. 3i 6-324, où il
faut lire avec M. Littmann, à la fin de l'inscription B, iuoo) = re%-
vhnsy au lieu de f**«^^ (Zeit. d. deut. Morg. GeselL, 1906,
p. 700), recension par M. Euting de l'ouvrage de M. Littmann,
Semilic inscriptions (qui forme la IVe partie [1905] des Publi-
cations of an American archaeological expédition to Syria in 1899-
i900).
4 Waddington, n° 1 g84d : kfyapos Md&pos xal koih'.ç Zapalns
Tapovorirai oixoêàpyoav ér(ovç) o3'. Bdooos oixoi6p[o]s , et n°* 2026,
2o3-y, 2o53, 2070 p, 2091, 2235, 2299, 2465 et 2693.
514 MAI-JUIN 1907.
édifice, leurs noms sont juxtaposés l'un à côté de
I autre, sans être rattachés par la conjonction xai1.
0(e#) Ç(#w). Le complexe à ligatures qui suit
Ap%ir (éxrovss) est très embarrassant. ML H. Grégoire ,
membre étranger de l'Ecole française d'Athènes,
croit qu'il faut y voir un S- et un Ç et lire &(ej>)
%>{&ini). Nous adoptons le lecture de M. Grégoire,
bien que le £ soit loin d'être sûr et que la formule
©(ew) £(«fo>Ti) ne se rencontre jamais, à notre
connaissance, dans les inscriptions grecques chré-
tiennes2.
4 la place de âpxiT(éxTove$). S(e&) Ç(#i>ti), M.Sa-
chau avait proposé de lire àpyiitp^&jiB^jos , et
M. Neubauer avait lu ipx[^v) *r4X(e)û*. Aucune de
ces lectures n'était admissible.
Le monogramme du Christ (croix surmontée d'un
P) qui précède l'inscription B, indique clairement
qu'elle n'est pas la suite immédiate de l'inscription A ,
niais une addition postérieure. Elle est écrite moins
profondément que l'inscription A — elle est plutôt
1 Cf. Waddington, n° a a 35 : UpôvSçfe, x[vpi)t, rijv vpotrÇtopàp
tov SovXov oom Jééov igpci)T(ohaxôvov). Êx t£v UUùv èxtfi&6p.i\<rtv
h(ovs) t*£', M àtoxXi/joys êitt7x(àifov). TaSovos, Zàaipot oixoUjtftot).
Rappelons ici l'habitude d'omettre en latin la conjonction et quand
on mentionne les noms de deux magistrats qui sont collègues. Cf»
0. Riemann, Syntaxe latine, /i" éd. revue par P. Lejay, Paris,
1900, p. 5a4-5a5.
1 L'expression 3-eoe £&>*> est très fréquente dans l'Ancien comme
dans le Nouveau Testament; cf. dans le N. T., Actes, xiv, i5;
liorn,, i\, 26; II Cor., m, 3; Yi, iG; etc. On rencontre aussi cette
expression sous la forme ô Q-eos 6 Çav\ cf. Mattu., xvi, 16; xxvr,
63 , etc.
NOTE SUR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZEBED. 515
un graffite qu'une inscription — et présente des
caractères en partie différents de ceux de À K
2epy/ou. M. Sachau a lu Qepytov. Je vois, avec
M. Neubauer, dans la première lettre, qui est plus
ou moins eflacée, un C (2).
Mapa&tpxa Si\s). M. Sachau a lu fiapaSapxa Si sans
se prononcer au sujet de la signification de Si. H s'est
contenté de rapporter que M. Hoffmann voyait dans
St une abréviation de St(àt*ovot). Nous préférons y voir
une abréviation de SU et traduire ; « Arizos, fds de
Marabarka , fils de Marabarka» » Au lieu de Si ,
M. Neubauer a lu vi(oi) et traduit ; « Amos (et) Mara,
fils Barka. » Cette lecture ne nous paraît pas vraisem-
blable.
Il résulte de nos remarques que nous compre-
nons Tin script ion grecque comme il suit :
A. f En Tan 8a3, le a4 du mois de Gorpiaios\ furent
posées les fondations du martyrion de saint Serge sous Je
périodeute Jean. Ànneos, fils de Boukéos (Borkaios) et Ser-
gius, fds de Sergius, fils de Sergius, le fondèrent. Siméon*
lils d'Amraas, fds d'Elias (et) Léontios (en furent) les archi-
tectes. Amen.
B. t Satorninos, Asizos, Azizoï fils de Sergius, et Azizûs
fils de Marabarka , fils de Marabarka8.
1 Cf. Sachau, Monatsberichte der kôniglich preutsisûhtn Acadé-
mie der Wissenschaften de Berlin, 1881, p» 178*179.
' L'ère employée est celle des Séleucides; il s'agit donc du
2 4 septembre 5i4 ap. J.-C,
3 Voici comment M. Neubauer a traduit l'inscription grecque •:
Im Jahr 823 [=512 n. C/ir.) am 2â Gorpiacus (Sept.) wurde der
510 MAI-JUIN 1907.
L'inscription B, comme on le voit, ne se compose
que de noms propres. A notre avis, elle se rattache
indirectement au verbe ëxTiaav de l'inscription A, et
nous fait connaître les noms de personnes ayant fait
des dons au martyrion après son achèvement, c'esl-
à-dire les noms de bienfaiteurs du martyrion.
II. T/INSCRIPTIOÎN SYRIAQUK*.
L'inscription syriaque se lit à gauche de la rosace;
elle est gravée avec plus de netteté que l'inscription
grecque. Elle présente cette anomalie que les lettres
sont écrites de gauche a droite, l'une sous l'autre,
c'est-à-dire à la fois horizontalement et verticalement.
La même anomalie se retrouve dans l'inscription
syriaque de Dehhes2. Pour lire l'une et l'autre in-
scription , il faut leur faire faire un quart de tour de
cercle îi droite.
Nous lisons l'inscription syriaque :
(Irundstrin gelegt zu dem Martyrion des heiliyen Scrgius , unter dem
Periodeules Johannes , der auch Annis heisst, des Bukaios Sohn oui
Serginpolis, Es stiftete dasselbe Simeon, der Sohn des Amraas, des
Solmes des Elias. Leontis war Stadtoberhavpt. (Zuyeyen waren) Sa-
torninus Azizus, Azizus der Sohn des Sergius, Azizus nnd Mara die
Saline des Bar ha.
1 Nous n'avons pas cru devoir tenir compte des observations
que M. Prfitorius a publiées sur le texte syriaque de l'inscription
trilingue de Zi'died dans la Zeitsch. der dentsch. Morgenl. Gesell-
srltaft, 1881, p. 53o et suiv.
2 Voir note l .'t.
NOTE SUR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZÉBED. 517
En marge : ^j^/S.itt) (r^\=3i^.
Comme pour l'inscription grecque, nous ne
reviendrons pas sur les points acquis.
^luréa. M. Sachau a lu ^*o»a « et Jonas ». Nous
préférons lire ^u&réa ou ^>uréa ou encore tout sim-
plement ^iua (IWqui suit le o manque de netteté
et peut avoir été effacé) et considérer ce mot, sous
Tune ou l'autre des formes citées, comme l'équiva-
lent du nom Avveos qui se lit dans l'inscription
grecque.
«^ojjcxjo. M. Sachau identifie ce mot avec le nom
propre qui apparaît souvent dans les inscriptions
grecques de la Syrie sous la forme M6xi(xo$. Nous
aimons mieux considérer yp^sxrry comme une abré-
viation de r&sn *iim, ou comme une faute de gra-
phie au lieu de
t(^Yfift (*^)=w^. La pierre présente entre
et r^oj^ir^ une place un peu renforcée
qui provient, à nos yeux, de ce que des lettres y ont
été martelées. Nous intercalons à cette place les mots
oûaV^^Y00 f1^)13^ (IU* son* gravés verticalement
518 MAI-JUIN 1907.
à gauche de l'inscription , dans le sens ordinaire de
lecriture syriaque, c est-à-dire de droite à gauche. Au
lieu de corriger .rai^ en rirait, il faut peut-être cor-
riger ce mot en âi^ « et ». Quoi qu'il en soit, nous
considérons le Sergius en question comme iden-
tique au Sergius, fils de Sergius, fiLs de Sergius, de
l'inscription grecque.
Nous traduisons l'inscription syriaque :
Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit En Tan
huit cent vingt-trois, le vingt-quatre d'Houl, ont été posées
ses fondations (celles du martyrion) et c'est Jean le pério-
deute — que sa mémoire soit bénie ! — qui en posa la
première pierre, et Mara qui écrivit (l'inscription), et Annas
et Antiochus (et) le Père Sergius [on simplement : et Ser-
gius] (qui en furent) les fondateurs.
La partie de l'inscription syriaque qui va jusque
« et Mara qui écrivit » a plus ou moins son équiva-
lent dans l'inscription grecque. Les deux inscriptions
nous apprennent , à leur début , que le martyrion de
saint Serge a été fondé le a 4 septembre 5 1 1 de notre
ère sous le périodeute Jean. L'inscription syriaque,
en donnant après le nom du périodeute Jean , une
formule réservée aux noms des défunts : « Que sa
mémoire soit bénie l ! », nous fournit un renseigne-
ment qui manque dans l'inscription grecque et qui
a son importance : elle nous fait savoir que le pério-
deute Jean est mort entre le moment où la première
1 Sur des formules de ce genre , cf. l'article que nous avons pu-
blié dans la Revue de l 'Orient chrétien, 1900, p. i55-i6o.
NOTE SUR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZÉBED. 519
pierre du martyrion a été posée et celui où l'in-
scription syriaque a été gravée.
La suite de l'inscription syriaque ne se retrouve
qu'assez imparfaitement dans l'inscription grecque.
L'absence, dans celle-ci, du renseignement : « et Mara
qui écrivit», s'explique tout naturellement, si l'on
admet , comme il semble bien que ce soit le cas , que
Mara n'a gravé que l'inscription syriaque l. Par
contre , la liste des personnes qui ont contribué à la
fondation du martyrion présente, dans l'inscription
syriaque, deux particularités qui ne laissent pas
d'être embarrassantes : la mention du nom d'un cer-
tain Antiochos qui ne figure pas dans l'inscription
grecque, et le martelage d'un mot après Antiochos.
Ces deux particularités sont susceptibles de multiples
explications. M. F. Cumont nous a suggéré la sui-
vante qui nous semble assez vraisemblable : la pré-
sence du nom d' Antiochos dans l'inscription syriaque
serait due à une erreur du lapicide syrien ; celui-ci ,
après avoir constaté son erreur, aurait gravé le texte
exact en marge , puis martelé , au lieu du faux texte
« Antiochos », l'équivalent syriaque de Bbvxéov *.
L'inscription syriaque ne donne pas, comme l'in-
1 II n est pas rare que les noms des lapicides soient mentionnés
dans les inscriptions chrétiennes; cf. Waddington, op. cit., n"
2162, 2272 et 2464; C.I.G., IV, 8783.
3 Dans l'explication à laquelle nous avions songé de notre côté,
l'absence du nom d'Antiochos dans l'inscription grecque serait due
à un oubli du lapicide grec et le lapicide syrien , ayant gravé un
faux texte après Antiochos, aurait fait disparaître son erreur, puis
gravé en marge le texte exact.
520 MAI-JUIN 1907.
scription grecque, les noms des deux architectes du
martyi ion de saint Serge. La raison en est fort simple
à notre avis : la place a manqué au lapicide syrien
pour les graver. Les deux langues en usage à Zébed,
le grec comme langue officielle, le syriaque comme
langue indigène, se sont partagé, en parts égales, le
linteau pour y commémorer, lune à droite, l'autre à
gauche de la rosace, la date de la fondation du mar-
tyrion , les noms de ses fondateurs et de ses archi-
tectes. Mais le lapicide syrien ayant gravé, en tête
de l'inscription syriaque, une formule doxologique
assez longue et ayant transcrit en toutes lettres la
date de la fondation du martyrion, a dû laisser de
coté , faute de place , les noms des deux architectes.
III. L'INSCRIPTION ARABE.
L'inscription arabe se lit sur le troisième biseau
horizontal de la moulure; elle est parallèle à l'inscrip-
tion grecque 13 qui figure sur le premier biseau. La
lecture en présente de sérieuses difficultés, résultant ,
en partie, de ce qu elle est gravée peu nettement —
elle est plutôt, comme l'inscription grecque B, un
gralïite qu'une inscription proprement dite — en
partie,, de ce quelle est dépourvue de points diacri-
tiques.
Voici comment M. Sachau en a lu le texte :
NOTE SUR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZÉBED. 521
Ce texte, M. Sachau Ta interprété :
t Au nom de Dieu. Sergius (ou 26pov) , fils de Vôfiov (?) ,
ïoixovàpos (ou petit- fds de Kaiâpov ou de Koutham) et fils
de Mara (ou de t&àppov) le prêtre et Sergius (ou 2ôpov)
fds de Sa'd et Sithr et Shouraih , la famille de —
REMARQUES.
On distingue assez nettement une croix au com-
mencement de l'inscription arabe. Cette croix a ici
— les deux inscriptions grecques et l'insciption sy-
riaque sont également précédées d'une croix — une
importance capitale. Elle indique , sans contestation
possible, que l'inscription arabe est d'origine chré-
tienne.
{[*»*]. Au lieu de la formule « au nom de Dieu » ,
ne pourrait-on pas restituer, si la dernière lettre est
réellement un mim, le nom propre antéislamique
*X!l *a? (Teym-Allah) qu'on lit dans Waddington,
2 o 2 o , sous la forme SéfioXXos l ?
£*. La lecture proposée par M. Sachau : ,**-> ~
rSfiov est très douteuse. La première lettre de ce nom
est , à notre avis , un élif, et il n'est pas certain que
la troisième soit un 'aïn.
y++i. 11 nous parait impossible de considérer ce
mot comme l'équivalent du mot grec oUov6(âos.
L'exemple que M. Sachau cite en faveur d'une cor-
1 Cf. Renan, Sur quelques noms arabes qui figurent dans les
inscriptions arabes de l'Anranitide, dans le Journal asiatique,
188a, p. 8.
522 MAI JUIN 1907.
ruption de oixovéfio* en xovopo* est sans valeur : la
graphie KoSofxrjs au lieu de doKoS^rjae est l'œuvre
d'un lapicide qui ignorait le grec1. Au surplus, l'exis-
tence de xoàopins serait-elle établie, quTH faudrait en-
core prouver celle de xopopos. Nous préférons donc
voir dans le mot en question , soit le nom KaiàtfÀOv ,
soit le nom Koutham, qui sont signalés par M. Sachau ,
soit encore, si la première lettre du mot était un
mim au lieu d'un kaf, ce qui n'est pas impossible,
l'équivalent de l'un des noms suivants qui se Usent
dans les inscriptions grecques de la Syrie : Mâptfto*,
MivtffÂOf, MoaifÂos, Mariptov2.
jhSRjj: M. Sachau identifie jmJU( avec j***Jtfl
« le prêtre » , en faisant remarquer qu'il n'y avait pas
assez de place pour écrire le mot en entrer. Nous
lisons distinctement (j*aDT au ïïeu de (j»£fi (le j* des-
cend le long du rebord de la rosace), et voyons dans
fjmjJù) y* avec M. Cïermont-Ganneau, qui avah sup-
posé qu'il fallait lire jh^JÛ), fe nom propre (I)mrotrf-
qaïs3.
Ces caractères sont extrêmement
embarrassants. M. Sachau trouve que les deux ment
sont très nets , mais que les deux iod ont xme forme
un peu insolite. Nous ne distinguons , avee certitude ,
1 Cf. Waddington, op. cit., n° 2397.
* Cf., j>oxirM6vtpos, Waddingtow, n** 2117, 2"n8, îfi38, 2293,
2/112 e, 2 54 A; pour M6vrifios, ibid,t n° 2 2^3; pour Moaipof, ibid.,
n° 2o&3 ; pour Mortfp**, ibid , H* 200&.
5 Cf. R. Dussaud, L'inscription aabatéo-ar*be (fEn-lVirràrrî! ,
dans la Bévue archéologique , 1902, t. XLI, p. 4i3, note 1.
NOTE SUR L'INSCRIPTION TRILINGUE DE ZEBED. 523
que les deux premiers caractères Vi .»; le troisième
caractère semble être un 7», mais pourrait aussi êînt
autre chose. Si nous osions faire une conjecture au
sujet de la signification de ces caractères , nous pro-
poserions d y voir la date de l'inscription arabe et de
traduire y> V\ ^a — en admettant que le y» figure
réellement sur la pierre — par : « en 44 o ». Lere
employée serait celle de Bostra, en usage en Arabie,
qui donnerait comme date Tannée 545 apr. J.-G. l.
Sans doute, il serait assez bizarre que ia date flirt in-
diquée en caractères syriaques, mais Fempioi de ces
caractères restera étrange à nos yeux, quelle que soit
l'explication que l'on en fournisse.
11 résuite de ces remarques que fon pourrait tra-
duire l'inscription arabe comme il suit :
Teym- Allah, Sergius (on ^àpov) fils de — , \Latâ(iov (ou
Koutham on Mforpo?, etc.) , et — fis cTïnirouîqaïs, et Sergius
(ou ,Z6pov) fils de Sa'd, et Sithr, et Shonraih. En 44o (?).
Ainsi qu'on peut s'en rendre compte, Proscription
arabe xiest qu'une liste de noms propres dont
quelques-uns seulement se lisent avec certitude.
Cette liste est rédigée, à notre avis, sur le modèle de
la liste des noms propres qui constituent l'imoription
grecque B. Comme celle-ci, elle énumère, sans l'aide
de verbe, les noms de personnes ayant fait, selon
1 La plus ancienne inscription arabe connue jusqu'à ce jour,
l'inscription d'En-Nemâra (voir note précédente) qui remonte à
Tan 32 8 après J.-C. , est datée d'après l'ère de Bostra.
524 MAI-JUIN 1907.
toute apparence, des dons au inartyrion de saint
Serge. Or, si elle est imitée de l'inscription grecque
B, elle doit nécessairement être postérieure à cette
inscription que nous avons considérée elle-même
comme postérieure à l'inscription grecque A. Celle-
ci et l'inscription syriaque auront été gravées aussitôt
après l'achèvement du martyrion de saint Serge , c'est-
à-dire en 5 1 3 ou 5 1 4 1, et l'inscription grecque B et
l'inscription arabe ne sont probablement pas pos-
térieures à la première moitié du VIe siècle2. Il est
impossible de préciser davantage,. La date de la pose
de la première pierre du martyrion de saint Serge,
— le 2 \ septembre 5 1 % après J.-C. — n'est pas la
date de l'inscription trilingue de Zébed, elle est seu-
lement son terminas post (fuem.
Bruxelles.
1 Nous avons vu plus haut que le périodeute Jean est mort
entre le moment où la première pierre du martyrion a été posée
et celui où l'inscription syriaque a été gravée. Il est regrettable que
nous ne connaissions pas la date de la mort de ce périodeutc; elle
permettrait de déterminer, d'une manière précise, la date de l'in-
scription syriaque et en môme temps celle de l'inscription grecque,
les deux inscriptions étant certainement contemporaines.
* Le texte arabe de l'inscription trilingue de Zébed reste donc,
à nos yeux, le second monument le, plus ancien de l'écriture arabe
avant Mahomet, (l'est là son principal intérêt.
NOUVELLES ET MELANGES. 525
NOUVELLES ET MELANGES.
SEANCE DU 10 MAI 1907.
La séance est ouverte à 4 heures 4o sous la présidence de
M. Barbier de Meyxard.
Etaient présents :
MM. Allotte de la Fuye, Aymomer, Bourdais, Bouvat,
Cabaton, Carra de Vaux, Chabot, de Charexc.et, Demïau,
Dvssaud, B. Duval, Fevret, Graffin, Halévy, Huart,
Mayer-Lambert, Lvnet de Lajonquibre, Macler, Mondon-
Yidailhet, Périer, Schwab, membres; Finot, secrétaire par
intérim.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
M. Graffin offre à la Société deux nouveaux fascicules de
la Palrologie orientale.
M. le président propose de nommer membres de la Com-
mission permanente de la Bibliothèque, MM. Cabaton,
B. Duval, Finot, Macler et Schwab. Cette désignation est
faite à titre provisoire : l'élection définitive aura lieu à la
prochaine assemblée générale.
M. Carra de Vaux étudie un certain nombre de formules
d'incantation chez les Musulmans.
MM. Halévy et Huart ajoutent quelques observations.
M. Bourdais fait une communication sur la race Khasia
chez les écrivains anciens.
M. de Charbncey, au sujet de deux termes du lexique
aïno, expose quelques idées sur les migrations des popula-
ix. 3i
ivmaruv «àn*ittt.
526 MAI-JUIN 1907.
tions parlant cette langue. Les Aïnos semblent, au point de
vue philologique , apparentés aux Coréens ainsi qu'aux popu-
lations du moyen Ienissei* Ils ont envahi le Japon à une
époque impossible à préciser. Avant d'être, à leur tour,
subjugués par les Japonais actuels, les Aïnos durent être
en relation avec des tribus malayo-polynésiennes, dont l'in-
fluence parait s'être fait sentir jusqu'en Corée. Peut-être les
ancêtres des Aïnos ont-ils habité les régions de l'Asie cen-
trale. Ainsi s'expliqueraient certaines ressemblances lexico-
graphiques avec des idiomes fort éloignés : par exemple,
l'aïno schéta, « chien » se retrouve chez les Santalis (Bengale)
sous la forme séta (même sens); l'aïno telrn, tetri, « blanc ■
répond au géorgien thethri.
M. Halévy faii une communication sur les noms de deux
célébrités babyloniennes : Gilgamis et Hammurabi.
La lecture Gi-il-ga-mis du nom écrit en idéogramme Glà-
TU-BAR a été trouvée par Pinches dans une tablette lexico •
graphique , et elle est confirmée par le nom Gilgamos , sous
lequel Elien mentionne ce héros mythique de la Chaldée.
Réservant l'explication de l'idéogramme, M. Halévy montre
que le nom réel Gilgamis se compose de gillu t « flot ■ , et du
participe garnis» « rameur •, de la racine garnasu, «ramer»,
dont on n'a constaté jusqu'à présent que le substantif gi-
mussu, «rame». L'ensemble veut dire • rameur des flots»,
c'est-à-dire «navigateur de l'océan». En effet des bas-reliefs
récemment découverts représentent le héros naviguant sur
le grand océan pour se rendre auprès de son aïeul Hasisatra
ou Xysuthras, devenu immortel après avoir été sauvé du
déluge.
Hammurabi a été dès le début identifié avec Amraphel,
dont il est fait mention dans le xiv* chapitre de la Genèse
parmi les rois qui envahirent la Palestine au temps d'Abra-
ham. S' appuyant sur une variante qui donne rapastu au
lieu de rabit M. Halévy avait émis l'idée que le nom royal
était primitivement Hammu-rapaltn (s se change en l devant
NOUVELLES ET MÉLANGES. 527
les dentales), très voisin de Amraphel, et signifiant «famille
nombreuse ». Cette hypothèse est maintenant confirmée par
la forme idéographique relevée depuis peu et représentant
ce nom par EN-NUN DAGAL-LA : car DAGAL-LA est
l'équivalent ordinaire de rapâsu, «être large, vaste, nom-
breux » .
M. Allotte de la Fuye fait quelques remarques sur les
foi mes les plus anciennes du nom de Gilgamis.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIETE.
Par les Aotidrs :
Dr F. Weisgerber. Trois mois de campagne au Maroc. —
Paris, 190/i; in-8°.
R. Graffix et F. Nau. Patrobgia Oriental™. . . 1,5, par
1. (midi; IV, 2, par le Dr Charles Wessely. — Paris, s. d. ;
gr. in-8°.
Par les Éditeurs :
Zeitschrift fur hebrœische Bibliographie, XJ, 1. — Frank-
furt a. M., 1907; in-8°.
Revue critique, Ai* année, nM l5*i8. — Paris, 1907;
in-8°.
The Korea Review, October 1906. — Séoul, 1906; in-8°.
Margoliolth (D. S.). Umayjads and Abbasids , being the
fourth Part of Jurji ZaycTcui's History of Islande Civilitation,
translated ... — Leyden, E. J. Brill, 1907; in-8°.
Revue sémitique t avril 1907. — Paris, 1907; in-8°.
W. Caland et V. Henry. L'Agnis[oma. — Paris, 1907;
in-8°.
P. Emmanuelis d'ALMKiDA, S. J. Huioria Aithiùpier, liber I-
IV. — Romae, 1907; in-8°.
Anthropos, 11, a. — Salzburg, 1907; in-8*.
34.
528 MAI-JUIN 1907.
American Journal of Philology, n° 109. — Baltimore,
1 907 ; in-8°.
Th. Gollier. Manuel de la langue japonaise. — Bruxelles
et Leipzig, 1907 ; in-8°.
The lndian Antiquary, 448-449- — Bombay, 1906; in-4°.
R. E. Dastoor. Zarathustra and Zarathustrianism in the
Avesla. — Leipzig, 1907; pet. in-8°.
Par la Société :
Journal Asiatique, janvier-février 1907. — Paris, 1907;
in-8°.
The Journal of the Royal Asiatic Society, April 1907. —
London, 1907; in-8.
The Geographical Journal, April-May 1907. — London,
1 907 ; in-8°.
Ateneo, marzo 1907. — Madrid, 1907; in-8°.
Bulletin de l'Académie impériale des sciences de Saint-Péters-
bourg, 1907, 1-7. —Saint-Pétersbourg, 1907; in-8°.
American Journal of Archœology , XI , 1 . — Norwood , Mass. ,
1 907 ; in-8°.
Bulletin de littérature ecclésiastique, avril 1907. — Paris,
1907; in-8°.
Par le Ministère de l'Instruction publique
et des Beaux-Arts :
Journal des Savants, avril 1907. — Paris, 1907; in-4°.
Bibliothèque de V École des Hautes Etudes, 159" fa se. : Syl-
vain LÉ vi. Mahâyâna-Sûtrâlamkâra , édité et traduit, 1-2. —
Paris, 1907 ;in-8°.
Par M. M. Schwab :
Ahmed El-Hoseïnî. Kitâb Irchâd at-TAlibtn. — Beyrouth,
i3i4;in-8°.
Divan de Niazi (en turc). — S. 1. n. d.; in-8°.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 529
Par le Gouvernement général de l'Indo-Ghine :
Bulletin de T Ecole française d'Extrême-Orient, VI, 1-2. -
Hanoï, 1906; in-8°.
Par le Gouvernement indien :
E. Thurston. Ethnographie Notes in Southern India. —
Madras, 1906; in-8°.
H. N. Wright. Catalogne qfthe Coins in the Indian Muséum,
Calcutta. — Oxford, 1907; in-8°.
De Zilva Wigkremasinghe. Epigraphia Zcylanica, I, 2-3.
— London, 1907; in-4°.
Par l'Université Saint-Joseph, à Beyrouth :
Al-Machriq, X, 6, 9. — Beyrouth, 1907; in-8°.
Par l'Université de Leyde :
El-Bokhàri. Le Recueil des Traditions musulmanes, publié
par M. Ludolf Krehl, continué par Th. W. Juynboll, IV, 1.
— Leyde , 1 907 ; in-4°.
Par l'Université de Californie :
II. H. Powell. The supposed Hebraisms in the Grammar of
the Biblical Aramaic. — Berkeley, s. d.; in-8*.
ANNEXE AU PROCES-VERBAL.
(Séance du 10 mai 1907.)
TALISMANS ET CONJURATIONS ARABES,
PAR LE BARON CARRA DE VAUX.
L'étude des talismans, charmes et conjurations parait bien
un peu futile; néanmoins on peut être amené de diverses
manières à s'en occuper, soit lorsqu'on veut interpréter des
passages de certains textes où il est fait allusion à ces pra-
530 MAI-JUIN 1907.
tiques, soit lorsqu'on désire compléter l'histoire des philo-
sophies occultes ou des superstitions religieuses. Ainsi Ton sait
que les talismans jouent un rôle important dans les Mille et
une Nuits; ils apparaissent plus souvent encore dans l'Abrégé
des Merveilles où la connaissance en est attribuée surtout
aux Berbères \ Le Coran et les hadits parlent en quelques
endroits des charmes et des pratiques de sorcellerie1; la
plupart des docteurs s'en sont occupés pour en discuter
la légitimité; et la légende littéraire a prêté des talents en
ce genre à do hauts personnages, tels que Gazali, Avi-
cenne et Platon \ L'ethnographie aussi s'intéresse à ce sujet,
autant pour le passé que pour le présent4, car aujourd'hui
encore ces pratiques superstitieuses sont en usage dans l'is-
lam; elles sont très répandues au Maroc, et, dans les grandes
villes musulmanes, il est facile au touriste de trouver des
techniciens qui lui vendent des talismans confectionnés
d'après les procédés qu'indiquent les vieux traités classiques
en la matière, tels que le traité d'Kl-Bouni (mort6aa IL).
Le savant français Reinaud a précisément eu a s'occuper
de ce dernier ouvrage, lorsqu'il a catalogué et commenté les
monuments du cabinet du duc de Blacas "; il en a extrait
1 L'Ahrrtfé drs Merveilles, trad. Carra de Vaux, pages 3of>, 3ia.
5 Voir Coran, v, 92, et c\m, \.
s Les légendes sur Avicenne sorcier sont nombreuses et bien
connues. Comme exemple de talismans attribués à Gazali , voir le
ms. arabe n° 2763 de la Bibliothèque nationale de Paris. Un ms.
intéressant de magie se trouve à Budapest, dans lequel Platon est
rite à coté des indiens Chamour ^«Lû et Tomtom *W». Voir
l'inventaire fait par Goldziher dans Maijyar Kbnyo-Szemle. . Buda-
pest, 1880.
4 L'an dernier, dans le Keleti Szemle, revue orientale de Buda-
pest, M. Julitis Meszaros a publié une étude sur les superstitions
des Turcs Osmanlis : Osmaniseh-Tùrkischer Volksglaubc, I, 1906.
(>, travail est fait en partie d'après un livre turc, le Yildiz-nAmè.
6 Reinaud, Monuments arabes, persans et turcs du cabinet de
M. le duc de Blacas et d'autres cabinets, Paris, 18a 8.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 531
beaucoup de données et de renseignements intéressants. Au-
jourd'hui nous voulons seulement citer quelques morceaux
qui ont au moins l'agrément du pittoresque, et que nous ex-
trayons d'un autre manuscrit de la Bibliothèque nationale ,
celui qui porte le numéro 2662 (ms. du xvir* siècle). Je ne
sais quel en est l'auteur; au début il est fait mention d'El-
Bouni et. d'un de ses commentateurs; l'ouvrage est un
recueil de conjurations diverses.
Voici d'abord une conjuration qui a pour objet de nuire
à quelque ennemi en lui envoyant un scorpion. Les scorpions
et autres animaux nuisibles tiennent naturellement une assez
grande place dans ces invocations; on peut chercher à les
détruire, comme on le voit dans l'Abrégé des Merveilles à ou
simplement à s'en préserver soi-même, comme l'indique un
passage d'El-Bouni cité par Reinaud; mais notre traité , qui ne
parait pas animé d'un très grand esprit de charité , cherche de
préférence à donner à l'enchanteur le moyen de se servir
de ces animaux contre ses ennemis. L'incantation enseignée
en ce passage contient certains termes cabalistiques, comme
on en trouve dans les écrits gnostiques , tels que Arbiouch ,
Cherhouch , Bakhtimâ , Maltimâ , etc. ; ce sont des noms d'es-
prits ou d'éons 1 ; je les passerai , car ils nécessiteraient une
étude spéciale. H est à remarquer aussi que la personne
contre laquelle est envoyée la béte nuisible, est désignée par
un nombre, le nombre 252; cette expression cabalistique
remplace notre mot «un tel». La conjuration est appelée
'azîmah ou rokiah. La pratique qui consiste à envoyer ainsi
contre quelqu'un des animaux dangereux, des maladies ou
des esprits méchants, est appelée irsâl, « envoi ». Une particu-
larité curieuse est encore à signaler: l'incantation recomman-
dée par notre passage est dite « expérimentée » , modjarrab.
Cette expression revient plusieurs fois dans le livre; elle
établit une sorte de distinction entre des conjurations qui ne
1 Cf. Amklinbàu, Le Gnosticisme égyptien (Annales du Mutée
Guimet), p. io4, 206, 207 , a44 , a5a , a54 , a55.
532 MAI-JUIN 1907.
seraient connues que d'une façon théorique , et d'autres qui
sont censées avoir subi l'épreuve de la pratique \ Tout cela
expliqué , voici la formule :
(Fol. 5i v°.) a Envoi d'un scorpion; expérimenté; tiré du
livre de Mohammed el-Djanadi. Vous prenez un scorpion que
vous placez dans un cruchon ou un calice, pour qu'il ne
vous fasse pas de mal ; puis vous prononcez sept fois sur lui
l'incantation suivante, avec le nom de la personne que vous
avez en vue. Ensuite vous lâchez le scorpion qui va vers cette
personne et la pique. C'est expérimenté , exact. Les paroles
(jue vous dites sont (ici se trouvent les mots cabalistiques,
puis :)« 0 scorpion, fdle de scorpion, va vers un tel ( w Jî) et
a pique-le dans tel membre, vite, vite, vite. » — C'est extrait
du livre de Mohammed el-Djanadi , expérimenté , exact. Con-
naissez les mérites de ce livre, car cet auteur ne cite comme
expérimenté que ce qui Test vraiment. »
Les mots ivite, vite, vite», qui terminent cette incanta-
tion, qui sont écrits en arabe L^l (corr. :^lpl )> suivi du
chiffre r ter, se retrouvent dans les formules gnostiques*.
Voici maintenant une autre formule assez curieuse qui est
une invocation de l'homme à son ombre. Les superstitions
relatives à l'ombre sont nombreuses et existent chez beau-
coup de peuples. 11 est à noter qu'Aristote a signalé une telle
superstition chez les anciens peuples d'Arabie 3 : lorsqu'une
hyène passait dans l'ombre d'un homme, cet homme perdait
1 M. Clément Huart nous rappelle que le mot Vrf2 est employé
de la même manière en médecine. Cf. par exemple le titre d'un
traité médical et talismaniqtie attribué à Avicenne, c?l^8, ms.
26C1 de la Bibliothèque nationale do Paris.
* Voir Lettres à M. fjetronne, par C. ,1. C. Reuvens, Leyde,
i83o, p. 19 et 47.
3 Aristotk, De mivabilibiis ausrultntinnibus , rliap. i^5, éd.
Didot. — Cf. Frazkr, Le Hameau (for. tracl. Stiélx»! et Ton ta in,
t I, p. 219.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 533
le sentiment et l'hyène pouvait s'en emparer sans peine. —
Cette légende est bien puérile; mais elle montre tout de
même que l'ombre devait être considérée par ces vieux
peuples comme une espèce d'âme ou de demi-âme qui con-
tenait une partie de la puissance vitale de l'individu; dès
que l'animal avait touché l'ombre, l'homme perdait son
énergie. Dans notre morceau , l'ombre est plutôt considérée
comme un frère de l'homme que comme son dédoublement;
elle est censée douée de pouvoirs mystérieux et généraux ,
s'appliquant en principe à toutes sortes de fins. Ici l'effet
choisi est encore l'abaissement d'un ennemi. Le morceau,
dont une partie est en prose rimée, a une certaine tenue
littéraire :
(Fol. 5a.) «Discours à l'ombre. Vous restez levé la nuit
du dimanche ou la nuit du mercredi, quand tout le monde
dort et que les bruits se sont apaisés et les mouvements ar-
rêtés ; vous faites fumer de l'encens mâle dans un brûle-par-
fums purifié ; vous avez avec vous un flambeau allumé , et
vous devez être dans une maison vide , seul avec vous-même.
Vous placez le (lambeau du côté de l'Occident , et vous vous
mettez en avant du (lambeau en tournant votre visage du
côté de l'Orient, la lumière restant derrière vous; votre
ombre apparaît alors sur le mur. Vous disposez le parfum
susdit entre vous et ce mur sur lequel vous voyez votre
ombre , et vous la regardez, et vous dites, vous adressant à
elle d'une façon amicale et douce, avec attendrissement et
componction , avec modestie et humilité : « Salut à toi , ô toi
« qui es moi , quand moi je suis toi ; salut à toi , ô toi qui as
u été enfanté quand j'ai été enfanté, qui es venu à l'être
«quand j'y suis venu, qui as été emmailloté quand j'ai été
u emmailloté , délié quand j'ai été délié , qui as bégayé quand
«j'ai bégayé, ri quand j'ai ri, pleuré quand j'ai pleuré, qui
« t'es traîné à terre quand je m'y suis traîné , qui t'es tenu
« debout quand je me suis tenu debout , qui as marché quand
«j'ai marché, qui as mangé quand j'ai mangé, bu quand j'ai
« bu, parlé quand j'ai parlé, compris quand j'ai compris; ne
534 MAl-JUIN 1907.
« vois- lu pas comment un tel, fils d'un tel, a abaissé mon
« pouvoir, m'a dominé et m'a nui ? Or donc je te demande
« secours contre lui, et je te donne pouvoir sur lui. Qui! ne
«puisse pas in échapper; occupe-le loin do moi; abaisse sa
« puissanco; contrains-le de telle et telle manière; procure-moi
« son mal et son humiliation; par celui qui a dit ; «Aux cieux
«et h la terre », jusqu'à la fin du verset. — El tandis que
vous dites; « Contrains-le de telle et telle manière » , vous son-
gez intérieurement aux différentes espèces de maux et de
dommages que vous voulez qu'il lui arrive. Vous répétez cette
incantation sept lois; puis vous éteignez le flambeau et vous
vous éloignez. Vous recommencez cotte opération pendant
trois nuits, comme nous avons dit; et vous obtenez satisfac-
tion contre votre ennemi , s'il plait à Dieu. »
L'envoûtement est une des pratiques les plus célèbres de
la magie de tous les temps ; elle mériterait , vu son impor-
tance, d'avoir son histoire faite à part. Avant de citer un
troisième morceau de notre livre qui a rapport à cette pra-
tique, nous ne voulons. faire d'autre remarque que de rappe-
ler une note de Reinaud sur ce même sujet \ Ce savant, ren-
voyant a plusieurs passages du traité d'El-Bouni relatifs a
l'envoûtement, mentionne la tradition d'après laquelle Maho-
met aurait été envoûté par les filles du juif Lobaïd : « Elles
avaient fait une petite figure du prophète , en cire , et l'avaient
percée d'un grand nombre d'aiguilles.» C'est à ce propos
qu'aurait été révélée la sourate de l'aube. Cette tradition
n'est guère recevable; car cette sourate, qui est fort em-
ployée dans les talismans, parle de sorcières qui soufflaient
sur des nœuds ; mais elle ne fait pas allusion à des pratiques
analogues k celles de l'envoûtement. Voici notre texte :
(Fol. 53 v\) «Une possession (!»*»«»?) telle qu'il n'y en a
pas de pareille. On dessine sur un feuillet une figure humaine
au nom de la personne que l'on a en Yue et ou nom de sa
1 Rkinaud, loc. cit,t t. II, p. 3 «6,
NOUVELLES ET MÉLANGES. 535
mère. On écrit ces noms sur la poitrine. On prend ensuite
une aiguille de fer; et Ton écrit la conjuration avec du safran.
La conjuration consiste dans ce passage du Coran : « Dis : il
«m'a été révélé», jusqu'à «des mensonges» (sourate lxxii,
i-4). On cloue la figure sur le mur, renversée la tête en bas;
on l'encense avec de l'encens mâle, et on récite le même
passage ; on ajoute : « Répondez à celui qui appelle » , jusqu'à
«évident» (Coran, xlvi, 3i), «et faites ce qui vous est ordon-
né. » Puis on chauffe l'aiguille, et on perce la figure au cœur,
en disant : « Privez-le de son sommeil , et pénétrez dans son
« corps comme vous voyez que celte aiguille pénètre dans cette
« image. » Si on pique avec un couteau , on rend la conjuration
encore plus forte; on la fait avec la même sourate (lxxii),
jusqu'au mot «évident»; et on ajoute : «Chargez-vous d'un
« tel ; opprimez le dans son corps , et privez-le de son sommeil. »
Après quoi, on fait pénétrer le couteau dans le cœur. L'effet
dure sur la personne objet de cette opération tant que l'ai-
guille reste dans l'image. C'est expérimenté, exact. »
Les précédents passages sont tous trois animés d'un assez
méchant esprit; les conjurations y ont pour but de nuire au
prochain. Il est cependant naturel que le magicien se relâche
quelquefois de sa perfidie, et songe plutôt à ton bonheur
propre qu'au malheur d' autrui. C'est dans cet ordre de senti-
ments que l'on voit alors apparaître une sorte de conjura-
rations souvent employées dans les légendes magiques, celles
qui ont pour but de conquérir l'amour d'une personne aimée.
Nous terminerons par un exemple en ce genre. On remar-
quera que le feuillet sur lequel est écrite la conjuration, est
confié à une colombe; le rôle de cet oiseau dans l'art ma-
gique est connu : c'est une messagère. Frazer, dans Le Rameau
d'or \ rapporte un usage des habitants du Maroc qui jettent
un sort contre quelque ennemi en attachant la conjuration
au pied d'un pigeon. Dans le texte que nous allons citer,
on remarquera aussi l'expression : « à l'heure de Vénus » ;
1 Frazer, loc. cit., p. 4i.
536 MAI-JUIN 1907.
pour les magiciens , les mois , les jours et les différentes heures
étaient soumis à divers esprits, anges ou divinités, de genres
variés et de puissance inégale ; il y a là toute une théorie
dont nous ne pouvons parler en ce moment, et qui se
trouve très développée dens le manuscrit arabe n* a63o de
Paris.
(Fol. 65 v°.) «Article 3i. î. 43; delà colombe sauvage1.
Cela est bien connu par les maîtres des sciences spirituelles.
Vous prenez une tourterelle sauvage, et vous la retenez pri-
sonnière chez vous, les mardi, mercredi et jeudi; et le ven-
dredi, à l'heure de Vénus, vous prenez un feuillet mince , sur
lequel vous écrivez avec un poinçon parfumé de musc et de
safran , en mettant dans l'encrier un tampon de crins coupés
en menus morceaux ; c'est mieux ainsi. Et voici ce que vous
écrivez : « Comme cette colombe soupire après son compa-
« gnon et le désire , que de même une telle soupire après un
« tel et le désire du désir d'amour; que les horizons ne laissent
« hésiter sa passion devant aucune direction ni aucun chemin. ■
Vous attachez ensuite le feuillet à un fil, et vous le suspendez
à l'aile de la colombe en disant : « Que le cœur d'une telle
« sorte de sa possession , comme cette colombe sort de mon
« jK>uvoir ; que son cœur et son esprit s'envoient, comme s'en-
« vole cette colombe , et qu'ils ne lui reviennent pas ni ne
« se reposent , jusqu'à ce qu'elle soit venue auprès d'un tel ,
«obéissante, attentive à ses ordres, humble et soumise , avec
« le teint paie, le visage découvert, les yeux abattus, la poi-
« trine haletante, le cœur et les entrailles embrases, affligée
« d'un tourment violent; que le ciel ne lui donne pas d'ombre
«ni la terre de soutien; qu'elle brûle sans trêve; que son
« amour pour un tel la rende malade et l'épuisé. Que la passion
«soit au-dessus de sa tête, la flamme sous ses pieds, l'enfer
«devant ses yeux, le feu à sa gauche, devant elle et derrière
« elle; que de quelque côté qu'elle se tourne, brûle le feu qui
1 Les mêmes chiffres cabalistiques se retrouvent dans les titres
de plusieurs articles.
NOUVELLES ET MELANGES. 537
« l'entoure ; qu il la dévore sans s'éteindre, et que sa soif ardente
« ne s'apaise pas, jusqu'à ce qu'elle vienne rejoindre un tel en
« cet état. Que le désir l'ensorcelle, que ce charme agisse sur
« elle , et que le reste de ma vie je puisse invoquer Dieu en
« toutes choses , ayant ma main au-dessus de sa main , ma
« parole dominant sa parole; que je sois le vainqueur et elle
«la vaincue, le maître et elle l'esclave. Que son désir d'un
«tel (w Jl) soit comme le désir de la génisse! » Alors vous
frappez la colombe sur la tête avec une pierre; et le charme
pénètre dans la personne visée, et elle ne peut plus s'écarter
du destin qui lui est imposé ; car le charme agit et l'étrcint.
En lin vous lâchez la colombe, et la personne h qui s'ap-
plique la conjuration vient bien vite. »
NECROLOGIE.
Les études berbères et musulmanes viennent d'être cruel-
lement éprouvées par la mort de M. de Calassamti-Moty-
linski, emporté par le typhus, au retour de sa longue et
fructueuse mission en pays touareg.
Né à Mascara en mars i85d, il avait, après avoir terminé
ses études classiques , embrassé la carrière d'interprète mili-
taire où il se fit rapidement remarquer par son zèle, ses
connaissances et ses aptitudes à remplir ces fonctions souvent
délicates. En 1882, lors de l'annexion du Mzab, il fut en-
voyé au bureau arabe de Ghardaïa et ce séjour décida de sa
carrière scientifique. 11 s'occupa de l'histoire et des doctrines
des populations mzabites, issues des Kharedjites, et sa
connaissance profonde de l'arabe lui permit de faire sur ce
terrain de rapides progrès. Déjà Duveyrier avait soupçonné
l'importance des documents abadhites pour l'histoire de
l'Afrique du Nord qu'on ne connaissait que par les récits
orthodoxes. Masqueray avait été plus loin. D'une mission
heureusement accomplie en 1878, il avait rapporté divers
manuscrits dont l'un, traduit sous le titre de Chronique
538 MAI-JUIN 1907.
d'Aboii Zakarya, fut publié par lui (Alger, 1879, m'8°).
Mais Duvcyrier et Masqueray, faute d'une connaissance suffi-
sante de l'arabe littéraire, ne pouvaient être que des pré-
curseurs. Ils eurent le très grand mérite de frayer la voie; il
était réservé à M. de Motylinski de la suivre avec succès. En
i885, il publiait, d'après des sources indigènes, l'historique
d'un des qsour du Mzab: Guerara depuis sa fondation (Alger,
in-8°). La même année, il donnait, sous le titre de Les livres
de la secte abadhite (Alger, l885, in-8°) , une précieuse contri-
bution à l'histoire des Kharedjites, en commentant la lettre
d'El-Berrâdi et en résumant le contenu des principales chro-
niques.
De retour à Constantine en 1887, il fut nommé peu après
directeur de la Médersa, et, à la mort du titulaire, profes-
seur à la chaire d'arabe de Constantine. Il abandonna alors
la carrière militaire où il pouvait espérer un brillant avance-
ment, pour se vouer tout entier à l'enseignement et aux re-
cherches scientifiques. C'est ainsi qu'en 1 899 il publia , sous
les auspices du Gouvernement général de l'Algérie , le traité
de Mohammed el-Moqri, Les mansions lunaires des Arabes
(Alger, in-8°) , en 1900 les Itinéraires entre Tripoli et l'Egypte
(Alger, in-8'), et en 1905, dans le volume que l'Ecole des
Lettres fit paraître en l'honneur du XIV" Congrès des Orien-
talistes, le texte et la traduction commentée d'un traité reli-
gieux très en faveur chez les Abadhites, la 'Aqidah du
cheikh Amr ben Djami*. La même année , il publiait à Con-
stantine, À l'usage des Mzabites, une nouvelle édition de ce
traité avec le double commentaire de 'Omar b. Ramdhan et
de Daoud eth-Tholathi.
Mais en même temps qu'il s'initiait à l'histoire et aux dogmes
des Abadhites, M. de Motylinski ne négligeait pas les dia-
lectes berbères qu'ils ont conservés grâce à l'isolement pro-
duit par leur hérésie, au Mzab, à Djerba et au Dj. Nefousa.
Lors de ma mission dans le Sahara, en i885, il avait été
pour moi un précieux auxiliaire dans mes recherches sur
le dialecte du Mzab. La présence d'un taleb intelligent du
NOUVELLES ET MELANGES. 539
Dj. Nefousa lui permit de s'assimiler rapidement le nefousi et le
djerbi. En i885, il faisait paraître dans le Bulletin de Cotres*
pondance africaine une Chanson en dialecte de Djerba, et Bra*
him Ou Sliman ech-Chammakhi rédigeait, sous sa direction,
en dialecte nefousi, une Relation du Djebel Nefoasa qui fut
autographiée à Alger. Je conserve précieusement l'exem-
plaire qui me fut adressé par M. de Motylinski et Brahim et
qui contenait , en manière de dédicacé , des ver» de ce der*
nier, les premiers , et sans doute les derniers , composés dans
le dialecte berbère parlé par les puritains de l'Islam :
Cette relation renfermait sur les populations, les ruines,
les mœurs , d'importants renseignements qui devaient rester
lettre close pour les géographes et les voyageurs , générale-
ment ignorants du berbère. Aussi M. de Motylinski donna
en 1898-1899 une transcription avec traduction, commert*
taire et vocabulaire , précédée d'une étude grammaticale , la
première dont ce dialecte ait été l'objet. L'Académie des In-
scriptions lui attribua le prix Yolney, consacrant ainsi la ré-
putation que s'était acquise M. de Motylinski. Le dialecte de
Djerba était aussi l'objet de ses recherches, et, en 1898,
paraissaient le Dialogue et les textes en berbère de Djerba
(Paris, in 8", extr. du Joarn. as.). Le touareg, non plus,
n'était pas négligé. En 1 902 , il publiait une Note sur deux
bracelets touaregs ( Constantine , 1902) où il déchiffrait des
inscriptions tifinag.
En 1903, la présence de marchands de Ghdamès a El*
Oued l'amenait à s'occuper de ce dialecte , et une mission du
Gouvernement général lui fournissait l'occasion de rapporter
les matériaux d'un beau volume. Il parut en 1904, sous le
titre de Dialecte berbère de Redamès (Paris, igod), et ren3-
ferme, non seulement une grammaire, des textes et un
540 MAI-JUIN 1907.
vocabulaire , mais encore des documents arabes , traduits en
français , sur l'histoire et la géographie de l'oasis et de toute
la région.
Une découverte d'une extrême importance lui fournit
le moyen d'exercer à la fois sa connaissance des doctrines
des Kharedjites et celle de leurs dialectes. Les 'Aqida que
nous possédons sont écrites en arabe , mais ont été primitive-
ment rédigées en berbère. H y a dix ans , un de ces textes ,
intitulé la Modawana d'Ibn Ghânem , fut découvert à Djerba
par M. le commandant Robillet et photographié par les
soins de la Résidence générale de Tunis. Par suite de quelles
circonstances — qui ne sont pas un mystère pour tout le monde
— tous les exemplaires de cette photographie de 5 94 pages
vinrent-ils à disparaître , sauf un , je n'ai pas à le rechercher
ici. Heureusement M. Robillet en avait conservé un, et,
grâce à son obligeance, M. de Motylinski put donner au
XIVe Congrès des Orientalistes une notice sur ce précieux
texte : Le manuscrit arabo-berbère de Zoaagha (tome II des
Actes, p. 69-78, de la section des langues africaines)1. Ce
n'était que le prélude d'une édition complète , avec commen-
taire linguistique et traduction, que M. de Motylinski était
seul en état de faire. Qui s'en chargera désormais? A la
même date, il trouvait l'occasion d'exercer son sens cri-
tique et sa connaissance du berbère sur un nom énig-
matîque, Yakouch, où l'on avait vu à tort le Bacchus des
anciens et qui n'est que la traduction berbère très ancienne
d'une épithète de Dieu [Le nom berbère de Dieu chez les
Abadhites, Alger, 1905, in-8°).
C'est à ce moment qu'une lettre du P. de Foucauld, son
vieil ami, établi à Temanghaset chez les Ahaggars, vint
réveiller chez lui la passion du désert et le goût des ex-
plorations scientifiques. A vrai dire , lorsqu'il me parla pour
1 M. de Motylinski a présenté au Congrès deux autres mémoires
qui seront publiés dans le tome IV des Actes : i° Chronique d'Ibn
iSeghir de Tiharet (Tagdemt); 20 Expédition des Espagnols contre
Djerba.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 541
la première fois de son projet , en novembre 1 go5 , ce ne fut
pas sans appréhension que je le vis décidé à affronter, à son
âge , les fatigues d'un long voyage et d'un été saharien. Mais
son enthousiasme finit par me donner confiance; il obtint,
sous les auspices du Gouvernement général de l'Algérie , une
mission subventionnée par le Ministère de l'Instruction pu-
blique, l'Académie des inscriptions, la Société de géographie
d'Alger et la Société archéologique de Constant ine. Coura-
geusement , il se mit en route et chaque étape de son voyage
fut marquée par une récolte. Aussi , lorsqu'il revint en dé-
cembre 1 906 , il rapportait une riche moisson : plus de 6,000
lignes de textes touaregs sur les sujets les plus variés, un
dictionnaire complet, des documents sur les dialectes du
(ïourara, des itinéraires géographiques, et en particulier ce-
lui du Tazerout, massif inexploré jusqu'à ce jour, de nom-
breux clichés photographiques et une collection considé-
rable d'inscriptions rupestres.
Il revint fatigué, mais il ne crut pas qu'il lui fût permis de
prendre du repos avant d'avoir adressé à l'Académie des In-
scriptions un rapport détaillé sur sa mission. Il consacrait à
le rédiger une partie de ses nuits : sa journée était prise par
son enseignement à la Médersa et à la chaire d'arabe. Aussi
offrit-il une proie facile au typhus dont on ne reconnut pas
d'abord les symptômes et qui agit d'une manière foudroyante.
Le vendredi 22 février, il assistait à la séance de la Société
archéologique de Constantine et communiquait à ses col-
lègues des photographies et fac-similés d'inscriptions rupestres :
le samedi 3 mars, il était mort malgré les soins d'une épouse
dévouée. La ville de Constantine prit tout entière le deuil
et, sur sa tombe, ses amis et ses collègues exprimèrent les
regrets unanimes que causait sa mort.
J'ai parlé du savant : je n'aurais pas moins d'éloges à
donner à l'homme. Tous ceux qui l'ont connu ont loué sa
générosité et sa loyauté, et ses amis ne ressentiront pas
moins sa perte que la science française.
René Basset.
i\. 35
542 MAI-JUIN 1907.
LE PRONOM VERBAL EN GEORGIEN.
Un des caractères les plus remarquables' de l'idiome Géor-
gien , c'est la différence de traitement que subit le pronom ,
suivant qu'il est isolé ou attaché au verbe.
Dans le premier cas, il possède pour marquer le nombre
des formes si tranchées qu'on ne saurait guère les ramener à
une seule et même racine. Ainsi cet idiome nous offrira au
singulier, pour le pronom isolé ,^m£« ego » , et £$£& tckwen
«nous». 11 dirait chen «toi », par opposition à «jj^jG thkwen
« vous ». C'est un point sur lequel nous aurons, sans doute, à
revenir dans un prochain travail.
En tout cas, les choses se passent bien autrement lorsque
ledit pronom se trouve accolé à un verbe. Celui-ci apparaît,
au pluriel, intercalé , par un procédé d'encapsulation qui rap-
pelle quelque peu certaines langues américaines, entre la
racine pronominale qui ne varie pas suivant le nombre, et
la désinence du pluriel. Ex. : $jfû wtch'ham «je mange»,
et 3^<" wtch'hamth «nous mangeons»; ty& Uch'ham «tu
manges», et 1^3« stch'hanUh «vous mangez*. Nul doute
qu'ici le « th final ne constitue la marque de pbmfité.
Le Géorgien dit donc littéralement ego manducare plwnUiter,
pour « nous mangeons » ; tu manducare plur aliter, pour « vous
mangez».
Ce mode de formation apparaît bien plus rarement, sans
doute, en Susien, et son emploi, en ce qui concerne la
marque de nombre, semble borné à la seconde personne.
Cela suffit , sans conteste , pour que l'on ait tout lieu de
croire qu'à l'origine il était bien plus général. Ainsi, nous
citerons après J. Oppert (voir Le peuple et la laugme des
Mèdes, p. 76 et 77, Paris, 1879), turiiavamti «tu sais», el
tarnavaintip « vous savez • , turnaki « tu sus » , et turuakip
« vous sûtes». Intiule de rappeler que dans cette langue c'est
le p final qui indique normalement la pluralité
Tout ceci ne paraît-il pas nous reporter à une période
NOl'VKLLKS KT MELANGES. 543
plus ancienne et réellement primitive dan» laquelle il n'exis-
tait pas de formes pronominales propre* au pluriel et où l'on
se contentait , dan» tous le» cas, d'ajouter la désinence numé-
rique au pronom singulier? Tel est précisément le phéno-
mène dont nous constatons l'existence dans les dialectes
plus ou moins monosyllabiques de l'Extrême-Orient. L'on a,
par exemple , dans un parler de l'Himalaya , à savoir le Thak-
s\a (cf. B. Hogdsox, Comparative Vocabalary of the Brokcn
tril>es o/Wepal, p. 3a 6 du t. XXVI du Journal of the Asiatic
Society of Bengal) , ghyang « ego » , et ghyang-ché « nos », litt.
eyo pluraliter. De même , le Rodong ou Chamling , autre dia-
lecte des mêmes parages 'voir iUd., p. 33o), aura Ara «je,
moi», et ka-i «nous», la finale i indiquant seule le nombre.
Citons enfin le Chinois ?6 ffj [f] ngo mên Ich'ôu «egredi-
mur • , litt. ego plnraliter egredi, de ngo « ego » , et mên, signe
du pluriel. On y joindra le Tibétain Ç'î«wuix uga rnams yin
« sumus » , de nga « ego » , rnams « praras » et yin «€*se ».
Evidemment, d'ailleurs, il ne fait rien exagérer. Des
procèdes morphologiques du genre de ceux dont non»
vexions de parler se retrouvent dans d'autres idiomes n'ayant
sans doute , en ce qui concerne l'origine , pas grand chose à
démêler avec le Géorgien , le Susien ou le Chinois. Leur pré-
sence dan» ces dernier» ne constituerait pas à elle seule une
preuve bien convaincante de parenté. Toutefois, ajoutés à
d'autres points plu» spéciaux de ressemblance soit lexico-
gi-aplûque, soit grammaticale, il» semblent acquérir une
véritable importance. Mentionnons, en terminant, une re-
marque de M. B. de la Grasserie [Elude de grammaire com-
parée; De la catégorie du. nombre, p. 76, Pari», 1887). Cet
auteur signale en Arménien l'usage de marquer le pluriel
du pronom verbal par une simple désinence. Cela n'est
^ucre conlorme a ce que nous constatons dans les autres
parlers indo-européens. Faut-il voir là le résultat d'une in-
fluence exercée par les vieux dialectes indigènes d'origine
35.
544 MAI-JUIN 1907.
vraisemblablement caucasienne? M. Meillet attribue, et avec
toute raison, sans doute, à une cause de même nature
l'absence de suffixe de genre en Arménien et en Iranien.
De Charencey.
BIBLIOGRAPHIE.
*m jà^j »*t) ^u *#f yyit ^» ^jiw (^t ^*
La difficulté de retrouver les citations du Qoran n'existe
pas seulement pour les savants européens ; elle embarrasse
aussi les Musulmans. En Orient, on avait jusqu'ici publié
deux Concordances, Tune imprimée à Calcutta sous le titre
de Nodjoum al-Forqân, l'autre intitulée Tartib Zibà1 et im-
primée à Constantiuople. Flûgel, en 18/42, offrit au public
sa Concordance bien connue à laquelle il donna le même
titre qu'avait celle de Calcutta. L'œuvre de Flûgel surpasse
les deux autres de beaucoup en utilité ; mais comme il ne
donne que des mots séparés, on est condamné à de nom-
breux tâtonnements avant de trouver le texte qu'on cherche.
En outre , Flûgel a commis quelques erreurs de classement :
c'est ainsi qu'il donne ^*v* , le pluriel de J^ty , sous le rad.
(g*)\ (j^f «jambe» sous ^JL»; la 8e forme de $+*, sous £*;
JJLdlj «et ta famille» sous JJU; AX+*> nom d'action de JULa,
sous J44; la 1" personne du pluriel de l'imparfait de *£» sous
£jû ; le mot ù^\ « force » sous j^ \
1 Conip. Brockelmann, II, 435.
2 M. Kaidy donne une liste de ces erreurs dans sa préface.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 545
Cédant aux instances d'un ami, M. Faid-allâh (Faidy) al-
'Alamï al-Hasanî (descendant de Hasan le petit-fils du Pro-
phète ) , Président de la municipalité de Jérusalem , a composé
une nouvelle Concordance, intitulée Fath ar-Rahmân H-tâlibi
âyât al-Qorân, dans laquelle on trouve le mot principal du texte
accompagné de deux ou trois autres qui le précèdent ou le
suivent , comme cela a été fait par Buxtorf dans sa Concor-
dance sur l'Ancien Testament. Ce système est beaucoup plus
pratique que celui de Flûgel , et conduit plus rapidement au
but que M. Faidy s'est proposé, celui de retrouver facile-
ment les passages cités du Qoran. Néanmoins, pour ceux
qui désirent consulter le livre sacré au sujet de l'emploi des
particules et des formes grammaticales, la Concordance de
Flùgel restera indispensable.
M. Faidy a exclu de son livre non seulement les particules
et les pronoms, mais aussi treize substantifs et cinq verbes
avec leurs dérivés qui sont de très fréquent emploi et dont
une liste précède. Les sourates sont indiquées par l'abrévia-
tion des titres quelles portent ; par exemple , ol pour 'i^m
pAjiU sourate xiv; g pour ^y *;>—> sourate lxxi. EnGn, ce
qui complète l'utilité du livre , les noms propres y sont enre-
gistrés dans un index spécial.
de Gobjb.
VV. William Sxevt et C. Otto Blagden. Pag an races of the
Malay Pesissula. Londres, Macmillan et C,e, 1906, 2 vol.
in-8°, XL-72 \ -fx-855, avec 280 illustrations et 7 cartes. Prix :
4 2 shillings.
Les deux volumes des Races païennes de la péninsule Ma-
laise sont divisés chacun en deux parties qui traitent respecti-
vement des sujets suivants :
I. Races (caractères ethniques, affinités ethniques et généralités,
notes sur les maladies indigènes).
II. Mœars et coutumes (nourriture, stimulants et narcotiques,
546 MAI-JUIN 1907.
vêtements, habitation, chasse et pêche, systèntes d'échange, armes
et outils, cultures, arts et métiers, art décoratif, organisation so-
ciale, relation des races païennes avec les autres races).
III. Religion (pratiques et croyances ayant trait à la naissance,
la puherté, les funérailles; musique, chants et fêtes; religion et
folk-lore).
IV. Linguistique (état actuel et avenir, tabous linguistiques et
expressions particulières, histoire ancienne des dialectes indigènes,
leur parenté avec d'autres langues).
Le premier volume débute par une préface et une biblio-
graphie et contient en appendice (p. 627-724) : le texte et la
traduction de chansons semang recueillies par M. Skeat à Ke-
dah et Patani à l'aide d'un phonographe; de chansons sakai,
besisi et blandas; d'autres textes et des formules et invoca-
tions magiques en dialectes besisi et blandas; enfin des listes
de noms de lieu et de noms propres. L'appendice linguis-
tique du deuxième volume comprend : un vocabulaire com-
paré des dialectes de la péninsule malaise (p. 609-768),
précédé d'une bibliographie des publications et manuscrits
utilisés au nombre de 162 et suivi de courtes notes gramma-
ticales. Les deux volumes contiennent en outre i le pre-
mier, 1 84 illustrations et une carte hors texte ; le deuxième ,
96 illustrations, 2 cartes dans le texte, k cartes hors texte
et 3 index alphabétiques des matières, des noms propres et
des mots indigènes mentionnés dans les trois premières
parties.
Ce travail, dont j'ai tenu à indiquer le contenu en détail,
est du à deux anciens fonctionnaires coloniaux britanniques :
M. W. William Skeat du Federated Malay States civil service ,
et M. C. Otto Blagden du Straits Settlements civil service. L'un
et l'autre ont résidé pendant plusieurs années dans la Malaisie
anglaise et vécu parmi les tribus sauvages de la péninsule.
Darts la préface , les auteurs qualifient trop modestement leur
œuvre de compilation. Sans douté la péninsule Malaise avait
fait l'objet de plusieurs publications , ainsi qu'en témoigne la
NOUVELLES ET MÉLANGES. 547
bibliographie ; mais il y a lieu de noter qu'une grande partie
des sources utilisées sont encore manuscrites. Nous devons
donc à MM. Skeat et Blagden la révélation d'importants do-
cuments inédits dont leurs devanciers n'avaient pu obtenir
communication , n'en soupçonnant peut-être pas l'existence.
De plus, une longue et minutieuse enquête personnelle a
permis à MM. Skeat et Blagden de vérifier les opinions pré-
cédemment émises, de constater des faits nouveaux et de les
mettre en lumière. A cet égard les Pagan races peuvent et
doivent être considérées comme une étude originale.
Dès la préface, nou9 sommes prévenus qu'il s'agit d'un ou-
vrage «d'ethnographie descriptive». Les tribus païennes —
il faut traduire païen par non islamisé — de la péninsule sont
encore trop insuffisamment connues pour prendre place dans
une Jétude d'ethnographie comparée. En raison de nos con-
naissances lacunaires en ce qui concerne leurs types biolo-
gique, culturel et religieux, MM. Skeat et Blagden ont tenu
à n'enregistrer que les faits de tout ordre définitivement
acquis et à s'abstenir de multiplier les hypothèses. Elles au-
raient été , en l'espèce , dangereuses ou inutiles : on ne peut
qu'approuver cette sage réserve scientifique.
De Quatrefages, J. de Morgan, Miklucho-Maclay, Vau-
ghan-Stevens et quelques autres, donnent aux tribus sau-
vages de la péninsule une origine negrito. Vaughan-Stevens
considérait même les Semang comme des descendants d'es-
claves nègres amenés par Alexandre le Grand I L'inexacti-
tude de la théorie pan-negrito et d'une théorie voisine don-
nant aux Semang une origine papou, a été nettement
montrée par plusieurs anthropologues, entre autres par
Wallace, Waitz et Hamy, dont les recherches ont abouti aux
conclusions suivantes : i° il n'y a pas moins de deux types
somatologiques distincts parmi les tribus sauvages de la
péninsule; a0 les caractéristiques negritos relevées chez les
Semang n'indiquent pas plus une origine nègre qu'une
ascendance papou. Sur ces bases, MM. Skeat et Blagden exa-
minent successivement « le problème ethnique » des Semang,
548 MAI-JUIN 1907.
Sakai et Jakun et décrivent en détail chacun de ces trois
typeS
La seconde et la troisième parties, consacrées à l'ethno-
graphie et à In religion , s'étendent sur près de 900 pages ,
exactement la moitié de l'ouvrage. C'est un modèle d'en-
quêle sociologique où se trouve minutieusement décrite la
vie des «races païennes». Le sommaire que j'en ai donné
montre qu'elle est aussi complète que possible. Certains in-
struments de musique de la Malaisie anglaise méritent de
retenir l'attention : l'espèce de guitare, par exemple, formée
d'un bambou dont d'étroites sections longitudinales de l'au-
bier, plus ou moins tendues par des chevalets, constituent
les cordes à résonnances différentes. Cet instrument se re-
trouve à Sumatra, Nias, Timor, Bornéo, aux Philippines
(cf. E. Modigliani, Un viaggio a Nias, Milan, 189Ô, in-8°,
p. 567) et à Madagascar. Il serait intéressant et utile d'éta-
blir l'aire géographique de cette espèce de guitare et des
objets et ustensiles caractéristiques communs aux indigènes
de la Malaisie et de Madagascar qui ont perdu tout contact
depuis des siècles.
Les dialectes de la péninsule malaise font partie d'une fa-
mille de langues généralement appelée mon-khmer, que
MM. Skeat et Blagden désignent sous le nom de mon-aimam.
Blagden, l'auteur de la partie linguistique des Pagan races,
donne cependant un bon argument en faveur de mon-khmer
(p. 439) : «Logan (en 18^9) a été, je crois, le premier
qui ait montré le caractère distinct des langues de la fa-
mille mon-annam. Plus récemment, certains auteurs, parti-
culièrement sur le continent, ont adopté de préférence le
nom de mon-khmer, qui a peut-être l'avantage de réserver
l'avenir en ce qui concerne la situation spéciale de l'anna-
mite vis-à-vis des autres langues de la famille.» C'est évi-
demment cette considération qui a fait intituler Die Mon-
Khmer Volker, la magistrale étude récemment publiée par le
Père W. Schmidt. Les membres de notre Ecole d'Extrême-
Orient que j'ai consultés préfèrent également mon-khmer à
NOUVELLES ET MÉLANGES. 549
mon-annam pour les raisons données par Blagden lui-même.
En l'état de nos connaissances, il me parait aussi plus pru-
dent de nous en tenir à mon-khmer. L'étude approfondie de
l'annamite nous permettra seule de prendre définitivement
position à cet égard.
La famille mon-kmer (= mon-annam de Blagden par
addition de l'annamite) est apparentée, d'une part, aux
langues munda et khasi de l'Inde et aux dialectes des îles
Nicobar, et, d'autre part, présente de curieuses analogies
avec les langues si improprement appelées malayo-polyné-
siennes, et un certain nombre de traits communs avec les
langues tibéto-birmanes , kareng, chinoise et tai. Pour adop-
ter la terminologie du Père W. Schmidt, dont le nom géné-
rique austrisch est malheureusement intraduisible en fran-
çais, les langues continentales précédentes seraient appelées :
die Austro-Asiatischen Sprachen; les langues malayo-polyné-
siennes : die Austronesischen Sprachen; les deux groupes réu-
nis constituent : die Austrischen Sprachen (cf. Die Mon-Kkmer
Vôlker, Braunschweig, in-8°, 1906).
Le vocabulaire comparé des dialectes de la péninsule Ma-
laise publié par Blagden (p. 509-768) contient plus de
quatre mille mots. H a été très pratiquement conçu : les mots
indigènes sont inscrits à la suite de leur traduction an-la i^e
disposée alphabétiquement et numérotée. Tous les mots
signifiant frère, par exemple, se trouvent sous «4io. Bro-
ther». Chaque fois qu'il y a lieu de renvoyer à ce mot, le
renvoi est indiqué par le sigle B 4 10. De plus, les formes
dialectales de la péninsule sont comparées aux formes cor-
respondantes dans les langues munda, khasi, mon-khmer,
annamite, des îles Nicobar et Ândaman, du territoire
anglo-hollandais de Bornéo et dans plusieurs langues de la
Malaisie. Ces rapprochements faits par un linguiste de la va
leur de Blagden , faciliteront considérablement la tâche qui
reste à faire dans ce domaine.
Les travaux antérieurs de MM. Skeat et Blagden nous
faisaient désirer la publication d'une monographie complète
550 MAI-JUIN 1907.
sur la péninsule Malaise. Ces deux savants ont pleinement
réalisé les espérances que nous étions autorisés à fonder sur
leur activité scientifique : on ne saurait trop les en féliciter.
Les deux volumes qui viennent de paraître sont écrits en
slyle clair, précis, alerte, avec parfois une pointe d'humour
(cf. p. 4, la description de la jungle). Les photographies
spécialement prises pour cette publication ont été très bien
choisies et parfaitement reproduites; quelques-unes sont de
véritables tableaux de vie et de mœurs tropicales. Enfin l'exé-
cution matérielle est parfaite et fait grand honneur aux édi-
teurs. Les Pagan races of the Malay Peninsala sont un de ces
rares livres où tout est à louer.
Gabriel Ferrand.
Uerum mthiopicarum scriptores occidentales inediti a sm-
CULO XVI AD XIX, CURANTE C. BeCCARI , S. I. Vol. IV, P. EMM.
Barradas , S. I. Tractatus très , historico-geographici. Romas , 1 906 ,
C. de Luigi; in-4° de xxxn-4oa pages.
Le P. Beccari a entrepris de publier une importante col-
lection de documents inédits relatifs à l'histoire de l'Ethio-
pie. Cette œuvre considérable dont le programme a été
indiqué dans le compte rendu inséré au Journal asiatique
(septembre-octobre 1904, p. 359) ne comprendra pas moins
de seize volumes ; elle se poursuit avec une activité remar-
quable, le premier volume a été édité en 1903 et déjà
nous voyons paraitre le quatrième qui ne le cède sous aucun
rapport à ceux qui l'ont précédé.
11 comprend trois traités écrits par Emmanuel Barradas,
jésuile portugais, dont la vie et les œuvres restées jusqu'à
présent à peu près inconnues méritent d'être tirées de
l'oubli.
Né en 1572 à Montfort dans la province d'Alentejo,
jésuite à seize ans en 1587, il est envoyé en 1591 à la Mis-
sion des Indes à Goa, où il enseigne la philosophie et la
NOUVELLES ET MÉLANGES. 551
physique pendant plusieurs années; en 16M il est attaché
avec son frère, le P. Georges d'Almeida, a la Mission
d'Ethiopie. 11 reste sept ans en Ethiopie , dont cinq dan» le
Tigré ; à cette époque , qui correspond à la fin du règne de
l'empereur Seltàn-Sagàd , le catholicisme , qui était devenu
la religion officielle de la cour pendant quelques années , fut
en butte à bien des persécutions et finit par être proscrit dé-
finitivement par un décret de l'empereur qui rétablit le
schisme d'Alexandrie.
Vers la fin de 1 63î , Seltân-Sagâd meurt et est remplacé
par son fds Fasiladas, qui, bien qu'ayant embrassé la reli-
gion catholique, dirige contre elle une persécution active.
En 1 633, Barradas est envoyé dans les Indes, pour solliciter
la protection du vice-roi ; mais son voyage ne s'effectue pas
sans difficulté, il est retenu prisonnier neuf mois à Aden et
c'est à cette circonstance que nous devons l'intéressante
description qu'il en donne dans son troisième traité. Après
avoir payé une forte rançon, il reprend la route des Indes
et parvient , non sans peine , à Goa où il retrouve tous les
Pères de la Mission d'Ethiopie expulsés par Fasiladas. Toutes
les démarches tentées auprès du vice-roi des Indes pour
obtenir la protection des missions catholiques en Ethiopie
restent sans succès.
Après avoir exercé pendant quelques années les fonctions
de provincial dans les provinces de Goa et de Malabar, le
P. Barradas meurt le 3 1 juillet l646.
Le quatrième volume , que vient de publier le P. Beccari ,
débute par une introduction en latin où l'auteur résume la
vie et les œuvres du P. Barradas.
Viennent ensuite trois traités ou mémoires écrits par ce
dernier en langue portugaise.
Le premier, relatif à la situation faite à l'Eglise catholique
en Ethiopie sous les règnes de Sellân-Sagâd et Fasiladas,
nous fait assister aux dernières crises qui ont précédé sa dis-
parition : hostilité sourde des gouverneurs de provinces, plus
ou moins encouragée par l'empereur, vexations de toutes
552 MAI-JUIN 1907.
sortes, expulsion violente de sa résidence, rien n'est épargné
au P. Barradas jusqu'à ce qu'enfin le décret de 1 63 a, qui ré-
tablit le schisme d'Alexandrie , l'oblige à quitter l'Abyssinie.
Le deuxième traité est relatif au royaume de Tigré.
L'auteur qui y a séjourné plusieurs années rectifie , en con-
naissance de cause, quelques opinions erronées accréditées
par des écrits antérieurs et en particulier par le P. Luis de
Urréta. Le Tigré n'est pas, comme il a été dit, un désert
de sable, mais bien une région éminemment fertile; huit
chapitres sont consacrés à la description des productions du
règne végétal, céréales, arbres à fruits, essences forestières,
et à celle des animaux domestiques et autres. Non moins
complets sont les détails donnés sur la géographie et la topo-
graphie du pays, les mœurs et coutumes des indigènes, leur
religion, leur habillement et leurs armes. Quelques rensei-
gnements, qu'on souhaiterait plus nombreux et plus précis,
sont donnés sur les antiquités d'Axoum et sur la littérature
indigène.
Le troisième traité est intitulé Da citade e fortaleza de
Adem. L'auteur y apprécie, d'une façon vraiment remar-
quable , l'importance de la position d' Aden et il insiste , avec
une énergie qui témoigne de la sûreté de son jugement , sur
l'avantage qu'avaient les Portugais à s'en assurer la possession
et à la fortifier. Sa description de la ville et du territoire
d'Aden est d'ailleurs fort instructive.
Ainsi que nous l'avons dit, ces trois traités sont en langue
portugaise , mais le P. Beccari a eu soin , pour rendre l'ou-
vrage accessible à un plus grand nombre de lecteurs, de
mettre en marge des sommaires détaillés écrits en latin.
Une table; des chapitres et des sommaires et un index
alphabétique terminent le volume ; comme les précédents il
fait hautement apprécier l'œuvre du P. Beccari et désirer
qu'elle soit continuée : elle constituera une mine précieuse
de renseignements pour l'histoire de l'Ethiopie.
Colonel Allotte db la Fuye.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 553
Traité de prosodie arabe» par M. Ben Ghbneb.
Depuis longtemps déjà, on avait signalé, en Algérie,
la décadence des lettres arabes dans le monde indigène
musulman. Bien qu'il faille attribuer cette décadence à diffé-
rentes causes dont quelques-unes, telles que la diffusion de
l'instruction française, par exemple, ont leur importance, on
ne pouvait se résoudre à laisser périr la culture arabe dans
les classes éclairées. Telle fut, sans doute, la pensée du Gou-
vernement, lorsqu'il s'avisa de l'intérêt qu'il y avait à confier
la direction de l'Ecole des Lettres d'Alger à un orientaliste.
Cette école, en effet, a régénéré les études arabes dans
les divers éléments de la population algérienne, au moyen
d'un corps enseignant où figurent des arabisants formés à
l'enseignement de nos meilleurs maîtres du Collège de France
et de l'Ecole des langues orientales vivantes de Paris, et
quelques jeunes musulmans algériens.
Parmi ces derniers, M. Mohammed ben Cheneb, profes-
seur à la Mederça d'Alger, s'est déjà fait connaître par des
travaux qu'il a publiés, tant en langue française qu'en langue
arabe. Sa dernière publication , faite sous les auspices du
Gouvernement général de l'Algérie, et destinée aux élèves
des écoles supérieures musulmanes, est une brochure de
1 18 pages, éditée à Alger chez P. Fontana; elle est intitulée
T oh' fat al-âdab fî mîzân âch'ar al-arah «Le don précieux
pour l'étude de la mesure des vers arabes ».
Ce sujet a déjà été traité dans des ouvrages recomman-
da blés, tels que le Cours de Belles Lettres du Père Louis
Cheïkho (Beyrouth, Imprimerie catholique). Celui-ci est un
excellent guide pour condenser une matière aussi délicate,
et il semble qu- M. Ben Cheneb la suivi dans la forme des
définitions et le choix de quelques exemples.
Comme il le dit dans sa courte introduction, M. Moham-
med ben Cheneb a évité les longueurs , sans rien négliger de
ce qui est essentiel. En effet, s'il se contente d'énoncer les
principes relatifs aux seize mètres classiques et aux règles
554 MAJ-JUIN 1907.
de la rime , il les accompagne de tableaux indicatifs , offrant
ainsi au lecteur des exemples variés et des exercices, avec
notes explicative» placées au bas des page».
Le tout parait de nature à intéresser et à retenir nos
jeune» étudiant» mamlmaa», peut-être aussi à leur rappeler
le goût des ancêtres pour la poésie arabe et à le* ramener
vers la culture trop délaissée de la littérature classique.
Jsmaël Hamet.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME IX, Xe SÉRIE.
MEMOIRES ET TRADUCTIONS.
Pi
Lass^riologie en 1904 (M. C. Fossey). [ Fin.] •«#. 5
Anciennes inscriptions du Népal (Deuxième série). [M* Syl-
vain Lévi] ...«•„ /|(j
Les Àbdâi de Païnâp (M. Pwjot) 1 15
Surnoms et sobriquets dan» la littérature arabe [M. A--C
Barbier dc Mbtnard) 175
Titres calïfiens d'Occident (M. Max van Berchem) a45
Surnoms et sobriquets dans la littérature arabe (M. A.-C.
Barbier de Metïiard). [Suite.] 365
Le papyrus moral de Leide (M. E. Revillout). [Suite.]. . . 429
Notice sur l'inscription trilingue de Zébed (M. A. Kugener). 509
NOUVELLES ET MÉLANGES.
Procès-verbal de la séance du 1 1 janvier 1 907 1 4 1
Ouvrages offerts à la Société- 1/12
Procès- verbal de la séance du 8 février 1907 i44
Ouvrages offerts à la Société 147
Annexe au procès-verbal de la séance du 8 février 1907 : Le
mot \Ji) dans Ahikar et Bar Bahlul (M. F. Nab) 1/19
Notice sur les amulettes judéo-araméennes (M. Richard
Gottheil) i5o
Orfèvrerie d'art mauresque (M. Moïse Scuwab) i5a
Bibliographie (janvier-février) i55
Une page nouvelle de l'histoire d'Egypte ( M. Max van Ber-
chem). — TohÊi dawî-1-arab, uber Namen und Nisben bei
ttohârï, Musiim, MâJik, von Ibn Hatïb al-dahsa (M. VV. Mar-
iais).
556 MAI-JUIN 1907.
Procès-verbal de la séance du 8 mars 1907 337
Commission de la bibliothèque (séance du s5 février 1907). 33g
Ouvrages offerts à la Société 34 1
Annexe au procès-verbal de la séance du 8 mars 1 907 : No-
tice nécrologique sur J. Perruchon (J. Halkvy) 344
Procès-verbal de la séance du 12 avril 1907 345
Ouvrages offerts à la Société 347
Bibliographie (mars-avril) 35o
Rukminïparinaya, par Viçvanâtha Dcvavarman ( M. A.Barth ).
— Chronique de Michel le Syrien, par J.-B. Chabot (R. D.j.
— Scphcr ha-Zohar, par Jean de Pauly (M. Moïse Schwab). —
Méftâh or-Romoûz, etc., par Mirzà Mahmoud (M. Cl. Ho art).
Procès-verbal de la séance du 10 mai 1907 5 3 5
Ouvrages offerts à la Société 027
Annexe au procès-verbal de la séance du 10 mai 1907 : Ta-
lismans et conjurations arabes (M. Carra de Vaux) 529
Nécrologie : M. de Motylinski (M. René Basset) 537
Le pronom wrbal en géorgien (M. de Charkncey) 54a
Bibliographie (mai-juin) 544
Une nouvelle concordance du Qorau (M. de Goejb). —
\V. William Skeut et C. Otto Blagden : Pagan races of the
Malay Peninsula (M. Gabriel Fkrrand). — Rerum œthio-
picarum se ri ploies occidentales inedili a saeculo xvi ad xi\,
curante C. Beccari, S. I. ( Colonel Allotte de la Fuyk). — Trai'c
de prosodie arabe, par M. Ben Cheneb (M. Hamrt).
Le gérant :
Rubëns Duval.
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MEMOIRES
D'EXTRAITS ET as SQMCES
Lkztn \ i HULaaQrmz, icx l*.xgces
ET \ L,Y imùiimtt IM;-> l'i:ui'l,i:s OMF.NTACt
ERNEST LEROUX, BDITKI1M,
I MMfrH MMffQBI,M i-'i.kiiLii KIUW1I MIBITUU n
RDI BONAMMï, *" )8.
0UVIIAGE5 PUBLICS PAR LA SOOÉÏÉ ASIATIQUE,
JdURNAI, àSUTIOlJK, rilllllt''' llt-jlllît iSlî.
Ationni'mwil atmiiid. Paris : *S fr. — MpartontmU ; %■; fr. Sa.
Klrungei' ; ÎO l'r. — Un Bail ■ 3 fr. a".
COLLECTION b'OUVUAGES ORIENTAUX.
Voïucks h'Ih* Batudtaii, tarte nrnli's el IruJurlion. par MM. !>•■:
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MiçocDf, Les Prairies o'ob, te»t->* ur;il«' il Iradui'l.ion , par M. B
Mrynonl |la trois pr.mirrj ralimiei en collaboration «vue M
CoBrttilb), 1861-1877, y vol. ia-y 67 fr. 5«
Maçuudi, i.K LrviiE ub l'aï KnTtSJUtvmiT et DR i. .1 nRYisttm, tndaotfcfl par
»V1. !« baron Cm™ (& l'iuir. 1 vol, In-X" 7 fr. 5«
AfiTï ihïpb t aires des Afghajiï, recueillis, puMiAi et (ftukllll par tain
giffuWtfrtn-, précédé* (Pana introduction tnr la longue . l'histoire ri In litté-
rature d« Afghan,, «890. 1 fort v„l. m-.s", . ig fr.
Mauàïasiii. texte lanacril puMH pour b prrniièir.foiit.aver •!■* iatrotfac-
liuua «I mi 1 fini uifii [ni 11; . [ior M. &H. .'iciifict.
Tomel. 18B», in-S" jS fr
Tome II. 189... in-S"
Tome III, 1N0.S, in-8".
Jours al d'on vuï.iue es Araiur (i883-t885). par Cttarlu U
'-■" illuiiic Je clidirs iWn li! leitc 'jl arroinpagnd de pUm In'* et
ilo croquis , 3t> &,
fi flinimHTKUCB HVtOUUn, nuivant le ri ! .'■ m«lékilti.[iar.S>',ii/iAo.'i7.
.'■.lij.i.jn ivviu- cl QUgmcaitéo, tnxte arabe maghrehin. In-S*. 6 fr.
mtPuin o'jtfloo'lWtU, twlo arabe, puhttâ par Ileinaud et J» .Vam.
In r »* fr-
UamtMAWOBtj, ou Hiaioîrailci rail du Kaehmir, publiiss sa ta ni cri 1 ci
traduit.- to françait, par K. Tr»j*\ 3 v.ii. ta-&*
PUBLICATION BHQOOaAOÉBS PAB LA SOCIÉTÉ.
i MàkUMnai dr Se-"* Tb'jrs. tradaiu du riiînui* et annules Bar I
. proIcMCUr nu Cauage de Frai».', lu teAam& inJS
« (nilili.-ii.li'in ;.
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IvliuAi -;\1. ricm Un. m ,. - l.e prénom ■. ■=■-.. I ■■■■,,■,, ■:.
3^5
QtU •■■Mi- ,..,,,. ..i.Li,... du u..r-i,i M. lu Cli.i.ifi
■ i C. Otto i.I..-w|.„ : fono , „■.■■. ..r il,.- M.,1-,.. |v„;„.„i ,
■ . r; . ï l'IiiK^HDJ, ItlTUlU n>llli<ij»ariu)t SiripUir':* .jfrid.-nL.ili:: in.-illl j il
1 m I Ail cirri: |.l |.i
i. - i ■..'■. .m. ... éi ■ ii . pu St. Boa Ctandi II
• ■ .iimutlk (3o IVniu'.i par un), pour Ifs «tli'iu!...
■ [oin jiiiyiT. . | : ■ a. 1 1 l ■ ivi [.-iriiuhruii (jii lt.1 ;nrr:iii-iil a l'iiin- |...i|.
: r . ■ -i 1 1» d'aJraue, cl jxrar l'ncliit des orniw) puliUi-n par
.....i! in. membre*.
■■■■. n" î6,
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Le prii de l'ilio iiii.'1'u <it 'l'un U »u Journal asiatique r.s( :
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iMi'UiMr.ilir. NATIONALE.